Vous pensez avoir ou souffrez d’une tendinite de de Quervain ? Vous recherchez des informations à ce sujet ?
Sur la base de mon expérience de kiné et après avoir fait le tour de la littérature scientifique internationale, j’ai écrit cet article pour vous.
Bonne lecture ! 🙂
(Des questions, des remarques ou des expériences à partager ? C’est avec plaisir que je vous lis et réponds dans les commentaires au bas de l’article ! 🙏)
♻️ Dernière mise à jour : décembre 2023. Rédigé par Albin Guillaud, kiné et docteur en santé publique.
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Sommaire
Qu’est-ce que la tendinite de de Quervain ?
Fritz de Quervain était un chirurgien suisse, le premier à avoir identifié et documenté la tendinite qui porte son nom.
Donc non, il n’y a pas une faute de frappe : on parle le bien de la tendinite de de Quervain, et non de la tendinite de Quervain.
La tendinite de de Quervain a plusieurs autres noms :
- syndrome de de Quervain ;
- ténosynovite de de Quervain ;
- maladie de de Quervain.
Chacun de ces noms désigne la même chose.
Parfois, la tendinite de de Quervain est considérée comme une tendinite du poignet ou du pouce.
Les tendons concernés par cette tendinite sont :
- le tendon du muscle court extenseur du pouce ;
- le tendon du muscle long abducteur du pouce.

Comment et pourquoi attrape-t-on cette tendinite ?
D’abord, il faut savoir que les tendons impliqués dans la tendinite de de Quervain passent au niveau du poignet dans une espèce de tunnel.
Ceci étant dit, voilà comment on pense que ça se déroule :
- en utilisant beaucoup son poignet ou son pouce dans une activité quelconque, on peut progressivement abimer ce tunnel.
- Le tunnel s’inflamme, et l’enveloppe qui le délimite s’épaissit petit à petit.
- Au fil du temps, l’espace disponible pour les tendons diminue.
- Quand ces tendons sont utilisés, comme ils ont moins de place dans le tunnel, les frictions entre les deux augmentent : la douleur apparaît.

À noter qu’on est plus à risque de développer cette tendinite avec l’âge et quand on est une femme (questions de génétique).
Sources : Wai-si, 2020
Reconnaître une tendinite de de Quervain : quels symptômes ?
Les symptômes pour reconnaître une tendinite de de Quervain sont :
1️⃣ Une histoire de sur-utilisation du poignet et du pouce concernés, que ce soit dans un contexte professionnel, sportif ou artistique.
Porter un bébé est aussi une activité typique pouvant conduire à une tendinite de de Quervain.
2️⃣ Une douleur d’activité :
▪️ plutôt isolée, c’est-à-dire sans autres anomalies que la douleur, par exemple un poignet enflée ;
▪️ localisée au niveau du poignet, côté pouce ;
▪️ activable au moyen de tests spécifiques. Le WHAT test est sans doute le meilleur disponible :
- on vous demande de plier le poignet autant que votre douleur vous le permet (« plier » dans le sens indiqué par la paume de votre main) ;
- on vous demande aussi, en même temps, d’écarter et de tendre votre pouce vers l’arrière le plus possible. (L’arrière est indiqué par le dos de votre main.)
- Un examinateur appuie progressivement sur votre pouce, comme s’il cherchait à le rapprocher des autres doigts. Vous devez résister.
- Le test est positif en cas de douleur lors d’un appui modéré.

3️⃣ Une douleur à la palpation de la zone douloureuse en activité.
4️⃣ Parfois, un léger gonflement localisé dans cette même zone douloureuse.
La « douleur d’activité » se distingue de la « douleur de repos », douleur qui se présente même sans bouger.
Remarque : après ou pendant une période d’activité intense, une tendinite de de Quervain peu créer transitoirement une douleur de repos.
Sources : Goubeau, 2013 ; Millar, 2021
Faut-il faire une radio, une échographie ou une IRM ?
Faire une radio, une échographie ou une IRM n’est pas nécessaire pour diagnostiquer une tendinite de de Quervain.
Ces techniques d’imagerie peuvent toutefois s’avérer utiles pour :
⚫ s’assurer qu’il n’y a pas un autre problème qui nécessiterait une prise en charge différente de celle d’une tendinite de de Quervain (voir partie suivante) ;
⚫ dans le cas des tendinites très invalidantes et persistantes, bien repérer les détails anatomiques de la zone douloureuse :
- à la fois pour guider un potentiel traitement par injection ou chirurgical ;
- mais aussi pour se donner une idée des chances d’amélioration de la situation (pronostic).

Sources : Goubeau, 2013 ; Goyal, 2018 ; Millar, 2021
Avec quoi ne pas confondre la tendinite de de Quervain ?
Une douleur au poignet peut s’expliquer par un grand nombre de causes autres que la tendinite de de Quervain. Écarter ces causes est une étape importante du diagnostic.
Quelles sont ces causes ? On a :
🟥 Les drapeaux rouges, c’est-à-dire les problèmes qui nécessitent une prise en charge urgente comme :
▪️ les traumatismes telles les fractures ou les luxations ;
▪️ les arthrites septiques (infection d’une articulation) :
▪️ les tumeurs malignes (cancer).
🟨 Les problèmes systémiques (globaux), moins urgents que les précédents, mais qui nécessitent tout de même une prise en charge rapide :
▪️ lesmaladies rhumatologiques (ex : psoriasis, arthrite rhumatoïde, sclérodermie, lupus érythémateux systémique) ;
▪️ les maladies granulomateuses (ex : sarcoïdose, tuberculose) ;
▪️ les maladies hématologiques (ex : leucémie, myélome multiple) ;
▪️ lesconditions métaboliques (ex : acromégalie, diabète, goutte, hyperparathyroïdie, hypocalcémie, hypothyroïdisme, maladie de Paget, grossesse, pseudogoutte) ;
▪️ l’amyloïdose ;
▪️ les ostéomyélites ;
▪️ les neuropathies périphériques.
Toutes ces maladies ou conditions peuvent conduire à des douleurs du poignet (entre autres).
⬛ Les autres problèmes tels que :
▪️ les séquelles d’anciennes fractures : pseudarthroses de certains petits os du poignet (scaphoïde ou hamatum) ;
▪️ les nécroses avasculaires de certains petits os du poignet (scaphoïde ou lunatum) ;
▪️ les lésions ligamentaires ;
▪️ les lésions du complexe fibro-cartilagineux triangulaire (une structure anatomique particulière du poignet) ;
▪️ les subluxations ;
▪️ les instabilités du carpe (une région du poignet composée de 8 petits os) ;
▪️ les séquelles de lésions ligamentaires ;
▪️ les kystes synoviaux ;
▪️ les lésions et compressions nerveuses :
- syndrome du nerf interosseux postérieur distal ;
- syndrome du canal carpien ;
- syndrome du nerf ulnaire (ou cubital) ;
- syndrome du défilé thoracobrachial ;
▪️ un syndrome d’intersection ;
▪️ un syndrome douloureux régional complexe.
Bonne nouvelle : si un professionnel pense que vous avez une tendinite de de Quervain, ça veut dire qu’il a écarté tout le reste ! (Du moins temporairement ; on peut se tromper.)
Sources : Forman, 2005 ; Schmidt, 2021
Quel traitement pour la tendinite de de Quervain ?
On estime que ta tendinite de de Quervain guérit souvent d’elle-même [Philips, 2022] :
- soit à l’arrêt des activités à la source du problème ;
- ou en un ou deux ans maximum.
Pour espérer aller plus vite, il existe des approches non chirurgicales et chirurgicales.
Approches non chirurgicales
Les premières options de traitement pour la tendinite de de Quervain sont :
- chercher à adapter les activités qui ont conduit à la tendinite et l’entretiennent ;
- porter temporairement une attelle (ou orthèse) pour immobiliser le poignet et la base du pouce ;
- prendre des anti-inflammatoires ;
- injecter des corticoïdes (infiltrations).
Certains proposent également :
- de réaliser certains exercices ;
- d’appliquer des ultrasons ;
- de poser des bandes élastiques adhésives.
Quelle efficacité ?
Est-ce que toutes ces différentes approches marchent ? Sont-elles efficaces ? À quel point ?
Malheureusement, à mon avis, il n’existe pas suffisamment d’études conséquentes et de bonne qualité pour répondre à ces questions.
Toutefois, la maigre littérature sur le sujet suggère que la meilleure stratégie à ce jour est :
1️⃣ d’abord envisager d’adapter les activités problématiques, porter éventuellement une attelle, et pourquoi pas prendre des anti-inflammatoires (sous supervision).
Puis patienter, au moins 6 semaines.
2️⃣ Si la première étape échoue, envisager une à deux infiltrations de corticoïdes en complément du port d’une attelle [Cavaleri, 2016].
3️⃣ Si la seconde étape échoue, envigager l’approche chirurgicale.
Sources : Fakoya, 2023 ; Rutkowski, 2023 ; Cavaleri, 2016 ; Philips, 2022
Approche chirurgicale
En cas d’échec de l’approche non chirurgicale (moins de 10 % des cas [Philips, 2022]), une chirurgie peut être envisagée.
L’approche chirurgicale consiste à inciser le tunnel dans lequel passent les tendons affectés. Autrement dit, il s’agit de faire une petite entaille dans sa longueur.
Cette technique permet de relâcher la pression dans le tunnel ; un peu comme quand on déboutonne son pantalon après un copieux repas pour être plus à son aise.
Les suites de ce type de chirurgie s’accompagnent en général :
- du port d’une attelle d’immobilisation pendant une à deux semaines ;
