Dents définitives cassées, luxées ou perdues chez l’enfant : que faire, quelle évolution ?

dents définitives cassées luxées perdues enfant

Votre enfant ou adolescent vient de perdre, luxer ou casser une ou plusieurs dents définitives ? Cette situation soulève aussitôt mille questions : que faire dans les jours et semaines qui suivent ? Quelles sont les chances de sauver la dent ? Quels traitements existent si elle ne peut pas être conservée ?

En tant que maman et ex-kiné habituée à fouiller la littérature scientifique, je me suis retrouvée confrontée à ce problème. Et comme souvent quand cela touche mes proches, j’ai cherché des réponses au-delà de l’expérience personnelle.

Or, j’ai découvert qu’il existe très peu d’informations claires, en français comme en anglais, sur ce sujet précis : les dents définitives (permanentes) cassées ou arrachées chez l’enfant.

Dans cet article, je vous partage donc à la fois mes recherches, mes lectures scientifiques et mon regard de personne indirectement concernée, pour éclairer au mieux les choix qui s’offrent à vous.

♻️ Dernière mise à jour : 17 août 2025
Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Qu’appelle-t-on une dent définitive et pourquoi c’est différent d’une dent de lait ?

Les dents définitives, qu’on appelle aussi dents permanentes, sont celles qui apparaissent après les dents de lait. Elles ne tomberont plus et ne seront jamais remplacées naturellement.

👉 C’est donc très différent d’une dent de lait, qui finit toujours par tomber et laisser place à une dent neuve.
👉 Lorsqu’une dent définitive est cassée ou arrachée, il s’agit d’un vrai enjeu à long terme, à la fois pour la santé, l’alimentation, et l’esthétique.

C’est pour cela que la prise en charge n’a rien à voir avec celle d’une dent de lait.

Les enfants ont-ils souvent des traumatismes aux dents ?

Les traumatismes sur les dents (de lait comme définitives) sont relativement fréquents. particulièrement chez les garçons, 2 fois plus touchés, et avant 1 an puis entre 7 et 9 ans, particulièrement l’été (Antipoviene 2021).

2 à 3 enfants sur 10 seront concernés au cours de leur enfance par un traumatisme dentaire (sur une dent provisoire ou définitive).

Cela arrive le plus souvent lors de :

  • chutes, de loin la cause la plus fréquente (jusqu’à 2 enfants sur 3) ;
  • le sport, notamment les sports de contact (environ 4 cas sur 10) ;
  • le vélo (près de 2 cas sur 10) ;
  • les accidents de la route (1 cas sur 10 environ) ;
  • les violences physiques (moins d’1 cas sur 10).

Source : Goswami 2021

Une étude (Lembacher 2022) menée en Autriche sur 578 personnes ayant eu un traumatisme au niveau des dents définitives nous donne aussi un bon aperçu de ces accidents.

L’âge de survenu :

courbe qui montre que les traumatisme sur les dents définitives surviennent a l'âge surtout de 10 ans surtout chez les garçons
Cette courbe montre que les traumatismes sur les dents définitives surviennent en pic chez les garçons à l’âge de 10 ans.

Le délai avant le premier traitement :

La plupart de gens sont soignés 24 heures après l'accident.
Beaucoup de gens sont soignés 24 heures après l’accident, très peu dans la première heure.

Le nombre de dents concernées par le traumatisme :

Le nombre de dents concernées par le traumatisme :

Et quelles dents sont le plus souvent touchées (violet foncé chez les garçons, violet clair chez les filles) :

Les dents 11 et 21 sont les 2 dents devant en haut. La 22 est celle à droite de la 21 toujours en haut, et la 12 celle à gauche de la 11, toujours en haut. Les dents du bas sont moins souvent touchées, et lorsqu'elles le sont, ce sont aussi celles de devant les plus touchées.
Les dents 11 et 21 sont les 2 dents devant en haut. La 22 est celle à droite de la 21 toujours en haut, et la 12 celle à gauche de la 11, toujours en haut. Les dents du bas sont moins souvent touchées, et lorsqu’elles le sont, ce sont aussi celles de devant les plus touchées.

Que faire juste après l’accident ?

Tout dépend de la situation.

  • 🦷 Si la dent est cassée : gardez le morceau s’il est retrouvé et consultez rapidement un dentiste (idéalement le jour même via les urgences ou dans les jours qui suivent).
  • 🦷 Si la dent est luxée (déplacée ou mobile) : consultez le jour-même un dentiste.
  • 🦷 Si la dent est arrachée : il est parfois possible de la réimplanter. Dans ce cas, ne touchez pas la racine, gardez-la dans du lait ou de la salive (jamais dans de l’eau), et consultez en urgence.

Même si vous ne lisez pas cet article “dans le feu de l’action”, il est important de connaître ces gestes. Cela pourrait vous être utile si vous êtes un jour présent sur un accident de ce type, et ces précautions sont d’ailleurs valables pour l’adulte aussi.

Les premières heures comptent beaucoup. Dans tous les cas, une consultation rapide chez le dentiste ou aux urgences dentaires est indispensable.

Note personnelle : dans notre cas, les pompiers intervenus sur l’accident ont récupéré la dent arrachée, l’ont enroulé dans du papier avec de la salive. La dent a pu être ré-implantée aux urgences environ 3 heures après l’accident.

Des soins ont aussi été apportés à 3 autres dents définitives (2 luxées stade 3, une cassée ; toutes devant) et une trentaine de points de suture ont été réalisés au niveau de la lèvre et dans la bouche.

photo avant après d'une dent de devant cassée chez l'enfant, une fois réparée
À gauche : dent de devant cassée. À droite : la dent réparée le jour suivant l’accident. Source : Laforgia 2025

Quels soins et quel suivi dans les semaines et mois qui suivent ?

Les soins et précautions vont dépendre de la situation : dent cassée, arrachée, ou luxée (c’est-à-dire déplacée dans son axe).

La contention

Si la dent a été arrachée puis remise, ou si elle a été très luxée, le dentiste pose souvent une contention : une sorte de petit fil collé aux dents pour les maintenir en place.

  • Elle reste généralement quelques semaines à un mois.
  • Pendant cette période, le brossage reste indispensable 🪥, mais avec une brosse très souple, en douceur.
  • Tant que la contention est là, il est conseillé d’éviter de mâcher avec la dent concernée. L’alimentation doit donc être adaptée.

Les soins de bouche

  • Si des points de suture ont été nécessaires (gencives, lèvres, parfois même fractures de mâchoire), il faudra bien respecter les consignes données par le dentiste ou le chirurgien.
  • Les bains de bouche sont parfois prescrits pour éviter les infections, tout comme des antibiotiques.

L’alimentation

  • Pendant les premières semaines, privilégiez les aliments mous qui ne demandent pas d’effort de mastication.
  • Mais attention : tout ce qui est froid comme les glaces ❄️ peut parfois accentuer la douleur, et aliments trop liquides comme la souple sont parfois compliqués à ingurgiter avec une mobilité moindre de la bouche.
  • Les des textures “douces” comme des crèmes dessert, compotes, pâtes très cuites, purées, yahourt, sont souvent plus faciles à manger.
  • L’important est d’encourager une alimentation équilibrée et riche en protéines, car elles aident la cicatrisation.

Note personnelle : notre enfant a eu beaucoup de mal à s’alimenter les premiers jours, principalement à cause des points de suture. Ce qui passait le mieux : compote, pêches très mures coupées en bouts minuscules et danette, mais en très petites quantités et très lentement.

Nous restions positifs et l’encouragions à chaque repas. Nous veillons à lui proposer le plus de choses différentes possibles. Nous l’avons autorisé à manger avec les doigts pendant plusieurs semaines (c’était plus facile pour mettre les aliments au bon endroit dans la bouche).

Nous lui avons également donné des crèmes hyper-protéinées achetées en pharmacie ou sur internet. Il a aussi été plus facile pour lui de boire systématiquement dans une gourde plutôt que dans un verre pendant plusieurs semaines.

Photo d'un enfant dont les 2 dents de devant supérieures sont remontées dans la gencive. Le traumatisme a aussi causé un gonflement important des lèvres (qui reste quelques jours à quelques semaines)
Photo d’un enfant dont les 2 dents de devant supérieures sont remontées dans la gencive. Le traumatisme a aussi causé un gonflement important des lèvres (qui reste quelques jours à quelques semaines). Source : Laforgia 2025

Le suivi dans le temps

  • Des rendez-vous de contrôle permettent de surveiller l’état de la racine, la vitalité de la dent, et l’évolution des gencives.
  • Les dents cassées ne sont pas forcément réparées tout de suite : une protection est parfois mise en attendant les soins de réparation.

