Que faire en cas de névrome de Morton ? (Kinésithérapie, exercices ?)

névrome de morton kinésithérapie

Vous avez un névrome de Morton, ou un doute sur le diagnostic de votre douleur au pied ?

Vous souhaitez comprendre ce que c’est, les causes, et les traitements possibles, en kinésithérapie ou non ?

Je fais le point, en m’appuyant sur les études publiées en plus de ma propre expérience.

♻️ Dernière mise à jour : 14 décembre 2024.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : lien Amazon affilié. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Qu’est-ce qui se passe dans le corps quand on a un névrome de Morton ?

Les nerfs qui composent notre corps peuvent être abimés de différentes façons.

Quand vous avez un névrome, cela veut dire qu’il y a une masse ou un épaississement anormal d’un ou plusieurs nerfs de votre corps.

Le névrome de Morton est un type de névrome particulier localisé au niveau du pied. Et plus précisément au niveau du nerf qu’on appelle « interdigital plantaire », qui passe au niveau des os métatarsien, dans le prolongement de vos orteils, entre le 3ème et le 4ème.

Le nerf devient plus épais à cet endroit, ce qui provoque les douleurs.

Le nom vient de Thomas G. Morton, un médecin américain du 19ᵉ siècle, qui a été le premier à décrire cette affection.

Voici la localisation typique du névrome de morton, plutôt au niveau du milieu du pied et de l'avant-pied. La douleur peut être plus diffuse.
Voici la localisation typique du névrome de morton, plutôt au niveau du milieu du pied et de l’avant-pied. Dans 7 cas sur 10 elle est au niveau du troisième espace entre les métatarses (comme ici) et dans 3 cas sur 10 dans le deuxième (plus vers le gros orteil). La douleur peut être plus diffuse. Image : Munir 2023

Comment être sûr que votre douleur au pied est bien un syndrôme de Morton ?

Le névrome de Morton est une des causes les plus fréquentes de douleur à l’avant pied.

Ces critères augmentent les probabilités que ce soit cela :

  • les douleurs sont de type neuropathique : brûlures, coups de poignard, décharges électriques, troubles sensitifs qui irradient dans les orteils (et parfois dans l’arrière pied voire la jambe) ;
  • sensation de « caillou dans la chaussure » ;
  • douleur plus forte en marchant ou en portant des talons ou des chaussures étroites ;
  • douleur soulagée par le repos, le déchaussage et le massage de l’avant pied ;
  • douleur augmentée lorsqu’on exerce une pression sur l’espace intermétatarsien réalisée avec un doigt ou la tranche d’une pièce de monnaie ou lorsqu’on comprime sur le côté l’avant-pied au niveau des têtes des métatarsiens ;
  • vous avez entre 40 et 60 ans ;
  • vous êtes une femme (4 à 5 fois plus fréquent chez les femmes que chez les hommes).

Dans l’immense majorité des cas, un examen clinique suffit à diagnostiquer ce syndrome.

Les imageries comme la radio, l’IRM ou échographie sont là uniquement pour éliminer éventuellement d’autres causes, si votre médecin à des doutes : fracture de fatigue du métatarse, neuropathie alcoolique, etc.

Votre médecin ou kiné réalisera peut-être aussi le test dit de Mulder :

  • il saisit le névrome supposé entre le pouce et l’index d’une main : le pouce est sur la face plantaire ;
  • avec l’autre main, il exerce une pression latérale sur l’avant pied au niveau des têtes des métatarsiens.

Le test est considéré comme positif quand l’examinateur sent ou entend un « clic ».

Si le test est positif, cela confirme la présence du névrome.

Mais s’il est négatif, cela n’exclut tout de même pas la possibilité que vous ayez bien un névrome.

Une des façons de faire ce test pour objectiver un névrome de Morton.
Une des façons de faire ce test pour objectiver un névrome de Morton.

Peut-on confondre cancer et névrome de Morton ?

Quand on a très mal quelque part, on a souvent peur de passer à côté d’un cancer, d’une tumeur bénigne et maligne.

Pourtant le névrome de Morton est quelque chose de bien connu et qui n’a rien à voir avec un cancer.