- d’une incitation à réaliser des exercices, d’abord sans contraintes, puis avec contraintes (renforcement) ;
- de conseils pour la gestion du gonflement de la main (œdème) et de la cicatrice.
Quelle efficacité ?
À en croire la littérature sur le sujet, les résutats de ce type de chirugie sont bons à court et à long terme [Scheller, 2008 ; Lee, 2014].
Cependant, comme pour toute chirurgie, un risque de complications existe. C’est une des raisons qui font que cette approche est toujours considérée en dernier recours.
Sources : Scheller, 2008 ; Lee, 2014 ; Philips, 2022
Attelles (ou orthèses) et tendinite de de Quervain : laquelle choisir ?
Ce qu’il faut savoir à ce sujet :
✅ Le principe d’une attelle pour la tendinite de de Quervain est d’immobiliser le poignet et la partie basse du pouce (voir image 5).
✅ Il existe une grande quantité d’attelles pour soulager une tendinite de de Quervain.
✅ Il n’existe aucune étude ayant attesté de la supériorité de l’une par rapport à une autre.
✅ En conséquence du point précédent, on peut donc dire que tout attelle standard fait l’affaire ! (À la bonne taille, et avec le réglage qui vous convient.) (Voir sur Amazon)
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📚 SOURCES
Mattox R, Battaglia PJ, Scali F, Ottolini K, Kettner NW. Distal intersection syndrome progressing to extensor pollicis longus tendon rupture: a case report with sonographic findings. J Ultrasound. 2016 Dec 8;20(3):237-241. doi: 10.1007/s40477-016-0223-4. PMID: 28900524; PMCID: PMC5573695.
Wai-si, T. E., Joanne, Y., Yu, L. K., Lun, Y. K., Christian, F., & Pui, N. S. (2020). De Quervain’s Tenosynovitis: A Systematic and Citation Network Analysis Review. Biomedical Journal of Scientific & Technical Research, 24(5), 18674-18684. DOI: 10.26717/BJSTR.2020.24.004125
Goubau JF, Goubau L, Van Tongel A, Van Hoonacker P, Kerckhove D, Berghs B. The wrist hyperflexion and abduction of the thumb (WHAT) test: a more specific and sensitive test to diagnose de Quervain tenosynovitis than the Eichhoff’s Test. J Hand Surg Eur Vol. 2014 Mar;39(3):286-92. doi: 10.1177/1753193412475043. Epub 2013 Jan 22. PMID: 23340762.
Millar, N.L., Silbernagel, K.G., Thorborg, K. et al. Tendinopathy. Nat Rev Dis Primers 7, 1 (2021). https://doi.org/10.1038/s41572-020-00234-1
Goyal A, Srivastava DN, Ansari T. MRI in De Quervain Tenosynovitis: Is Making the Diagnosis Sufficient? AJR Am J Roentgenol. 2018 Mar;210(3):W133-W134. doi: 10.2214/AJR.17.19078. PMID: 29469625.
Forman TA, Forman SK, Rose NE. A clinical approach to diagnosing wrist pain. Am Fam Physician. 2005 Nov 1;72(9):1753-8. PMID: 16300037.
Schmidt E, Kobayashi Y, Gottschalk AW. It’s Not De Quervain Tenosynovitis – A Diagnosis to Consider in Persistent Wrist Pain. Ochsner J. 2021 Summer;21(2):120-122. doi: 10.31486/toj.21.0005. PMID: 34239368; PMCID: PMC8238112.
Fakoya AO, Tarzian M, Sabater EL, Burgos DM, Maldonado Marty GI. De Quervain’s Disease: A Discourse on Etiology, Diagnosis, and Treatment. Cureus. 2023 Apr 24;15(4):e38079. doi: 10.7759/cureus.38079. PMID: 37252462; PMCID: PMC10208847.
Rutkowski M., Rutkowski Kristy. Potential effects, diagnosis, and management of De Quervain Tenosynovitis in the aesthetics community: A Brief Review, Case Example, and Illustrative Exercises. J Clin Aestet Dermatol 2023;16(9 Suppl 2):S28-31.
Cavaleri R, Schabrun SM, Te M, Chipchase LS. Hand therapy versus corticosteroid injections in the treatment of de Quervain’s disease: A systematic review and meta-analysis. J Hand Ther. 2016 Jan-Mar;29(1):3-11. doi: 10.1016/j.jht.2015.10.004. Epub 2015 Nov 6. PMID: 26705671.
Philips M., The natural history of DeQuervain’s tenosynovitis, 2022, sportsortho.co.uk

Rédigé par Albin Guillaud
Kiné et docteur en santé publique, j’ai à cœur de répondre au mieux possible à vos questions. Pour cela, je plonge volontiers au plus profond des abysses de la littérature scientifique internationale.
Entre deux immersions, j’aime arpenter les belles montagnes savoisiennes qui m’entourent ! 🌞❄️


Bonjour, quid de l’utilisation des US à visée anti inflammatoire selon vous ?
Bonjour et merci pour votre question !
Pour le cas spécifique de la tendinite de de Quervain, je n’ai malheureusement pas croisé d’études solides attestant de l’efficacité des US.
Toutefois, étant donné :
• que l’effet anti-inflammatoire des US semble avoir une certaine plausibilité,
• que les risques à les utiliser sont minimes (voir à ce sujet l’article Fonto media dédié sur les risques des ultrasons en kiné),
• qu’il n’y a de toute façon pas grand-chose à faire,
je peux comprendre que, malgré tout, certains professionnels les proposent à leurs patients.
Bien à vous
Albin G