Entreprise Individuelle (EI) ou société : comment choisir ?

entreprise individuelle ou société comment choisir

Vous êtes en profession artisanale, libérale (réglementée ou non) ou commerciale à votre compte. Vous hésitez entre rester ou devenir une entreprise individuelle (EI) ou basculer en société (EURL, SASU, SARL, SAS, etc.) ?

Je vous comprends, je me suis pris la tête à ce sujet pendant des mois. Et j’ai galéré à trouver des ressources compréhensibles, à jour et exhaustives.

Alors voici ma contribution pour vous aider à trancher !

♻️ Dernière mise à jour : 26 février 2026.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec le sujet. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Rédigé par Nelly Darbois, ex-kiné et rédatrice scientifique

Dans quel contexte c’est intéressant de se poser cette question ?

Voici les principales situations où on est contraint de se poser la question du choix entre ces 2 statuts.

Vous êtes une profession réglementée et vous n’avez pas le droit à l’auto-entreprise (AE).

Vous devez donc choisir entre être en simple entreprise individuelle en micro-BNC (ou micro-BIC) ou BNC (ou BIC) ou ouvrir une société.

Vous souhaitez avoir une activité secondaire alors que vous êtes déjà en entreprise individuelle.

Vous vous demandez si c’est mieux de faire une adjonction d’activité et d’avoir vos 2 activités sous le statut juridique de l’EI, ou s’il vaut mieux créer une société pour cette seconde activité (SAS, etc.).

Situation classique : vous êtes kiné libéral en entreprise individuelle. Vous souhaitez intervenir comme kiné en entreprise en tant que formateur. Vous vous demandez s’il faut créer une structure dédiée

Vous avez dépassé les plafonds de chiffre d’affaires de l’auto-entreprise.

Vous devez donc passer en EI en BNC ou BIC (on dit aussi « au réel ») ou en société.

Vous avez trop de charges pour que l’auto-entreprise soit intéressante pour vous.

Dans ce cas, vous devez choisir entre EI au réel et société.

Vous avez dépassé les seuils de chiffres d’affaire qui permettent de rester en micro-BNC ou micro-BIC.

Vous êtes alors obligé de trancher entre rester en EI au réel ou basculer en société.

Quels sont les critères à prendre en compte ?

Il y a un critère auquel on pense généralement tout de suite. C’est quelle situation sera la plus avantageuse financièrement pour moi ?

Il faut pour cela prendre en compte l’impact du statut juridique sur :

  • les cotisations sociales qu’on va payer ;
  • l’impôt sur le revenu ou les sociétés.

En déduisant de votre chiffre d’affaires mensuel ou annuel le montant des cotisations, de vos charges estimées, et de votre impôt, vous saurez ainsi quel revenu net après impôt vous toucherez mensuellement ou annuellement.

Je vous monterai plus loin comment calculer cela ultra-simplement en moins de 3 minutes grâce à un super simulateur de l’URSSAF.

Mais ce n’est pas le seul critère à prendre en compte.

Voici les autres critères à considérer.

🔺Est-ce que vous comptez vous associer ou embaucher des salariés dans les mois à venir ?

🔺 Pouvez-vous toucher des indemnités de France Travail (ex Pôle Emploi) pendant quelques mois ?

🔺 Est-ce que vous avez prévu d’emprunter de grosses sommes dans les mois/années à venir, notamment pour acquérir votre résidence principale ?

🔺 Envisagez-vous d’avoir des investisseurs ?

Si vous répondez oui à une ou plusieurs de ces questions, alors ce sera un élément à considérer en plus de la différence de revenu net.

Si vous répondez non à toutes ces questions, alors seule la différence financière sera intéressante à prendre en compte. En intégrant tout de même les différences en termes de couverture : ce que vous touchez en cas d’arrêt maladie, d’invalidité, de congé maternité, etc.

Justement, voyons maintenant comment comparer précisément vos revenus et votre couverture en fonction du statut juridique !

Voir aussi : comparatif de l’EI, la SCM et la SELARL pour les kinés.

Comment calculer simplement ce qui est le plus avantageux financièrement ?

Sur le site de l’URSSAF, vous pouvez accéder gratuitement à un comparateur de statut juridique. Il est très bien fait.

Aperçu des champs à remplir sur le site de l'URSSAF pour savoir si une EI est mieux qu'une société
Aperçu des champs à remplir sur le site de l’URSSAF

Vous répondez à une dizaine de questions, vous rentrez votre chiffre d’affaires mensuel, vos charges mensuelles (hors cotisations), et vous avez des chiffres très concrets sur les revenus avant et après cotisations sociales et impôt selon le statut choisit !

Vous saurez aussi :
📍le coût de création selon le statut
📍combien vous toucherez si vous êtes en arrêt maladie, en invalidité, ou en congé maternité ou paternité
📍combien vous toucheriez à la retraite si vous maintenez ce revenu « toute la vie ».

C’est un super outil.

résultat de la simulation de statut juridique sur l'urssaf
Un aperçu des données comparatives selon le statut. Vous y avez accès après indiqué un CA, des charges, et répondu à quelques questions.

Application pratique : pourquoi j’ai choisi de rester en entreprise individuelle

Entre 2019 et 2023, j’ai été en entreprise individuelle en tant que kiné libérale.

En tant que profession réglementée, je n’avais pas le droit d’être en auto-entreprise.

Comme j’avais moins de charges que les 34% d’abattement permis en micro-BNC, je suis donc restée en entreprise individuelle. C’était forcément le statut juridique le plus avantageux.

Mi-2023, j’ai arrêté mon activité de kiné pour me consacrer à 100% à mon activité en freelance de consultante et rédactrice Wikipédia et à la vente d’e-learnings et ebooks.

Comme je n’avais toujours pas beaucoup de charges et que je n’étais plus profession réglementée, j’ai pu créer une auto-entreprise (AE).

Cependant, en janvier 2024, ayant dépassé durant 2 ans le seuil de la micro de 77 700€ de chiffre d’affaires brut pour les prestations de service (car cela prenait aussi en compte mon activité antérieure de kiné) j’ai du ferme mon AE.

C’est là que je me suis demandée s’il vallait mieux basculer en société individuelle ou rester en entreprise individuelle.

J’ai fait mes calculs avec le simulateur, en faisant des pronostics sur la base de mes revenus et charges des derniers mois, et ceux planifiés.

Voici les résultats de la simulation :

Résultat pour ma situation en 2024 par le comparateur de statut juridique de l'URSSAF : comparatif de la SASU, de l'EI et de l'AE
Résultat pour ma situation en 2024 par le comparateur de statut juridique de l’URSSAF

La SASU me faisait perdre 500€ net par mois après cotisations sociales et impôt. (L’EURL n’est pas proposée dans le simulateur URSSAF, mais mes calculs laissent penser que c’est tout de même moins intéressant que l’EI.)

Pour une couverture sociale identique, sauf en cas d’accident du travail (assez peu probable quand on travaille à 100% de chez soi derrière son ordinateur).

De plus, je n’avais pas l’intention dans les années à venir de :

  • recruter en salariat : je bosse ponctuellement avec des freelance ou pratique l’apport d’affaires ;
  • toucher des indemnités de Pôle-Emploi / France Travail : je n’ai pas été salariée depuis 2019, donc je n’y ai pas droit puisque je ne cotise pas au chômage ;
  • emprunter : j’ai acquis ma résidence principale quand j’étais salariée, à 24 ans, et j’y suis très bien ;
  • solliciter des investisseurs : je suis bien tout seule 😉.

Donc, il était évident dans mon cas que le statut juridique de l’entreprise individuelle était plus adapté ! Ouf, un peu de paperasse en moins !

J’ai prévu de ré-utiliser le simulateur fin 2024, avec mes vrais chiffres. Puis une fois par an.

Il faut aussi choisir entre être à l’IR (impôt sur le revenu) ou à l’IS (impôt sur les sociétés). Pour ma part, je suis à l’IR, car l’IS est intéressant seulement si on fait des investissements / décide de garder de la trésorerie, ce qui n’est pas mon cas.

Pourquoi j’ai finalement décidé de passer en société

Lorsque j’ai écrit cet article il y a quelques années, mon choix était clair : rester en entreprise individuelle.

J’avais comparé :

  • entreprise individuelle
  • société avec statut TNS
  • société avec statut assimilé salarié

Dans tous les cas, à chiffre d’affaires équivalent, le revenu net disponible mensuel était plus intéressant en entreprise individuelle.

Mon objectif à l’époque était simple : optimiser mon revenu personnel immédiat. Mais avec le temps, ma situation a évolué.

  • D’abord, mon activité s’est stabilisée.
  • Ensuite, mon mari m’a rejointe dans l’activité, ce qui change évidemment la structuration possible.
  • Enfin, ma visibilité financière s’est améliorée : je sais aujourd’hui précisément de combien j’ai besoin chaque mois pour vivre, et cette situation devrait rester relativement stable pendant une dizaine d’années (en attendant les études supérieures des enfants).

Et c’est là que la réflexion change.

La dimension que j’avais sous-estimée : la capitalisation

En entreprise individuelle, le bénéfice est imposé immédiatement à l’impôt sur le revenu, que l’argent soit consommé ou non, en plus des cotisations qu’on paie dessus.

En société soumise à l’impôt sur les sociétés :

  • on peut choisir sa rémunération,
  • laisser une partie du résultat dans la société,
  • et cette somme est alors imposée à l’IS (souvent plus faible que l’IR marginal),
  • puis peut être investie et capitalisée à l’intérieur de la structure.

Autrement dit : au lieu de sortir l’argent, payer l’impôt personnel dessus, puis épargner ce qu’il reste, on peut épargner d’abord dans la société, avec une fiscalité plus contenue, et laisser le capital se développer plus rapidement.

Certes, l’imposition interviendra plus tard lors de la sortie (dividendes ou rémunération),
mais le capital aura eu le temps de croître sur une base plus importante.

C’est une logique patrimoniale différente. Moins centrée sur le revenu immédiat, plus orientée vers la structuration à long terme.

Mon choix aujourd’hui

En refaisant mes calculs à partir :

  • de mes besoins mensuels réels,
  • de la stabilité prévisible de mon activité,
  • du fait que mon mari est désormais impliqué,
  • et de ma volonté d’optimiser la capitalisation,

le passage en société devient cohérent.

Ce n’est pas une vérité universelle. C’est un calcul extrêmement personnel.

Cela dépend :

  • du niveau de revenu,
  • du taux marginal d’imposition,
  • des besoins de trésorerie,
  • de la situation familiale,
  • des projets patrimoniaux,
  • et de l’horizon de temps.

Mais pour la première fois, le raisonnement n’est plus seulement :

“Quel statut me donne le plus de net tout de suite ?”

Il devient :

“Dans quel cadre mon capital se développe-t-il le plus efficacement sur 10 ans ?”

(Et si comme moi, vous en avez marre de devoir passer des heures à optimiser des paramètres que l’État adore compliquer à coups de demi-réformes successives, jetez un oeil à Solution Démocratique, dont le projet permettra à terme de s’affranchir de cela en s’inspirant des pays qui fonctionnent mieux.)

***

Voilà pour ce que je voulais vous dire à ce sujet ! Des questions, remarques ? Rendez-vous en commentaire !

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📚 SOURCES

Le très bon simulateur comparatif de statut juridique de l’URSSAF

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

3 commentaires sur « Entreprise Individuelle (EI) ou société : comment choisir ? »

  1. Bonjour, je suis en attente de la reconnaissance de mon diplôme suisse de physiothérapie par l’état français. Je souhaite pratiquer en tant que masseur-kiné libérale. Je comprends que je dois ouvrir une EI pour cela. Parallèlement, je pratique des techniques manuelles en médecine chinoise ainsi que des massages thérapeutiques. Puis-je utiliser mon numéro de SIRET de mon EI de kinésithérapie ou dois-je créer une auto-entreprise avec un autre numéro de SIRET pour les techniques autres que la kinésithérapie ? Je vous remercie vivement pour votre aide.

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