Reprise d’appui après fracture : guide d’une kiné ! (En 5 étapes)

reprise d'appui après fracture

Vous venez d’obtenir le feu vert pour reprendre progressivement la marche après 6 semaines sans appui, sans poser le pied par terre ou presque à cause d’une fracture ?

C’est super!

Je vous donne ici quelques conseils pour vous accompagner dans cette phase, en plus des conseils plus personnalisés de votre kiné, médecin ou chirurgien.

Basé sur mon expérience de kiné !

Résumé : Même si cela peut sembler inquiétant, il est courant de ressentir de la douleur ou de l’inconfort lors de la reprise d’appui. Cela diminuera progressivement au fil des jours puis semaines. Commencez lentement, en augmentant la durée et la fréquence de vos séances de marche chaque jour.

Bonne lecture 🙂 !

♻️ Dernière mise à jour : octobrebre 2023.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec le sujet. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

1. Identifiez les consignes transmises par votre médecin, chirurgien(ne) ou kiné sur la reprise d’appui

Que vous soyez traité de manière conservatrice (= sans opération) ou chirurgicale pour votre fracture, vous avec normalement reçu des instructions claires sur ce que vous avez le droit de faire ou non et à quel rythme durant cette remise en charge.

L’un de ces deux types de marche et de mise en charge est normalement recommandé pour reprendre la marche après quelques semaines sans mise en charge.

Type 1 : Marche en appui complet : Vous avez le droit de mettre autant de poids que vous le souhaitez sur votre jambe fracturée. Vous devez vous ajuster en fonction de la douleur et de l’inconfort et revenir progressivement à une marche et à un appui normal.

Type 2 : Marche en appui partiel : Vous avez le droit de mettre du poids en marchant et en position debout, mais pas trop. Dans ce cas, un pourcentage spécifique de mise en charge vous a été attribué par rapport à votre poids.

Par exemple, quelque chose comme « mise en charge partielle à 40 % du poids corporel » ou « reprise progressie de l’appui avec augmentation de 10 % par semaine de l’appui ». 

En théorie, vous devriez respecter cette quantité prescrite, quelle que soit la façon dont vous vous sentez et, par conséquent, vous devrez utiliser des béquilles pour marcher.

Le type d’appui autorisé dans votre cas aurait dû vous être communiqué :

🗣️ Verbalement , par les médecins ou chirurgien(ne)s qui supervisent vos soins.

📝 Par écrit, sur vos compte-rendus de consultation, d’hospitalisation ou d’opération, ainsi que dans des courriers adressés à votre kinésithérapeute ou médecin traitant.

Dans certains cas, vous vous demanderez peut-être si vous devez vraiment éviter de mettre du poids sur une période aussi longue, ou au contraire, vous pourriez avoir peur de mettre du poids sur votre jambe alors qu’on vous a dit que c’est autorisé.

Dans de telles situations, voici ce que je peux vous conseiller :

1️⃣ Discutez-en avec les professionnels de santé (kinésithérapeutes, chirurgien(ne)s, médecins) qui supervisent votre traitement et connaissent votre historique médical complet.

2️⃣ Faites des recherches par vous-même et réfléchissez à la manière dont vous évaluez le rapport bénéfice-risque dans votre cas spécifique.

Dans la partie suivante de l’article, je fournirai des informations sur ce que disent les publications scientifiques internationales actuelles sur la reprise d’appui après une fracture.

Votre équipe médicale ou chirurgicale a dû vous informer oralement et/ou par écrit si vous avez le droit à un appui total (100 % de votre poids, en fonction de la douleur) ou partiel (10, 20, 50 % de votre poids, etc.).

Voici une vidéo de moi vous montrant comment marcher de ces différentes manières, avec des béquilles (sans appui, puis avec appui partiel en lachant petit à petit les béquilles) ⬇️:

2. Soyez rassuré par le fait que la douleur n’est pas quelque chose signe d’un problème

Lorsque vous commencez la reprise d’appui après une blessure, il est tout à fait normal de ressentir un certain niveau d’inconfort, voire de douleur.

Premièrement, votre corps s’est adapté depuis un certain temps à ne plus être en charge. Pendant cette période, vos muscles, tendons et ligaments peuvent s’être affaiblis ou raidis en raison d’un manque d’utilisation.

Lorsque vous recommencez à mettre du poids, ces structures sont sollicitées pour soutenir votre corps, ce qui peut entraîner un inconfort.

Deuxièmement, la zone blessée elle-même est peut-être encore en train de guérir. Les os fracturés, les articulations blessées ou la zone opérée subissent diverses étapes de réparation.

Lorsque vous introduisez la mise en charge, cela peut exercer une pression sur ces tissus en voie de guérison, provoquant des sensations de douleur ou d’inconfort.

De plus, votre système nerveux joue un rôle dans la façon dont vous percevez la douleur et l’inconfort .

Il peut devenir plus sensible pendant le processus de récupération, amplifiant votre perception des sensations.

La clé d’une transition réussie réside dans la recherche du bon équilibre entre repousser ses limites et permettre une guérison adéquate. Être progressif, ne pas trop faire d’un coup !

Commencez par une mise en charge partielle (même si vous avez le droit à l’appui total), en suivant les directives fournies par vos professionnels de la santé. Au fur et à mesure que vous vous adaptez, vous pouvez augmenter lentement la charge (au fil des jours ou semaines).

3. Choisissez la bonne aide technique à la marche

Durant les premiers jours ou semaines, vous aurez probablement besoin d’une aide technique pour la marche. Voici quelques conseils à ce sujet.

Vaut-il mieux marcher avec ou sans béquilles ?

Quel que soit le niveau de mise en charge que vous décidez (partiel ou complet ), vous aurez très probablement besoin de béquilles (ou d’un déambulateur) pendant au moins quelques jours, souvent quelques semaines, après la période sans appui.

Les béquilles vous permettront de mettre un peu moins de poids sur vos jambes. Vous pourrez ajuster le poids que vous mettez en fonction de votre confort.

Elles peuvent également vous permettre de marcher plus vite ou plus loin , par exemple pour effectuer vos activités quotidiennes ou faire des exercices.

Vous sentirez progressivement quand vous pourrez vous en passer complètement. Pour certaines personnes, cela peut se produire en quelques jours, le plus souvent en 3 à 4 semaines. Pour d’autres, cela peut prendre plusieurs mois.

Dans tous les cas, l’essentiel est de faire cette transition progressivement. Pendant la transition, vous pouvez utiliser des bâtons de randonnée/marche nordique par exemple.

Les béquilles sont souvent indispensables, au moins pour quelques jours ou semaines.

Faut-il porter une botte de marche ?

Si vous avez eu une fracture de la cheville, du talon, du calcanéus, du métatarsien ou d’une autre partie de votre pied, il peut vous être conseillé de marcher avec une botte de marche.

Nous ne disposons pas d’études de haute qualité indiquant avec certitude s’il est préférable de porter une botte de marche ou toute autre attelle.

Voici des situations où cela peut être pertinent.

Par exemple, si vous avez :

  • De jeunes enfants (ou un animal de compagnie) qui pourraient accidentellement vous cogner la cheville lorsque vous marchez.
  • La nécessité de reprendre rapidement les activités de plein air dans les lieux très fréquentés.
  • Des difficultés à mettre du poids sur votre pied et à marcher avec des béquilles , surtout si vous avez besoin ou souhaitez commencer à marcher rapidement.

D’après mon expérience, certains chirurgiens orthopédistes prescrivent systématiquement des chaussures de marche, tandis que d’autres ne le font jamais.

Des chaussures de marche peuvent être appropriées dans certaines situations, mais elles ne sont pas forcément indispensables.

4. Réfléchissez à combien de temps et à quelle fréquence marcher

Après six semaines sans appui en raison d’une blessure ou d’une intervention chirurgicale, la durée et la fréquence de la marche doivent être reprises progressivement.

Voici une ligne directrice générale pour vous aider à démarrer :

Durée : Commencez par de courtes marches, environ 5 à 10 minutes à un rythme lent, sur des surfaces planes. 

Il est normal de ressentir parfois un inconfort la nuit, voire une douleur juste après un effort. Cela peut être le signe que vous en avez fait un peu trop. 

Le lendemain, réduisez légèrement votre niveau d’activité, puis augmentez-le progressivement au fil du temps.

Fréquence : Commencez par des séances de marche 2 à 3 fois par jour. Assurez-vous de vous reposer suffisamment entre les séances.

Progression : à mesure que vous vous sentez plus à l’aise, augmentez progressivement la durée et la fréquence de vos marches. Essayez d’atteindre 30 minutes de marche par séance, au moins 3 à 5 jours par semaine. Surveillez la réponse de votre corps et ajustez-vous en conséquence.

Exemples concrets de patient(e)s

Voici deux exemples illustratifs de patien(e)ts que j’ai accompagné lors de leur reprise d’appui après une fracture.

Patient 1 : un jeune athlète 🏋️‍♂️🏃‍♂️

Jour 1 – Autorisation de mise en charge : Après avoir obtenu le feu vert pour la mise en charge suite à son opération pour une fracture tibia-péroné (et 8 semaines sans appui) ce jeune sportif n’a pas perdu de temps. Dès le premier jour, il a prudemment commencé à mettre du poids sur ses jambes en train de guérir, à l’aide de béquilles. Cela créait de légères douleurs, mais il a continué.

Semaine 2 : Deux semaines seulement après avoir reçu le feu vert, il s’est retrouvé à marcher en toute confiance sans béquilles, bien qu’en boitant légèrement. Ses progrès rapides étaient en partie dus à son excellente condition physique avant la blessure.

Semaine 4 : À la fin de la quatrième semaine, il a surpris tout le monde en reprenant sa routine de jogging, en y allant doucement (en commençant par 1 minute de course, 5 minutes de marche, durant 30 minutes) mais en développant progressivement son endurance. La résilience de son corps lui a permis de retrouver relativement rapidement son mode de vie actif.

Quelques mois plus tard : Plusieurs mois plus tard, il a retrouvé sa condition physique. Il a repris des activités physiques intenses sans aucun problème majeur.

Patiente 2 : une femme de 70 ans inquiète 👵🚶‍♀️ 

Jour 1 – Autorisation de mise en charge : Une femme de 70 ans, victime d’une fracture de la cheville sans déplacement, appréhendaitl’idée de s’appuyer sur sa jambe blessée. Le premier jour, elle a commencé prudemment par quelques pas à l’aide d’un déambulateur, se sentant anxieuse mais déterminée.

Semaine 2 : Les progrès ont été plus lents pour elle, mais à la fin de la deuxième semaine, elle était capable de parcourir de courtes distances autour de chez elle avec son déambulateur 4 roues, même si elle était encore très instable.

Semaine 4 : Au bout d’un mois, elle a trouvé la confiance nécessaire pour passer à l’utilisation d’une seule béquille, même si la marche restait lente et prudente. Son âge et ses inquiétudes concernant sa blessure ont rendu son processus de guérison plus progressif. Mais elle a progressé !

Quelques mois plus tard : Plusieurs mois plus tard, elle était capable de marcher de manière autonome, même si elle boitait toujours légèrement. Même si sa récupération a été plus lente que celle du jeune homme, sa persévérance et son approche progressive lui ont permis de retrouver sa mobilité en toute sécurité et d’améliorer sa confiance au fil du temps.

5. Fixez-vous des objectifs réalistes

Il est tout à fait naturel de vouloir savoir quand vous pourrez enfin marcher à nouveau comme avant votre fracture, sans douleur, sans inconfort, sans instabilité ni appréhension.

Il est cependant impossible de vous fournir un délai précis. Cela dépendra de nombreux facteurs, tels que :

  • Votre condition physique avant et depuis l’opération.
  • Le type de fracture et le traitement que vous avez reçu.
  • Ce que vous faites pendant la période de repos et de rééducation.
  • Vos critères personnels pour « marcher normalement comme avant ».

Voici un graphique qui illustre la progression moyenne des individus ayant subi une fracture de la cheville (opérée ou non) :

marcher après une fracture
Récupération après une cheville cassée

Ce graphique montre que les personnes ayant subi une fracture à la cheville, opérée ou non, se rétablissent généralement bien dans les trois premiers mois suivant la fracture.

Que peut-on conclure ?

  • Vous récupérerez probablement assez bien au cours des trois premiers mois.
  • Six mois après la fracture, vous devriez avoir retrouvé environ 80 % de vos capacités d’avant la blessure. Il s’agit d’un chiffre moyen, puisque certains individus déclarent avoir récupéré 90 % de leurs capacités en trois mois.

Si vous avez eu un autre type de fracture, ces délais semblent également raisonnables à garder à l’esprit . Cependant, n’oubliez pas qu’il existe une variabilité importante selon les personnes (même si c’est frustrant, je sais !).

***

Voici ce que je voulais vous dire à ce sujet ! Je vous souhaite une très bonne récupération ! Vos commentaires et questions sont les bienvenus ci-dessous au besoin 🙂 !

Si vous ressentez le besoin d’en savoir plus sur la période de récupération après une fracture, j’ai conçu ce guide au format ebook :

Vous pourriez aussi aimer :

SOURCES

Khojaly R, Rowan FE, Hassan M, Hanna S, Mac Niocail R. Weight-bearing Allowed Following Internal Fixation of Ankle Fractures, a Systematic Literature Review and Meta-Analysis. Foot Ankle Int. 2022 Sep;43(9):1143-1156. doi: 10.1177/10711007221102142. Epub 2022 Jul 21. PMID: 35861219.

Khojaly, R., Mac Niocaill, R., Shahab, M. et al. Is postoperative non-weight-bearing necessary? INWN Study protocol for a pragmatic randomised multicentre trial of operatively treated ankle fracture. Trials 22, 369 (2021). https://doi.org/10.1186/s13063-021-05319-0

EARLY ROUTINE WEIGHT BEARING IS SAFE IN PATIENTS WITH ANKLE FRACTURES. Bugler K.E. and White T.O. Orthopaedic Proceedings 2015 97-B:SUPP_4, 14-14

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Fonto Media - Santé, kinésithérapie & communication

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture