Hyperphagie : pourquoi et que faire ?

hyperphagie ce qu'on sait vraiment

Vous pensez être touché par l’hyperphagie, le fait de manger en grande quantité par moment sans vraiment le vouloir, et sans forcément être en surpoids, mais sans se faire vomir (boulimie) ?

Étant moi-même concernée par ce phénomène, je fais le point sur ce qu’on sait aujourd’hui mondialement sur ce syndrome.

♻️ Dernière mise à jour : 12 août 2024.
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Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédatrice scientifique

Comment savoir si vous avez vraiment de l’hyperphagie ?

L’hyperphagie est un trouble alimentaire où une personne mange de manière excessive et se sent incapable de contrôler ses comportements alimentaires. Ce n’est pas simplement le fait de trop manger de temps en temps ; c’est une habitude récurrente qui peut affecter votre bien-être physique et émotionnel.

Les symptômes

Voici quelques signes et symptômes qui pourraient indiquer que vous souffrez d’hyperphagie :

  1. vous avez tendance à consommer de très grandes quantités de nourriture en peu de temps, même si vous n’avez pas faim ;
  2. vous vous sentez souvent incapable de vous arrêter de manger, même si vous savez que vous avez déjà assez mangé ;
  3. après avoir mangé de manière excessive, vous pourriez ressentir de la culpabilité, de la honte ou un dégoût de vous-même ;
  4. vous pourriez avoir tendance à manger en secret ;
  5. vous pouvez commencer des régimes stricts, mais les interrompre brusquement en raison des excès alimentaires, alternant entre des périodes de restriction sévère et de suralimentation ;
  6. vous avez parfois des nausées, un inconfort digestif ou une prise de poids significative.

Souvent, les crises surviennent plus le soir ou la nuit (hyperphagie nocturne) que le matin ou le midi. Notamment en raisnon des fluctuations hormonales selon l’heure du jour.

carte montrant la fréquence de l'hyperphagie dans le monde
Cette carte montre le pourcentage de personne qui dans chaque pays aura au moins une fois dans sa vie de l’hyperphagie. Par exemple, environ 1 femme sur 100 en Italie sera touchée. Les femmes sont plus touchées que les hommes. Source : Giel 2022

Le test de l’hyperphagie : Binge Eating Scale

Certains médecins vous font remplir un questionnaire appelé Binge Eating Scale pour poser le diagnostic d’hyperphagie.

Vous répondez à 16 questions en cochant 1 réponse parmi les 2/3 réponses possibles pour chaque questions.

Vous obtenez alors pour chaque question un score entre 0 et 3 ou entre 0 et 2 pour chaque item.

Ensuite on calcule votre score en additionant le tout, un score supérieur ou égal à 18 indiquant une hyperphagie. 46 étant le score maximal possible.

Faites le test !

Je vous propose de faire le test en remplissant le formulaire ci-dessous. Vous obtiendrez votre score, ce qui vous permettra par exemple d’en discuter avec votre médecin traitant.

1. Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je ne me sens pas gêné(e) par mon poids ou la taille de mon corps quand je suis avec les autres.
Je suis soucieux(se) de mon apparence physique vis-à-vis des autres mais en général, je ne suis pas déçu(e) par moi-même.
Je suis gêné(e) par mon apparence et mon poids qui me déçoivent.
Je suis très gêné(e) par mon poids et fréquemment, j’ai honte de moi-même et je me dégoûte. J’essaie d’éviter les contacts sociaux à cause de cette gêne.

2. Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je n’ai aucune difficulté pour manger doucement de manière convenable.
Bien que j’aie l’impression d’avaler rapidement la nourriture, je ne termine pas en me sentant rempli(e) d’avoir trop mangé.
Parfois, j’ai tendance à manger rapidement et ensuite je me sens mal à l’aise d’être trop rempli(e).
J’ai l’habitude d’avaler ma nourriture sans vraiment la mâcher. Quand cela m’arrive, j’ai souvent l’impression d’être bourré(e) parce que j’ai trop mangé.

3. Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je me sens capable de contrôler mes envies irrésistibles de nourriture quand je le veux.
J’ai l’impression de moins bien contrôler mes conduites alimentaires que la plupart des gens.
Je me sens absolument désemparé(e) quand il me vient à l’esprit de vouloir contrôler mes envies irrésistibles de nourriture.
Comme je me sens désemparé(e) pour contrôler mon alimentation, je suis vraiment sans espoir de pouvoir essayer de me contrôler.

4. Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je n’ai pas l’habitude de manger quand je m’ennuie.
Je mange parfois quand je m’ennuie, mais souvent je suis capable de m’occuper et de ne plus penser à la nourriture.
J’ai l’habitude de manger quand je m’ennuie, mais parfois je peux faire une autre activité pour chasser l’alimentation de mes pensées.
J’ai la grande habitude de manger quand je m’ennuie. Rien ne semble m’aider à supprimer cette habitude.

5. Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Habituellement j’ai faim quand je mange quelque chose.
Parfois, je mange de manière impulsive même si je n’ai pas vraiment faim.
J’ai l’habitude de manger des aliments que je n’aime pas vraiment pour satisfaire mon envie de nourriture même si je n’ai pas faim.
Même si je n’ai pas faim, j’ai une sensation de faim dans la bouche qui ne semble être satisfaite qu’en mangeant de la nourriture, par exemple un sandwich, qui remplit ma bouche. Parfois, après avoir mangé pour satisfaire cette sensation de faim, je recrache la nourriture pour ne pas prendre de poids.

6. Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je ne ressens aucune culpabilité ni aucun dégoût de moi-même après avoir mangé.
Après avoir trop mangé, je me sens coupable ou je me dégoûte parfois.
La plupart du temps, je ressens une profonde culpabilité ou un profond dégoût de moi-même après avoir trop mangé.

7. Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je ne perds jamais totalement le contrôle de mon alimentation quand je fais un régime, même après des périodes d’excès alimentaire.
Parfois, je mange un aliment défendu par le régime; j’ai l’impression de le chasser de ma mémoire et je mange encore plus.
Fréquemment, quand je mange trop pendant le régime, je me dis : « je viens de faire un écart par rapport au régime, pourquoi ne pas continuer ? ». Quand cela m’arrive, je mange encore plus.
J’ai l’habitude de commencer un régime strict, mais je l’interromps en continuant mes excès alimentaires. Ma vie semble être soit « festin », soit « famine ».

8. Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je mange rarement une telle quantité de nourriture que je me sens trop rempli(e) après.
Habituellement, environ une fois par mois, je mange une telle quantité de nourriture que je me sens trop rempli(e) après.
J’ai régulièrement des périodes dans le mois pendant lesquelles je mange de très grandes quantités d’aliments, soit lors des repas, soit en dehors des repas.
Je mange tant de nourriture que fréquemment, je ne me sens vraiment pas bien après les repas et parfois même, j’ai des nausées.

9. Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Habituellement, la quantité de calories que j’ingère ne s’élève pas très haut ni ne descend jamais très bas.
Parfois, après avoir trop mangé, j’essaie de réduire les calories que j’ingère au point de ne rien manger pour compenser l’excès alimentaire.
J’ai l’habitude de beaucoup manger durant la soirée. Il me semble que le plus souvent je n’ai pas faim le matin, mais je mange beaucoup le soir.
Il y a eu des périodes de plusieurs semaines pendant lesquelles dans ma vie d’adulte je me privais presque totalement de nourriture. Ces périodes succédaient à des périodes de suralimentation. J’ai l’impression d’alterner entre « festin » et « famine ».

10 Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Le plus souvent, je suis capable de m’arrêter quand je veux. Je sais quand « trop c’est trop ».
Assez souvent, j’éprouve un besoin irrésistible de manger que je ne semble pas pouvoir contrôler.
Fréquemment, j’ai des envies irrésistibles de grandes quantités de nourriture que je semble incapable de contrôler, mais à d’autres moments je parviens à contrôler ces pulsions alimentaires.
Je me sens incapable de contrôler mes pulsions alimentaires. J’ai peur de ne pas pouvoir être capable de m’arrêter volontairement de manger.

11 Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je n’ai aucun problème pour m’arrêter de manger quand je me sens rempli(e).
Le plus souvent je peux m’arrêter de manger quand je n’ai plus faim, mais parfois je mange trop, au point de me sentir trop rempli(e).
J’ai des difficultés à m’arrêter de manger une fois que j’ai commencé et le plus souvent, je me sens complètement rempli(e) après avoir mangé un repas.
Comme j’ai des difficultés à m’arrêter de manger quand je veux, je me fais parfois vomir pour ne plus me sentir trop rempli(e).

12 Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

J’ai l’impression de manger autant quand je suis avec les autres (famille, repas en société) que quand je suis seul(e).
De temps en temps, quand je suis avec d’autres personnes, je ne mange pas autant que je le voudrais parce que je suis gêné(e) par mes habitudes alimentaires.
Fréquemment, je mange seulement de petites quantités de nourriture quand je suis en présence d’autres personnes, parce que je suis très embarrassé(e) par ma manière de manger.
Je suis tellement honteux(se) de trop manger que je choisis des moments pendant lesquels personne ne me voit pour manger de grosses quantités d’aliments. J’ai l’impression d’être un(e) « mangeur/mangeuse en cachette ».

13 Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je mange trois repas par jour et occasionnellement une collation entre les repas.
Je mange trois repas par jour, mais je prends aussi souvent un casse-croûte entre les repas.
Quand je prends des casse-croûte copieux entre les repas, j’ai l’habitude de sauter les repas.
Il y a des périodes pendant lesquelles j’ai l’impression de manger continuellement sans avoir de vrai repas planifié.

14 Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je ne pense pas beaucoup à essayer de contrôler mes pulsions alimentaires.
Quelques fois, j’ai l’impression d’être préoccupé(e) par mes tentatives de contrôle de mes crises de « grande bouffe ».
J’ai l’impression que fréquemment je passe beaucoup de temps à penser à la quantité d’aliments que j’ai mangée ou que j’ai essayé de ne pas manger.
J’ai l’impression de consacrer la plupart de mon temps à penser à ce que je mange ou pas. Je ressens comme si j’étais constamment un train de résister pour ne pas manger.

15 Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je ne pense pas beaucoup à la nourriture.
J’ai un grand besoin de nourriture mais cela ne dure que pendant de courtes périodes.
Il y a des jours où je ne peux pas penser à autre chose qu’à la nourriture.
La plupart de mes journées semble être occupées par des pensées concernant la nourriture. J’ai l’impression de vivre pour manger.

16 Cochez l’énoncé qui vous correspond le mieux

Je sais le plus souvent si j’ai faim ou non. Je mange une portion correcte de nourriture pour satisfaire ma faim.
De temps en temps, je ne suis pas sûr(e) de savoir si j’ai faim ou pas. À ces moments, il m’est difficile de savoir quelle quantité de nourriture je dois prendre pour me rassasier.
Même si je devrais connaître la quantité de calories que je devrais manger, je n’ai aucune idée de ce qu’est une portion normale pour moi.


Note personnelle : je me suis moi-même prêtée au jeu et j'ai obtenu un score de 20 ! Sans surprise, car je me considère touchée par l'hyperphagie depuis mes 15 ans environ, mais sans mal le vivre.

Pourquoi vous en souffrez : les causes

Des études sur les jumeaux et les familles ont montré que l'hyperphagie tend à se manifester de manière plus fréquente dans certaines familles, ce qui suggère qu'il y a une composante génétique.

Eviron 39% à 57% des variations dans la prédisposition à développer ce syndrome pourraient être expliquées par des facteurs génétiques.

Voici les autres facteurs de risque identifiés. Cela ne veut pas dire forcément que c'est ce qui cause votre hyperphagie, mais simplement qu'on retrouve plus ces problèmes chez les personnes hyperphagiques que dans la population générale.

  • Obésité infantile
  • Perte de contrôle alimentaire durant l'enfance
  • Perfectionnisme
  • Problèmes de comportement
  • Abus de substances
  • Préoccupations familiales liées au poids et problèmes alimentaires
  • Conflits familiaux et problèmes de parentalité
  • Psychopathologie parentale
  • Abus physiques et sexuels
  • Altération de la santé mentale
  • Perception déformée de l'image corporelle
  • Altération de la microbiote intestinale

Source : Giel 2022 ; Iqbal 2022

Note personnelle : à titre personnel, je ne coche aucun de ces critères, sauf la psychopathologie parentale et les problèmes de parentalité.

Combien de temps ça dure ?

La durée moyenne de l'hyperphagie chez l'adulte est de 14 à 16 ans. Indépendamment des traitements mis en place.