Chez les enfants avec des dents définitives abîmées, le traitement le plus fréquent est selon une étude menée en Lituanie sur 579 enfants (Antipoviene 2021) :

  • environ 2 à 3 cas sur 10 : on met une petite attelle (contention) pour maintenir la dent en place,
  • environ 2 cas sur 10 : on fait surtout un suivi régulier,
  • environ 2 cas sur 10 : on met un pansement provisoire (plombage temporaire).

Les complications les plus fréquentes sont liées à la nécrose de la pulpe (mort du nerf, infection au bout de la racine, abcès) qui surviennent dans 9 cas sur 10 pour les dents de lait, et 1 cas sur 2 pour les dents définitives.

👉 Les traumatismes qui entraînent le plus souvent des complications sont :

  • les fractures émail-dentine (même sans atteinte du nerf),
  • et l’avulsion (expulsion complète de la dent) pour les dents définitives.

Quelles solutions si la dent ne peut pas être sauvée ?

Il arrive que la dent ne puisse pas être conservée. Dans ce cas, différentes options existent.

  • Solutions provisoires : par exemple, un petit appareil amovible qui remplace la dent manquante le temps que la mâchoire grandisse. (Un dentier.)
  • À l’adolescence : des solutions plus esthétiques et fonctionnelles peuvent être proposées, surtout si ce sont les dents de devant.
  • À l’âge adulte : implants, bridges ou prothèses fixes sont envisageables une fois la croissance terminée.

Un implant dentaire est une petite vis (souvent en titane) placée directement dans l’os de la mâchoire pour remplacer la racine d’une dent. C’est une solution solide et durable… mais uniquement possible une fois la croissance terminée.

👉 Chez l’enfant et l’adolescent, l’os de la mâchoire est encore en plein développement. Si on posait un implant trop tôt :

  • L’implant resterait fixe alors que l’os et les dents voisines continuent à grandir.
  • Cela provoquerait un décalage : la dent artificielle semblerait “trop courte” ou mal positionnée au fil du temps.
  • Le résultat serait donc esthétique et fonctionnellement mauvais, avec parfois des complications.

C’est pour cette raison qu’on attend la fin de la croissance osseuse (en général vers 18-20 ans, parfois un peu plus tard selon les individus) avant d’envisager un implant.

Note personnelle : dans notre cas la dent ré-implantée tient pour l’instant, même une fois la contention ôtée. Nous avons des rendez-vous de contrôler régulier chez un dentiste en libéral.

Quelle prise en charge financière (sécurité sociale, mutuelle, assurance) ?

La question du coût est souvent source d’inquiétude. En France, les soins dentaires sont de mieux en mieux remboursés, principalement par 3 acteurs différents.

  • Sécurité sociale : elle prend en charge certains soins, mais pas toujours les solutions esthétiques ou prothétiques.
  • Mutuelle : elles complètent la prise en charge de la sécu pour les soins de base. Pour les soins plus spécifiques comme les implants ou prothèses, cela dépend beaucoup de votre contrat. Cela peut valoir le coût de le ré-étudier et éventuellement de changer de mutuelle ou de contrat si vous savez que vous allez avoir beaucoup de frais de dentiste et orthodontie.
  • Assurances responsabilité civile (scolaire, sportive ou habitation) : si l’accident est survenu dans ce cadre ou a été causée par un tiers, il faut le déclarer à l’assurance de la victime. Des prises en charge des soins peuvent être assurées y compris pour des actes ou dispositifs non pris en charge par la sécu et les mutuelles, comme des implants.

👉 Pensez à garder tous les justificatifs et à contacter rapidement votre assureur.

Note personnelle : dans notre cas l’accident est survenu lors d’un stage sportif et a été causée par un tiers, extérieur au stage. Nous avons déclaré l’accident à notre assurance habitation (c’est souvent l’assurance habitation qui couvre la responsabilité civile) et à l’assurance qu’à notre fils en tant que licencié.

Ensuite notre assureur s’est rapproché de l’assurance du tiers responsable et du club sportif. Les démarches sont toujours en cours, nous gardons toutes les factures en attendant de savoir quelle assurance couvrira les frais (cela peut prendre plusieurs mois).

Faut-il protéger les dents après ce type d’accident ?

C’est une question fréquente. Beaucoup de parents s’imaginent qu’il faut protéger la dent fragilisée en permanence. Mais ce n’est pas toujours le cas.

  • Le port d’un protège-dents au quotidien n’est généralement pas recommandé, sauf dans certains sports à risque.
  • Au contraire, une surprotection peut parfois être contre-productive.

Un protège-dents peut sembler rassurant, mais en dehors du sport :

  • il empêche la dent de retrouver son usage normal : manger, parler, mastiquer. Or, ces stimulations sont justement importantes pour la cicatrisation et la solidité de la dent.
  • il peut créer une pression anormale sur les gencives ou les dents voisines, ce qui ralentit la récupération ;
  • il favorise parfois des irritations ou infections locales, surtout si l’enfant le garde longtemps ou si l’hygiène n’est pas parfaite.

La dent a besoin de retrouver sa fonction progressivement, pas d’être “cachée” en permanence. Le protège-dents garde donc toute son utilité pour les sports de contact, mais il n’est pas adapté pour la vie quotidienne.

👉 Les dents peuvent rester un peu plus sensibles, mais cela ne doit pas empêcher votre enfant de manger, sourire et jouer comme avant.

Note personnelle : notre enfant a repris des activités physiques non à risque (ping pong, pétanque, marche, baignade) 1 semaine après son accident. Les activités physiques plus intenses (athlétisme, tennis) ont été reprise 2 mois après. Heureusement, il n’avait pas d’attrait particulier pour les sports de combat ou des sports plus à risque de chute.

En résumé : quelle attitude adopter en tant que parent ?

Ce type d’accident sur son enfant peut être impressionnant et susciter beaucoup d’inquiétudes.

Cependant de nos jours, la dentisterie a plein de solutions à offrir. Il y a même des personnes qui vivent avec des implants dans toute la bouche, et pas forcément à 80 ans.

Les enfants sont connus pour s’adapter vite, et c’est valable aussi dans le contexte de la perte de dents. Rester positif, rassurer votre enfant, répondre honnêtement à ses questions, ne pas en faire trop… tout cela participera à son rétablissement.

***

Voilà pour ce que je voulais vous dire à ce sujet ! Des questions, remarques ? Rendez-vous en commentaire !

Ces articles pourraient également vous intéresser :

📚 SOURCES

Goswami M, Aggarwal T. Prevalence of Traumatic Dental Injuries among 1- to 14-year-old Children: A Retrospective Study. Int J Clin Pediatr Dent. 2021 Jul-Aug;14(4):467-470. doi: 10.5005/jp-journals-10005-1961. PMID: 34824497; PMCID: PMC8585904.

Antipovienė A, Narbutaitė J, Virtanen JI. Traumatic Dental Injuries, Treatment, and Complications in Children and Adolescents: A Register-Based Study. Eur J Dent. 2021 Jul;15(3):557-562. doi: 10.1055/s-0041-1723066. Epub 2021 Feb 3. PMID: 33535246; PMCID: PMC8382465.

Laforgia A, Inchingolo AM, Inchingolo F, Sardano R, Trilli I, Di Noia A, Ferrante L, Palermo A, Inchingolo AD, Dipalma G. Paediatric dental trauma: insights from epidemiological studies and management recommendations. BMC Oral Health. 2025 Jan 2;25(1):6. doi: 10.1186/s12903-024-05222-5. PMID: 39748355; PMCID: PMC11697964.

Lembacher S, Schneider S, Lettner S, Bekes K. Prevalence and Patterns of Traumatic Dental Injuries in the Permanent Dentition: A Three-Year Retrospective Overview Study at the University Dental Clinic of Vienna. Int J Environ Res Public Health. 2022 Nov 25;19(23):15725. doi: 10.3390/ijerph192315725. PMID: 36497799; PMCID: PMC9735572.

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Fonto Media - Santé, kinésithérapie & communication

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture