Les lésions musculaires (déchirures, claquages) sont assez fréquentes, surtout chez les gens faisant du sport.
Que faire quand on a un doute sur la présence d’une déchirure ? Quel traitement et temps de guérison ? Comment éviter les récidives ?
Mes réponses de kiné, et d’ex heptathlonienne qui a bien connu les déchirures au mollet et au quadriceps !
♻️ Dernière mise à jour : 15 avril 2024.
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Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédatrice scientifique
Sommaire
Déchirure, claquage : quelle différence ?
Un claquage musculaire (aussi appelé élongation) se produit lorsqu’un muscle est étiré au-delà de sa capacité normale et que des micro-déchirures se produisent au sein des fibres musculaires.
Lorsqu’il y a « beaucoup » de fibres musculaires rompues ou déchirées, on parle de déchirure musculaire plutôt que de claquage.
Ce qui différencie claquage et déchirure, c’est donc la « gravité » de la lésion.
On a en général plus de fibres musculaires lésées lors d’un claquage que d’une déchirure, même s’il n’y a pas de critères très objectifs permettant de faire le diagnostic différentiel entre ces 2 blessures touchant les muscles.
Parmi les dizaines de classifications proposées des blessures musculaires, l’une dentre-elles les range en 3 catégories [SantAnna 2022].
Les élongations et contusions légères : grade I.
Lésion de quelques fibres musculaires seulement, avec un petit œdème et une gêne, accompagnée d’une perte de force nulle ou minime et d’une restriction des mouvements.
Il n’est pas possible de palper un défaut musculaire lors de la contraction du muscle.
Bien que la douleur n’entraîne pas d’incapacité fonctionnelle significative, il n’est pas recommandé de maintenir l’athlète en activité en raison du risque élevé d’aggravation de la lésion.
Les élongations, déchirures et contusions modérées : grade II.
Il y a des dommages plus importants au muscle, avec une perte évidente de la fonction (capacité de contraction).
Il est possible de palper un petit défaut musculaire, ou lacune, à l’endroit de la lésion, et un léger hématome local avec éventuellement une ecchymose se produit dans les 2 à 3 jours.
La déchirure est partielle : pas sur toute la largeur du muscule.
Les contusions ou déchirures graves : grade III.
Une lésion s’étendant sur toute la session transversale du muscle et entraînant une perte quasi-totale de la fonction musculaire et une douleur intense : déchirure ou rupture totale.
La défaillance de la structure musculaire est évidente et l’ecchymose est généralement étendue, souvent à distance du site de rupture.

Comment être sûr que c’est une déchirure et pas autre chose ?
Les déchirures et claquages surviennent généralement suite à un geste brusque, souvent en faisant du sport. Ou lors d’une quinte de toux pour les déchirures au niveau du dos ou des côtes.
Les symptômes souvent constatés sont :
- une douleur intense et brutale, qui reste ensuite présente plusieurs jours de manière moins intense, au repos ou en sollicitant le membre lésé ;
- une localisation de la douleur plutôt au milieu d’un muscle ou d’un segment du corps, plutôt que tout près d’une articulation ;
- un bruit de claquement qui survient au moment d’un geste brusque : « pop ! » ;
- un hématome ou un gonflement au niveau de la zone lésée.
Si vous consultez un(e) médecin ou kiné pour ce problème, un diagnostic différentiel sera réalisé, pour éliminer d’autres causes qui ont des symptômes similaires : une entorse, une rupture tendineuse, une fracture, une simple contusion, une tendinopathie, etc.
En général le diagnostic se fait simplement en vous examinant et en vous posant des questions. En cas de doute, des imageries comme une échographie, une radio ou un IRM sont parfois prescrites, mais elles ne sont pas indispensables pour poser le diagnostic.
Les localisations les plus fréquentes des déchirures musculaires sont :
- le triceps surral, au niveau du mollet : surtout en athlétisme et dans les sports de raquette ;
- le quadriceps et les ischio-jambiers, devant et derrière la cuisse : surtout en football, rugby ou athlétisme ;
- le biceps, au niveau du bras ;
- la coiffe des rotateurs, au niveau de l’épaule : surtout au tennis, au baseball ou en haltérophilie ;
- les adducteurs, à l’interieur de la cuisse : dans les sports impliquant des changements de direction rapides ou des mouvements latéraux, comme le soccer ou le hockey sur glace.
Plus de 90 % de toutes les blessures liées au sport sont des contusions ou des élongations ou déchirures [SantAnna 2022].

Quel est le temps de guérison ?
La cicatrisation des muscles squelettiques suit un ordre constant, sans changement majeur selon la cause (contusion, élongation/déchirure ou lacération).
Trois phases ont été identifiées dans ce processus : la destruction, la réparation et le remodelage. Les deux dernières phases (réparation et remodelage) se chevauchent et sont étroitement liées.
Phase 1 : destruction.
Elle est caractérisée par la rupture et la nécrose (mort) des fibres musculaire abimées, par la formation d’hématomes dans l’espace formé entre les muscles rompus et par la prolifération de cellules inflammatoires.
Phase 2 : réparation et remodelage.
Elle consiste en l’élimination des cellules mortes, la régénération de nouvelles fibres musculaires (myofibres) et la production de tissu cicatriciel conjonctif et de nouveaux vaisseaux sanguins et terminaisons nerveuses.
Phase 3 : remodelage.
Plus les lésions sont nombreuses et importantes, plus ces 3 phases prennent de temps.
Pour une élongation ou déchirure de grade II, le temps de regénération de nouvelles fibres est souvent de 2 à 3 semaines. Il est souvent possible de reprendre au bout d’un mois son activité physique sollicitante, lentement et graduellement.
Pour une déchirure de grade III, la cicatrisation peut prendre jusqu’à 3 ou 4 mois. Les douleurs peuvent rester plusieurs semaines.
Source : SantAnna 2022
Que faire pour soigner cette déchirure musculaire ?
Le temps est un facteur clé de guérison, et quoi que vous mettiez en place, il y a un temps nécessaire et incompressible pour que les fibres musculaires lésées cicatrisent.
Et elles cicatrisent et se recréent toute seule, sans aucune intervention extérieure ! Notre corps s’en sort très bien pour se réparer dans ce contexte, à condition de ne pas entraver le processus.
Dans les heures qui suivent la blessure, l’application de glace, le port d’un compression (chaussette ou bas de contention ou manchon pour le bras), l’élévation du membre blessé (protocole PRICE) est recommandé.
Mise au repos
Le principal axe de traitement est donc la mise au repos total ou partiel de la partie du corps touchée par le claquage ou la déchirure musculaire.
Par exemple, si le muscle touché est le mollet :
- la course à pied ne sera pas possible pendant quelques semaines ;
- la marche sera possible de manière limitée, sur terrain plat et à faible intensité, avec des béquilles 3 à 7 jours pour commencer si nécessaire ;
- les sauts seront à éviter absolument ;
- le gainage, la musculation des bras, les exercices de renforcement musculaire sollicitant uniquement le membre inférieur non lésé pourront être continués.
Traitement kiné ?
Des séances de kiné sont souvent prescrites en cas de claquage ou de déchirure, surtout si vous faites beaucoup de sport.
Un des rôles des kinés est justement de vous aider à identifier ce que vous pouvez faire ou non dans votre contexte bien précis.
En fonction de la blessure précise que vous avez, mais aussi de votre mode de vie, de vos objectifs et de votre façon de voir les choses : misez-vous plutôt sur la prudence, ou êtes-vous très pressé de reprendre le sport quitte à prendre des risques ?
Selon les cas, du renforcement musculaire progressif pourra vous être également proposé, tout comme la réalisation progressive d’étirements ciblant le muscle déchiré.
Certain(e)s kinés utilisent également la physiothérapie sur ce type de blessure musculaire : ondes de choc extracorporelles, ultrasons thérapeutiques, électrothérapie, cryothérapie, etc. Bien qu’il n’y ait pas de preuve empirique forte d’une récupération plus rapide lorsque l’on met en place cela.
Médicaments ?
Quelques études de faibles qualité et peu répliquées montrent un intérêt de la prise d’anti-inflammatoires (AINS) dans les premiers jours [SantAnna 2022].
Opération chirurgicale ?
Très rarement, l’opération est proposée [SantAnna 2022] :
- lorsque plus de la moitié du muscle est rompue et qu’il y a un important hématome musculaire ;
- en cas de douleurs persistantes en étirement 4 à 6 mois après la blessure.
L’opération nécessite également un temps de repos strict d’au moins 4 à 6 semaines pour la cicatrisation des fibres musculaires.
Remède de grand mère ?
Dans la mesure où il n’y a pas de preuve de qualité en faveur de traitements plus testés et qui reposent sur des bases théoriques plus solides, je doute qu’il y ait un réel intérêt aux remèdes de grand-mère parfois suggérés contre les déchirures musculaires : consommation d’aliments tels que le gingembre, les graines de courge, le baume à appliquer, etc.
Quand reprendre le sport ?
Voici les délais moyens observés avant la reprise du sport chez des footballeurs professionnels ayant eu un claquage ou une déchirure [Parlermi 2023] :
Soit des délais moyens avant la reprise du sport de :
- 24 jours pour une déchirure du quadriceps ;
- 22 jours pour les ischio-jambiers ;
- 21 jours pour le mollet.
Notez qu’il s’agit de sportifs professionnels, habitués à une charge lourde d’entraînement. Selon l’activité sportive que vous pratiquez et votre condition physique, les délais de reprise peuvent varier.
D’où l’intérêt d’en discuter avec votre médecin ou kiné si vous souhaitez avoir un avis extérieur de quelqu’un habitués à superviser ce type de rééducation !
Comment éviter une nouvelle déchirure musculaire ?
Les récidives de blessure musculaire sont plus fréquentes chez les athlètes amateurs (48,4%) que chez les professionnels (16,2%).
On parle de récidive quand une nouvelle blessure survient sur le même muscle 2 mois à 1 an après la première blessure. Cela arrive chez 1 personne sur 10 à 4 personnes sur 10 selon les sports et les muscles touchés.
Les muscles les plus souvent concernés sont :
- les ischio-jambiers (biceps fémoraux, derrière la cuisse),
- le muscle droit antérieur (devant la cuisse, quadriceps),
- le gastrocnémien médial (mollet).
La prévention d’une déchirure ou d’une récidive repose essentiellement sur un entraînement en force correct pour un groupe musculaire donné. Les exercices excentriques présentent les preuves les plus solides pour prévenir les récidives.
S’entrainer avec une charge de travail adaptée à ses capacités et augmentée de manière progressive est la clé pour limiter le risque de blessure.
Trouver le bon dosage est un art ! C’est le rôle des entraineur(e)s, préparateur(e)s physiques, kinés, médecins, mais aussi des athlètes.
Idéalement, les intensités, fréquences et durées d’entraînement devraient être individualisées en fonction des caractèristiques de chaque personne.
Ce qu’on voit peu dans les clubs sportifs amateurs, surtout dans les jeunes catégories, où l’assiduité aux entraînements n’est pas forcément toujours présente, ce qui rend difficile pour les entraineurs le suivi individuel de la charge d’entrainement de chaque athlète.
Source : Palermi 2023
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Voilà pour ce que je voulais vous dire à ce sujet ! Des questions, remarques ? Rendez-vous en commentaire !
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📚 SOURCES
Edouard P, Reurink G, Mackey AL, Lieber RL, Pizzari T, Järvinen TAH, Gronwald T, Hollander K. Traumatic muscle injury. Nat Rev Dis Primers. 2023 Oct 19;9(1):56. doi: 10.1038/s41572-023-00469-8. PMID: 37857686.
Maffulli N, Del Buono A, Oliva F, Giai Via A, Frizziero A, Barazzuol M, Brancaccio P, Freschi M, Galletti S, Lisitano G, Melegati G, Nanni G, Pasta G, Ramponi C, Rizzo D, Testa V, Valent A. Muscle Injuries: A Brief Guide to Classification and Management. Transl Med UniSa. 2014 Sep 1;12:14-8. PMID: 26535183; PMCID: PMC4592039.
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Palermi S, Vittadini F, Vecchiato M, Corsini A, Demeco A, Massa B, Pedret C, Dorigo A, Gallo M, Pasta G, Nanni G, Vascellari A, Marchini A, Lempainen L, Sirico F. Managing Lower Limb Muscle Reinjuries in Athletes: From Risk Factors to Return-to-Play Strategies. J Funct Morphol Kinesiol. 2023 Nov 6;8(4):155. doi: 10.3390/jfmk8040155. PMID: 37987491; PMCID: PMC10660751.

Rédigé par Nelly Darbois
J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.



Très bonne présentation sur le sujet de la déchirure ou du claquage.
Merci.
Merci pour le retour !
Merci pour les explications 😃