Radio du genou : quand la faire et comment là décrypter ?

radiographie du genou, indication, interprétation

« Je passe ma radio du genou seulement dans 3 semaines… pas top ! » C’est cette phrase qu’a prononcé une de mes amies trentenaires, sujette aux douleurs de genou, qui m’a donné envie d’écrire cet article.

Je fais le point sur l’essentiel à connaître selon moi sur ce type d’imagerie pour le genou : quand est-il pertinent d’y recourir, qui peut vous les prescrire ou interpréter, et que faire selon les résultats.

♻️ Dernière mise à jour : 15 avril 2025.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec le sujet. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Quand faire une radio du genou est pertinent ?

Vous avez mal au genou, et vous vous demandez si une radio peut vous aider à y voir plus clair ? C’est normal. Beaucoup de personnes, comme mon amie, ont ce réflexe : vouloir une image, « pour être sûr de ne rien rater ».

La radio du genou est surtout utile pour chercher une fracture du genou après un choc ou une chute, ou bien faire le point sur l’usure de l’articulation (gonarthrose).

👉 Par exemple, si vous avez eu un gros traumatisme, que vous ne pouvez plus poser le pied, ou que votre genou a gonflé d’un coup et que vous avez du mal à le plier ou tendre, c’est une bonne indication.

Mais si vous avez juste mal sans cause évidente, surtout si ça dure depuis longtemps, la radio ne montre souvent rien d’anormal. Et ça peut être frustrant : « Ma radio est normale, mais j’ai toujours mal ! »

Il faut le savoir : ce n’est pas parce qu’on ne voit rien à la radio que vous êtes fou, que la douleur est dans votre tête. La douleur est un phénomène complexe, influencé par de nombreux facteurs — mécaniques, biologiques, émotionnels, environnementaux.

Ce n’est pas toujours une lésion visible qui cause la douleur, et ce n’est pas parce qu’on ne la voit pas qu’elle n’existe pas. La bonne nouvelle, c’est qu’elle peut s’atténuer, voire disparaître, soit simplement par le temps qui passe, soit en adaptant certaines choses : vos mouvements, votre rythme, vos activités.

Et qu’en pensent les expert(e)s ?

En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) insiste sur un point : le diagnostic de la douleur au genou est avant tout clinique. Autrement dit, c’est l’examen du professionnel de santé – ses questions, ses tests, ses observations – qui doit guider la suite.

📌 Si une image est nécessaire, la radiographie reste l’examen de première intention, que ce soit après un traumatisme ou en cas de douleur persistante sans cause évidente.

📌 L’IRM est rarement nécessaire au début, car dans la majorité des cas, elle ne change pas la prise en charge. Elle est réservée à des cas plus complexes.

Ce message est d’autant plus important qu’on constate une augmentation excessive du nombre d’IRM réalisées en France, parfois sans justification, ce qui surcharge les services d’imagerie et peut retarder des examens pour des pathologies plus graves, comme les cancers.

Les recommandations américaines (American College of Radiology – ACR) vont dans le même sens. Leur guide sur les douleurs chroniques du genou est actualisé chaque année par un panel multidisciplinaire. Leur mot d’ordre : choisir l’imagerie adaptée au bon moment, en fonction des symptômes, et ne pas sauter d’étapes.

Que ce soit en France, aux États-Unis, ou ailleurs, les recommandations convergent :

🎯 On n’imagine pas un bon diagnostic sans une bonne écoute du patient. L’imagerie ne remplace pas l’examen clinique, et elle est souvent dispensable.

Les médecins prescrivent souvent une radio « pour être tranquilles » — et c’est compréhensible. Ils veulent éviter de passer à côté de quelque chose de grave, et pensent que cela va rassurer leur patient. Mais ce réflexe, bien intentionné, peut parfois produire l’effet inverse.

Car une radio peut révéler des choses… qui ne sont pas forcément liées à la douleur. Et cela peut inquiéter inutilement, ou déclencher un parcours médical plus long sans réelle utilité.

C’est l’un des paradoxes de la douleur au genou : vouloir une image pour se rassurer, alors que parfois, c’est ce qui crée plus de doutes que de réponses.

Qui peut prescrire une radio du genou en France ?

En France, plusieurs professionnels peuvent vous prescrire une radio du genou :

  • votre médecin généraliste ;
  • un médecin spécialiste ou chirurgien (rhumatologue, orthopédiste…) ;
  • un médecin urgentiste.

Les kinés ne peuvent pas prescrire de radio, mais certains réalisent des échographies.

La radio est ensuite réalisée par un manipulateur en radiologie, et analysée par un médecin radiologue. C’est lui qui rédige le compte-rendu.

Mais attention : les résultats ne se suffisent pas à eux seuls. C’est votre professionnel de santé qui doit mettre en lien l’imagerie et vos symptômes pour que ça ait du sens.

Que peut permettre de voir la radio ?

Une radio peut montrer :

  • une fracture (os cassé ou fissuré) ;
  • une arthrose (usure du cartilage, pincement articulaire, becs osseux…) ;
  • des calcifications, corps étrangers osseux, malpositions articulaires

Mais elle ne permet pas de voir les ligaments, les ménisques, ou les tendons. Donc si vous avez une entorse du genou, un ménisque fissuré, un problème tendineux, la radio sera souvent normale.

L'HAS explique quand faire une radio du genou. On voit qu'il n'est pas recommandé d'en prescrire en cas de douleur au genou chronique qui revient : pourtant, des radios sont très souvent prescrites dans ce contexte.
L’HAS explique quand faire une radio du genou. On voit qu’il n’est pas recommandé d’en prescrire en cas de douleur au genou chronique qui revient : pourtant, des radios sont très souvent prescrites dans ce contexte.

Comment interpréter les résultats de sa radio ?

Le compte-rendu est souvent un peu technique.

Et parfois, il est écrit :
➡️ « Radio normale »
➡️ « Pas d’anomalie décelée »
➡️ Ou au contraire : « Arthrose fémoro-tibiale modérée »

Mais vous ne comprenez pas trop ce que ça implique pour vous.

💡 Ce qu’il faut retenir :

  • une radio normale n’exclut pas une lésion d’un tissu qui ne se voit pas à la radio. Mais qui dans l’immense majorité des cas ne nécessitera pas de traitement spécifique autre que symptomatique, quel que soit le tissu concerné ;
  • une radio qui montre quelque chose ne veut pas dire qu’il faut opérer ou traiter spécifiquement ;
  • ce n’est pas l’image qui dicte les soins, mais votre douleur (au repos) et ce que vous avez envie de faire.

Un même genou peut être douloureux avec une radio normale, ou pouvoir fonctionner très bien malgré de l’arthrose à l’imagerie. Ce n’est pas si rare.

Faut-il faire une IRM en plus ou à la place d’une radio du genou ?

Vous vous dites peut-être :
➡️ « Et si je faisais plutôt une IRM ? »
➡️ « La radio n’a rien montré, peut-être que l’IRM verra ce que j’ai ? »
➡️ « Comment savoir si ma douleur au genou est grave ? »

L’IRM peut être indiquée si on suspecte une atteinte ligamentaire, méniscale ou inflammatoire, et que la radio ne suffit pas. Mais elle n’est pas utile systématiquement.

Parfois, IRM et radio sont toutes les deux normales, alors que vous avez mal. C’est le cas dans beaucoup de douleurs chroniques du genou.

Ce n’est pas facile à entendre, mais c’est la réalité :
👉 Avoir mal au genou sans que les examens montrent quelque chose, c’est fréquent.
👉 Et ça ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire !

Ce qui aide le plus, c’est souvent d’adapter son activité, de moduler les contraintes, et de bouger progressivement en respectant sa douleur.

Si vous êtes dans ce cas de figure, je vous invite à lire un de ces 2 articles :

***

Voilà pour ce que je voulais vous dire à ce sujet ! Des questions, remarques ? Rendez-vous en commentaire !

📚 SOURCES

Expert Panel on Musculoskeletal Imaging:; Fox MG, Chang EY, Amini B, Bernard SA, Gorbachova T, Ha AS, Iyer RS, Lee KS, Metter DF, Mooar PA, Shah NA, Singer AD, Smith SE, Taljanovic MS, Thiele R, Tynus KM, Kransdorf MJ. ACR Appropriateness Criteria® Chronic Knee Pain. J Am Coll Radiol. 2018 Nov;15(11S):S302-S312. doi: 10.1016/j.jacr.2018.09.016. PMID: 30392599.

HAS, 2022, Pertinence de l’imagerie en cas de gonalgie (douleur au genou) chez l’adulte, ici.

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Fonto Media - Santé, kinésithérapie & communication

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture