Hernie discale (& discopathie lombaire) : le guide d’une kiné

guide d'une kiné en cas d'hernie discale (discopathie lombaire)

On vous a diagnostiqué une hernie discale ou une discopathie lombaire ?

Vous cherchez des informations précises et rassurantes sur leur évolution, les symptômes, les traitements ?

Réponses d’une kiné !

♻️ Dernière mise à jour : 9 mai 2025.
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Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

C’est quoi précisément une hernie discale ?

Votre colonne vertébrale est composée de vertèbres, des petits os empilés les uns sur les autres, qui forment votre dos. Entre chaque vertèbre, il y a un disque intervertébral, un peu comme un coussin souple qui absorbe les chocs et permet le mouvement.

À l’intérieur de la colonne passe la moelle épinière, qui transporte les informations entre votre cerveau et votre corps. De chaque côté des vertèbres, des nerfs en sortent pour aller vers les bras, les jambes et les autres parties du corps.

Quand un disque s’abîme (discopathie) ou se déplace trop (comme dans une hernie discale), il peut appuyer sur un nerf.

Hernie discale

Une hernie discale, c’est quand un disque situé entre deux vertèbres sort légèrement de sa place. Il peut appuyer sur un nerf et provoquer des douleurs, des fourmillements ou une perte de force… mais pas toujours !

Certaines hernies passent inaperçues et ne causent aucun symptôme.

schéma de différents stades d'hernie discale
À gauche, la colonne vertébrale avec en rouge les disques entre chaque vertèbre. Parfois il y a une hernie (2 plus hauts), parfois pas (dessous). À droite on voit mieux les disques avec hernie, à différents stades. Source : Wikimedia

Discopathie lombaire

La discopathie lombaire, c’est différent. C’est une usure progressive du disque, qui peut être liée à l’âge ou à des contraintes sur le dos. Là aussi, cela peut entraîner une compression du nerf.

Une discopathie ne provoque pas forcément de hernie, et une hernie peut exister sans discopathie.

schéma d'une discopathie lombaire. Tout à gauche, une colonne vertébrale sans discopathie. Puis les 3 autres schémas montrent des discopathies de plus en plus avancées, celui tout à droite montrant une perte de hauteur du disque de 60% et des ostéophytes importants à l'avant (de l'os qui pousse à un endroit inhabituel).
Tout à gauche, une colonne vertébrale sans discopathie. Puis les 3 autres schémas montrent des discopathies de plus en plus avancées, celui tout à droite montrant une perte de hauteur du disque de 60% et des ostéophytes importants à l’avant (de l’os qui pousse à un endroit inhabituel). Image : Cai XY, Sun MS, Huang YP, Liu ZX, Liu CJ, Du CF, Yang Q. Biomechanical Effect of L4 -L5 Intervertebral Disc Degeneration on the Lower Lumbar Spine: A Finite Element Study. Orthop Surg. 2020 Jun;12(3):917-930. doi: 10.1111/os.12703. Epub 2020 May 31. PMID: 32476282; PMCID: PMC7307239.

Lombaire, thoracique ou cervicale ?

Une hernie discale comme une discopathie peuvent se produire à n’importe quel niveau de la colonne vertébrale :

  • Lombaire (bas du dos) : c’est la plus fréquente. Elle peut provoquer une douleur dans le bas du dos (lumbago) et/ou une sciatique (douleur, fourmillements ou faiblesse dans une jambe).
  • Cervicale (cou) : elle peut entraîner des douleurs dans le cou, des maux de tête, et parfois une névralgie cervico-brachiale (douleur et engourdissement dans un bras).
  • Thoracique (milieu du dos) : plus rare, elle peut causer une douleur dans le dos ou autour du thorax.

Bonne nouvelle : beaucoup de hernies sont découvertes par hasard, sans symptôme, et ne nécessitent pas forcément d’intervention !

🔎 Une analyse regroupant 20 études a évalué les résultats d’IRM réalisées sur des personnes sans symptômes (pas de douleur ni de gêne). Les résultats montrent que des anomalies discales sont très fréquentes, même chez des personnes qui ne souffrent pas du dos :

  • 2 à 8 personnes sur 10 avaient une baisse de l’intensité du signal, signe d’un vieillissement du disque (discopathie)
  • 1 à 8 personnes sur 10 présentaient un bombement discal (disque qui dépasse légèrement ; hernie)
  • 0 à 6 personnes sur 10 avaient une protrusion discale (disque qui déborde un peu plus ; hernie)
  • 0 à 2 personnes sur 10 montraient une extrusion discale (partie du disque qui sort franchement ; hernie)
  • 0 à 6 personnes sur 10 avaient un rétrécissement du disque (discopathie)
  • 0 à 6 personnes sur 10 présentaient des fissures annulaires (petites déchirures dans la paroi du disque ; discopathie)

Source : Donnally 2023

👉 Ce que cela signifie : beaucoup de gens ont des anomalies aux disques visibles à l’IRM sans avoir mal. Trouver une hernie ou un disque abîmé sur une IRM ne veut donc pas forcément dire que c’est la cause des douleurs. En l’absence de douleur ou de gêne dans les mouvements, un avis médical spécialisé n’est souvent pas nécessaire.

Quels sont les symptômes d’une hernie discale ?

Tout dépend de l’endroit et de la « gravité » ! Parfois, on a une hernie discale… sans même le savoir (elle est découverte par hasard, et il n’y a rien lieu de faire de particulier !).

Mais quand elle appuie sur un nerf, ça peut donner :

  • Douleur locale : dans le bas du dos (hernie lombaire) ou dans le cou (hernie cervicale).
  • Douleur irradiée : une sciatique (jambe) ou une névralgie cervico-brachiale (bras).
  • Engourdissements, fourmillements dans un membre.
  • Perte de force dans la jambe ou le bras (plus rare).

Quelle est le temps de guérison d’une hernie discale et d’une discopathie lombaire ?

Voici quelques délais typiques d’évolution d’une hernie discale qui entraîne des douleurs.

  • Douleur aiguë : souvent 3 à 6 semaines pour une nette amélioration.
  • Résorption de l’hernie (elle disparaît parfois) : environ 3 à 12 mois, mais sans forcément de symptômes gênants tout ce temps-là.
  • Cas nécessitant plus de temps : si la douleur est intense ou si des nerfs sont touchés, la récupération peut être plus longue.

📌 Le plus important ? 🏃‍♂️ Bouger (sans forcer) et adapter ses activités.

Contrairement à une hernie discale, la discopathie lombaire ne “guérit” pas vraiment… mais ça ne veut pas dire que la douleur est permanente ! 😊

  • Phase douloureuse : peut durer quelques semaines à quelques mois, selon l’inflammation.
  • Adaptation du corps : avec le temps, le dos trouve d’autres stratégies pour bouger sans douleur.
  • Évolution : la discopathie est une usure progressive du disque, mais on peut très bien vivre avec sans gêne au quotidien !

Combien de temps doit-on s’arrêter de travailler pour une hernie discale ou discopathie lombaire ?

L’arrêt de travail n’est pas systématique pour ces pathologies.

Cela dépend de plusieurs facteurs :

  • l’intensité de la douleur,
  • le type de travail,
  • et l’évolution des symptômes.

Hernie discale : l’arrêt peut aller de quelques jours à plusieurs semaines, surtout si la douleur est forte ou s’il y a une sciatique. La plupart des gens reprennent en 2 à 6 semaines.

Discopathie lombaire : souvent, il n’y a pas besoin d’arrêt prolongé. On adapte le poste ou on prend des pauses régulières pour éviter d’aggraver la douleur.

📌 Bon à savoir : le repos total n’est pas recommandé trop longtemps. Reprendre une activité adaptée aide à la récupération ! 🚶‍♂️💼

Quels traitements recommandés ?

Dans la majorité des cas, une hernie discale s’améliore toute seule ! 🎉

On traite seulement s’il y a des symptômes (douleur, perte de force) et qu’ils sont trop gênants.

Exercices et kinésithérapie

L’activité physique adaptée aide à éviter l’enraidissement.

Le mouvement progressif est essentiel pour prévenir la chronicisation de la douleur : moins on bouge, plus le mouvement peut être douloureux, alors qu’il n’aggrave pas l’hernie.

Si elle vous est prescrite, la kinésithérapie inclut souvent :

  • des exercices de renforcement musculaire ciblés (gainage, travail des muscles profonds du dos et des abdominaux). On pense que le travail des muscles posturaux, en particulier du transverse de l’abdomen et des muscles paravertébraux, permet de compenser la perte de soutien du disque (en cas de discopathie) ;
  • des étirements doux. On pense que des exercices de mobilité et d’assouplissement du rachis aident à maintenir un bon équilibre musculaire et à réduire la pression sur les articulations vertébrales.
  • un accompagnement pour vous aider à identifier le bon dosage d’activité physique dans votre cas, et le type d’activité : ni trop, ni pas assez ;
  • parfois, de la thérapie manuelle, des massages ou l’application de TENS.

🔎 Une équipe de recherche a synthétisé les études sur l’effet du sport et des charges sur les disques intervertébraux.

📌 Ce qu’ils ont trouvé :

  • Bon pour les disques 🏃‍♂️ : les efforts dynamiques, dans l’axe de la colonne, à vitesse modérée, et d’intensité similaire à la marche ou au jogging semblent bénéfiques.
  • Mauvais pour les disques ⚠️ :
    • Charges statiques (rester longtemps dans une même position)
    • Torsions du dos sous charge
    • Flexions avec compression (se pencher en avant avec du poids)
    • Mouvements rapides ou chocs intenses (exercices explosifs, impacts forts)

📉 Ne pas bouger est aussi mauvais : le manque d’activité affaiblit les disques.

L’étude mentionne aussi que la génétique joue un rôle et qu’il pourrait y avoir une « période critique » dans le développement des disques où l’exercice a un impact durable.

Source : Belavy 2016

Médicaments

Les traitements médicamenteux incluent :

  • des antalgiques (paracétamol, anti-inflammatoires non stéroïdiens en l’absence de contre-indication),
  • et, dans certains cas, des myorelaxants pour réduire les contractures musculaires secondaires.

Opération ?

La chirurgie est exceptionnelle et réservée aux cas où la douleur persiste malgré plusieurs mois de traitement conservateur, ou lorsqu’une atteinte neurologique sévère apparaît (faiblesse musculaire importante, perte de sensibilité, syndrome de la queue de cheval).

Une infiltration peut être tentée avant de considérer une solution plus invasive.

Pour la hernie discale, l’intervention la plus fréquente est la discectomie, qui consiste à retirer la partie du disque comprimant le nerf.

L’arthrodèse, qui consiste à fixer deux vertèbres ensemble pour stabiliser la colonne, peut être proposée dans les formes sévères où le disque ne joue plus son rôle d’amortisseur.

🔎 L’une des études les plus citées sur les résultats de la chirurgie comparée aux traitements non chirurgicaux pour la discopathie lombaire est la SPORT (Spine Patient Outcomes Research Trial). Ses conclusions montrent que les patients ayant choisi la chirurgie ont obtenu de meilleurs résultats à 3 mois, 2 ans et 4 ans par rapport à ceux ayant opté pour un traitement conservateur.

Cependant, le choix de la technique chirurgicale reste un sujet d’étude. Une microdiscectomie et une chirurgie ouverte classique offrent des résultats globalement similaires. Une discectomie « limitée » soulage mieux la douleur et améliore la satisfaction des patients, mais expose à un risque plus élevé de récidive par rapport à une discectomie plus large. En cas de récidive, une seconde microdiscectomie donne des résultats comparables à la première intervention.

La chirurgie est souvent réalisée en ambulatoire, mais dans certains cas, une hospitalisation d’une nuit peut être nécessaire. Il est important de noter que si l’opération est efficace pour soulager les douleurs sciatiques (irradiant le long de la jambe), ses résultats sont moins prévisibles pour les douleurs lombaires non irradiées.

Source : Donnally 2023

***

Voilà pour ce que je voulais vous dire à ce sujet ! Des questions, remarques ? Rendez-vous en commentaire !

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📚 SOURCES

Donnally III CJ, Hanna A, Varacallo MA. Lumbar Degenerative Disk Disease. [Updated 2023 Aug 4]. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2025 Jan-. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK448134/

Belavý DL, Albracht K, Bruggemann GP, Vergroesen PP, van Dieën JH. Can Exercise Positively Influence the Intervertebral Disc? Sports Med. 2016 Apr;46(4):473-85. doi: 10.1007/s40279-015-0444-2. PMID: 26666742.

Belavý DL, Albracht K, Bruggemann GP, Vergroesen PP, van Dieën JH. Can Exercise Positively Influence the Intervertebral Disc? Sports Med. 2016 Apr;46(4):473-85. doi: 10.1007/s40279-015-0444-2. PMID: 26666742.

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Publié par Nelly Darbois

J’aime écrire des articles qui répondent à vos questions. En me basant sur mon expérience de kiné (diplômée en 2012) & rédactrice scientifique (diplômée en 2017), et sur des recherches approfondies dans la littérature scientifique internationale. J’habite en Savoie 🌞❄️, où j’ai crée Fonto Media, un média en ligne de ressources sur la santé et la communication.

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