S’interroger sur les symptômes de la sciatique peut revenir à s’interroger sur ses causes.
Pourtant, je vous explique dans cet article pourquoi en pratique, ce n’est pas la question prioritaire à se poser, aussi étonnant que cela puisse paraître.
Le contenu présenté ici s’appuie sur une recherche approfondie de la littérature scientifique la plus récente. J’espère qu’il vous sera utile.
Bonne lecture ! 🙂
(Des questions, remarques ou expériences à partager ? N’hésitez pas à utiliser la section commentaires en fin d’article ! 🙏)
♻️ Dernière mise à jour : mars 2024. Rédigé par Albin Guillaud, kiné et docteur en santé publique
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Sommaire
La sciatique (ou sciatalgie) : un symptôme en soi
Dans le langage courant, la sciatique (parfois « sciatalgie » en langage médical) est une douleur dans le bas du dos qui descend plus ou moins bas derrière une jambe.
Comprise ainsi, la sciatique EST un symptôme.
On utilise le mot « sciatique » car la douleur suit le même chemin que le nerf sciatique derrière la jambe.
Il faut savoir que dans l’écrasante majorité des cas, la cause d’une douleur sciatique n’a rien à voir avec un nerf sciatique !
Les causes possibles de ce type de douleur sont multiples. Les chercheurs pensent cependant que le plus souvent, le problème vient d’une racine nerveuse.
Il s’agit d’une sorte de nerf très court, attaché directement de la moelle épinière à l’intérieur de la colonne vertébrale (voir image ci-dessous).

En langage médical, on parle alors de radiculopathie (« radiculopathie » voulant simplement dire « problème de racine nerveuse »).
⚠️ Attention à la confusion ⚠️
Si vous avez une sciatique et que votre médecin pense à une radiculopathie, il se peut qu’il s’en tienne à vous dire « ça doit être une sciatique ».
Ainsi, il utiliserait un seul et même mot pour désigner à la fois le symptôme (la sciatique), et la cause probable de ce symptôme (la radiculopathie).
Cela dit, si vous avez une douleur sciatique, sachez que médicalement, la priorité absolue n’est pas de savoir à tout prix quelle est l’origine exacte de votre douleur…
Surprenant n’est-ce pas ?
En fait, la priorité médicale est de savoir si vous présentez des symptômes d’alerte en plus de votre sciatique, lesquels devraient motiver à pousser les examens.
Pourquoi l’absolue priorité n’est-elle pas de savoir ce qui cause la douleur ?
Parce qu’en l’absence de symptômes d’alerte :
1️⃣ une douleur sciatique s’améliore souvent d’elle-même, et cela assez rapidement (de quelques jours à quelques semaines) ;
(À noter qu’il se peut hélas que ce soit plus long pour les femmes enceintes ou venant d’accoucher.)
2️⃣ même avec une idée de l’origine du problème (une radiculopathie), on n’en comprend pas encore bien la nature (ce qui se passe exactement à l’intérieur) ;
3️⃣ en conséquence, on ne sait aujourd’hui malheureusement pas faire grand-chose pour accélérer la guérison, un peu comme un rhume ou une grippe ;
(À ce sujet, voir cet article sur anti-inflammatoires et sciatique et cet article sur exercices et sciatique.)
4️⃣ une douleur sciatique isolée, c’est-à-dire sans symptômes d’alerte, n’est jamais un signe de quelque chose de grave.
Ceci dit, revenons-en à ces symptômes d’alerte autres que la douleur sciatique : on les appelle les drapeaux rouges.
Sources : Fiore, 2023 ; Siddiq, 2020 ; Valat 2010
Les drapeaux rouges : des symptômes d’alerte en cas de sciatique
Il y a des symptômes d’alerte, appelés « drapeaux rouges », qui lorsqu’ils se combinent à une douleur sciatique, doivent motiver un examen approfondi.
Ces symptômes d’alerte sont :
🚩 une douleur sévère, c’est-à-dire une douleur qui :
- est présente constamment ;
- gêne pour penser ou parler ;
- empêche de dormir ;
- perturbe fortement la réalisation d’activités simples : sortir de son lit, aller aux toilettes, se laver ou s’habiller.
🚩une douleur qui s’est progressivement aggravée, présente au repos (sans rien faire) et la nuit en particulier ;
🚩 une perte de force dans la jambe douloureuse ou des difficultés à faire certains mouvements de la jambe ;
🚩 des picotements ou une diminution de la sensibilité au niveau du périnée (la zone entre l’anus et les organes génitaux) ;
🚩 une fatigue anormalement élevée à la marche ;
🚩 des troubles urinaires (par exemple, des envies pressantes anormalement fréquentes ou des incontinences) ;
🚩 des troubles pour aller à la selle (constipation ou incontinence) ;
🚩 des troubles de l’érection ;
🚩 une fièvre, une perte d’appétit, une grande fatigue ou une perte de poids ;
🚩 la survenue récente d’un traumatisme (par exemple une chute) ;
🚩 la persistance d’une douleur sciatique fortement invalidante au-delà de 3 mois, sans amélioration malgré un traitement conservateur (c’est-à-dire non chirurgical).
Si vous n’avez aucun de ces symptômes, soyez rassuré : il y a de grandes chances pour que votre sciatique s’améliore toute seule dans les jours ou semaines à venir.
Dans le cas contraire ou si vous avez un doute, je vous invite à consulter ou à reconsulter rapidement un médecin.
Source : Jensen, 2019
Autres symptômes pouvant accompagner une sciatique
Régulièrement, des milliers de personnes questionnent leur moteur de recherche préféré au sujet de telle ou telle association entre la sciatique et un autre symptôme.
Voici quelques-unes des combinaisons de mots-clés qui sont recherchées :
- « mal de hanche nerf sciatique » ;
- « constipation et sciatique » ;
- « engourdissement pied sciatique » ;
- Etc.
Je vous propose de passer en revue chacune de ces combinaisons ainsi que de vous en expliquer la signification.
Mal de hanche et sciatique
Si la douleur se situe vers l’arrière de la hanche, c’est-à-dire au niveau de la fesse, alors il s’agit simplement d’une variante du symptôme sciatique de base.
En effet, la douleur sciatique typique peut tout à fait donner une douleur dans la fesse sans aller plus bas.
En revanche, si le mal de hanche se situe sur le côté ou devant la hanche, alors il s’agit sûrement d’un problème autre, en plus de celui qui crée la sciatique.
Quel autre problème, vous demandez-vous ?
Une douleur de hanche pouvant être le symptôme d’une multitude de causes différentes, un article complet serait nécessaire pour traiter de ce questionnement.
En attendant, ce que je peux dire est que si vous n’avez aucun symptôme d’alerte (drapeaux rouges ; voir section précédente), la règle suivante s’applique :
Une douleur sciatique d’intensité modérée qui ne s’accompagne de rien d’autre qu’une douleur à la hanche (elle-même modérée) n’est pas un signe d’inquiétude médicale.
Si vous avez un doute sur la présence ou non de symptômes d’alerte, je vous invite à consulter (ou reconsulter) rapidement un professionnel.
Constipation et sciatique
Une constipation associée à une sciatique est un symptôme d’alerte (voir la liste des drapeaux rouges dans une des sections précédentes).
Dans cette situation, il se peut qu’un problème neurologique explique la présence des deux symptômes. Confirmer ou écarter cette possibilité doit se faire rapidement.
À nouveau, la consultation ou reconsultation d’un professionnel est de rigueur.
Sciatique avec engourdissement dans une jambe ou un pied
Un engourdissement d’une jambe ou d’un pied associé à une douleur sciatique peut être la signature d’un problème nerveux.
Pourtant, cela ne suffit pas à faire de ce symptôme additionnel un symptôme d’alerte ou drapeau rouge (voir la section dédiée).
Autrement dit, si vous n’avez qu’une douleur sciatique d’intensité modérée combinée à un engourdissement d’une jambe ou d’un pied, il n’y a pas lieu de s’alarmer.
Toutefois, la vigilance est de mise en veillant bien à ce que la situation ne se dégrade pas. À ce titre, on surveille l’apparition d’un potentiel drapeau rouge.
Un doute ? Consultez (ou reconsultez) votre médecin.
Sciatique avec fourmillements dans une jambe
En langage médical, tout comme les sensations d’engourdissement, on appelle les fourmillements des paresthésies (des troubles de la sensibilité).
Combiné à une douleur sciatique, n’importe quel type de paresthésie dans la jambe douloureuse peut signer un problème nerveux.
La présence de paresthésies en plus d’une douleur sciatique n’est toutefois pas un drapeau rouge (voir la partie correspondante du présent article).
Cela signifie qu’il n’y pas nécessairement matière à trop s’inquiéter si vous avez des fourmillements dans une jambe en plus d’une douleur sciatique (modérée).
Soyez cependant vigilant : assurez-vous que la situation ne s’aggrave pas. Pour cela, guettez l’éventuelle survenue d’un drapeau rouge.
En cas de doute, je vous encourage à faire (ou refaire) rapidement le point avec un professionnel.
Sciatique avec fourmillements dans les deux jambes
En cas de sciatique, des fourmillements dans la jambe douloureuse est assez typique. C’est beaucoup moins courant d’avoir en plus des fourmillements dans l’autre jambe.
Pour autant, en tant que personne affectée par la douleur, le raisonnement à avoir est le même que face à la situation où une seule jambe serait touchée.
Voilà pourquoi, si vous avez des fourmillements dans les deux jambes en plus d’une sciatique, je vous invite à lire (ou relire) la section juste au-dessus.
Paresthésie dans le pied et sciatique
En cas de sciatalgie (ou douleur sciatique), des troubles de la sensibilité, appelés aussi paresthésies, peuvent parfois être ressentis dans le pied douloureux.
Ces troubles de la sensibilité peuvent prendre différentes formes, tels des engourdissements, des picotements ou des fourmillements.
Peu importe la forme, ce type de symptômes, quand il accompagne une douleur sciatique, peut indiquer un problème neurologique.
Néanmoins, avoir des paresthésies en plus d’une douleur sciatique modérée ne constitue pas en soi un drapeau rouge d’une situation alarmante (voir la partie concernée).
Il n’empêche : soyez vigilant à ce que la situation n’empire pas. Au moindre doute sur la présence d’un drapeau rouge, consultez un professionnel de santé.
Sciatique et fatigue
Ressentir une grande fatigue en plus d’une sciatique fait partie des symptômes d’alerte (ou drapeaux rouges) devant motiver un examen médical approfondi.
Notez toutefois que la fatigue peut simplement être une conséquence de la douleur sciatique, laquelle peut constituer une sérieuse gêne pour dormir.
(Concernant ce dernier point, voir mon article sur comment dormir avec une sciatique.)
Sciatique et mal au genou
En cas de douleur au genou en plus d’une douleur sciatique, il y a deux grands cas de figure à envisager :
1️⃣ cette douleur au genou fait partie de la douleur sciatique.
En effet, une douleur sciatique pouvant descendre plus ou moins bas derrière la jambe, il est tout à fait possible qu’elle se manifeste aussi au niveau du genou.
2️⃣ Cette douleur au genou est indépendante de la douleur sciatique.
Bien malheureusement, développer une douleur à un endroit ne protège pas du risque de développer une douleur ailleurs…
Surpris par la coïncidence ? Une explication possible est que la sciatique conduit plus ou moins à modifier sa façon de marcher, causant ainsi le mal de genou.
En tout cas, une douleur au genou ne fait pas partie des drapeaux rouges à surveiller en cas de sciatique (se référer à la section dédiée pour plus de détails).
En revanche, en cas de symptômes au genou en plus de la douleur (par exemple, un genou chaud, rouge et gonflé), faire le point avec un médecin peut être une bonne idée…
Sciatique et troubles urinaires
En cas de sciatique, des troubles urinaires, tels des incontinences ou des envies soudaines et fréquentes d’uriner, constituent un symptôme d’alerte ou drapeau rouge.
Ce type de symptômes doit conduire à rechercher rapidement un examen médical approfondi (pour les autres drapeaux rouges de la sciatique, voir la section dédiée).
Sciatique et grossesse
En raison des changements corporels et hormonaux liés à la grossesse, les femmes enceintes sont particulièrement sujettes aux maux de dos, douleurs sciatiques comprises.
Toutefois, pour une femme enceinte souffrant d’une sciatique, le raisonnement à avoir est le même que si elle n’était pas enceinte.
Voilà pourquoi, si vous êtes enceinte et que vous avez une sciatique, je vous invite à lire (ou relire) les deux premières parties du présent article.
Sciatique paralysante
La survenue d’une paralysie d’une jambe ou d’une partie d’une jambe, qu’elle accompagne ou non une sciatique, est une urgence médicale.
J’ai consacré un article complet au sujet de la sciatique paralysante.
Quelques variantes du symptôme sciatique principal
Le même symptôme sciatique peut se décliner selon plusieurs variantes.
Dans cette partie, j’explique brièvement la signification de chacune des variantes les plus fréquemment cherchées sur internet.
Le symptôme sciatique dans la fesse (ou le fessier)
La sciatique est une douleur dans le bas du dos qui descend plus ou moins bas derrière une jambe, fesse (ou fessier) comprise.
À noter que le niveau jusqu’auquel descend la douleur derrière la jambe ne donne aucune information sur comment la situation peut évoluer (le pronostic).
Cela peut en revanche, en combinaison avec d’autres critères, orienter le diagnostic (la cause de la douleur) : certains rhumatismes inflammatoires peuvent donner des douleurs sciatiques qui ne descendent pas plus bas que la fesse.
Sources : Konstantinou, 2018 ; Harrisson, 2024 ; COFER
Le symptôme sciatique dans le pied
À nouveau, la sciatique est une douleur dans le bas du dos qui descend plus ou moins bas derrière une jambe. Elle peut donc descendre aussi bas que le pied.
Cela change-t-il quelque chose que la douleur descende plus ou moins bas ?
Par exemple, doit-on s’inquiéter qu’elle descende jusqu’au pied plutôt qu’elle s’arrête derrière le genou ?
Du point de vue du pronostic (comment la situation peut évoluer), à en croire la littérature scientifique sur le sujet, cela n’a pas d’importance.
En revanche, la présence ou non de symptômes d’alerte est ce qui compte le plus pour savoir à quel point s’inquiéter en cas de sciatique (voir la section dédiée).
Du point de vue du diagnostic (la cause de la douleur), le niveau auquel descend la douleur peut donner des pistes : une sciatique qui ne descend pas plus bas que la fesse ou le genou, en association avec d’autres critères, peut signer la présence d’un rhumatisme inflammatoire.
Sources : Konstantinou, 2018 ; Harrisson, 2024 ; COFER
Le symptôme sciatique dans la jambe droite ou la jambe gauche
La présence d’une douleur sciatique dans une jambe plutôt qu’une autre n’indique rien de particulier.
Encore une fois, en cas de sciatique, la chose qui doit préoccuper est la présence ou non de drapeaux rouges (ou symptômes d’alerte ; lire la section dédiée).
La sciatique tronquée
Parfois, l’expression « sciatique tronquée » est utilisée pour désigner une douleur sciatique qui ne descend que jusqu’à la fesse ou au genou. Tout simplement.
Qu’est-ce que cela peut voir dire qu’une douleur sciatique ne descende pas plus pas que la fesse ou le genou ?
Au sujet du pronostic, c’est-à-dire comment la situation peut évoluer, cela n’a pas d’importance.
En revanche, la présence ou non de symptômes d’alerte est ce qui importe vraiment pour juger à quel point s’alarmer en cas de sciatique (voir la section dédiée).
Pour ce qui est du diagnostic (la cause de la douleur), le niveau d’arrêt de la douleur peut donner des indications : une sciatique qui s’arrête à la fesse ou au genou, couplée avec d’autres critères, peut orienter vers la recherche d’un rhumatisme inflammatoire.
Sources : Konstantinou, 2018 ; Harrisson, 2024 ; COFER
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📚 SOURCES
Fiore, N.T., Debs, S.R., Hayes, J.P. et al. Pain-resolving immune mechanisms in neuropathic pain. Nat Rev Neurol 19, 199–220 (2023). https://doi.org/10.1038/s41582-023-00777-3
Siddiq MAB, Clegg D, Hasan SA, Rasker JJ. Extra-spinal sciatica and sciatica mimics: a scoping review. Korean J Pain. 2020 Oct 1;33(4):305-317. doi: 10.3344/kjp.2020.33.4.305. PMID: 32989195; PMCID: PMC7532296.
Valat JP, Genevay S, Marty M, Rozenberg S, Koes B. Sciatica. Best Pract Res Clin Rheumatol. 2010 Apr;24(2):241-52. doi: 10.1016/j.berh.2009.11.005. PMID: 20227645.
Jensen R K, Kongsted A, Kjaer P, Koes B. Diagnosis and treatment of sciatica BMJ 2019; 367 :l6273 doi:10.1136/bmj.l6273
Konstantinou K, Dunn KM, Ogollah R, Lewis M, van der Windt D, Hay EM; ATLAS Study Team. Prognosis of sciatica and back-related leg pain in primary care: the ATLAS cohort. Spine J. 2018 Jun;18(6):1030-1040. doi: 10.1016/j.spinee.2017.10.071. Epub 2017 Nov 21. PMID: 29174459; PMCID: PMC5984249.
Harrisson SA, Ogollah R, Dunn KM, Foster NE, Konstantinou K. Prognosis of Patients With Neuropathic Low Back-Related Leg Pain: An Exploratory Study Using Prospective Data From UK Primary Care. J Pain. 2024 Feb;25(2):533-544. doi: 10.1016/j.jpain.2023.09.016. Epub 2023 Sep 29. PMID: 37778405.
COFER, Radiculalgie et syndrome canalaire (Item 95 UE V) http://www.lecofer.org/item-cours-1-4-0.php (consulté le 9 mars 2024).
📷 ORIGINES DES IMAGES

Rédigé par Albin Guillaud
Kiné et docteur en santé publique, j’ai à cœur de répondre au mieux possible à vos questions. Pour cela, je plonge volontiers au plus profond des abysses de la littérature scientifique internationale.
Entre deux immersions, j’aime arpenter les belles montagnes savoisiennes qui m’entourent ! 🌞❄️
