Site icon Nelly Darbois, kinésithérapeute à St Alban Leysse et rédactrice

Tout sur la thérapie miroir après un AVC

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Entre 2015 et 2020, j’ai donné un cours sur la thérapie miroir (après AVC ou autre) à l’école de kinésithérapie de Grenoble. Cette technique est intéressante à connaître car elle est simple à mettre en place même en toute autonomie en dehors de séances de kinésithérapie ou d’ergothérapie.

Voici les bénéfices que l’on peut attendre de la thérapie miroir après un AVC et le protocole qu’il est possible de mettre en place en cas d’hémiplégie.

Sommaire

  1. Thérapie miroir : késako et quand l’utiliser après un AVC ?
  2. Les effets et intérêts de la thérapie miroir après un AVC
    1. Sur quoi la thérapie miroir est efficace
    2. Avantages et limites de la thérapie miroir après AVC
  3. Protocole de la thérapie miroir en cas d’hémiplégie
  4. Et la thérapie miroir après AVC par robotique ou réalité virtuelle ?
Le contenu de cet article en version vidéo. La vidéo est un peu moins approfondie, mais évoque aussi les effets de la thérapie miroir sur d’autres pathologies (douleurs du membre fantôme après amputation, paralysie cérébrale, syndrome douloureux régional complexe (SDRC) ou algoneurodystrophie)

Thérapie miroir : c’est quoi et quand l’utiliser après un AVC ?

Lorsque je donne un cours aux étudiant.es kiné sur la thérapie miroir, j’aime leur présenter à partir d’une vidéo de Dr House dans laquelle il l’utilise. Il l’utilise non pas sur une personne hémiplégique suite à un AVC, mais sur une personne amputée. Comme on s’y attends dans une série, l’effet provoqué par la thérapie miroir est incroyable : en à peine une séance et mêmes quelques secondes, le patient du Dr House est instantanément soulagé complètement de terribles douleurs de son membre amputé (dit membre fantôme). Alors que ces douleurs duraient depuis des années, à une intensité inimaginable.

Séance de thérapie miroir avec Dr House, pour des douleurs du membre fantôme

La vidéo a tout de même le mérite de présenter quelques aspects véridiques de la thérapie miroir.

Dans la vraie vie, la thérapie miroir est souvent pratiquée lors de séances de kinésithérapie ou d’ergothérapie. Les kinésithérapeutes ou ergothérapeutes proposent de mettre en place cette technique au côté d’autres au cours de la rééducation après un AVC. Les personnes pratiquent ensuite au cours des séances de kinésithérapie ou d’ergothérapie ou en dehors en toute autonomie.

La thérapie miroir se réalise à l’aide d’un miroir sur pied ou d’un miroir adhésif collé sur un carton. Il suffit de regarder le reflet dans le miroir de son bras ou de sa jambe du côté dans hémiplégie.

Effets et intérêts de la thérapie miroir après un AVC

Nous allons maintenant voir quels effets on peut attendre de la thérapie miroir après un AVC et de manière générale quels sont les avantages de cette technique pour la rééducation d’une hémiplégie.

Sur quoi la thérapie miroir est efficace après un AVC ?

Plusieurs dizaines d’études ont été menées depuis la fin des années 90 sur les effets de la thérapie miroir après un AVC. Des personnes atteintes d’hémiplégie du membre supérieur ou inférieur droit ou gauche suivaient dans ces études des séances de thérapie miroir en plus des séances de rééducation habituelle en ergothérapie et kinésithérapie. Leur récupération était comparée à celle de personnes avec la même rééducation mais sans thérapie miroir. Dans certaines études, on a même fait pratiquer une thérapie miroir dite « placebo » aux victimes d’un AVC, c’est-à-dire que le miroir était caché par un tissu : il n’y avait donc pas de reflet du membre sain à observer.

Que nous permettent de dire ces études sur l’effet de la thérapie miroir après un AVC ? La thérapie miroir permet :

La thérapie miroir n’a cependant pas d’effet sur :

Rare sont les études qui mentionnent des effets secondaires. Lorsque c’est le cas, ces effets secondaires ont lieu sur peu de patients, sont mineurs et passent tout seul. Il s’agit de sensations sensitives dans le membre hémiplégique, tels que des fourmis.

Est-ce que la thérapie miroir a un effet même à distance de l’AVC ? Cela n’est pas certain. La récupération d’un AVC est maximale les premiers mois suivant l’accident vasculaire cérébral. C’est donc durant cette phase que la thérapie miroir doit être mise en place, idéalement. Elle peut même être débutée dès les premiers jours après l’AVC, à l’hôpital, en centre de rééducation ou une fois revenu à domicile.

La thérapie miroir a été testée sur différents paramètres après un AVC. En voici une présentation synthétique qui s’appuie sur les résultats des dernières revues systématiques et méta-analyses.

Les avantages et limites de la thérapie miroir en cas d’hémiplégie

On l’a vu, la thérapie miroir a un effet étayé empiriquement sur plusieurs paramètres après un AVC, en présence ou non d’une hémiplégie. Voici donc ses principaux avantages :

Boîte de thérapie miroir
(un miroir « maison » mobile fait aussi très bien l’affaire)
⭐⭐⭐⭐ 24 avis
45

Il y a quelques limites à la thérapie miroir :

Pour ma part, il s’agit d’une technique que je propose à tout.es mes patientes et patients après un AVC qui ont des limitations au membre inférieur ou supérieur. Certain.es adhèrent, d’autres non. Dans tous les cas, il s’agit d’une technique qu’ils et elles réalisent en autonomie, en plus de la rééducation en ma présence.

La thérapie miroir après un AVC améliore la motricité du bras et de la jambe, les douleurs et la marche. Elle ne coûte pas cher et peut être fait en plus des séances de kinésithérapie et ergothérapie.

Protocole de la thérapie miroir en cas d’hémiplégie

Qu’on soit kinésithérapeute, ergothérapeute ou patient.e, on cherche souvent un protocole précis à respecter pour réaliser la thérapie miroir en cas d’hémiplégie. Bien qu’il existe des grandes lignes à respecter pour optimiser l’efficacité de la thérapie miroir, le mieux est d’adapter le protocole en fonction des objectifs de rééducation que l’on souhaite privilégier et bien sûr du temps que l’on est prêt.e à consacrer à la thérapie miroir.

Par exemple, pour une personne qui a des séquelles surtout au niveau du bras gauche, et qui marche bien sans aide technique, il va être plus intéressant de pratiquer la thérapie miroir pour le bras gauche. Il faudra donc que la personne observe le reflet de son bras droit (sain) dans le miroir.

Réaliser un bilan avec les kinésithérapeutes ou ergothérapeutes qui suivent la rééducation de l’AVC avant d’entreprendre la thérapie miroir est pertinent. Cela permettra d’objectiver par exemple le niveau actuel de motricité, de douleur ou encore d’aisance dans les activités de la vie quotidienne. En cas d’amélioration de ces paramètres dans les semaines qui suivent la mise en place de la thérapie miroir, cela pourra encourager à continuer. En l’absence de progrès, peut-être vaudra-t-il mieux s’orienter vers autre chose.

Protocole pour la thérapie miroir en cas d’hémiplégie : utiliser un GRAND miroir. Ici, le miroir utilisé est trop petit si l’on souhaite optimiser l’effet de la thérapie miroir sur la récupération après un AVC.

Quelles sont donc les grandes ligne d’un protocole de la thérapie miroir en cas d’hémiplégie ?

  1. Des séances suffisamment fréquentes : réaliser des séances de thérapie miroir 5 fois par semaine, durant 20 à 30 minutes, pendant au moins 4 semaines. Il peut y avoir cependant un peu plus de fléxibilité en termes de fréquence et durée des séances.
  2. L’utilisation d’un miroir plutôt le plus grand possible. Bien qu’il existe des boites de thérapie miroir spécialement conçues et qui s’achètent pour une trentaine d’euros, le mieux est d’utiliser un miroir le plus grand possible. On a en effet constaté que dans les études conduites sur la thérapie miroir après un AVC, les personnes utilisant un grand et large miroir récupéraient mieux. Il est possible d’acheter par exemple du film adhésif miroir pour une dizaine d’euros (par internet ou dans un magasin de bricolage) que l’on colle sur un grand carton de récupération.
  3. La réalisation de mouvement du bras, de la jambe, de main ou du pied que du côté sain. Le mieux est de se concentrer que sur lui et pas sur le côté hémiplégique.
  4. La réalisation de mouvements sans utiliser d’objets à saisir dans la main ou sur lesquels prendre appui.
Exemple d’exercice à faire pour les adultes ou enfants, pour le membre supérieur. Cet article fait aussi bouger le membre pathologique. Ce n’est pas ce qui est le plus recommandé, mais si cela motive plus la personne à tester la thérapie miroir, cela peut être un compromis.

Thérapie miroir par réalité virtuelle ou robotique

Avez-vous déjà entendu parlé de la thérapie miroir par réalité virtuelle, voire même via des robots ou des exo-squelettes ? C’est fort probable, puisque les entreprises et start-up qui développent ce type de dispositifs communiquent beaucoup à ce sujet. L’idée est assez simple : réaliser la thérapie miroir non pas avec l’aide d’un vrai et simple miroir, mais en utilisant des dispositifs sophistiqués.

Un des nombreux dispositifs de thérapie miroir par réalité virtuelle, comme souvent utilisé non pas par une personne après un AVC mais par une personne sans pathologie.

Le but selon celles et ceux qui développent ces dispositifs ? Proposer des situations plus ludiques, travailler différemment et plus efficacement, etc. Pourtant, ces dispositifs ont des écueils évidents :

Thérapie miroir par exo-squelette : pas d’intérêt après un AVC par rapport à la thérapie miroir avec un simple miroir.

Plusieurs dizaines de publications existent sur le sujet de ces thérapies miroir seconde génération. J’ai co-réalisé en 2018 une synthèse de toutes ces études, afin de savoir si ces formes de thérapie miroir avaient réellement un intérêt. Voilà une partie de la conclusion à laquelle nous arrivons dans cet article que nous avons publié dans une revue internationale de rééducation :

It is not relevant to recommend investment by rehabilitation professionals and institutions in such devices. It does not seem reasonable to develop new devices given the costs, time, and resources required, but rather to assess existing devices with well-conducted randomized controlled trials, especially in the case of public funding.

Il n’est pas pertinent de recommander l’investissement des professionnels de la rééducation et des institutions dans ces dispositifs de thérapie miroir. Il ne semble pas raisonnable de développer de nouveaux dispositifs étant donné le coût, le temps et les ressources requises, mais il serait plutôt pertinent d’évaluer l’efficacité de ces dispositifs par des essais contrôlés randomisés, particulièrement dans le cas de financement public.

Darbois et al., 2018

En d’autres termes, il n’y a pas d’intérêt à se tourner vers la thérapie miroir par réalité virtuelle ou robot. Un simple miroir utilisé dans les conditions décrites précédemment suffit amplement.

La thérapie miroir à l’aide de la réalité virtuelle ou de robot coûte cher, est plus difficile à mettre en place et n’est pas plus efficace que l’utilisation d’un simple miroir.

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📘 Sources 📘

Publications identifiées via la base de donnée de la Medline, avec les mots clés suivants : mirror therapy stroke. Dernière mise à jour de la recherche bibliographique : février 2020.

Sur l’effet de la thérapie miroir sur la récupération motrice après un AVC : Thieme H, Morkisch N, Mehrholz J, et al. Mirror therapy for improving motor function after stroke. Cochrane Database Syst Rev. 2018;7(7):CD008449. Published 2018 Jul 11. doi:10.1002/14651858.CD008449.pub3

Sur l’effet de thérapie miroir après un AVC sur le membre inférieur et la marche : Broderick et al., Mirror therapy for improving lower limb motor function and mobility after stroke: A systematic review and meta-analysis. Gait & Posture. Volume 63, June 2018, Pages 208-220

Sur l’effet de la thérapie miroir avec un simple miroir versus l’effet de la thérapie miroir par réalité virtuelle ou avec des robots : Darbois N, Guillaud A, Pinsault N. Do Robotics and Virtual Reality Add Real Progress to Mirror Therapy Rehabilitation? A Scoping Review. Rehabilitation Research and Practice. 2018

Sur les différents paramètres de la thérapie miroir sur lesquels jouer pour améliorer par la récupération après un AVC : Morkisch et al. How to perform mirror therapy after stroke? Evidence from a meta-analysis. Restorative Neurology and Neuroscience, vol. 37, no. 5, pp. 421-435, 2019. Et la réaction des personnes à l’initiative de la thérapie miroir à cette publication, Ramachandran VS et D.

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