Vous avez une douleur sous l’une ou l’autre de vos aisselles ? Ou bien est-ce peut-être les deux à la fois ? Vous vous demandez alors : pourrait-ce être une tendinite ? Et si oui, quels autres symptômes devrais-je constater ?
Chaque mois, sur le web francophone, vous êtes entre 1 000 et 10 000 personnes à vous poser ce genre de questions. Ceci étant dit, laissez-moi vous donner sans délai l’information centrale de cet article : il n’existe aucune tendinite qui donne des douleurs sous les aisselles. Autrement dit, si vous avez une douleur sous une aisselle, ce n’est très certainement pas une tendinite.
Si vous n’avez pas interrompu votre lecture au paragraphe précédent, c’est que vous vous demandez peut-être maintenant :
- comment peut-on en être aussi sûr ?
- Qu’est-ce que ça peut bien être alors ?
- Dois-je continuer à m’en inquiéter ?
J’ai écrit la suite de cet article pour toutes celles et ceux qui auront voulu aller plus loin que la simple information centrale brute. Sentez-vous maintenant libre d’approfondir ! 🙂
♻️ Dernière mise à jour : septembre 2023. Rédigé par Albin Guillaud, kiné et docteur en santé publique.
👩⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec le sujet. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.
Sommaire
Existe-t-il une tendinite qui donne des douleurs sous les aisselles ?
Dans le doute que tout le monde est bien lu l’introduction, je rappelle ici que :
Il n’existe pas de tendinite qui donne des douleurs sous les aisselles.
Voilà pourquoi si vous souffrez d’une douleur sous l’une ou l’autre de vos aisselles, vous pouvez être assuré que ce n’est pas une tendinite. Il y a donc une autre cause…
Quelle peut être cette cause ? Vous demandez-vous sûrement. Qu’est-ce qui peut bien créer cette douleur si ce n’est pas une tendinite ? Voyons ce qu’il en est.
Pourquoi une douleur sous l’aisselle si ce n’est pas une tendinite ?
Une douleur sous l’aisselle peut se manifester pour de très nombreuses raisons. Et donc rappelons qu’aucune de ces raisons n’inclut une possible tendinite.
Avant d’explorer avec vous les différents problèmes qui peuvent conduire à une douleur à l’aisselle, faisons un tout petit peu d’anatomie. (Vraiment un tout petit peu, promis.)
Un peu d’anatomie
L’aisselle est composée de plusieurs parties. Il y a le creux axillaire au centre, et tout autour, il y a différents muscles (voir image et légende de l’image ; les noms des différents muscles sont donnés à titre purement indicatif). Et voilà, le cours d’anatomie est déjà terminé !

Nous pouvons à présent passer en revue les grandes catégories de problèmes pouvant conduire à des douleurs sous les aisselles.
Douleur sous l’aisselle suite à des lésions musculaires
Pour l’aisselle au « sens large » (creux axillaire + muscles autour), des lésions musculaires peuvent entraîner des douleurs dans cette zone. Cela peut aller de simples courbatures à des déchirures.
De simples exercices de pompes ou de tractions peuvent par exemple facilement créer des courbatures dans cette région corporelle. Pour ce qui est des déchirures, elles peuvent survenir dans des contextes sportifs intenses.
À noter que des séquelles de blessures musculaires peuvent aussi être responsables de douleurs longtemps après le traumatisme initial. (Anecdote : je suspecte avoir moi-même traîné une douleur de ce type dans la région de l’aisselle gauche pendant bien deux ans. Une douleur qui aurait fait suite à une lésion musculaire bénigne, sur un exercice de traction fait à froid.)
Douleur sous l’aisselle liée des lésions de la peau
Il existe quantité de lésions de la peau possibles dans la région du creux axillaire (Urso, 2018). La plupart de ces lésions sont susceptibles d’entraîner des douleurs des aisselles. En général, toutes ces lésions se manifestent de manière visible ou palpable.
Avez-vous contrôlé ou fait contrôler l’état de votre peau dans cette zone ?
Douleur sous l’aisselle liée à un problème sous la peau
Un problème sous la peau peut causer des douleurs sous les aisselles. Par exemple, cela peut être :
- une tumeur bénigne du tissu gras (la graisse) ; on parle alors de lipome ;
- un problème des ganglions lymphatiques (adénopathies) ; ce type de problème peut avoir de nombreuses origines différentes :
- infectieuse ;
- tumorale ;
- auto-immune (votre propre corps s’attaque lui-même pour des raisons plus ou moins bien connues selon les cas) ;
- encore mal comprise.
À noter qu’en principe, aucun de ces problèmes ne donne uniquement une douleur isolée sous l’aisselle. Ils sont en général associés à d’autres symptômes ou anomalies détectables par un professionnel bien formé.
Parmi les problèmes sous-cutanés qui peuvent donner une douleur sous l’aisselle, on peut aussi mentionner la tumeur bénigne d’un nerf (neurinome). Toutefois, il est très rare qu’une telle tumeur puisse produire une douleur sous l’aisselle (Mikolajczyk, 2015).
Douleur sous l’aisselle d’origine mal comprise
Certaines douleurs sous l’aisselle peuvent résulter de situations de santé encore mal comprises. C’est le cas pour :
- le syndrome douloureux post-mastectomie (« post-mastectomie » = après l’ablation d’un sein), après un cancer du sein notamment ;
- le syndrome du cordon axillaire, après une chirurgie du cancer du sein également (Agostini, 2021).
À retenir : de nombreuses raisons peuvent expliquer des douleurs sous les aisselles. En général, ces douleurs sont associées à d’autres symptômes ou anomalies détectables par un professionnel bien formé.
La tendinite sous les aisselles n’existe pas : comment s’en assurer ?
Personne ne peut être sûr à 100 % qu’il soit impossible de développer une tendinite qui donne des douleurs sous l’aisselle. Toutefois, j’en suis personnellement suffisamment sûr pour qu’en pratique, je fasse comme si c’était 100 %. Disons que j’en suis sûr à 99,9 %.
Vous vous demandez peut-être alors : comment peut-on en être aussi sûr ? Pourquoi 99,9 % et pas 75 % ? ou 50 %. Ce questionnement et légitime. Pour y répondre, je dirais d’abord que je n’ai jamais entendu parler nulle part d’une tendinite qui donnerait des douleurs sous l’aisselle :
- ni durant ma formation de kinésithérapeute ;
- ni durant toutes mes années d’expérience professionnelle.
Bien entendu, il serait très aventureux de se baser uniquement là-dessus. Voilà pourquoi, j’ai utilisé une autre méthode : regarder si on en a déjà parlé quelque part dans la littérature médico-scientifique internationale depuis que le monde est monde (ou presque).
Pour bien comprendre l’intérêt de cette méthode, il faut d’abord rappeler un fait important au sujet des humains que nous sommes : nous avons une certaine tendance à créer des maladies controversées ou qui n’existe carrément pas.
(Voir à ce titre les deux articles de Wikipédia suivant : Disease mongering et List of diagnoses characterized as pseudoscience. Le premier est en français, le second en anglais.)
En conséquence :
- si on ne parle pas de tel ou tel problème de santé dans la littérature médico-scientifique internationale, même en termes controversés,
- alors il y a de grandes chances qu’il n’existe pas.
Au sujet de potentielles tendinites qui donneraient des douleurs aux aisselles. Je n’en ai trouvé absolument aucune trace nulle part. Pour les plus curieux, voici quelle a été ma méthode de recherche.
Exploration de la littérature médico-scientifique : méthode
Pour savoir s’il existe une éventuelle tendinite qui donnerait des douleurs sous les aisselles, j’ai utilisé deux moteurs de recherche :
- Google Scholar (spécialisé dans les publications scientifiques en général) ;
- PubMed (spécialisé dans les publications scientifiques en médecine et biologie).
J’ai d’abord parcouru Google Scholar en long en large et en travers. C’est ce que je fais à chaque fois que j’écris un nouvel article. Je trouve Google Scholar un peu plus souple d’utilisation que PubMed, je le préfère donc pour dégrossir. Toutefois, PubMed à l’avantage d’être :
- spécialisé dans le domaine qui nous intéresse ;
- plus à jour.
Par ailleurs, il est plus facile de faire des recherches méthodiques dans PubMed, et ainsi d’en rapporter les résultats. Voilà pourquoi je ne décris ci-dessous que le détail de ma méthode et de mes résultats pour PubMed. Le but est avant tout d’illustrer ma démarche, et non de rédiger un article scientifique 🙂
Recherche des mots-clés pertinents
J’ai commencé par rechercher tous les mots-clés pertinents. Pour cela, j’utilise le MeSH, un répertoire organisé de façon ultra-méthodique de tous les mots utilisés en médecine ainsi que de leurs variantes (en anglais).
J’ai donc recherché (en anglais) les équivalents et variantes pour les mots :
- tendinite (tendinitis) ;
- aisselle (armpit) ;
- douleur (pain).
Utilisation des mots-clés
Ensuite, il convient de combiner ces mots dans la bonne formule de recherche :
(tendinopathy OR tendinopathies OR tendonopathy OR tendonopathies OR tendinosis OR tendinoses OR tendonosis OR tendonoses OR tendinitis OR tendinitides OR tendonitis OR tendonitides) AND (axilla OR armpit OR underarm) AND (pain OR pains OR ache OR aches)
Une formule comme celle-ci va permettre d’identifier tous les articles scientifiques dans lesquels se trouvent :
- au moins une des variantes du mot « tendinite » ET ;
- au moins une des variantes du mot « aisselle » ET ;
- au moins une des variantes du mot « douleur ».
Après ça, il ne reste plus qu’à examiner les résultats.
Exploration de la littérature médico-scientifique : résultats
On obtient donc 24 références, contre 105 914 références si on ne garde que les termes relatifs aux tendinites. Après lecture des titres de ces 24 références, on constate qu’aucun article ne porte sur une tendinite qui donnerait des douleurs sous les aisselles.

Et voilà comment je m’y suis pris. Si le cœur vous en dit, vous pouvez reproduire la méthode et consulter les résultats. Si vous trouvez quelque chose, prévenez-moi vite ! 🙂
En guise de résumé général pour cet article :
- une tendinite qui donne des douleurs sous les aisselles, ça n’existe pas ;
- les causes possibles à une douleur sous une aisselle sont multiples ;
- consulter un professionnel bien formé augmente vos chances de cerner la cause de votre douleur et de pouvoir la traiter correctement.
Si vous avez des questions, des remarques des expériences à partager, n’hésitez pas, rendez-vous dans les commentaires ! 🙏
📚 SOURCES
Urso B, Lu KB, Khachemoune A. Axillary manifestations of dermatologic diseases: a focused review. Acta Dermatovenerol Alp Pannonica Adriat. 2018 Dec;27(4):185-191. PMID: 30564831.
Agostini, F.; Attanasi, C.; Bernetti, A.; Mangone, M.; Paoloni, M.; del Monte, E.; Mammucari, M.; Maggiori, E.; Russo, D.; Marzo, R.D.; et al. Web Axillary Pain Syndrome—Literature Evidence and Novel Rehabilitative Suggestions: A Narrative Review. Int. J. Environ. Res. Public Health 2021, 18, 10383. https://doi.org/10.3390/ijerph181910383
Mikolajczyk AE, Sacro YA. Atypical Cause of Axillary Pain. Am J Med. 2016 Feb;129(2):e29-30. doi: 10.1016/j.amjmed.2015.09.010. Epub 2015 Oct 22. PMID: 26475255.

Rédigé par Albin Guillaud
Kiné et docteur en santé publique, j’ai à cœur de répondre au mieux possible à vos questions. Pour cela, je plonge volontiers au plus profond des abysses de la littérature scientifique internationale.
Entre deux immersions, j’aime arpenter les belles montagnes savoisiennes qui m’entourent ! 🌞❄️

Bonjour,
je souffre énormément depuis des mois de douleurs du triceps brachial, du grand dentelé , du grand rond et du grand dorsal. C’est grace à la photo ci-dessus sur votre site, que je connais enfin le nom des muscles qui me font tellement mal .
On me fait des injections de xylocaïne depuis 18 mois, on a commencé à diminuer et la douleur est revenue exactement comme avant.
Mon médecin a évoqué la possibilité de syndrome myofascial mais nous ne connaissons aucun médecin sur Paris ou la région parisienne.
Sinon auriez-vous une idée de ce que je peux avoir ?
Auriez-vous des coordonnées de médecin qui savent diagnostiquer ce syndrome? rhumatologue, médecin de la douleur , orthopédiste? Je ne sais pas ce qu’il faut chercher. Ce que vous décrivez correspond exactement à ce que j’ai.
J’espère beaucoup de votre réponse.
Merci d’avance
Bonjour,
Je vous remercie beaucoup pour votre intérêt et pour votre confiance.
Je pense que si votre médecin, qui vous connaît et vous a examiné, évoque la possibilité d’un syndrome myofacial, il doit avoir de bonnes raisons.
Ceci dit, pour obtenir un deuxième avis diagnostique, un rhumatologue ou un médecin de la douleur pourrait effectivement convenir.
Malheureusement, je ne connais pas de professionnel en particulier dans votre région dont je pourrais vous communiquer les coordonnées.
Désolé de ne pouvoir vous aider plus que cela. J’écrirai bientôt peut-être un article spécifique sur le syndrome myofacial.
En vous souhaitant la meilleure continuation possible,
Albin Guillaud
Bonjour,
je souffre d’une douleur aigue entre le muscle dentelé antérieur et muscles grand pectoral et deltoïde (d’après votre photo) j’ai du mal a utiliser complètement mon bras a cause de la douleur, je ne peux pas laisser mon bras le long de mon corps car il appui sur l’endroit douloureux, j’ai la sensation d’être gonflé a cet endroit..la douleur me réveille dans la nuit, j’ai aussi des difficultés a tourner mon volant avec ce bras..
mon médecin traitant m’as prescrit une prise de sang ainsi qu’un échographie, ma prise de sang révèle des taux de PCR, LDH et leucocytes élevés, mais lors de l’échographie le médecin qui me l’a réalisé m’a affirmé qu’il s’agissait surement d’une tendinite suite a lecture de votre article je me retrouve donc un peu perdu face au diagnostique posé par l’échographiste , j’ai la sensation qu’il a prit ma douleur a la légère….
Auriez-vous une idée de ce que je peux avoir ? de ce qui pourrait causer cette douleur?..
pensez vous que je dois redemander a mon médecin traitant une nouvelle échographie?
je précise que je suis une femme, âgée de 24 ans, atteinte d’un sopk
Merci d’avance
Bonjour,
Êtes-vous retournée voir votre médecin traitant avec les résultats de la prise de sang et de l’échographie ? Si oui, que vous a-t-il dit ?
Je lui ai transmis mes résultats, j’ai en plus mes Alpha2-globulines et mes Beta2 globulines légèrement élevés.
Après avoir vu mes résultats ainsi que l’échographie, mon médecin traitant n’a pas voulu me revoir et me donne un rdv le 26/12 pour réévaluation car pas d’anomalie notable + doliprane 4x/j, je ne sais pas quoi pensée car la douleur est persistante et gênante…
Il faut dire que le simple écoulement du temps est parfois un facteur important pour réaliser un diagnostic. Il n’est pas rare que des douleurs inexplicables viennent et partent sans qu’on soit jamais capable d’identifier pourquoi. Je ne suis donc pas surpris que votre médecin cherche à temporiser. Ceci dit, si vous avez vraiment l’impression que la douleur empire, ou que vous constaté l’apparition de nouveaux symptômes, cela peut justifier d’insister pour précipiter la réévaluation.