Kiné dans l’armée : comment le devenir ? Interview & conseils !

kiné dans l'armée

Vous souhaitez devenir kiné dans l’armée ? Ou vous vous demandez à quoi ça ressemble la kinésithérapie militaire, comment trouver un emploi dans ce secteur, quel est le salaire, à quoi ressemble le quotidien…

J’ai eu le plaisir de poser toutes ces questions à Michel Poujade, qui a travaillé 30 ans comme kiné militaire en France !

Bonne lecture !

♻️ Dernière mise à jour : septembre 2023.
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Réponses de Michel Poujade, kiné militaire. Interrogé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Sommaire
Je résume tout ça au format vidéo

Quelles sont les études à suivre pour devenir kiné militaire ?

Il faut :

  • obtenir le diplôme d’état de kiné (même sans avoir d’expérience),
  • être Français(e),
  • être âgé de moins de 32 ans (pour être militaire de carrière) ;
  • et avoir un casier judiciaire vierge.

Note de Nelly : il n’existe pas de formation continue à suivre après le diplôme de kiné pour exercer comme kiné militaire ! Vous pouvez donc enchainer directement les études de kiné et un poste dans l’armée.

comment devenir kiné militaire guide

Est-ce que les gens qui travaillent dans l’armée peuvent avoir leur formation de kiné de payée pour devenir ensuite kiné militaire ?

Oui  c’est arrivé pour quelques étudiants médecins de l’école du Service de santé des armées de Lyon qui avaient effectué plusieurs 1° année de médecine avec un échec dans le cadre d’une réorientation.

Mais c’est à la marge. 

Note de Nelly : depuis 2018, le service des armées peut participer à financer la formation des études de kiné, avec une allocation financière spécifique de formation.

Le montant de l’allocation varie de 2 000 à 20 000€/an durant 1 à 4 ans d’études. Les étudiant(e)s s’engagent, une fois diplômés, à servir au sein du Service de santé des armées pour une durée égale au double des années financées.

Comment trouver un emploi de kiné militaire ?

Note de Nelly : il existe 3 types de postes / statuts différents qu’on peut occuper en tant que kiné dans l’armée :

  1. kiné réserviste : pour 5 à 30 jours par an. C’est donc un job qui n’est pas à temps plein, comme sapeur pompier volontaire.

    Pendant ses périodes d’activité, le réserviste perçoit la même solde et bénéficie de la même couverture sociale qu’un militaire « pro ». Les réservistes peuvent effectuer des opérations extérieures pour une durée de 5 semaines à 4 mois. ;
  2. kiné militaire sous contrat : les militaires sous contrat signent un contrat avec le ministère de la Défense pour une durée maximale de dix ans (renouvelable mais pas forcément). Il s’agit de jobs à temps plein.
  3. kiné militaire de carrière : les militaires de carrière le restent sans durée limitée avec une sécurité de l’emploi. Là encore, ce sont des jobs à temps plein.

Il faut contacter le Direction du service de santé des armées sur Paris (DRSSA). Plus précisément le bureau des ressources humaines et le service MiTHA (Militaire Infirmier Technicien des Hôpitaux des armées MiTHA).

Ce sont eux qui définissent les postes à pourvoir sur le territoire dans les hôpitaux militaires.

Il y a un Cadre MITHA RH qui s’occupe des filières paramédicales.

Il n’y a pas de poste pour l’instant dans les unités, hormis pour les MK réservistes du service de santé des armées. ( ce qui est pour moi incohérent !).

Note de Nelly : on trouve parfois aussi directement des annonces sur Physiorama ou d’autres sites d’annonces de remplas ou postes de kiné pour des postes qui se libèrent dans les hôpitaux militaires.

Pour être réserviste, il faut prendre contact avec le service de recrutement régional le plus proche de chez vous (liste en fin d’article), la section de recrutement et d’information de la réserve militaire.

kiné militaire trouver un poste
Une erreur s’est glissée dans l’image, il faut lire : à temps plein

Quel est le salaire d’un kiné militaire ?

La solde militaire d’un MK est calquée sur l’échelle indiciaire des MK de la fonction publique avec les mêmes échelons avec une prime spécifique autour de 20% (soit entre 2200 net et 3200 net euros en fin de carrière).

De plus sous statut militaire le MK est hors ordre MK, il dispose de 9 semaines de congés annuels.

Il a un statut de sous-officier avec une équivalence de grade d’adjudant à major en fin de carrière.

Quelle est la retraite d’un kiné militaire ?

1400 euros net sur 30 ans de carrière pour un sous-officier masseur-kinésithérapeute.

Voir cet article plus général sur la retraite des kinésithérapeutes en France.

Quelles sont les pathologies les plus souvent prises en charge en kiné militaire ?

  • Orthopédie,
  • Rhumatologie,
  • Sport,
  • mais aussi tous les services d’un hôpital, avec une spécificité sur le polytrauma et l’appareillage.

Est-ce que la kiné militaire ressemble beaucoup à la kiné du sport ?

Oui, mais le positionnement des kinés militaires en France n’est pas spécifique contrairement à d’autres armées du monde, Belge, US, anglais…

Est-ce que les kinés militaires sont demandeurs de massage, thérapie manuelle, physiothérapie où autres types de prises en charge qu’on peut ranger sous l’étiquette “passive” ?

Dans ma pratique j’ai effectué deux années d’ostéo ce qui pour moi était un plus ainsi que la kiné du sport.

Il y a une clientèle large car les hôpitaux militaires sont ouverts aux civils donc c’est le même travail qu’un kiné hospitalier.

La différence se situe dans l’implication pour les missions sur les théâtres d’opérations et le suivi des compétitions sportives militaires.

Quels sont tes 3 conseils aux kinés qui aimeraient devenir kiné dans l’armée ?

  1. Adhésion totale à l’institution militaire et ne pas confondre avec kiné sans frontière ce n’est pas le même job (voir cet article sur les missions humanitaires en kinésithérapie) !
  2. Être mobile géographiquement, être patient, très patient, sportif et touche à tout, pragmatique
  3. Respecter la hiérarchie militaire qui n’est pas la même que dans le monde civile !

Est-ce que c’est bien d’être kiné militaire si on espère voyager ?

On peut effectivement aller à l’étranger en tant que kiné militaire. Mais uniquement dans le cadre des missions sur volontariat. Mais la guerre n’est pas un « voyage » !

On peut être envoyé dans des zones dangereuses.

On peut aussi très bien rester toujours en France si on le souhaite, puisque les missions à l’étranger « sur le terrain » se font sur la base du volontariat.

Comment tu qualifierais la relation entre un(e) kiné militaire et ses patient(e)s ?

Comme n’importe quelle soignant qui a de l’empathie pour son camarade blessé avec beaucoup d’humilité et une véritable passion pour son métier.

Peux-t-on être kiné militaire si on a une aversion pour l’autorité ?

Non c’est impossible, j’ai essayé et j’ai ramassé dans certaines affectations!!!

Est-ce qu’on peut être kiné dans l’armée en libéral ?

Impossible en étant de carrière mais OK pour un réserviste du service de santé de santé.

Peux-tu présenter ton parcours de kiné militaire ?

Michel nous présente son parcours, depuis son DE de kiné jusqu’à son dernier post de kiné dans l’armée.

Quand tu as eu ton diplôme d’État de kiné ?

En 1992, à l’école Saint Michel sur Paris.

Quand et pourquoi tu as voulu faire kiné dans l’armée ?

J’avais un cousin brigadier dans l’armée Suisse qui à l’époque faisait l’école de guerre en France. Et c’est durant ma période de service militaire en visitant une caserne de chars Léopard en Suisse que j’ai décidé de prendre cette voie très atypique pour un kiné !

Comment s’est passé ta carrière militaire, où as tu travaillé ?

Je suis militaire depuis 1992 à la suite de mon service militaire. Je me suis engagé d’abord sous contrat, puis au bout de 6 ans, je suis passé de carrière. 

J’ai exercé comme masseur-kinésithérapeute (MK) des forces sous le statut MITHA (Militaire Infirmier Technicien des Hôpitaux des armées) dans plusieurs hôpitaux militaires :

  • Hopital d’instruction des armées (HIA) du Val de Grâce à Paris,
  • HIA Desgenettes sur Lyon,
  • HIA Sainte-Anne sur Toulon durant 10 ans.

Mission opérationnelle comme kiné militaire

En 2001, j’ai effectué la première mission opérationnelle  d’un kinésithérapeute, suite aux événements du 11 Septembre et à bord du porte-avion Charles de Gaulle. Ma mission était de prendre en charge le suivi physique et la rééducation des pilotes de l’aéro-navale embarquée. 

Cette mission a été le “détonateur” de mon intérêt grandissant pour les forces sur le terrain et la recherche appliquée sur les “facteurs humains”.

Cadre de santé militaire

Dans le même temps, je suis devenu officier en passant le Diplôme de cadre de santé en 2000.  

J’ai eu pour fonction de gérer un pôle de MPR/SSR militaire sur  l’hôpital d’instruction des armées de Sainte Anne à Toulon, le centre MPR de l’Oratoire, avec une équipe multidisciplinaire civilo militaire (MK, Ergothérapeutes, Psychomotricien(ne)s, infirmier(e)s, aide-soignant(e)s) de 40 personnels et 6 médecins militaires MPR. 

Dans le même temps, j’ai effectué des recherches cliniques avec mon chef de service sur le conditionnement physique et déconditionnement des commandos nageurs de combat lors de la sélection(Élite de l’armée Française) ainsi que sur les contraintes physiques des pilotes de chasse.

En 2007 j’ai obtenu un Master 2 en défense et sécurité, ainsi qu’un DU en gestion des risques.

J’ai poursuivi et terminé ma carrière comme cadre de santé militaire en région Auvergne-Rhône Alpes jusqu’en 2019 avec la gestion et notation de 250 infirmiers des forces et auxiliaires sanitaires, en tant qu’Adjoint au bureau technique de la DRSSA (CMA) de Lyon, officier communication, officier opération, responsable de l’audit qualité et gestion des risques, inspections techniques des antennes médicales et management de la formation des équipes paramédicales « secours au combat ».

Comment tu as trouvé ces postes dans l’armée ?

Sous statut militaire nous sommes soumis aux mutations.

Ce qui implique un déroulement de carrière faisant suite aux décisions d’ affectations décidées par la Direction centrale du service de santé des armées sur Paris.

Pourquoi tu as décidé d’arrêter de travailler comme kiné dans l’armée ?

Après presque 30 ans de services, j’avais envie de découvrir autre chose. La vie militaire est certes passionnante mais il y avait aussi de multiples contraintes et beaucoup de pressions dans les postes de gestion RH.

Dans ma spécialité j’étais un peu en avance sur le système.

J’avais en tête de nombreux projets concernant le suivi physique des forces spéciales en se calquant sur le modèle anglo-saxon, ce qui était un peu trop novateur comme : l’Hypnose, la visualisation/ mentalisation, la pleine conscience, l’évaluation physique standardisée pour les forces spéciales, l’anticipation des blessures physiques…

j’ai relaté cette expérience dans un ouvrage en 2014 aux éditions Amphora “Conditionnement physique pour le sportif opérationnel”. 

Que fais-tu aujourd’hui en tant que kiné ?

Hypnose, visualisation, pleine conscience, évaluation physique, anticipation des blessures physiques…!  comme Thérapeute et MK spécialisé dans la douleur, le sport, le stress  et les addictions.  

Tout ce qui était limitant dans les armées.

***

Voilà pour ce qu’on pouvait vous dire sur la profession de kiné militaire dans l’armée française ! Si vous avez des remarques, des quetions, rendez-vous en commentaire 🙂.

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Ces articles pourraient également vous intéresser :

📚 SOURCES

Wikipédia : statut général des militaires français

Devenir kiné réserviste, liste des contacts régionaux ici

Contact de la Direction centrale du service de santé des armées ici

Conditions pour être recruté comme kiné militaire ici

Financement de la formation kiné par le Service de santé des armées ici

Rédigé par Michel Poujade

Je suis kinésithérapeute et cadre de santé. Ancien officier du Service santé des armées, je suis spécialisé dans la prise en charge de la douleur, du sport ainsi que de la résistance au stress et aux addictions en tant que praticien en hypnose thérapeutique. Je suis également auteur d’ouvrages et de publications sur le conditionnement et le déconditionnement physique et mental.

J’habite dans le sud vers Toulon et travaille comme thérapeute, j’interviens également dans des séminaires et je participe à des conférences sur les « facteurs humains ».

# Mon mail
# Un de mes livres : Conditionnement Physique pour le Sportif Opérationnel

3 commentaires sur « Kiné dans l’armée : comment le devenir ? Interview & conseils ! »

  1. Bonjour, j’ai quelques questions par rapport au métier de kiné dans l’armée.

    J’aimerais effectuer une double formation de kiné et de militaire à l’armée à Lyon, est-ce que cela est possible ?
    – Le logement, la nourriture et les études sont-ils bien pris en compte dans cette formation ?
    – Après l’obtention du diplôme de MK, combien d’années au service militaire je dois « rendre » ?
    – Est-ce que les conditions d’admissions sont les mêmes que pour ceux qui souhaitent devenir médecin militaire comme expliqué sur le site du SSA ?
    – Est-ce qu’en travaillant dans l’armée je serais obligée de me déplacer dans d’autres pays ou des pays en guerre ?

    Y-a t’il d’autres informations à connaître par rapport à cette formation ?
    Merci d’avance pour vos réponses.

    Matilde Teisseire

    1. Bonjour Matilde,
      Mes réponses :
      – il faut demander directement à l’organisme en question (les choses peuvent changer chaque année) mais j’explique dans l’article que c’est une allocation, tout dépend de vos dépenses (allocation de 2000e à 20ke/an)
      – c’est écrit dans l’article : en général, le double des années financées. Mais encore une fois voir directement avec l’organisme les choses peuvent changer d’année en année
      – tjr la même réponse 🙂
      – non pas du tout.

      Tout ce que je sais est dans l’article, que je t’invite à relire tranquillement !
      Bonne continuation,

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