Source : Giel 2022

Note personnelle : je fais exploser la moyenne, j'ai ça depuis 20 ans :)

Comment traiter l'hyperphagie ?

Voyons maintenant ce que vous pouvez mettre en place si vous avez envie de ne plus avoir d'hyperphagie, ou de limiter la fréquence des crises.

Voici les 2 grands types de traitement issus des recommandations internationales et des études cliniques qui évaluent leur ratio bénéfice/risque :

  • les thérapies cognitivo-comportementales, avec des psychologues notamment ;
  • la prise de certains médicaments : antidépresseurs de deuxième génération, des anticonvulsivants comme le topiramate, des stimulants comme la lisdexamfétamine, ou des médicaments anti-obésité comme l'orlistat.

Source : Giel 2022

Note personnelle : je n'ai jamais vraiment rien mis en place pour éradiquer mon hyperphagie. Je me suis toujours dit que tant que ça n'avait pas d'impact visible direct sur mon poids, ma santé mentale ou physique, c'était juste quelque chose qui me composait et qu'il fallait faire avec. Il m'arrive par contre environ 1 fois par an de noter dans une appli tout ce que je mange pendant quelques jours, ce qui a un effet radical : je mange moins !

Le traitement "naturel" : psychothérapies

Une grande synthèse d'études a examiné 81 études incluant 7 515 participants.

La plupart des participants étaient des femmes avec un âge moyen dans la quarantaine et un indice de masse corporelle (IMC) moyen au-dessus de 35 kg/m². En moyenne, elles étaient hyperphaphiques depuis 18 ans et avaient suivi environ 16 semaines de thérapie (4 mois).

Les résultats ont montré que les psychothérapies avaient des effets modérés : elles réduisaient les crises, amélioraient les symptômes liés aux troubles alimentaires et l'humeur, par rapport à ceux qui étaient sur liste d'attente.

Les améliorations étaient généralement maintenues lors des suivis à 6 et 12 mois et la moitié des personnes arrivaient à arrêter les crises.

Cependant, il n'y avait pas d'amélioration notable de l'IMC.

Qui semble le mieux répondre à cette approche ?

  • celles qui ont une réduction des crises dans les premières semaines
  • celles qui n'ont pas d'addictions à des substances comme l'alcool ou le tabac ;
  • les personnes plus jeunes ;
  • celles ayant un IMC plus bas ;
  • celles ayant un bon fonctionnement social avant le trouble.

Deux remarques :

  • il semble que soient surtout traitées les personnes chez qui l'hyperphagie a un impact sur leur IMC. Car ce sont ces personnes qui ont un risque plus important pour leur santé ;
  • la plupart des études ne se passent pas en France. En France, les psychologues et psychothérapeutes ne pratiquent pas forcément la thérapie cognitivo-comportementale, qui est pourtant la plus testée et éprouvée.

Les médicaments

Voici les résultats provenant de la principale synthèse d'études qui compare l'efficacité de différents médicaments contre la boulimie : les personnes traitées avec la lisdexamfétamine par rapport aux antidépresseurs de deuxième génération avaient moins souvent de crises.

La plupart des études manquent de suivis à long terme. Les données disponibles sur les antidépresseurs de deuxième génération suggèrent que la réduction des symptômes de l'hyperphagie n'est plus significative après 3 à 6 mois de suivi.

***

Voilà pour ce que je voulais vous dire à ce sujet ! Des questions, remarques ? Rendez-vous en commentaire !

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📚 SOURCES

Giel KE, Bulik CM, Fernandez-Aranda F, Hay P, Keski-Rahkonen A, Schag K, Schmidt U, Zipfel S. Binge eating disorder. Nat Rev Dis Primers. 2022 Mar 17;8(1):16. doi: 10.1038/s41572-022-00344-y. PMID: 35301358; PMCID: PMC9793802.

Iqbal A, Rehman A. Binge Eating Disorder. [Updated 2022 Oct 31]. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2024 Jan-. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK551700/

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Rédigé par Nelly Darbois

J'ai exercé la profession de kinésithérapeute. J'ai créé Fonto Media en 2019 alors que j'étais encore kiné. Aujourd'hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

2 commentaires sur « Hyperphagie : pourquoi et que faire ? »

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