Il est très peu probable que vous ayez un cancer à cause d’une douleur de l’avant-pied. Par contre, il est beaucoup plus probable que cela soit un névrome de Morton.

Quelles sont les causes de ce névrome ?

Voici les causes supposées être à l’origine du névrome de Morton :

  • micro-traumatismes répétés de ce nerf ;
  • compression du nerf dans le canal métatarsien ;
  • compression par une bursite ;
  • manque d’apport sanguin dans le nerf (ischémie).

Et ces situations sont plus susceptibles de survenir lorsque :

  • vous portez souvent des chaussures étroites ;
  • vous portez souvent des talons hauts ;
  • vous pratiquez la course à pied, la danse ou d’autres sports à fort impact sur les pieds.

Quel est le temps de guérison de ce syndrome ?

Il n’y a pas d’études qui suivent l’évolution de gens à qui on diagnostique ce névrome et qui comparent l’évolution des gens qui suivent un traitement par rapport à ceux qui n’en suivent pas.

On ne sait donc pas vraiment comment évolue un névrome de Morton sans traitement et s’il peut se résorber tout seul et au bout de combien de temps.

La douleur est un phénomène complexe souvent lié à plein de causes différentes : il est donc raisonnable de penser que les douleurs liées à ce névrome dureront entre quelques jours dans le meilleur des cas, à plusieurs semaines voire mois.

infographie présentant les différents types de traitement en cas de névrome de morton : kinésithérapie, chaussage, semelles, exercices, infiltrations, opération, névrotomie, neurectomie, neurolyse, ondes de choc, alimentation

Quels sont les différents type de traitement du névrome de Morton ?

Voici les différents traitements décrits pour soulager les douleurs au pied en cas de névrome de Morton et tenter de diminuer l’irritation ou l’épaississement du nerf.

Modification du chaussage et de l’activité physique

Le premier axe de traitement possible repose sur l’adaptation de votre chaussage :

  • évitez les talons ;
  • choisissez les chaussures les plus larges possibles au niveau de l’avant-pied ;
  • restez déchaussé chez vous.

Si vous avez l’impression que les douleurs augmentent beaucoup pendant ou après la pratique de certains sports, voyez aussi comment vous pouvez adapter le dosage de cette activité pour ré-augmenter progressivement la fréquence, l’intensité ou la durée de vos séances.

Certaines personnes sont soulagées par l’ajout de coussinets plantaires placés sous les têtes des métatarsiens dans le but d’élargir l’espace intermétatarsien (voir sur Amazon), ou d’orthèses plantaires (alias semelles orthopédiques), réalisée sur-mesure par un podologue, ou achetées en sérié (= non sur-mesure).

Médicaments ?

Il n’y a pas d’études qui comparent l’évolution des personnes atteintes du névrome de Morton et qui prennent tel ou tel type de médicament, par rapport à celles qui n’en prennent pas ou prennent un placebo.

Les médicaments parfois tout de même prescrits ou proposés sont :

  • principalement les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ;
  • de manière plus anecdotique l’amitriptyline (un antidépresseur).

Exercices, kinésithérapie et thérapie manuelle

Des séances de kiné sont souvent prescrites en cas de névrome de Morton. Le type de prise en charge proposé varie beaucoup du bilan réalisé par votre kiné, mais aussi de ses habitudes et de vos préférences personnelles :

  • accompagnement à l’adaptation du volume et du type d’activité physique, de l’hygiène de vie, du chaussage, de la gestion de la douleur (+++ ce que je privilégie ++) ;
  • massage, ondes de choc, thérapie manuelle, ultrasons, TENS : techniques pour chercher à soulager la douleur sur le moment. (Deux essais cliniques publiés n’ont pas montré d’effet des ondes de choc pour cette indication.)
  • réalisation d’étirements et d’exercices de renforcement musculaire ou de mobilisation du pied. La pratique d’exercices spécifiques n’a pas fait l’objet d’évaluation dans des études cliniques.

Infiltration de corticoïdes

Si l’adaption du chaussage et de la quantité d’activité physique n’a pas suffit, les publications académiques suggèrent la réalisation d’une infiltration de corticoïde au niveau du pied.

Quelques essais cliniques ont cherché à objectiver l’effet des infiltrations, parfois sans groupe contrôle.

Après 3 à 12 mois de suivi, 3 à 5 personnes sur 10 ayant reçu l’infiltration se déclarent totalement satisfaites de son effet (sauf dans une étude où seulement 6 patients sur 100 se déclarent totalement satisfaits).

L’effet est ressenti généralement 1 semaine après l’infiltration.

3 patients sur 10 ont tout de même eu recours à une intervention chirurgicale pour traiter le névrome malgré l’infiltration, dans les études qui ont observé ce paramètre.

L’infiltration guidée par échographie (par rapport à sans écho) a paru plus efficace pour le soulagement de la douleur à 6 mois.

Les effets indésirables rapportés dans les essais ont été rares :

  • atrophies du coussinet adipeux plantaire = vous avez moins de graisse sur le pied au niveau du site d’injection ;
  • dépigmentations cutanées = votre peau devient plus claire à l’endroit de l’injection ;
  • ruptures de la capsule articulaire = quelques tissus qui entourent votre articulation sont un peu abimés.

Infiltration d’alcool

Au lieu d’injecter des corticoïdes, des infiltrations d’alcool sont parfois proposées. Cela reste plus rare.

L’effet des infiltrations d’alcool enc as de névrome de Morton a été tout de même évalué chez plus de 800 patients.

Selon ces études, un soulagement à long terme a été obtenu chez 3 patients sur 10.

Une intervention chirurgicale a finalement été réalisée dans dans les 12 mois suivant l’infiltration d’alcool chez 1 à 3 patients sur 10.

Mais une douleur sévère à la suite de l’infiltration, se prolongeant parfois jusqu’à 3 semaines, a été constatée chez 2 patients sur 10.

Autres traitements non chirurgicaux

D’autres traitements non chirurgicaux sont parfois proposés mais très peu évalués :

  • infiltration de capsaïcine ;
  • injection de toxine botulique ;
  • destruction du nerf par radiofréquence, par cryothérapie ou par laser.

Traitement au laser

Une étude de 1992 a décrit l’utilisation du laser CO2 pour traiter le névrome de Morton (Wasserman 1992). Les auteurs ont rapporté que cette méthode était efficace, avec une diminution de la douleur postopératoire et du temps de guérison par rapport à la chirurgie conventionnelle.

Cependant, cette étude est ancienne, jamais répliquée, et sans grande rigueur méthodologique.

Une revue systématique plus récente des traitements non chirurgicaux du névrome de Morton n’a pas identifié le traitement au laser comme une option thérapeutique (Thomson 2020).

Opération en cas d’échec

Si tous les traitements non chirurgicaux n’ont pas fonctionné et que vous insistez pour tester un autre traitement, l’opération peut parfois vous être proposée.

Selon l’équipe chirurgicale sur laquelle vous tombez, différentes techniques sont proposées :

  • neurectomie : la partie de votre nerf lésé est enlevée ;
  • neurolyse : votre nerf est décomprimé en coupant un ligament.

Il existe peu d’essais évaluant l’effet de ces techniques.

6 patients sur 10 se décrivent totalement satisfaits après ces opérations en cas de névrome de Morton, mais une nouvelle intervention chirurgicale est réalisée chez près d’1 personne sur 10 déjà opérée une fois.

Les effets secondaires et complications décrits (mais pas systématiques) sont :

  • infection de la plaie,
  • cicatrice douloureuse,
  • douleur chronique,
  • raideur de l’articulation métatarso-phalangienne,
  • troubles de la sensibilité avec une anesthésie des orteils et des sensations de fourmi ont été rapportés (surtout après une neurectomie).

Des séances de rééducation après une opération pour un névrome de Morton sont souvent prescrites.

Au cours de la période de convalescence de quelques jours à quelques semaines, la marche en prenant appui sur le pied est généralement autorisée.

Il s’agit de reprendre progressivement toutes vos activités physiques, en adaptant par rapport à votre ressenti.

Alimentation

Il n’existe pas de preuve scientifique indiquant qu’une alimentation spécifique pourrait prévenir ou traiter un névrome de Morton.

Les conseils diététiques généraux restent bien sûr valables : consommer des aliments complets, riches en nutriments, avec une bonne hydratation, et limiter les excès en sucre, sel, et graisses saturées.

***

Voilà pour ce que je voulais vous dire à ce sujet ! Des questions, remarques ? Rendez-vous en commentaire !

Ces articles pourraient également vous intéresser :

📚 SOURCES

Munir U, Tafti D, Morgan S. Morton Neuroma. 2023 May 22. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2024 Jan–. PMID: 29262171.

Matthews BG et coll. « Treatments for Morton neuroma » (Cochrane Review). In : « The Cochrane Library » John Wiley and Sons, Chichester 2024 ; issue 2.

Dando C et coll. « The clinical diagnosis of symptomatic forefoot neuroma in the general population: a Delphi consensus study » J Foot Ankle Res 2017 ; 10 (1) : 59.

Thomson L et coll. « Non-surgical treatments for Morton’s neuroma : a systematic review » Foot Ankle Surg 2020 ; 26 (7) : 736-743.

Wasserman G. Treatment of Morton’s neuroma with the carbon dioxide laser. Clin Podiatr Med Surg. 1992 Jul;9(3):671-86. PMID: 1393987.

Samaila E et coll. « Effectiveness of corticosteroid injections in Civinini-Morton’s syndrom : a systematic review » Foot Ankle Surg 2021 ; 27 : 357-365.

Choi JU et coll. « Corticosteroid injection for Morton’s interdigital neuroma : a systematic review » Clin Orthop Surg 2021 ; 13 (2) : 266-277.

National Institute for Health and Care Excellence « Radiofrequency ablation for symptomatic interdigital (Morton’s) neuroma » 16 décembre 2015 : 6 pages.

Lu VM et coll. « Treating Morton’s neuroma by injection, neurolysis, or neurectomy : a systematic review and meta-analysis of pain and satisfaction outcomes » Acta NeurocChir 2021 ; 163 (2) : 531-543.

Choi JU et coll. « Operative treatment options for Morton’s neuroma other than neurectomy – a systematic review » Foot Ankle Surg 2022 ; 28 (4) : 450-459.

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Publié par Nelly Darbois

J’aime écrire des articles qui répondent à vos questions. En me basant sur mon expérience de kiné (diplômée en 2012) & rédactrice scientifique (diplômée en 2017), et sur des recherches approfondies dans la littérature scientifique internationale. J’habite en Savoie 🌞❄️, où j’ai crée Fonto Media, un média en ligne de ressources sur la santé et la communication.

7 commentaires sur « Que faire en cas de névrome de Morton ? (Kinésithérapie, exercices ?) »

  1. Bonsoir Nelly, merci pour votre article qui tombe à pic. Je suis une femme de 53 ans qui pratiquait régulièrement la course à pied et j’ai une douleur depuis plusieurs mois sous le pied gauche mais plutôt au niveau de la bosse qui se trouve sous le gros orteil. Je vais évoquer cette piste auprès de ma généraliste. Mon kiné que j’ai vu sur 10 séances pour une rééducation suite à entorses multiples de la cheville l’an passé (en rando) n’a pas relevé cette douleur…

  2. Bonjour madame,
    Votre article est très intéressant, dommage qu’à l’époque je ne l’ai pas lu. Je partage mon suivi médical pour un syndrome de Morton. J’ai vu un rhumatologue qui m’a fait une première infiltration sur le pied sans échographie, j’ai été soulagée six mois. Deuxième infiltration aussi sur le pied sans échographie qui m’a déclenchée une douleur supplémentaire à celle que j’avais déjà, aucune efficacité. J’ai changé de rhumatologue, il m’a fait une infiltration sous échographie cette fois sous le pied, (cela fait très mal, j’ai fait un malaise vagual) depuis trois ans je n’ai plus de douleurs. Bien cordialement

  3. Bonjour
    Votre article est intéressant mais je me questionne encore.
    J’ai 53 ans opérer d’un névrome de Morton en 2018.
    Depuis je souffre de mon pied, j’ai tout essayé
    Kiné pendant un an
    J’ai été dans une unité qui gère la douleur
    Infiltration
    Dernièrement j’ai essayé l’acupuncture.
    J’ai entendu parler de cryothérapie qu’en pensez-vous ?

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Fonto Media - Santé, kinésithérapie & communication

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture