Comment aider la motricité d’un bébé : Guide d’un kiné !

motricité bébé

De nombreux jeunes parents se demandent ce qu’il est bon de faire (ou de ne pas faire) pour accompagner la motricité de leur bébé, qu’il ou elle ait ou non des difficultés dans son développement.

Dans cet article, je laisse le clavier à Jonathan, kiné spécialié en pédiatrie. Après des rappels théoriques, il répond aux questions les plus fréquentes des internautes sur le développement moteur du bébé.

Vous verrez que nous ne partageons parfois pas le même point de vue : ce sera à vous de vous faire votre propre avis sur la question 🙂, en fonction des justifications qui vous parlent le plus !

Bonne lecture !

Nelly

♻️ Dernière mise à jour : septembre 2023.
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Qu’est-ce qu’on entend par « motricité d’un bébé » ?

La motricité d’un bébé désigne l’ensemble des fonctions qui permettent le contrôle et la mise en place des mouvements.

Contrairement à une idée préconçue, elle ne se limite pas aux activités de mouvement pur. Elle implique également des compétences parallèles telles que l’équilibre, les fonctions nerveuses et musculaires, etc.

La motricité peut être de deux types : réflexe ou volontaire.

  • Les mouvements réflexes sont instinctifs et involontaires
  • Les mouvements volontaires sont intentionnels et contrôlés.(1)

On parle aussi de motricité globale ou fine.

  • La motricité globale concerne les mouvements de l’ensemble du corps comme ramper, marcher et sauter.
  • La motricité fine englobe les mouvements plus précis des mains et des doigts pour saisir de petits objets ou écrire.

Dans cet article, je me concentrerai sur la motricité globale volontaire du bébé.

Motricité et développement moteur : quelles différences ?

La motricité et le développement moteur sont deux concepts distincts mais étroitement liés.

  • La motricité représente l’ensemble des mouvements et des capacités motrices d’un individu à un moment donné.
  • Le développement moteur est le processus continu par lequel un individu acquiert et améliore ses compétences motrices tout au long de sa vie. Il s’agit d’un processus dynamique et évolutif basé sur la pratique et l’expérimentation. Il dépend de nombreux facteurs tels que :
    • la croissance,
    • la maturation neurologique,
    • l’expérience,
    • l’environnement,
    • et la stimulation sensorielle. Ces processus mènent à un changement permanent dans les capacités du bébé à créer un mouvement.(2)

Le développement moteur est donc l’ensemble des étapes d’apprentissage à réaliser pour acquérir une compétence motrice complexe.

Note de Nelly : personnellement, je ne vois pas vraiment d’application concrète de ces distinctions ! Avec les parents comme les pros, j’utilise ces 2 concepts indifféremment.

Comment se développe la motricité d’un bébé ?

Pour comprendre le développement de la motricité, plusieurs théories ont émergées. Cependant, à ce jour, aucune d’entre elles ne permet de pleinement expliquer dans sa totalité tous les processus. Chacune apporte des informations complémentaires.

Note de Nelly : Jonathan nous fait ici des rappels théoriques. Pour celles et ceux en quête d’infos actionnables, vous pouvez sauter cette partie !

L’une des premières théories est celle de la « boucle fermée » d’Adams (1971), selon laquelle les mouvements sont sélectionnés et initiés à partir d’une trace dans la mémoire. Par retour – feedback –, le mouvement de base est ensuite modifié par des boucles de rétroaction pour correspondre aux « traces de mouvements » dans la mémoire.

Ces boucles mouvement-feedbacksont obtenues par la pratique répétée du mouvement. Cependant, des études ont démontré que l’on peut apprendre sans ce feedback sensoriel.

A suivi la théorie des schémas par Schmidt dite des boucles ouvertes. Selon celle-ci, des schémas de programme moteur généralisés sont créés à partir des schémas de mouvement antérieurs.

Pour réaliser un nouveau mouvement, on fait appel au mouvement connu le plus proche. Puis un système de schéma de reconnaissance évalue le mouvement qui se produit pour le transformer et atteindre l’objectif. Cependant, cette théorie n’explique pas d’où viennent les schémas de programme moteur généralisés.(2)

Vient la théorie des systèmes dynamiques, qui considère le mouvement comme émergeant d’une interaction entre la personne, la tâche à accomplir et l’environnement.(2)

Selon cette approche, le corps humain se compose de différents systèmes eux-mêmes divisés en sous-systèmes qui interagissent entre eux.

Les interactions entre ces systèmes peuvent aider ou contraindre le mouvement. Ainsi, les mouvements les plus adaptés se stabilisent au cours de l’exercice moteur et à travers des cycles d’exploration et de répétition. La dynamique du mouvement configure elle-même la solution motrice optimale. (1)

Plus récemment, est apparue la théorie de la sélection des groupes neuronaux, également connue sous le nom de darwinisme neuronal. Elle propose un processus sélectif des neurones impliqués dans la motricité. Ce processus se décompose en trois phases :

  1. La création du neurone, des synapses jusqu’à la mort neuronale.
  2. La phase de sélection des neurones par l’expérience. Le “câblage” des neurones est modifié en fonction des interactions avec l’environnement. Plus il est utilisé, plus les connexions se densifient et créent des répertoires neuronaux primaires et secondaires. Inversement, en cas de non-utilisation, les liaisons entre les neurones diminuent.
  3. La création de « cartes spécialisées », qui correspondent à la connexion entre différents répertoires proches.

Lors du développement du cerveau, se créent régulièrement des connexions entre les neurones, permettant à de nouvelles compétences motrices d’émerger.

Si la nouvelle compétence motrice est utilisée par l’enfant, alors cette connexion se renforcera et améliorera la compétence.

À l’inverse, sa non-utilisation entraînerait la suppression de ces connexions.

Les mécanismes qui permettent le développement moteur de l’enfant ne sont pas encore bien déterminés. Mais il y a une certitude, c’est par la réalisation de leurs propres expériences dans leur environnement que les bébés développent leur motricité. Ils réalisent leurs propres expériences qui façonnent leur développement moteur.(4)

Quelles sont les étapes du développement moteur ?

Le développement moteur se déroule à travers un processus continu de progression et de régression, favorisant l’apprentissage des compétences motrices. On parle alors plus volontiers de transitions motrices.

Dans cet ensemble de transitions motrices, certaines se différencient les unes des autres ;  on parlera alors d’étapes motrices.

Dans l’étude du Motor assessment of the developing infant« (5) en vue de la réalisation d’une échelle d’évaluation de l’enfant (l’infant motor scale assessment), 84 étapes motrices ont été initialement identifiées.

Après analyse, 58 étapes motrices ont été retenues en raison de leur différenciation suffisante pour permettre un suivi médical précis.

Ces étapes motrices ne se déroulent pas toutes dans un ordre chronologique strict. Certaines se développent simultanément et l’ordre peut varier d’un enfant à l’autre.

Pour représenter cette variabilité, j’utilise le concept de « chemins moteurs ».

développement motricité bébé

Parmi les 58 étapes motrices identifiées, voici celles que je considère comme les plus importantes.

Sur le dos

  • Les mouvements d’enroulement du bassin (les genoux remontent vers la poitrine) ;  
  • Les regroupements, les mains viennent vers la bouche ;
  • Les mouvements de pédalage ;
  • Les mains attrapent les genoux puis les pieds ;
  • Les pieds à la bouche ;
  • Le basculement sur le côté en bloc ;
  • Le basculement sur le côté en dissociation des ceintures ;
  • Les retournements dos → ventre.

Depuis la position ventrale (= sur le ventre)

  • La position de sphinx (appuis sur les avant-bras) ;
  • « Le parachutiste » : bras et jambes se décollent ;
  • L’agrandissement ;
  • Les mouvements de bassin ;
  • Les retournements ventre → dos ;
  • Mouvement de « la boussole » : possibilité de s’orienter à 360° autour d’un axe qui passe par le ventre ;
  • Les « pompes » bassin au sol ;
  • Le rampé ;
  • La position assise tripode ;
  • Assise « petite sirène » ;
  • La position assise sans support des mains ;
  • La position et la marche à quatre pattes ;
  • La position et la marche de « l’ours » ;
  • La position à genoux redressée ;
  • Le chevalier servant ; 
  • Debout ; 
  • Et enfin l’accroupissement.

Les étapes du développement moteur jusqu’à la marche autonome sont plus nombreuses et diversifiées que les traditionnelles : se retourner, ramper, s’asseoir, faire du quatre pattes, debout et marcher.

À quel âge un bébé réalise-t-il les différentes étapes motrices ?

L’étude « Motor assessment of the developing infant«  (5) a examiné l’âge auquel les différentes étapes motrices sont généralement atteintes chez les nourrissons, en se basant sur le suivi d’un échantillon de 2200 bébés.

Les âges indiqués comme « maximum » correspondent à l’âge auquel 90 % des enfants ont atteint cette étape.

Voici les résultats :

  • Les retournements : entre 3 et 9 mois
  • Le rampé : entre 4 et 9 mois
  • Le quatre pattes : entre 5 et 13 mois
  • La position assise : entre 4 et 8 mois
  • La position de chevalier servant : entre 6 et 11 mois
  • La marche autonome : entre 9 et 18 mois

Il est important de souligner qu’il existe une grande variabilité interindividuelle entre les enfants. Autour de l’âge de 6 à 10 mois, c’est la période où les écarts de compétences motrices entre les bébés sont les plus importants.

Note de Nelly : chez les enfants porteurs d’handicap ou atteints de certaines particularités génétiques, ces âges d’acquisition peuvent être décallés. J’en parle dans cet article sur le développement moteur des enfants porteurs de trisomie 21.

Évolution du score AIMS dans le temps selon les différents percentiles. (5)

Note de Nelly : cette grille est parfois utilisée par des pédiatres ou kinés spécialisés en pédiatrie. On observe comment l’enfant se compote sur le plan moteur, on calcule un score, puis on regarde où se situe l’enfant par rapport aux autres enfants du même âge. Un peu comme on fait pour le poids et la taille, mais là, c’est pour le développement moteur.

Comment savoir si votre enfant se développe normalement ?

Pour évaluer le développement moteur de votre enfant, il vous faut  distinguer les pathologies innées, présentes dès la naissance, des pathologies acquises ultérieurement.

Les pathologies innées sont plus rares et certaines peuvent être diagnostiquées avant la naissance. Elles incluent : le torticolis congénital, la paralysie cérébrale, les trisomies, les maladies génétiques rares…

« Selon les approches et classifications médicales, 1% à 2% des enfants seraient porteurs d’un handicap sévère à moyennement sévère, sachant que le handicap peut se révéler progressivement. » (6)

Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge

Les pathologies acquises sont beaucoup plus fréquentes. Certaines études estiment que 30% des enfants pourraient souffrir de plagiocéphalie positionnelle. (7)

Note de Nelly : on trouve même des études qui trouvent qu’1 bébé sur 2 a une plagiocéphalie ou brachycéphalie positionnelle (= tête plate) ! AVec ces fréquences, on peut aussi s’interroger s’il s’agit vraiment d’une « pathologie » ou c’est une simple caractéristique de développement.

Pour évaluer si votre enfant présente des signes de troubles moteurs, il est essentiel de l’observer attentivement. Vérifiez que votre enfant tourne bien la tête de droite à gauche et notez la forme de sa tête, si elle est ronde ou si elle commence à s’aplatir.

Observez également les progrès réguliers de votre enfant. Chaque semaine, il devrait faire des acquisitions, même si elles sont discrètes. La qualité des mouvements est également un élément-clé à considérer. Les mouvements doivent devenir de plus en plus fluides, harmonieux, amples et précis avec l’âge.

L’âge peut servir de repère, mais il ne doit pas être utilisé seul.

Il m’est arrivé de recevoir au cabinet un enfant de 20 mois n’ayant pas une marche autonome mais présentant une motricité de très bonne qualité sans source d’inquiétude. 

À l’inverse d’un patient de 11 mois qui marchait depuis une semaine, mais présentait des déficiences dans sa motricité.

Un développement normal se caractérise par une progression régulière des compétences motrices, tant sur leur qualité que de leur diversité (acquérir toutes les étapes motrices et les compétences annexes) dans une large fenêtre d’âge. 

Que faire si je m’inquiète en tant que parent d’un retard de développement ?

Si vous vous inquiétez d’un éventuel retard de développement chez votre enfant, il est important d’écouter vos préoccupations tout en évitant de vous alarmer excessivement.

Commencez par observer attentivement votre enfant. Identifiez les aspects spécifiques qui suscitent votre inquiétude (ex. mouvements paraissant anormaux) ou simplement des pressions de votre entourage concernant l’âge des étapes de développement.

Si vos inquiétudes persistent, il est recommandé de discuter de la situation avec votre pédiatre ou le médecin qui suit votre enfant. Ils pourront évaluer la situation de manière plus approfondie et vous donner des conseils adaptés.

Note de Nelly : je recommande aussi de limiter le nombre d’avis sollicités. J’ai déjà rencontré des parents qui (plein de bonnes volonté) avaient consulté jusqu’à 6 professionnel(le)s différents (médecin traitant, pédiatre, neuropédiatre, 2 kinés, ostéopathe) pour avoir un avis sur une plagiocéphalie positionnelle.

En multipliant les avis, on multiplie la probabilité d' »alerte » qui n’a pas forcément lieu d’être.

Consulter un·e kiné, ostéopathe, pédiatre, médecin… Quelle différence ?

En cas de doute et de questionnement, la première intention est de consulter le médecin ou pédiatre qui suit l’enfant. Son rôle est de faire un bilan global pour s’assurer qu’il n’y a pas de “pathologie grave”.

Une fois cette hypothèse écartée, votre médecin pourra vous orienter vers un·e kinésithérapeute spécialisé·e pour effectuer une évaluation plus détaillée concernant la motricité de votre enfant.

Le ou la kinésithérapeute vous proposera des interventions appropriées pour ses difficultés ou sa pathologie.

Concernant les pratiques de rééducations, pour une meilleure efficacité, les études mettent en avant la nécessité de réaliser des exercices et d’adapter des stimulations au quotidien.

Les techniques de thérapie manuelle comme l’ostéopathie, n’ont pas fait leurs preuves. (8)

Donc 1- le médecin pour éliminer la possibilité de quelque chose de grave. 2- Le ou la kiné pour un accompagnement avec des pratiques à mettre en place à la maison.

Comment fait-on un diagnostic (para)médical d’un retard moteur ?

Pour diagnostiquer un retard moteur, il est important de prendre en compte plusieurs éléments en plus de l’âge de l’enfant, en raison de la variabilité naturelle entre les individus.

Voici quelques outils utilisés dans l’évaluation (para)médicale :

  • La présence d’hypertonie ou d’hypotonie. Note de Nelly : l’hypertonie signifie que les muscles de l’enfant sont plus tendus ou raides que la normale. Cela peut rendre les mouvements plus difficiles et entraîner une posture rigide. L’hypotonie, c’est l’inverse : les muscles de l’enfant sont moins toniques que la normale, ce qui peut donner une sensation de faiblesse musculaire et rendre les mouvements moins coordonnés.
  • Le suivi de la présence des réflexes archaïques et de leur intégration (9) ;
  • L’utilisation d’échelles standardisées comme  la Bayley-4 et la Brunet – Lezine, version révisée. Elles ne sont pas spécifiques à la motricité ; 
  • L’Alberta Infant Motor Scale qui est la suite de Motor Assessment of the Developing Infant, mais pour laquelle il n’existe pas de formation en France.

Le diagnostic (para)médical d’un retard se fonde sur la présence de plusieurs éléments qui interpellent. Des échelles standardisées permettent d’évaluer la différence par rapport à ce qui est attendu.

À partir de quand peut-on stimuler un bébé, et comment ?

Qu’entend-on par “stimulation” ?

Une stimulation est l’ensemble des activités, interactions avec les autres et avec les environnements, qui entraînent une réaction chez le bébé.

Dès la période prénatale, le bébé est déjà exposé à des stimulations. Il réagit par exemple aux pressions exercées sur le ventre de sa mère ou aux bruits extérieurs.

À la naissance, il se trouve immergé dans un « bain de stimulations ».
La question n’est donc pas de savoir à partir de quand stimuler le bébé, mais comment adapter l’environnement, les interactions et les activités pour proposer des stimulations adaptées.

Dans la poursuite de ce paragraphe, nous nous concentrerons sur les stimulations visant à favoriser le développement moteur du bébé.

Dès les premiers jours de vie, des techniques telles que le portage physiologique, peuvent être utilisées pour stimuler le bébé. Par la suite, les stimulations doivent être ajustées en fonction des compétences motrices du bébé, en cherchant à trouver un équilibre entre pas assez de stimulations et le risque de sur-stimulation.

En effet, une sur-stimulation peut amener le bébé à se replier sur lui-même pour se protéger, ou entraîner des réactions de tension à l’origine de troubles ou pathologies motrices.

Note de Nelly : je n’ai jamais rien lu ou constaté de tel.

Il est donc possible de stimuler son enfant dès la naissance en lui apportant un environnement adapté.

Peut-on mettre son bébé sur le ventre ?

La position sur le ventre, également appelée tummy time, est une pratique recommandée pour favoriser le développement moteur du bébé(10). Les recommandations indiquent de placer le bébé sur le ventre pendant 5 à 10 minutes par jour dès la naissance.

Il est possible de diviser cette durée en 10 sessions d’une minute, puis de les augmenter progressivement.

Le tummy time présente l’avantage de prévenir les torticolis positionnels et la plagiocéphalie (déformation de la tête). (8)

Il est important de rappeler la nécessité de placer les bébés strictement sur le dos lorsqu’ils sont en phase de sommeil pour prévenir le risque de mort subite du nourrisson.

Mettre assis son bébé avant qu’il y arrive tout seul : qu’en penser ?

Personnellement, je ne recommande pas de le faire.

Sur le plan du développement moteur, il est déconseillé de placer artificiellement un bébé en position assise avant qu’il ne puisse y parvenir de lui-même. Cette pratique augmente le risque de bloquer le développement des compétences motrices essentielles, acquises lors des phases au sol et du quatre pattes.

Il est préférable de permettre à votre bébé de progresser à son rythme en le laissant explorer et développer ses compétences motrices à partir de positions telles que le ventre ou le dos. La position assise viendra elle-même, comme toutes les autres étapes du développement moteur.

Note de Nelly : je constate que beaucoup de mes collègues kinés spécialisés en pédiatrie font comme Jonathan cette recommandation : ne pas asseoir son bébé avant qu’il y arrive tout seul. Je ne partage pas leur avis, et je connais pas de données empiriques qui justifient leur avis.

Pour moi il n’y a pas une position plus mauvaise qu’une autre : l’importance est dans la variété. Les choses peuvent cependant être un peu différentes pour les enfants porteurs de polyhandicap et plus à risque de rencontrer des difficultés motrices.

Qu’est-ce que la motricité libre et comment la pratiquer ?

La motricité libre est un concept qui vise à favoriser le développement moteur des enfants en leur permettant d’explorer leur environnement de manière autonome. La motricité libre a été popularisée par Emmi Pikler (11), une pédiatre hongroise.

Pour pratiquer la motricité libre, voici les grands principes de ce concept :

  • Ne pas installer Bébé dans une position dans laquelle il ne sait pas se mettre seul.
  •  Éviter l’utilisation de dispositifs tels que les transats ou les parcs qui pourraient restreindre les mouvements du bébé.
  • Choisir des vêtements adaptés.
  • Proposer et utiliser des objets et des matériaux de la vie quotidienne pour favoriser les explorations motrices du bébé.
  • La présence et l’encouragement des parents jouent un rôle essentiel dans la pratique de la motricité libre.
  • Prévoir de grands espaces d’activité sécurisés.
  • Laisser bébé évoluer pieds nus un maximum.

La motricité libre, c’est laisser son enfant exprimer sa motricité pour lui permettre de faire ses propres découvertes.

Quels matériels et jeux utiliser – ou pas ! – pour la motricité de Bébé ?

Lorsqu’il s’agit de choisir le matériel et les jeux pour favoriser la motricité de Bébé, il est essentiel de procéder à une évaluation objective des bénéfices potentiels et des risques possibles associés à chaque objet ou activité.

Les transats (et autres cocons pour bébé) ont tendance à restreindre les mouvements de Bébé. On privilégiera le temps au sol sur de grands « tapis de motricité » lors des phases actives et les portages physiologiques si Bébé a besoin d’être rassuré et calmé.

Le siège auto pour la voiture a pour objectif de bloquer Bébé afin d’éviter des blessures graves en cas d’accident. Son utilisation doit donc être réservée uniquement à la voiture. Lorsque vous sortez Bébé de la voiture, vous pouvez le porter dans les bras ou en écharpe. Avantage supplémentaire, cela économise votre dos en évitant de porter le poids du siège auto.

Les arches et les mobiles ont tendance à fixer le regard de Bébé vers le haut et à limiter les amplitudes de mouvement. Si elles sont placées trop en arrière, elles entraînent également de l’extension qui est un facteur de risque pour les torticolis et la plagiocéphalie du nourrisson.

Si vous utilisez une arche, privilégiez un placement au-dessus du ventre. Limiter le temps d’utilisation, voire enlever complètement l’arche. À la place, lorsque votre enfant est sur le tapis, vous pouvez proposer quelques jeux (2 ou 3) directement sur le tapis.

Les trotteurs (youpala) devraient pour moi ne pas être utilisés. Ils sont, en proportion d’utilisation, la première cause de traumatisme crânien chez les enfants qui ne marchent pas. Ils sont même interdits de vente au Canada.(12)

De même pour les jumpers, ils ne permettent pas à l’enfant de développer ses compétences motrices, notamment les réflexes de protection.(13)

Les jeux musicaux doivent être choisis en fonction des réactions de Bébé. Chez certains nouveau-nés, les bruits trop forts ou secs comme les grelots peuvent entraîner un réflexe d’extension. À l’inverse, certains bruits blancs ou musiques peuvent calmer Bébé.

En fonction de l’évolution de Bébé, il est possible d’utiliser des objets de la vie quotidienne tels que des casseroles, des cuillères ou des coussins de canapé pour encourager son exploration et sa motricité.

Le pousseur peut être un objet intéressant, mais il est important de l’utiliser de manière appropriée.

Évitez de tenir les roues pour aider Bébé à se redresser. Il doit être capable de gérer son équilibre et de se protéger avant cela. Laissez Bébé faire tomber le pousseur pour qu’il apprenne à gérer sa stabilité.

Les bébés n’ont pas besoin d’une quantité importante de matériels ou de jeux pour se développer. Ils doivent être adaptés aux compétences de l’enfant et ne pas le bloquer dans ses mouvements.

Note de Nelly : beaucoup de personnes s’interrogent aussi sur l’intérêt de faire des parcours de motricité, notamment avec du matériel tels que des modules de motricité (des gros blocs de couleur en mousse).

La crèche de ma fille, sachant que j’étais kiné, m’avait d’ailleurs proposé de venir faire des ateliers d’éveil motricité basés sur des parcours moteur. Bien sûr, si cela vous fait plaisir, vous pouvez vous lancer dans ce genre de choses.

Mais ce n’est absolument pas un pré-requis pour qu’un bébé ou un enfant se déeloppe bien.

L’exposer à des endroits différents (et sécurisés) avec des objets différents (chez soi, au parc, dans l’herbe, dans le sable, dans de la famille, à la crèche, dans des lieux parents enfants etc.) est suffisant !

***

Voilà pour cet article dédié à la motricité des bébés ! Si vous avez des informations complémentaires à apporter, des remarques, des questions : rendez-vous en commentaire !

Je pense que Jonathan se fera un plaisir de vous répondre 🙂.


1.         Rivière PJ, Le développement moteur et perceptivo-moteur du nourrisson (p.25). 

2.         Zwicker JG, Harris SR, A reflection on motor learning theory in pediatric occupational therapy practice. Can J Occup Ther Rev Can Ergother, févr 2009;76(1)(p. 29‑37). 

3.         Hadders-Algra M, Early human motor development: From variation to the ability to vary and adapt. Neurosci Biobehav Rev. 2018;90:411‑27.

4.         Adolph KE, Learning to Move. Curr Dir Psychol Sci. 28 juin 2008;17(3)213‑8. 

5.         Piper MC, Darrah J. Motor assessment of the developing infant. Philadelphia: Saunders; 1994. 210 p.

6.         Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge. Chiffres_cles_petite_enfance_handicap.pdf [Internet]. Disponible sur: https://www.hcfea.fr/IMG/pdf/Chiffres_cles_petite_enfance_handicap.pdf

7.         HAS. Fiche Mémo Prévention des déformations crâniennes positionnelles et mort inattendue du nourrisson.pdf. 2020. 

8.         Haute Autorité de Santé [Internet]. [cité 19 nov 2020]. Prévenir la plagiocéphalie sans augmenter le risque de mort inattendue du nourrisson. Disponible sur: https://www.has-sante.fr/jcms/p_3160772/fr/prevenir-la-plagiocephalie-sans-augmenter-le-risque-de-mort-inattendue-du-nourrisson

9.         Zafeiriou DI. Primitive reflexes and postural reactions in the neurodevelopmental examination. Pediatr Neurol. juill 2004;31(1):1‑8. 

10.       Morea A, Jessel J. Comparing the effects of varied and constant preferred items on improving tummy time for typically developing infants. J Appl Behav Anal. juill 2020;53(3):1367‑82. 

11.       Pikler E, Caffari-Viallon R. Grandir autonome. Toulouse: Érès; 2017. 

12.       Claudet I, Fédérici S, Debuisson C, Laporte-Turpin E, Micheau P, Pajot C, et al., Utilisation du trotteur (baby-trot, youpala): une conduite à risque, Arch Pédiatrie, déc 2006;13(12):1481‑5. 

13.       Devouche E, Provasi J, Apter-Gordey G, Bijeljać-Babic R, Bobin-Bègue A, Le développement du bébé de la vie fœtale à la marche: sensoriel, psychomoteur, cognitif, affectif, social, 2019.   

photo du kiné spécialisé en pédiatrie Jonathan Gillaux de Bébé Agile

Rédigé par Jonathan Gillaux

Je suis kinésithérapeute spécialisé en pédiatrie en région toulousaine. En plus d’une activité en cabinet libéral, j’aide les parents à accompagner sereinement la motricité de leur enfant de la naissance à la marche.

Je partage, via des conférences, un blog et les réseaux sociaux des informations actualisées sur la motricité du bébé.

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2 commentaires sur « Comment aider la motricité d’un bébé : Guide d’un kiné ! »

  1. Je suis inscrite à la formation bebe agile de Jonathan. Je viens de commencer et c’est très intéressant. Je suis d’accord avec la majorité de ses propos, y compris la position assise forcée. En revanche dire que rien ne prouve que l’intervention d’un osteo soit nécessaire, je ne suis absolument pas d’accord. Mon bébé a mis sa tête uniquement a gauche sur le dos dès la naissance. Elle a donc vu une osteo a 2 puis 3 semaines de vie, qui a débloqué la mobilité de la tete. Mon osteo m’a préconisé des séances de kiné en complément en m’expliquant que les séances osteo a elles seules ne suffisaient pas. Malheureusement le pédiatre a refusé de me prescrire des séances lors du rdv du 1er mois. Il a fallu attendre le rdv des 2 mois pour qu’il reconnaisse qu’il y avait un début de plagio. Mon osteo m’a été d’une grande aide et fait d’ailleurs partie du collectif plagio 56.

    1. Bonjour Cassandre,
      Merci de ton avis sur bébé agile 🙂
      Ici, je parle bien des techniques manuels utilisés qui n’ont pas fait leurs preuves d’efficacité. Ce qui fonctionne ce sont les conseille données aux parents. Qui que ce soit qui te donne ces informations adaptées (Osteo, sage-femme kiné, pédiatre…) S’il te les a prodigués alors, je ne doute pas de son aide.

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