Faire perdre du poids à un enfant : prévenir et traiter l’obésité infantile

En France comme dans la plupart des pays du monde, l’obésité chez les enfants et les adolescents est de plus en plus fréquente. Cet article traite des différentes façons de prendre en charge l’obésité chez l’enfant : qu’est-ce qui est proposé, notamment en France, mais aussi dans le reste du monde ? Qu’est-ce qui fonctionne ? Les kinésithérapeutes interviennent-ils dans la prise en charge des enfants obèses ? Qu’en est-il des autres professionnels de santé ?

Sommaire

  1. L’obésité et le surpoids chez l’enfant : qu’est-ce que c’est ?
  2. Faire perdre du poids ou maigrir un enfant : pourquoi ?
  3. Comment faire perdre du poids à un enfant
    1. Effets des interventions
    2. Où ont lieu les interventions
    3. L’activité physique et la kinésithérapie
  4. La prévention de l’obésité chez l’enfant en France
  5. Prise en charge de l’obésité pédiatrique en Savoie

Points clés

  • Chez l’enfant de 0 à 12 ans, recevoir de l’aide pour bouger plus et mieux manger permet de faire perdre du poids.
  • Chez l’adolescent de plus de 12 ans, seules les stratégies visant à modifier l’activité physique fonctionnent pour faire perdre du poids.
  • Il n’y a pas d’effets secondaires néfastes chez les enfants et les adolescents obèses à qui l’on a proposé des stratégies pour faire perdre du poids ou prévenir une prise de poids trop importante.

L’obésité et le surpoids chez l’enfant : qu’est-ce que c’est ?

Chez l’enfant comme chez l’adulte, on mesure la taille d’un enfant et son poids pour savoir s’il est atteint ou non de surpoids ou d’obésité. Le poids et la taille permettent de calculer l’indice de masse corporelle (ou IMC). On compare alors l’IMC de chaque enfant aux IMC des autres enfants du même âge dans le même pays.

Un IMC trop élevé par rapport aux autres enfants du même âge montre un surpoids ou une obésité. Il existe des outils en ligne permettant de calculer l’IMC d’un enfant ou d’un adolescent en France. Des courbes présentes dans tous les carnets de santé des enfants permettent aussi de le calculer.

Il n’y a bien sûr aucun intérêt pour la santé à faire perdre du poids à un enfant ou adolescent qui a un IMC normal : il existe de grandes variabilités entre les enfants de rapports de poids et de taille.

Faire perdre du poids ou maigrir un enfant : pourquoi ?

Ces 40 dernières années, l’obésité chez enfant augmente beaucoup dans la plupart des pays du monde. Le nombre d’enfants obèses a été multiplié par 10. Cela signifie qu’il y a plus de 120 millions d’enfants et d’adolescents obèses dans le monde. Les projections des chercheurs montrent que la proportion d’enfants obèses va continuer à augmenter.

Augmentation de l'obésité pédiatrique aux Etats-Unis
Le pourcentage d’enfants et adolescents obèses aux Etats-Unis, de 1963 à 2008 (une courbe pour les 2-5 ans, une pour les 6-11 ans, une pour les 12-19 ans). On voit qu’ils sont de plus en plus nombreux. Cette augmentation de l’obésité chez l’enfant est constatée dans pratiquement tous les pays du monde.

Pourquoi est-ce un problème ? Car l’obésité chez l’enfant est associée à de nombreux problèmes de santé et de bien-être, lors de l’enfance puis plus tard à l’âge adulte :

  • une moindre estime de soi et satisfaction envers sa vie, notamment à cause de ce qui est appelé aujourd’hui la grossophobie – la discrimination envers les personnes en surpoids ou obèses ;
  • des problèmes et douleurs chez l’enfant : spondylolisthésis, douleurs de genoux et de dos, entorses à répétition, asthme etc.
  • des maladies chroniques et invalidantes plus fréquentes : diabète, maladies cardio-vasculaires (AVC, infarctus), arthrose, etc. ;
  • des maladies graves tels que des cancers ;
  • une espérance de vie diminuée.
Les conséquences de l'obésité sur la santé
Les personnes obèses ont plus de risques de développer de nombreuses maladies aiguës et chroniques : arthrose, cancers, infertilité, diabète, pancréatites, apnée du sommeil, AVC, etc.

Plus l’enfant est jeune, plus il est facile de changer ses habitudes de vie, surtout avant 12 ans. D’où l’importance de proposer une prise en charge au plus tôt à l’enfant ou l’adolescent obèse et à son entourage.

Faire perdre du poids à un enfant : comment

Nous allons maintenant voir quels sont les effets des interventions permettant de réduire l’IMC des enfants et adolescents obèses, mais aussi où sont mises en place ces interventions le plus souvent, et enfin quoi mettre en place précisément pour permettre aux enfant de perdre ou stabiliser leur poids.

Effets des interventions

De nombreuses études sont réalisées pour étudier :

  • les meilleurs moyens de prévenir l’obésité chez l’enfant, c’est-à-dire d’éviter le plus possible que des enfants deviennent obèses (on parle alors de prévention primaire). Il s’agit souvent de mesures à mettre en place au niveau politique, comme les programmes de lutte contre la pauvreté ou les interdictions des spots publicitaires ;
  • les meilleurs moyens de prendre en charge les enfants déjà obèses, afin de leur faire perdre ou stabiliser leur poids.

L’article présent traite des moyens d’aider individuellement ou en groupe les enfants déjà obèses et leur entourage à régulariser le poids chez l’enfant. Il existe des études menées sur les 5 continents sur le sujet.

Faire perdre du poids à un enfant obèse : les études menées dans le monde sur les méthodes efficaces
Nombre d’études par continent sur l’effet de prises en charge axées sur l’activité physique et/ou l’équilibre alimentaire pouds faire perdre du poids aux enfants obèses. L’iconographie montre aussi quels âges ont les enfants étudiés et si l’étude évalue l’efficacité d’une prise en charge axée sur l’activité physique, le régime alimentaire ou les deux. (Source : Cochrane, 2019)

Que disent ces études ?

  1. Pour faire perdre du poids aux enfants obèses de 0 à 5 ans, il faut proposer des prises en charge centrées à la fois sur l’activité physique et le régime alimentaire. Proposer des programmes qui visent soit l’activité physique, soit le régime alimentaire, ne permet pas aux enfants de perdre du poids.
  2. Pour faire perdre du poids aux enfants obèses de 6 à 12 ans, il faut proposer soit des prises en charge centrées sur l’activité physique, soit centrées sur l’activité physique et le régime alimentaire. Proposer des prises en charge centrées seulement sur le régime alimentaire ne suffit pas pour diminuer l’IMC de ces enfants.
  3. Chez les adolescents de 12 à 18 ans, il faut proposer des prises en charge axées sur l’activité physique. Les prises en charges centrées à la fois sur l’activité physique et le régime alimentaire ne suffisent pas pour faire perdre du poids aux adolescents, ni celles centrées seulement sur le régime alimentaire.
  4. Ce qui compte n’est pas tellement de faire perdre du poids mais de réduire l’IMC des enfants. En effet, les enfants et les adolescents n’ayant pas terminé leur croissance, stabiliser le poids est souvent un objectif suffisant : l’enfant grandissant, son IMC va diminuer même sans qu’il perde du poids.

Est-ce que ces interventions basées sur l’activité physique et l’alimentation ont un effet important ? Une majorité des enfants et adolescents diminuent effectivement leur IMC. Mais la diminution n’est souvent pas très importante. Pour autant, ces interventions restent importantes car elles peuvent avoir plus d’effet sur le long terme, au niveau de la population : plus les enfants sont initiés jeunes à l’importance de bouger de bien manger, plus il y a des chances que les adultes d’une génération soient en bonne santé.

Où intervenir ?

Dans le monde, les programmes visant à diminuer l’IMC des enfants obèses sont mis en place :

  • dans des écoles et crèches, le plus fréquemment ;
  • dans des centres de santé ;
  • dans des centres dédiés à l’enfance, comme des maisons de l’enfance communales ;
  • au domicile des enfants (surtout chez les jeunes enfants).

Les enfants sont parfois pris en charge en groupe, parfois individuellement, comme dans les prises en charge à domicile.

L’activité physique et la kinésithérapie

Dans un premier temps, il est important d’évaluer le niveau d’activité physique actuel de l’enfant. Activité physique ne veut pas dire forcément sport : on peut tout à fait être en forme physiquement et sans surpoids sans pratiquer de sport, mais en ayant suffisamment d’activités au quotidien.

Les kinésithérapeutes ou les enseignants en activité physique adaptées peuvent réaliser un bilan de l’enfant. Ce bilan permettra d’identifier, en interrogeant l’enfant et sa famille :

  • le niveau d’activité physique de l’enfant sur une semaine type :
    • comment se déplace-t-il pour aller à l’école ou sur son lieu de garde ?
    • Que fait-il la journée (sorties au parc, activités d’intérieure (lesquelles ?), visites familiales, etc.) ?
    • Passe-t-il beaucoup de temps en voiture ? En poussette ?
    • Combien de temps par jour regarde-t-il les écrans (tv, téléphone, ordinateur, tablette, etc.) ?
    • Combien de temps dort-il ? Sur quel(s) créneau(x) horaire(s) ? Est-il fatigué ?
  • ses douleurs éventuelles ;
  • sa capacité à réaliser certaines activités motrices simples, à adapter en fonction de l’âge. Par exemple, courir sur quelques mètres, sauter, tenir l’équilibre sur un pied, lancer une balle, marcher en montée ou descente, etc ;
  • ce que l’enfant apprécie de faire ;
  • les possibilités d’activité physique permise par l’environnement de résidence de l’enfant ;
  • les habitudes alimentaires de la famille et de l’enfant (si pas de prise en charge centrée sur les habitudes alimentaire par ailleurs).

Ensuite, il faudra définir en lien avec la famille et l’enfant des objectifs raisonnables d’augmentation du temps d’activité physique et des moyens adaptés, ludiques et accessibles pour l’enfant. Au fil des semaines puis des mois, le but étant de se rapprocher du niveau d’activité physique recommandé pour tous les enfants : 1 heure d’activité physique modérée (marche soutenue) à intense (activité qui provoque l’essoufflement important) par jour.

Chaque enfant est différent et pourra accrocher à des pratiques très différentes. Voici quelques exemples de choses qui peuvent être mises en place :

  • proposer de réaliser une fois par semaine un aller-retour école-maison à pied ou à vélo ;
  • proposer de sortir 2 à 3 fois par semaine aux jeux d’enfants les plus proches de chez soit, et d’y rester au moins 1 heure ;
  • diminuer le temps consacré aux écrans d’une heure par jour (l’enfant s’ennuyant plus, se tournera spontanément vers des activités plus sollicitantes physiquement, ou dormira plus et mieux) ;
  • s’inscrire dans un club de sport dans sa commune ;
  • aller faire du vélo, du roller, ou autre véhicule non électrique tous les week-ends dans un lieu adapté, en partant de chez soi ;
  • s’inscrire dans une salle de sport ;
  • réaliser des séances d’activité physique chez un kinésithérapeute, dans un premier temps, pour se remettre en confiance ;
  • enlever la télévision et tout type d’écran de la chambre des enfants ;
  • proscrire l’utilisation des smartphones pour un usage autre que téléphonique ;
  • faire des exercices en regardant des vidéos présélectionnées sur youtube (zumba, cross fit, etc.).

La prise en charge ne se résume pas à énoncer des activités possibles. Une grande part de l’intervention doit être centrée sur la motivation et l’engagement de l’enfant et de sa famille. Les professionnels habitués et formés sauront ainsi :

  • renforcer et valoriser les comportements positifs de l’enfant en termes d’activité physique ;
  • solliciter l’engagement de l’enfant et de ses proches (par exemple en faisant écrire et signer les objectifs, en faisant verbaliser les volontés, etc.) ;
  • lister et montrer ce que l’enfant et sa famille ont à gagner à court et à long terme en adoptant une rythme de vie plus actifs ;
  • mettre en avant les petits progrès, mêmes minimes.

Bien que plusieurs types de prise en charge soient évalués dans la littérature, il n’existe pas aujourd’hui de preuve forte ou même faible qui montrent un effet supérieur des séances d’activité physique pratiquées à l’école, de séances de kinésithérapie à domicile, ou encore de prise en charge dans des centres en groupe.

La prévention de l’obésité chez l’enfant en France

Depuis 2003, les RéPPOP existent en France. Il s’agit de réseaux de prévention et de prise en charge de l’obésité pédiatrique. Ils fonctionnent dans certains départements, et s’occupent de mettre en place des programmes, sensibiliser la population générale et les professionnels de santé, former et informer, et proposer un annuaire des professionnels de santé et établissements de santé impliqués dans la prévention et la prise en charge de l’obésité des enfants sur un territoire.

Les réseaux fonctionnement de manière autonome les uns des autres. Les prises en charge sont donc très dépendantes des territoires. Il existe des RéPPOP dans les départements suivants :

  • 75
  • 69
  • 31
  • 25
  • 33
  • 50
  • 07
  • 76
  • 97
  • 38
  • 73
Logo de l'institution qui coordonne les réseaux de prévention et de prise en charge de l'obésité des enfants en France
Logo de l’institution qui coordonne les réseaux de prévention et de prise en charge de l’obésité des enfants en France

Parfois, il n’existe pas de RéPPOP à moins de 100 km à la ronde. Dans ce cas, la prise en charge et la prévention de l’obésité se fait de manière totalement décentralisée. Cela peut se faire par exemple à l’initiative :

  • d’enseignants, dans des établissements scolaires ;
  • de professionnels de santé (kinésithérapeutes, pédiatres, médecins généralistes) ;
  • d’établissements de santé spécialisés, souvent des cliniques privées ;
  • de services de pédiatrie de centres hospitaliers.

Prise en charge de l’obésité pédiatrique en Savoie

En Savoie, il existe un RéPPOP depuis l’été 2020, le RéPPOP 73. Il ne possède pas encore de site internet dédié mais vous pouvez trouver des informations sur son fonctionnement sur le site du RéPPOP isérois, au fonctionnement similaire : le RéPPOP 38. Seuls les enfants et adolescents isérois peuvent cependant bénéficier du service du réseau, qui propose notamment des consultations psychologiques, diététiques et un suivi en activité physique.

Logo du Réseau de prévention et prise en charge de l'obésité pédiatrique en Savoie
Logo du Réseau de prévention et prise en charge de l’obésité chez les enfants en Savoie

Jusqu’en 2019, il existait à Challes-les-eaux une clinique privée accueillant les enfants obèses pour des séjours de quelques semaines. La clinique a fermé sans que l’activité soit redirigée ailleurs. Les thermes de Brides les bains accueillent cependant des enfants de 6 à 17 ans en surpoids durant 3 semaines chaque été. La prise en charge est surtout centrée sur l’équilibre alimentaire, seule 1 session d’activité physique par semaine et en groupe est proposée.

A l’heure actuelle, la prise en charge pédiatrique de l’obésité est en cours de coordination en Savoie, via le RéPPOP 73 hébergé au sein de la Maison des réseaux de santé. Il n’existe pas encore d’annuaire de professionnels de santé spécifiquement impliqués dans sa prévention et sa prise en charge.

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📕 Sources 📕

Revue Cochrane de 2019 : Interventions pour prévenir l’obésité chez l’enfant

Haute autorité de santé (HAS), 2011 : Surpoids et obésité de l’enfant et de l’adolescent (actualisation des recommandations 2003)

Programme national de nutrition santé, Ministère de la santé, 2008 : Activité physique et obésité de l’enfant – Bases pour une prescription adaptée

Liste détaillée des établissements accueillant des adultes et enfants obèses en Savoie et dans les Alpes, 2018

Publié par Nelly Darbois

Kinésithérapeute à domicile à Saint-Alban Leysse et ses environs (Savoie), rédactrice scientifique, journaliste santé.

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