Plagiocéphalie & casque : avant/après, avis

casque plagiocéphalie kiné

Vous souhaitez un avis sur la pertinence de faire porter un casque contre la plagiocéphalie de votre bébé ? Vous souhaitez connaître les résultats avant/après?

👉 Vous êtes au bon endroit !

Ces dernières décennies, de plus en plus de parents et parfois de professionnels ou praticiens de santé constatent et s’inquiètent de la tête plate de bébés, de déformations au niveau du crâne qui prend une forme aplatie. On parle souvent de plagiocéphalie dans ce cas.

Ces dernières années, des casques ont fait leur apparition pour traiter la plagiocéphalie. Retour sur la plagiocéphalie, ses différentes formes, la façon de la traiter ou de la prévenir et le point sur la pertinence ou non de faire porter un casque à son bébé qui a la tête plate, avec des photos avant/après avec et sans casque.

Je réponds aux questions que se posent le plus les parents en me basant sur :

  • mon expérience de kiné (notamment de kiné pédiatrique) depuis 2009 ;
  • mes recherches approfondies dans la littérature scientifique internationale.

ℹ️ Cet article est mis à jour au moins une fois par an, en intégrant les dernières connaissances issues de la recherche internationale, et publiées dans des revues scientifiques. Dernière mise à jour : février 2022.

👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêt : je n’ai aucun lien financier avec des entreprises fabricant ou vendant des casques de plagiocéphalie. Certain des liens de cet article sont affiliés (livres et coussins, que je ne recommande pas).

🚀 FAQ express : mes réponses à vos questions les plus fréquentes

Quel est le prix d’un casque de plagiocéphalie ?

Tout compris (mesure, fabrication, consultations, surveillance, matériel), entre 1000 et 4000 euros non remboursés (ni sécu, ni mutuelle).

Quel est le résultat avant/après casque ?

Les enfants de 2 ans à qui on avait diagnostiqué une plagiocéphalie à l’âge de 4 à 8 mois ont une forme de crâne identique, qu’ils aient ou non porté un casque ! (Voir casque plagiocéphalie avant-après)

Que puis-je faire pour éviter ou traiter la tête plate ?

Soyez rassuré : dans l’immense majorité des cas, cela évolue bien. Faites en sorte que votre bébé bouge librement sa tête, qu’il ne passe pas toutes ses journées allongé sur le dos (sauf pour dormir). S’il tourne la tête surtout d’un côté, stimulez l’autre côté.

Combien de temps garder le casque ?

Si vous souhaitez tout de même faire porter un casque à votre bébé, les fabricants recommandent de le porter 22 heures par jour, pendant plusieurs mois (au moins 4/6 mois).

Jusqu’à quel âge le casque peut-il être mis ?

Le casque peut être mis pour la première fois jusqu’à l’âge de 8 mois environ. Mais n’oubliez pas qu’avec ou sans casque, les bébés atteints de plagiocéphalie ou brachycéphalie positionnelle auront la même forme de crâne à 2 ans, qu’ils aient ou non porté un casque ! (Voir casque plagiocéphalie avant après).

Plagiocéphalie : combien de temps pour retrouver un crâne rond ?

Quelques mois et au maximum 2 ans, que vous mettiez ou non un casque à votre bébé ! (Voir casque plagiocéphalie avant après)

Kiné spécialisé plagiocéphalie : ça existe ?

Les kinés en pédiatrie (= prenant souvent en charge des enfants) sont plus habitués à s’occuper des bébés et de leur famille, ce sont donc eux et elles les plus susceptibles de bien connaître la plagiocéphalie.

Quelle prise en charge du casque de plagiocéphalie ?

Aucune, ni sécu, ni mutuelle.

🗒️ Sommaire de l’article plus détaillé

  1. Qu’est-ce que la plagiocéphalie ?
  2. Diagnostic de la plagiocéphalie
  3. Fréquence et causes de la tête plate
  4. Évolution naturelle de la plagiocéphalie : avant/après sans casque
  5. Traitement et prévention de la plagiocéphalie
  6. Y a-t-il des kinés spécialistes de la plagiocéphalie ?
  7. Pourquoi le casque de plagiocéphalie est souvent inutile ?
    1. Photos avant-après port de casque de plagiocéphalie/brachycephalie
  8. Port du casque contre la tête plate : sujet controversé
  9. Références

Je résume également le contenu de cet article dans cette vidéo :

Qu’est-ce que la plagiocéphalie ou tête plate de bébé ?

Les nourrissons peuvent être atteints de malformations de différentes parties du corps. Le crâne est une des parties du corps qui peut être atteinte. Il existe divers degrés d’atteintes de déformation du crâne. Dans l’immense majorité des cas, la déformation apparaît après la naissance. Le bébé présente le plus souvent un aplatissement de la partie arrière de la tête.

L’aplatissement peut être symétrique : la tête est aplatie de manière identique des deux côtés, on parle alors de brachycéphalie. Lorsque l’aplatissement est asymétrique, on parle de plagiocéphalie. Il y a alors un côté de l’arrière du crâne plus plat que l’autre.

En général, la déformation est remarquée pour la première fois à partir de 6 semaines de vie. Parfois, elle n’est remarquée que vers 4 mois. C’est pour cela que l’on parle de plagiocéphalie (ou brachycéphalie) positionnelle : elle n’apparait pas in-utero.

Il existe d’autres déformations du crâne, plus rares, qui ne sont pas traitées dans cet article. Elles apparaissent en général in-utéro et sont liées à des soudures prématurées des différentes parties du crâne du nouveau-né. On parle alors de plagiocéphalie sur craniosténose.

Schéma des deux déformations du crâne de bébé les plus fréquentes
Schéma de deux crânes de bébé avec les déformations les plus fréquentes : brachycéphalie et plagiocéphalie

Diagnostic de la plagiocéphalie

Le diagnostic est posé en observant simplement le crâne de l’enfant, dans différentes positions. En cas de doute sur une éventuelle craniosténose, les bébés peuvent être envoyés pour une consultation spécialisée auprès d’un chirurgien pédiatrique en orthopédie. Cependant, cela reste très rare :

  • seulement 1,4 % des bébés rencontrant un premier professionnel sont ré-orientés vers un autre professionnel plus spécialisé pour suspicion de craniosténose ;
  • seulement 25% des bébés référés au spécialiste avaient réellement une craniosténose. Dans ce cas là, d’autres examens (imagerie) sont nécessaires pour confirmer ce diagnostic.

(Khormi 2020)

L’avis sans mesure du crâne donné par les professionnels de santé sur l’existence d’une plagiocéphalie et sa gravité est du même ordre que celui donné par des personnes réalisant des mesures. Cela signifie qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser des appareils particuliers pour mesurer le crâne d’un enfant : l’œil suffit.

(Kunz 2021)

Diagnostic de la plagiocéphalie avec des appareils et mesures sophistiqués
La réalisation de ce type de mesures avec des appareils prend plus de temps, coûtes plus d’argent, est probablement plus anxiogène pour les parents, et n’aide pas à réaliser un meilleur diagnostic de la plagiocéphalie : observer le bébé suffit ! (Image : Kunz 2021)
Un pied à coulisse peut être simplement utilisé pour quantifier la déformation du crâne. Cela est simple, rapide, peu couteux, et reproductible (2 évaluateurs différents trouvent la même chose). Mais là encore, cela n’est pas nécessaire pour être sûr du diagnostic de plagiocéphalie positionnelle. (Image Paster-Pons 2020)

Le diagnostic de plagiocéphalie peut être fait en observant simplement le bébé, par le médecin, kiné ou pédiatre qui suit habituellement le bébé. L’avis d’un chirurgien spécialisé n’est pas nécessaire dans l’immense majorité des cas.

Fréquence et cause des déformations du crâne

Lorsqu’on observe et mesure le crâne des bébés âgés de 6 semaines, 16 % d’entre-eux présentent une plagiocéphalie ou brachycéphalie positionnelle. Il s’agit donc d’une évolution extrêmement fréquente du crâne du nouveau-né, du moins dans les pays ou ces études sont réalisées.

Quand on observe le crâne de ces mêmes enfants lorsqu’ils sont âgés de 2 ans, on constate que seulement 3,3 % d’entre-eux présentent encore un crâne considéré comme aplati. Ces enfants ont le plus souvent suivi aucun traitement particulier.

Les facteurs de risque de la « tête plate » sont encore mal connus. On retrouve dans la littérature qui y est consacrée notamment :

  • le fait d’être un garçon ;
  • le fait d’être le premier ou la première de la fratrie ;
  • l’utilisation de forceps ou ventouse lors de l’accouchement ;
  • le fait d’être couché sur le dos pour dormir ;
  • la présence d’un torticolis congénital ou de mouvements de la tête restreints (voir cet article sur le torticolis congénital de mon collègue kiné Albin Guillaud).

Les enfants porteurs de paralysie cérébrale spastique ou non ont aussi plus de risque de développer une plagiocéphalie ou brachocéphalie.

Évolution naturelle de la plagiocéphalie : avant-après avec ou sans casque

Le retentissement esthétique est craint par les familles. Comme vu précédemment, même en l’absence d’un quelconque traitement, la tête plate disparaît au fil des mois, tout au plus des années. En effet, l’enfant qui n’est pas porteur de handicap passe de plus en plus de temps en position assise et debout. Le crâne redevient plus symétrique et retrouve sa courbure, parce que les sutures se ferment petite à petit au fil des mois. De plus, l’enfant grandissant, les cheveux masquent la forme précise de l’arrière du crâne.

Les plagiocéphalies et brachycéphalies peuvent être impressionnantes pour les parents mais elles n’ont pas de conséquences sur le développement cérébral de l’enfant, même en l’absence de traitement.

Des photos avant-après l’âge de 4 mois permettent de se rendre compte de l’évolution de la plagiocéphalie sans porter de casque.

Évolution avant/après sans porter de casque de la tête plate d'un bébé de 5 mois devenu enfant de 3 ans
Tête plate d’un bébé âgé de 5 mois à gauche, et le même bébé devenu enfant 3 ans plus tard. Évolution naturelle sans porter de casque et en suivant simplement les recommandations en termes d’installation et de motricité.
Avant-après sans casque de plagiocéphalie : évolution de la tête plate en 2 mois sans traitement orthopédique
Avant-après sans casque de plagiocéphalie. A gauche, bébé a 4 mois et une tête plate. A droite, bébé a 6 mois et a déjà retrouvé une courbure du crâne. Et ce sans porter de casque de plagiocéphalie.

L’évolution sans port de casque de la plagocéphalie ou brachycéphalie positionnelle est favorable : l’enfant âgé de quelques années, ainsi que l’adulte, a un crâne totalement esthétique.

Le traitement et la prévention de la plagiocéphalie

Des parents inquiets par la tête plate de leur enfant et souhaitant la prendre en charge de manière active peuvent mettre en place un certain nombre de choses :

  • durant les temps d’éveil de leur enfant, ils peuvent le positionner souvent sur le ventre (tummy time). Ainsi la partie arrière du crâne ne sera pas en contact avec le sol et l’aplatissement ne pourra pas être majoré ;
  • si l’enfant ne supporte pas ou peu la position sur le ventre durant les temps d’éveil, d’autres positions peuvent être proposées, l’idéal étant de varier la position (sur le dos, sur le côté, dans un transat, dans une chaise adaptée, portée dans un porte-bébé ou dans une écharpe, sur les genoux, etc.) comme le type de surface (matelas au sol, matelas dans un parc, lit, etc.) ;
  • si l’enfant semble tourner la tête plus souvent d’un côté que de l’autre pendant ses temps d’éveil ou de repos, adaptez son environnement pour l’inciter à regarder de l’autre côté. Par exemple, s’il regarde souvent vers la gauche, se mettre à sa droite lorsqu’on lui parle, mettre des jouets en hauteur vers la droite, le coucher avec la source de lumière à sa droite, lui donner à manger en se positionnant à sa droite, etc ;
  • éviter de laisser l’enfant dans le même siège de transport une grande partie de la journée. Si vous utilisez un cosy pour le transport en voiture, veillez à porter votre bébé dans un porte-bébé ou une écharpe lorsque vous descendes de voiture, ou mettez-le dans une nacelle ou une poussette hamac selon son âge. Cela permettra de varier les points d’appui sur son crâne.

Dans tous les cas, il est vivement recommandé de laisser bébé sur le dos pour dormir. En effet, la fréquence de mort subite du nourrisson a nettement diminué depuis que l’on incite les parents à faire dormir leur bébé sur le dos. Des études ont mis en évidence qu’il y avait bien un lien causal entre le fait de faire dormir les bébés sur le dos et la diminution de la fréquence de mort subite du nourrisson.

Le traitement le plus naturel et le plus simple reste le temps qui passe. La consultation ponctuelle de professionnels de santé (médecins généralistes, pédiatres, kinésithérapeutes) peut permettre de rassurer les parents, d’obtenir des conseils personnalisés et de suivre l’évolution de la tête plate.

Que penser des coussins de positionnement contre la plagiocéphalie, ou en prévention (voir sur Amazon de quel coussin il s’agit) ? Aucune étude n’a été réalisée pour évaluer leur efficacité. Les recommandations nationales et internationales conseillent aux parents de poser leur enfant sur un matelas ferme, sans un quelconque coussin, pour prévenir le risque de mort subite du nourrisson. Par conséquent, les coussins anti-plagiocéphalie ne devraient pas être recommandés. Mieux vaut simplement faire varier les positions de bébé, y compris dans le lit.

Coussin censés éviter ou réduire la plagiocéphalie : non testés dans des études cliniques, leur utilisation est en contradiction avec les recommandations de ne rien mettre dans le lit des bébés pour prévenir le risque de mort subite du nourrisson. Leur utilisation n’est donc pas à recommander.

En ce qui concerne la prévention des déformations du crâne des bébés, ce sont les mêmes conseils positionnels qui sont valables.

De simples conseils positionnels permettent de rassurer les parents et de laisser évoluer favorablement la plagiocéphalie ou brachycéphalie. Ils peuvent être délivrés par téléconsultation si vous ne trouvez pas de kinésithérapeute pédiatrique dans votre localité.

Y a-t-il des kinés spécialistes de la plagiocéphalie ?

Certains kinés se spécialisent en kinésithérapie pédiatrique. Ces kinés suivent alors des formations par exemple sur la prise en charge de la plagiocéphalie. Surtout, ces kinésithérapeutes reçoivent en consultation plus de bébés et d’enfants. Ils et elles développent donc plus d’expérience diagnostique, préventive et thérapeutique dans la prise en charge de la tête plate.

Il n’existe pas d’annuaire répertoriant les kinés spécialisés en pédiatrie, même s’il existe certaines associations dans quelques départements français. Voici quelques conseils pour trouver un kiné ayant plus d’expérience dans la plagiocéphalie :

  • tapez « kine specialiste plagiocephalie » dans GoogleMaps (peut-être d’ailleurs êtes-vous tombé sur cet article comme cela !). Certains kinés de votre localité peuvent indiquer sur leur site web qu’ils et elles ont suivi des formations sur la plagiocéphalie, ou même crée du contenu à ce sujet ;
  • demandez tout simplement aux kinés autour de chez vous s’ils et elles sont habitués à prendre en charge des bébés avec plagiocéphalie suspectée ou avérée ;
  • demandez à votre pédiatre ou au médecin généraliste qui suit votre enfant si il ou elle connaît des kinés ayant l’habitude de prendre en charge la plagiocéphalie.

Un bémol cependant : j’ai pu constater autour de moi que certain-es kinés spécialisés en pédiatrie avaient tendance à tomber facilement dans le sur-traitement de la plagiocéphalie. Par exemple, proposer des séances de kinés toutes les semaines durant plusieurs mois chez des bébés ayant une bonne motricité et des parents attentifs, ou recommander d’aller chez l’ostéopathe.

Cela n’est pas mal en soi si le rythme vous convient. Si vous vous trouvez trop sollicité, discutez-en directement avec votre kiné. Gardez en tête que la plagiocéphalie positionnelle est quelque chose qui évolue naturellement vers le mieux quoi qu’on fasse. Si vous vous renseignez à son sujet, c’est probablement que vous êtes un parent déjà très investi dans l’accompagnement du développement de votre bébé : tout va bien se passer !

Des kinés se spécialisent en pédiatrie et prennent plus souvent en charge des bébés ayant une plagiocéphalie positionnelle.

Pourquoi le casque pour la plagiocéphalie est souvent inutile ?

Depuis une vingtaine d’années, un traitement orthopédique est proposé aux parents de certains bébés âgés de quelques mois et qui présentent une plagiocéphalie ou brachycéphalie. Il consiste au port d’un casque (orthèse crânienne, helmet therapy en anglais) durant plusieurs mois. Le casque est généralement posé après l’âge de 4 mois (l’âge du pic d’observation des plagiocéphalies et brachycéphalies positionnelles). Les orthoprothésistes recommandent de porter le casque au moins 18 heures par jour, et jusqu’à 23 heures.

Plusieurs rendez-vous sont nécessaires à la fois pour concevoir le casque sur mesure mais aussi contrôler s’il convient toujours, ce environ tous les mois.

Le coût du casque et de l’ensemble des rendez-vous est souvent de l’ordre de 1.000 à 2.000 euros et n’est pas pris en charge par l’assurance maladie en France ni par les complémentaires santé. Des effets secondaires sont observés chez certains des enfants portant le casque et leurs parents : irritations cutanées, transpiration, non-envie de mettre le casque, douleur, odeur désagréable.

Effets secondaires liés au port du casque en cas de plagiocéphalie du bébé
Le port du casque contre la plagiocéphalie ne corrige pas les déformations par rapport à d’autres enfants n’ayant pas porté de casque mais expose les bébés qui les portent à des effets secondaires. Ces effets secondaires n’altèrent cependant pas la qualité de vie à 2 ans.

Le casque pour les bébés à tête plate n’est pas plus efficace que d’encourager les changements de position

Est-ce que les bébés qui portent ce type de casque ont moins de déformation à l’âge de 12 mois, 2 ans, ou plus tard dans l’enfance et à l’âge adulte ?

Une seule étude a directement comparé des bébés de 5 à 6 mois avec et sans casque en les répartissant dans deux groupes. Des bébés portaient un casque, d’autres avaient de la kinésithérapie ou leurs parents recevaient des conseils pour mieux les positionner. Tous les bébés avaient une forme jugée modérée ou sévère de tête plate. Aucun d’entre eux n’avait de torticolis congénital ou de craniosténose (des pathologies conduisant souvent à des formes plus sévères de plagiocéphalie et brachycéphalie). Les bébés ont été suivis ensuite durant 2 ans.

Qu’en est-il 2 ans plus tard ? Les enfants des deux groupes avaient des mesures moyennes totalement comparables, qu’ils aient ou non porté un casque. Autrement dit, le casque n’est pas plus efficace que de simplement laisser faire les choses en rassurant et informant les parents sur les petits gestes qu’ils peuvent adopter au quotidien. Il est en revanche possible que les enfants ayant porté un casque retrouvent plus vite que les autres une forme de crâne considérée comme plus esthétique ; dans tous les cas, à 2 ans, la différence entre ceux qui en ont porté et ceux qui n’en n’ont pas porté n’existe plus.

Il existe d’autres études sur le sujet, mais aucune ne compare correctement l’évolution de bébés similaires avec ou sans casque.

Les études conçues par ou avec les fabricants et commerçants des casques sont plus souvent des études où l’on compare l’évolution d’un groupe de bébé ayant porté un casque. Bien sûr, la déformation diminue, mais rien ne dit qu’elle n’aurait pas autant diminué sans casque.

Une étude (Ryall 2021) montre même que la qualité de vie des enfants ayant porté un casque n’est pas meilleure après le port du casque.

Pourquoi certains professionnels recommandent tout de même le casque pour plagiocéphalie

Plusieurs professionnels de santé, qu’ils et elles soient kinés, pharmacien.nes ou médecins, suggèrent tout de même parfois aux parents inquiets de recourir à un casque pour leur enfant. C’est le cas aussi de certains praticiens de santé comme les ostéopathes.

Seuls des livres qui présentent la plagiocéphalie comme un problème à traiter sont présents sur le marché. Ils prônent le dépistage systématique, la mise en place de politique de santé publiques orientées sur la plagiocéphalie, ou encore le passage obligé chez l’ostéopathe. Et aucun d’eux cependant ne s’appuie sur des données scientifiques solides et des raisonnements cohérents d’un point de vue biomécanique.

La réaction des parents est alors souvent celle-ci : « puisqu’un professionnel me le recommande, c’est que ça doit être efficace« . Ou encore, « même si on n’est pas sûr que ça soit vraiment indispensable, je préfère ne pas prendre le risque et lui donner toutes les chances pour que ça rentre au plus vite dans l’ordre« .

Cette réaction est compréhensible. Idéalement, tous les parents se questionnant sur l’intérêt de recourir à un casque devraient avoir accès aux informations les plus fiables connues à l’heure actuelles sur le sujet, c’est-à-dire à l’étude présentée précédemment. C’est sur la base de ces informations qu’ils pourront prendre une décision : est-ce que les données disponibles à l’heure actuelle (pas d’efficacité supérieure du casque par rapport aux conseils positionnels), le coût financier et en temps, les effets secondaires et la crainte de passer à côté de quelque chose justifient que je décide de faire porter à mon enfant ce casque ?

Souvent, les parents n’ont pas accès à ces informations mais plutôt à des images montrant des photos avant/après d’enfant ayant eu recours au casque, comme celles figurant ci-dessous.

Photos avant/après port du casque de plagiocéphalie

Evolution de la plagiocéphalie d'un bébé après port d'un casque
Évolution de la tête plate d’un bébé avant et après le port d’un casque. La réflexion à avoir en voyant ces photos est la suivante : comment aurait évolué le crâne de bébé sans le casque pour cette forme légère de tête plate, à un âge où bébé passe de plus en plus de temps sur le ventre ? La réponse est : probablement de la même façon.

Les parents voient aussi parfois des images représentant des mesures prises par ordinateur par un orthoprothésiste montrant l’évolution du crâne avant/après port du casque. Là encore, il serait intéressant que ces évolutions soient comparées à celles d’enfant n’ayant pas eu de casque, et à l’âge de 2 ans : on se rendrait très probablement compte que l’évolution est identique.

Imagerie de l'évolution du crâne d'un bébé à la tête plâte après avoir porté un casque
Évolution de la plagiocéphalie d’un bébé avant et après port d’un casque. Là encore, il est pertinent de se demander si l’évolution n’aurait pas été identique même sans casque. L’étude la plus rigoureuse sur le sujet constate que oui.

Pourquoi alors certains praticiens et professionnels de santé et du bien-être recommandent tout de même le port de casque ? Plusieurs explications peuvent être données :

  • certains professionnels ne sont pas au courant de la littérature scientifique existante sur le casque dans le cadre de la plagiocéphalie et brachycéphalie. Ils ont pu être exposés uniquement à des témoignages de patient.es ou à des documentations communiquées par des fabricants d’orthèse ;
  • d’autres souhaitent peut-être à tout prix proposer des alternatives de traitement à des parents très demandeurs, sans être pour autant convaincu de l’efficacité du casque ;
  • certain.es peuvent aussi penser que le casque « ne peut pas faire de mal » et préfèrent proposer un traitement concret par crainte que des parents soient insatisfaits si la déformation n’évolue pas aussi bien qu’ils le souhaitent ;
  • parfois, il est difficile de se dire qu’il n’y a pas grand chose à faire d’autre que d’attendre et rassurer. On a plus envie de croire que l’on peut faire quelque chose de plus actif pour nos patientes et patients, d’autant plus lorsqu’il s’agit de bébé.

Port du casque contre la tête plate : un sujet contreversé

J’ai eu l’occasion de travailler durant plusieurs années avec une entreprise fabricant et vendant des casques contre la plagiocéphalie. Je collaborais avec cette entreprise jusqu’à présent efficacement pour la prise en charge de mes patient.es amputé.es des membres inférieurs. J’ai donc souhaité faire un retour à cette entreprise sur leur site de promotion du casque contre la plagiocéphalie, en pointant notamment des informations non factuelles qu’ils divulguaient.

Mon message a été transmis à un professeur d’un CHU d’une ville française, qui m’a répondu un long message. Voici un extrait de ces échanges (en noir mes propos, en bleu ceux de mon interlocuteur) :

Bonjour Monsieur,

Je suis étonnée de votre retour ; vous a-t-on transmis le bon article ? Vous écrivez :

Il apparaît de nombreuses confusions dans vos propos qui arrivent à des conclusions contestables.
En effet, vous parlez de malformations du crâne, qui doivent être traitées par la chirurgie (craniosténose) et vous omettez de développer le syndrome postural du nouveau-né, pourtant essentiel.

Or, mon article fait bien la distinction entre les cas de craniosténose et le syndrome postural, voilà les passages concernés : « En général, la déformation est remarquée pour la première fois à partir de 6 semaines de vie. Parfois, elle n’est remarquée que vers 4 mois. C’est pour cela que l’on parle de plagiocéphalie (ou brachycéphalie) positionnelle : elle n’apparait pas in-utero. » et « Il existe d’autres déformations du crâne, plus rares, qui ne sont pas traitées dans cet article. Elles apparaissent en général in-utéro et sont liées à des soudures prématurées des différentes parties du crâne du nouveau-né. On parle alors de plagiocéphalie sur craniosténose. »

Je parle également des torticolis congénitaux comme une des facteurs de risque recensé dans la littérature.

Concernant ceci :

Enfin, la plagiocéphalie ne se corrige pas durant la croissance comme vous le prétendez (2 publications en pièces jointes).

La première publication que vous joignez étaye pourtant l’inverse : « Point prevalence tends to decrease with age and may be as low as 3.3% at 2 years »

Je vous remercie pour votre disponibilité pour parler de ce sujet ; pour l’instant je reste plutôt intéressée par la littérature scientifique sur le sujet, à laquelle j’ai accès par moi-même ; mais si vous connaissez des RCTS sur l’efficacité du port du casque qui m’auraient échappé, je suis bien sûr preneuse. Je serais également intéressée pour connaître les résultats de votre étude, qui j’espère permettra de montrer de manière comparative l’efficacité du casque, puisque les données allant dans ce sens sont absentes à l’heure actuelle.

D’autre part, la Haute autorité de santé (HAS) et le Conseil National Professionnel de Pédiatrie ont rédigé en mars 2020 un communiqué sur la plagiocéphalie, suite à un droit d’alerte d’une association qui émettait des inquiétudes sur les conséquences de ces déformations positionnelles. L’HAS et le CNPP disent notamment que :

les plagiocéphalies – déformations crâniennes positionnelles – sont bénignes et disparaissent naturellement vers l’âge de deux ans

HAS 2020

L’HAS rappelle aussi que seuls des centres de références ou compétences des déformations cranio-fasciales sont à même de recommander le port d’une orthèse crânienne (ou casque de plagiocéphalie), qui doit rester exceptionnel vu son intérêt limité.

L’essentiel à retenir sur les casques pour bébé à tête plate

  • A 2 ans, que les bébés atteints de brachycéphalie ou plagiocéphalie aient ou non eu un casque, la forme du crâne est la même.
  • Le meilleur des traitements est de laisser faire les choses et d’encourager les changements de position de son bébé.
  • Le port du casque n’est pas dénué d’effets secondaires (irritations cutanées, douleur, transpiration excessive, etc.).

💫 Vous souhaitez être tenu au courant quand je publie de nouveaux articles ? Remplissez le formulaire ci-dessous :

🔗 Ces articles sont également susceptibles de vous intéresser : moucher bébé correctement ; kiné respiratoire bébé ; rééducation paralysie cérébrale ; kiné pédiatrique : pourquoi et comment.

📘 Références 📘

(Dernière mise à jour de la recherche bibliographique : juillet 2021)

Linz et al. Positional Skull Deformities. Etiology, Prevention, Diagnosis, and Treatment. 2017. Dtsch Arztebl Int.

Graham et al. Effects of Initial Age and Severity on Cranial Remolding Orthotic Treatment for Infants with Deformational Plagiocephaly. 2019. J Clin Med

Van Wijk et al. Helmet therapy in infants with positional skull deformation: randomised controlled trial. 2014. BMJ

Rowland et al. PURLs: Helmets for positional skull deformities: A good idea, or not? 2015. J Fam Pract

Kluba et al. What is the optimal time to start helmet therapy in positional plagiocephaly? 2011. Plast Reconstr Surg.

HAS (2020). Prévenir la plagiocéphalie sans augmenter le risque de mort inattendue du nourrisson

Ellwood J, Draper-Rodi J, Carnes D. The effectiveness and safety of conservative interventions for positional plagiocephaly and congenital muscular torticollis: a synthesis of systematic reviews and guidance. Chiropr Man Therap. 2020 Jun 11;28(1):31. doi: 10.1186/s12998-020-00321-w. PMID: 32522230; PMCID: PMC7288527.

Khormi Y, Chiu M, Goodluck Tyndall R, Mortenson P, Smith D, Steinbok P. Safety and efficacy of independent allied healthcare professionals in the assessment and management of plagiocephaly patients. Childs Nerv Syst. 2020 Feb;36(2):373-377. doi: 10.1007/s00381-019-04400-z. Epub 2019 Nov 14. PMID: 31728704.

Kunz F, Hirth M, Schweitzer T, Linz C, Goetz B, Stellzig-Eisenhauer A, Borchert K, Böhm H. Subjective perception of craniofacial growth asymmetries in patients with deformational plagiocephaly. Clin Oral Investig. 2021 Feb;25(2):525-537. doi: 10.1007/s00784-020-03417-y. Epub 2020 Jul 1. PMID: 32607831; PMCID: PMC7819928.

Pastor-Pons I, Lucha-López MO, Barrau-Lalmolda M, Rodes-Pastor I, Rodríguez-Fernández ÁL, Hidalgo-García C, Tricás-Moreno JM. Interrater and Intrarater Reliability of Cranial Anthropometric Measurements in Infants with Positional Plagiocephaly. Children (Basel). 2020 Dec 17;7(12):306. doi: 10.3390/children7120306. PMID: 33348822; PMCID: PMC7766735.

Ryall JJ, Xue Y, Turner KD, Nguyen PD, Greives MR. Assessing the quality of life in infants with deformational plagiocephaly. J Craniomaxillofac Surg. 2021 Jan;49(1):29-33. doi: 10.1016/j.jcms.2020.11.005. Epub 2020 Nov 17. PMID: 33239212.

Publié par Nelly Darbois

Kinésithérapeute à domicile à Saint-Alban Leysse et ses environs (Savoie), rédactrice scientifique, journaliste santé.

8 commentaires sur « Plagiocéphalie & casque : avant/après, avis »

  1. Bonjour je lis votre article et le contenu est très intéressant en effet mon garçon de 8 mois ne sera pas traité par casque pour sa plagiocéphalie car au moyen naturel et de rééducation du corps avec le kiné et le suivi du pédiatre il y a une évolution naturelle mon bébé est passé d’un degré sévère à modéré en quatre mois donc je me dis qu’à deux ans c’est tout à fait vrai il n’y restera plus de pathologie visible sur son crâne et nous aurons fait marcher également sa motricité car c’est bien triste de voir un bébé qui ne bouge pas avec un casque à 2000 EUR alors qu’il faut faire gambader bébé !

  2. Merci !! Merci et encore merci pour vos explications. Maman d’un bébé de 9 mois avec pagliocephalie, je n’arrive à avoir que des infos venant de groupe qui revendique (fortement) le casque et ont un message assez culpabilisant quand on ne va pas dans ce sens.

    1. Merci Lou pour votre retour, l’article a justement été écrit pour les gens dans votre situation ! Je ne doute pas que tout va bien se passer pour votre bébé vu votre investissement pour chercher des informations fiables sur la plagiocéphalie. Bonne continuation,

    1. Bonjour,
      Il s’agit de celle-ci indiquée en référence : Van Wijk et al. Helmet therapy in infants with positional skull deformation: randomised controlled trial. 2014. BMJ
      Cordialement,

  3. Bonjour, moi j’en rencontre également ce problème de plagiocéphalie. (coté gauche) J’ai 20 ans et j’aimerais bien trouver un moyen pour ne plus avoir cela.

    Cordialement

    1. Bonjour DZ DZ,
      La plagiocéphalie chez l’adulte est extrêmement rare. Il est difficile de vous répondre sans plus d’éléments ; j’imagine que vous en avez déjà parlé à votre médecin traitant ?
      Bien à vous

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :