Aponévrosite plantaire : quel traitement ? Kiné ? Exercices ?

IRM montrant une aponévrosite plantaire

Vous avez une aponévrosite plantaire récalcitrante, vous cherchez plus d’infos fiables sur son traitement, notamment en kinésithérapie ?

👉 Les douleurs sous le pied sont un motif fréquent de consultation chez les médecins généralistes, les médecins du sport ou les kinésithérapeutes. En effet, elles sont gênantes pour faire du sport, travailler, ou même parfois vaquer à ses occupations quotidiennes chez soi.

Le plus souvent, c’est une aponévrosite plantaire qui est la cause de ces douleurs sous le pied. On vous en a diagnostiqué une et vous vous demandez quelle est la prise en charge la plus adaptée ? Voici tous les éléments de réponse qui vous permettront de prendre en charge efficacement votre aponévrosite plantaire, sans perdre du temps ou de l’argent inutilement.

Ces conseils pour traiter l’aponévrosite plantaire sont basés à la fois sur :

  • mon expérience depuis 2009 comme kinésithérapeute ;
  • des recherches et lectures approfondies sur les publications scientifiques et études portant sur l’aponévrosite plantaire et ses traitements. Vous trouverez toutes les références en fin d’article ;
  • les questions les plus fréquentes de mes patient-es et des internautes.

♻️ Dernière mise à jour : septembre 2022

Après avoir lu cet article, vous aurez donc les réponses aux questions suivantes :

  1. Qu’est-ce qu’une aponévrosite ou fasciite plantaire ?
  2. Quels sont les symptômes de l’aponévrosite plantaire ?
  3. Quelle est la cause de l’aponévrosite plantaire ?
  4. Quels sont les traitements et prises en charge de l’aponévrosite plantaire ?
    1. La mise au repos (partiel) de l’aponévrose plantaire avant tout
    2. Quelles chaussures ?
    3. Les semelles sont-elles utiles ?
    4. Et les attelles/orthèses de repos ?
    5. Quid du massage ?
    6. Et la kinésithérapie ?
    7. Et les huiles essentielles ?
  5. Aponévrosite plantaire : y a-t-il des complications possibles ?
  6. Peut-on guérir d’une aponévrosite plantaire ?
  7. Quel est la durée de guérison d’une aponévrosite plantaire ?
  8. Sources

Qu’est-ce qu’une aponévrosite ou fasciite plantaire ?

Fasciite plantaire ou aponévrosite plantaire désignent la même chose. Il s’agit d’une douleur localisée au niveau du talon, qui irradie souvent dans les autres partis du pied, particulièrement dessous. Il s’agit de la cause de talalgie (douleur au talon) la plus fréquente. Environ 4 à 7 % de la population en est atteinte au moins une fois dans sa vie (Luffy et al., 2018).

Elle survient surtout chez l’adulte actif entre 25 et 65 ans (Buchanan et al., 2020), plus particulièrement entre 45 et 64 ans (Nahin 2018).

ℹ️ L’aponévrosite plantaire est due à une inflammation de l’aponévrose plantaire, appelé aussi fascia plantaire. Il s’agit d’une bande de fibres qui relie l’os du talon aux os de l’avant pied.

Schéma d'un pied montrant l'aponévrose
Schéma d’un pied. Les bandes rouges représentent l’aponévrose, le tissu dans lequel il y a une inflammation en cas d’aponévrosite. Cette bande de fibres s’insère sur les os du pied et notamment sur le calcalénus, l’os du talon. (Source de l’image : Luffy et al., 2018)

Les examens par imagerie tels que les échographies, les IRM et les scanners permettent de bien visualiser l’aponévrosite. Cependant, comme nous le verrons, ils n’ont aucun intérêt pour diagnostiquer et bien prendre en charge cette pathologie. Un simple interrogatoire et examen clinique suffit à la diagnostiquer.

IRM montrant une fasciite plantaire
Aponévrosite plantaire vue à l’aide d’un IRM du pied. L’IRM n’est cependant pas nécessaire pour bien diagnostiquer et prendre en charge cette pathologie. ‘Source de l’image : Luffy et al., 2018)
Scanner montrant une aponévrosite plantaire
Aponévrosite plantaire vue à l’aide d’un scanner du pied. Tout comme l’IRM, le scanner est inutile pour diagnostiquer et prendre en charge une aponévrosite : un examen et un interrogatoire suffisent. (Source de l’image : Luffy et al., 2018)

Parfois, les personnes atteintes d’aponévrosite ont aussi ce qu’on appelle une épine calcalnéenne : une pointe osseuse se forme au niveau d’un os du talon. Bonne nouvelle : cela n’est pas un signe de gravité de l’aponévrosite plantaire. En effet, les douleurs au pied ne disparaissent pas moins vite chez les personnes qui ont une épine calcalnéenne (Hansen et al., 2018).

Radiographie montrant une épine calcalnéenne, souvent associée à l'aponévrosite plantaire
Il s’agit d’une radio d’un pied d’une personne atteinte de fasciite plantaire. On voit une excroissance osseuse (la petite pointe en bas à gauche) sur le calcanéus, c’est une épine calcalnéenne. 50 % des gens qui ont une aponévrosite ont aussi une épine calcalnéenne. Savoir cela ne change cependant rien à la prise en charge. (Source de l’image: Buchanan et al., 2021)

Quels sont les symptômes de l’aponévrosite plantaire ?

Le principal signe est la douleur :

  • au niveau du talon, plutôt vers le bas et l’intérieur ;
  • qui peut remonter dans le mollet ;
  • qui apparaît de manière progressive ;
  • forte surtout au réveil le matin ;
  • forte aussi lorsque l’on reste longtemps debout, parfois même assis ;
  • réveillée à la palpation de la base du talon, là ou s’insère le fascia ;
  • réveillée aussi lorsqu’on fait une dorsiflexion de cheville (on ramène vers le tibia le devant du pied) ;
  • parfois présente la nuit ou au repos.

(Buchanan et al., 2020)

ℹ️ Il n’y a pas besoin de réaliser des examens complémentaires (radio, IRM, prise de sang, scanner, etc.). L’examen et l’interrogatoire suffisent amplement. En cas de doute sur une autre pathologie possible si d’autres signes sont présents, ces examens sont parfois prescrits. Mais ils ne servent pas à mieux diagnostiquer ou mieux prendre en charge la fasciite plantaire. Ils ne permettent pas non plus d’être plus précis sur la durée de guérison.

Par exemple, même si l’IRM permet d’évaluer l’épaisseur de l’aponévrose où est l’inflammation, cela ne permet pas pour autant de dire si l’aponévrosite va guérir plus ou moins vite. Les personnes qui ont une inflammation importante, et une épaisseur importante d’aponévrose, ne vont pas forcément moins vite récupérer que ceux qui ont une faible inflammation et épaisseur d’aponévrose (Ermutlu et al. 2018).

Il n’est pas nécessaire de faire une radio, une échographie, un scanner ou un IRM pour diagnostiquer l’aponévrosite. L’interrogatoire et l’examen suffisent amplement.

Quelle est la cause de l’aponévrosite plantaire ?

Voici les causes et facteurs de risque identifiés ou suspectés :

  • être en obésité ou surpoids ;
  • débuter la course à pied, ou augmenter d’un coup la fréquence, l’intensité ou la durée de ses runnings ;
  • rester plusieurs heures par jour debout, alors qu’on y passait peu de temps avant ;
  • faire de la course à pied en soi. Jusqu’à 22 % des personnes pratiquant la course à pied en sont atteintes ;
  • avoir les pieds plats ou creux ;
  • être stressé (Harutaichun et al. 2019) ;
  • avoir peu d’amplitude en flexion plantaire de cheville (l’extrémité du pied ne va pas beaucoup vers le cas) (Hasmtra-Wright et al. 2021).

(Buchanan et al., 2020)

ℹ️ Certaines personnes se demandent si les chaussures de marque kalenji (décathlon) peuvent causer une aponévrosite. En effet, certaines personnes achetant des kalenji peuvent dans les semaines qui viennent avoir des douleurs au talon. Mais ces douleurs seraient sans doute survenues avec n’importe quelle marque de baskets !

Les douleurs sont dues au fait que les personnes commencent à courir, ou changent leur habitude, ou encore augmentent leur fréquence d’entrainement. Cela arrive fréquemment aux gens portant des kalenji puisque c’est tout simplement une marque très achetée en France, particulièrement chez ceux et celles qui débutent en course à pied.

Pour prévenir l’apparition d’une aponévrosite plantaire on peut : 1/ éviter d’être en surpoids ; 2/ augmenter progressivement la fréquence et l’intensité de la pratique de la course à pied ou le fait de rester debout statique longtemps ; 3/ rester souple des chevilles.

Quels sont les traitements et prises en charge de l’aponévrosite plantaire ?

De nombreux traitements sont conseillés et proposés en cas d’aponévrosite plantaire : séances de kinésithérapie, étirements, cryothérapie, thérapie par onde de choc, port de semelles, port d’attelles de nuit, injections d’anti-inflammatoires, de plasma enrichi en plaquettes, de toxine botulique ou corticostéroïdes, arrêt du sport, acupuncture, etc. Comment s’y retrouver là-dedans ?

Voici une section qui revient sur chacun de ces traitements et son efficacité. Le but est d’identifier le traitement à mettre en place :

  • le plus efficace ;
  • le moins coûteux en temps, en énergie et en argent ;
  • le plus simple à réaliser ;
  • avec le moins d’effet secondaires possibles.

Ce traitement, dit « conservateur », repose sur 3 choses très simples à mettre en place, comme vous le verrez en lisant cette partie :

  • mettre au repos le pied ;
  • porter des chaussures confortables, au talon épais ;
  • éventuellement, réaliser tous les jours quelques étirements, sous supervision ou non d’un-e kinésithérapeute.

Et c’est tout.

Voyons cela un peu plus en détails.

La mise au repos (partiel) de l’aponévrose plantaire avant tout

Il est important d’identifier ce qui a pu entraîner l’apparition des douleurs. Les semaines qui ont précédé leur apparition, avez-vous :

  • passé plus de temps debout qu’habituellement ?
  • Débuté une nouvelle activité sportive, ou un nouveau loisir ?
  • Augmenté la fréquence, l’intensité ou la durée de vos séances de course à pied ou d’autres sports ?

Si c’est le cas, diminuez voir supprimez cette activité. Vous devriez voir du mieux en quelques semaines rien qu’en faisant cela. Une fois les douleurs stabilisées, reprenez beaucoup plus progressivement l’activité concernée.

👉 Vous pouvez tout de même faire du sport malgré l’aponévrosite/fasciite plantaire !

Quelles chaussures en cas d’aponévrosite plantaire ?

En cas d’aponévrosite, un réflexe des médecins traitants est parfois de prescrire la confection de semelles sur-mesure chez un podologue. Cependant, des semelles dites de série, qui s’achètent en grande surface ou par internet, peuvent tout à fait suffire pour soulager les douleurs. Même ces dernières sont dispensables.

Ce qui compte lorsque l’on a des douleurs dans le talon et sous le pied, c’est de trouver des chaussures confortables. Leur semelle et talon d’origine doivent être assez épais. Typiquement, les baskets de running de course à pied décathlon font très bien l’affaire.

Voici quelques exemples de baskets qui sont confortables et soulagent des douleurs liées à l’aponévrosite. Peu importe la marque et le modèle, ce qui compte c’est qu’elles soient assez épaisses au niveau du talon, sans être rigides. Vous pouvez trouver ce type de chaussures dans tous les magasins de sport ou les grandes enseignes de magasins de chaussures généralistes.

Chaussures de running standard
29€99
Chaussures de running premier prix
7€99
  • Chaussures de running qui conviennent en cas d'aponévrosite plantaire

Aponévrosite plantaire : les semelles sont-elles utiles ?

Les talonnettes sur-mesure ou en série sont à proscrire : les personnes souffrant d’aponévrosite plantaire sont mieux soulagées par des semelles intégrales standard que des talonnettes sur mesure ou non (Schuitema et al., 2019).

L’achat de semelles standard assez épaisses au niveau du talon peut être intéressant si :

  • les semelles de vos chaussures du quotidien sont trop usées ;
  • vos chaussures n’ont pas ou plus de semelles ;
  • vos chaussures sont inconfortables au niveau du talon.

Voici quelques semelles premier prix qui conviennent tout à fait. Vous pouvez trouver le même type de semelle dans un magasin de sport type décathlon, voire en grande surface. Ce qui compte, c’est qu’il s’agisse d’une semelle complète (et pas seulement une talonnette), assez épaisse et confortable au niveau du talon.

Semelles TrailBlazer
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  • Semelles
Semelles Pro11 Wellbeing
7€15

Les attelles/orthèses de repos

Il semble que certaines personnes soient plus soulagées lorsqu’elles associent le port de baskets au talon épais la journée au port d’attelles la nuit (Schuitema et al., 2019). Ces attelles maintiennent la cheville dans une certaine position pour étirer l’aponévrose. Cela n’est pas très confortable et assez contraignant car il faut y penser chaque nuit, sans compter le coût non remboursé d’environ 20 euros.

ℹ️ Par conséquent, je recommande simplement à mes patients de :

  • porter le plus souvent possible des baskets au talon et à la semelle épaisse ;
  • éviter les talons hauts et les tongs toutes fines, même pour rester chez soi ;
  • limiter le temps passé pieds nus au moins les premières semaines, jusqu’à ce que les douleurs diminuent drastiquement voire disparaissent.

Voici tout de même des exemples d’attelles de nuit qu’il est possible de porter en cas d’aponévrosite plantaire. Vous pourrez trouver ces modèles ou des similaires en commande depuis n’importe quelle pharmacie, parapharmacie ou revendeur de matériel médical.

Attelle de nuit générique
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  • Attelle de nuit contre la fasciite plantaire
Attelle de nuit Healifty
16€99
  • Attelle de nuit contr

  • Le port de chaussures standard à la semelle et au talon d’origine suffisamment épais et confortable est recommandé en cas d’aponévrosite plantaire (baskets++).
  • L’achat de semelles spécifiques ou la confection de semelles sur-mesure chez le podologue n’est pas nécessaire.
  • Il faut éviter les talonnettes.

Quid du massage en cas d’aponévrosite plantaire ?

Lorsqu’on a une douleur quelque part, on pense souvent qu’un massage pourra nous soulager, nous détendre, nous faire du bien. Et c’est effectivement fréquemment le cas ; sur le moment. Le massage est un assez bon allié contre les douleurs, mais à très court terme : pour quelques minutes, ou quelques heures le plus souvent ; parfois quelques jours ou semaines s’il est pratiqué régulièrement.

ℹ️ Le massage n’a aucun effet curatif sur l’aponévrosite plantaire : il ne guérit pas, au mieux il soulage sur le moment.

Certaines personnes se demandent si appliquer du baume du tigre permet d’être plus efficace ? Le baume du tigre contient des huiles essentielles, du camphre et du menthol, en proportions différentes selon les préparations. Ces substances sont présentes en faible quantité dans le produit. Une très faible quantité de produit est appliquée sur la peau (les pots de baume du tigre font seulement 68 grammes !), et une quantité encore plus faible a une chance de pénétrer jusqu’au fascia ou dans le sang. De plus, aucune de ces substances a un effet inflammatoire prouvé par application sur la peau.

Tous ces éléments doivent laisser penser qu’appliquer du baume du tigre n’a aucun effet guérisseur. Cela peut simplement rendre le moment agréable pour les personnes qui apprécient ce produit.

Le massage n’a pas d’intérêt autre que soulager certaines personnes au moment où il est appliqué. Il ne soigne pas l’aponévrose.

Aponévrosite plantaire et kinésithérapie

Avant toute chose, votre kinésithérapeute devrait réaliser un bilan en vous posant certaines questions.

  • Depuis quand avez-vous des douleurs ?
  • Avez-vous changé vos habitudes de vie, de loisir ou vos pratiques sportives quelques semaines ou mois avant l’apparition des douleurs ?
  • Quand surviennent le plus les douleurs ? A quelle intensité ? Idéalement, votre kinésithérapeute vous demandera de coter l’intensité de vos douleurs sur quelques jours pour avoir un point de départ afin de mieux évaluer l’efficacité des séances de kinésithérapie. Différents outils existent pour cela et peuvent vous être délivrés par votre kinésithérapeute, particulièrement les réglettes comprenant une Échelle visuelle analogique (EVA).
  • Quelles sont les conséquences de vos douleurs ? En quoi vous gênent-elles (pour dormir, travailler, faire du sport, marcher, etc.) ?

Une fois la gène bien comprise, un traitement kinésithérapique peut être mis en place. Il est crucial de bien connaître, identifier et si possible quantifier la douleur AVANT les séances de kiné. Ainsi, il sera plus facile d’évaluer leur efficacité.

ℹ️ La prise en charge en kinésithérapie repose essentiellement sur :

  • l’apprentissage d’étirements à réaliser seul ;
  • la supervision de la reprise progressive des activités sources de douleur, notamment sportives (🔗 voir cet article sur le temps de guérison de l’aponévrosite plantaire, qui détaille plus comment mettre en place cela).

ℹ️ Les kinésithérapeutes recourent parfois également aux ultrasons, aux thérapies par onde de choc, au dry-needling, à l’électrothérapie (compex) ou encore à certaines thérapies manuelles spécifiques (Maitland, triggers points, techniques myofasciales etc.) contre l’aponévrosite plantaire. Cependant, ces techniques et dispositifs n’ont pas fait leur preuve d’une efficacité supérieure à celle d’une mise au repos et des étirements. De plus, ils sont plus coûteux à mettre en place, et ne peuvent pas être réalisés en autonomie par le patient.

Par conséquent, ils ne sont pas nécessaires pour traiter une aponévrosite plantaire (si l’on est sur la même longueur d’onde avec mes principes initiaux qui guident le choix des traitements).

ℹ️ Voir également, pour les kinés, cet article paru dans BMJ 2019 : Management of plantar heel pain: a best practice guide informed by a systematic review, expert clinical reasoning and patient values.

Pistolet de thérapie par onde de choc appliqué pour une autre pathologie que l'aponévrosite plantaire
Voici un appareil à onde de choc, appliqué pour une autre pathologie que l’aponévrosite plantaire. La thérapie par onde de choc n’a pas d’intérêt supplémentaire à la simple réalisation d’une mise au repos, d’étirements et d’un chaussage adapté en cas d’aponévrosite plantaire. (Source de l’image : Wikimedia)

Quels sont les étirements à réaliser ? Il s’agit d’étirements :

  • du fascia plantaire ;
  • du mollet (triceps surral, gastrocnémiens).

A quelle fréquence faut-il les réaliser ? Bien que l’on n’en ait pas une idée précise, on peut partir sur l’idée de faire des étirements tous les jours, 5 minutes, 2 fois par jour. Pour celles et ceux qui trouveraient cela trop fréquent, partir plutôt sur 5 minutes 3 fois par semaine, ce qui est toujours mieu que 0.

Varier les positions d’étirements n’a pas de réel intérêt, hormis sur l’éventuelle lassitude et motivation. Ce qui compte est plutôt d’augmenter progressivement la difficulté, en allant plus loin dans l’étirement, au fur et à mesure que les tissus s’habituent aux contraintes provoquées par les étirements réguliers.

Voici un exemple de progression possible.

Exemples d'étirements du fascia et du mollet
Etirements en cas de fasciite plantaire
Exemples d'étirements en cas d'aponévrosite plantaire
Exemples d’étirements de l’aponévrose plantaire et des muscles du mollet. A réaliser au moins 3 fois par semaine durant 5 minutes en cas d’aponévrosite plantaire. (Source des images : Boonchum et al. 2020)

Les huiles essentielles sont-elles efficaces contre l’aponévrosite plantaire ?

Beaucoup de personnes se questionnent sur l’efficacité des huiles essentielles (aromathérapie) pour guérir ou soulager l’aponévrosite. A ce jour, aucune étude ne s’est intéressée à évaluer l’efficacité des huiles essentielles sur l’aponévrosite.

Peut-on tout de même faire l’hypothèse d’une efficacité possible des huiles essentielles ? Pour donner du poids à cette hypothèse, il faudrait être sûr que l’huile puisse pénétrer dans le corps jusqu’à l’aponévrose. De plus, il faudrait qu’elle pénètre en quantité suffisante pour avoir une action. Enfin, il faudrait que la substance active contenue dans l’huile soit efficace pour diminuer l’inflammation, ou simplement agir sur les douleurs.

Il est peu probable qu’une seule de ces hypothèses soit juste, et donc que les huiles essentielles aient une quelconque efficacité.

Si vous vous intéressez dans un registre similaire au cannabis thérapeutique, voici 2 articles susceptibles de vous intéresser :

Les huiles essentielles n’accélèrent pas la guérison d’une aponévrosite.

Aponévrosite plantaire : y a-t-il des complications possibles ?

Les complications sont très rares. Il y a beaucoup plus de chances que vous n’en ayez aucune, gardez cela en tête ! Dans de rares cas, les complications sont :

  • une rupture du tendon (surtout s’il y a eu injections de corticoïdes) ;
  • une nécrose du coussinet adipeux.

Les complications d’une aponévrosite plantaire sont très très rares.

Peut-on guérir d’une aponévrosite plantaire ?

Bien sûr ! Si vous interrogez un kinésithérapeute ou un médecin traitant qui a vu plusieurs dizaines de personnes atteintes de cette pathologie au cours de cette carrière, il y a de forte chance qu’il ou elle vous réponde que l’aponévrosite a disparu chez ces patient-es. Peut-on cependant être sûr que ces personnes ont guéri ? Peut-être n’ont-elles simplement plus parlé à leur professionnel de santé de leur douleur au talon ? Dans ce cas, cela signifie sûrement que la douleur, soit :

  • a disparu ;
  • n’est pas assez importante pour être vraiment gênante dans la vie de tous les jours, moyennant quelques adaptations faciles à mettre en place.

ℹ️ Des médecins et chercheurs ont essayé d’en savoir plus sur l’évolution sur 10 ans des personnes atteintes d’aponévrosite plantaire (Hansen et al., 2018). Ils ont interrogé et examiné 173 personnes environ 9 ans après qu’une aponévrosite plantaire leur ait été diagnostiquée. Un après après l’apparition des premières douleurs, 80 % des personnes avaient encore des douleurs. Puis seulement 50 % 5 ans après, et 45 % 10 après.

Vous trouvez ces chiffres peu encourageants ? Soyez rassuré : ils concernent probablement des gens ayant une aponévrosite « sévère ». Ceux chez qui les douleurs disparaissent vite consultent moins longtemps et sont sûrement perdus de vue. De plus, sans forcément sourcer leur propos, d’autres études sont beaucoup plus optimistes et disent qu’à 1 an, 75 % des personnes sont guéries (Buchanan 2020).

La majorité des gens guérissent d’une aponévrosite plantaire. Plus le temps passe et plus il y a de chances d’en guérir.

Quel est la durée de guérison d’une aponévrosite plantaire ?

Tout dépend ce qu’on appelle guérison. Guérir d’une d’aponévrosite plantaire, ça peut être :

  • ne plus avoir aucune douleur ;
  • avoir beaucoup moins de douleur ;
  • avoir des petites douleurs qui ne gênent pas dans la vie de tous les jours pour travailler, faire du sport et tout ce que l’on souhaite faire au quotidien.

En général, il faut compter au moins 2 à 3 semaines après l’apparition des symptômes pour commencer à voir du mieux. Cela nécessite d’avoir un peu modifié ses habitudes : diminuer son temps passé debout, adapter son chaussage et sa pratique sportive.

Certaines personnes disent s’être bien débarrassées des douleurs les plus gênantes au bout d’1 mois et demi/2 mois. Pour d’autres, il faut plus longtemps, ou la douleur fluctue sur plusieurs mois : elle est parfois bien moins forte et gênante, parfois plus, et il est difficile d’identifier ce qui est responsable de ces fluctuations.

N’oublions pas qu’un an après l’apparition des premiers symptômes, 75 % des gens n’ont plus aucune douleur (Buchanan 2020).

👉 Lisez cet article plus complet sur le temps de guérison de l’aponévrosite/fasciite plantaire.

Comptez quelques semaines pour voir les douleurs diminuer. Parfois, elles fluctuent sur quelques mois, et disparaîtrons totalement au bout d’un an maximum pour la plupart des gens.

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  1. Temps de guérison de l’aponévrosite plantaire
  2. Faire ou reprendre le sport avec une aponévrosite plantaire

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📕 Sources 📕

La recherche bibliographique a été réalisée à partir de la base de donnée Pubmed de la Medline. Les mots clés suivants ont été renseignés : « plantar fasciitis » [ti] avec un filtre permettant de sélectionner les publications de moins de 5 ans, car il y a beaucoup de publications dans le domaine. La recherche a été effectuée en mars 2021. Elle donnait 256 résultats. La lecture du titre puis du résumé des articles a permis d’identifier les articles les plus récents permettant de répondre aux questions fréquentes des patient-es, elles-même identifiées via l’identification des mots clés les plus recherchés sur Google via le planificateur des mots clés de Google Ads.

Synthèse générale et récente sur l’aponévrosite plantaire, en libre accès

Buchanan BK, Kushner D. Plantar Fasciitis. [Updated 2020 Jun 7]. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2021 Jan-. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK431073/

Luffy, Lindsey MSPAS, PA-C; Grosel, John MD; Thomas, Randall DPM; So, Eric DPM Plantar fasciitis, Journal of the American Academy of Physician Assistants: January 2018 – Volume 31 – Issue 1 – p 20-24
doi: 10.1097/01.JAA.0000527695.76041.99

BMJ 2019. Management of plantar heel pain: a best practice guide informed by a systematic review, expert clinical reasoning and patient values

Les données épidémiologiques sur l’aponévrosite plantaire et son évolution naturelle

Nahin RL. Prevalence and Pharmaceutical Treatment of Plantar Fasciitis in United States Adults. J Pain. 2018 Aug;19(8):885-896. doi: 10.1016/j.jpain.2018.03.003. Epub 2018 Mar 26. PMID: 29597082; PMCID: PMC6066406.

Hansen L, Krogh TP, Ellingsen T, Bolvig L, Fredberg U. Long-Term Prognosis of Plantar Fasciitis: A 5- to 15-Year Follow-up Study of 174 Patients With Ultrasound Examination. Orthop J Sports Med. 2018 Mar 6;6(3):2325967118757983. doi: 10.1177/2325967118757983. PMID: 29536022; PMCID: PMC5844527.

Le diagnostic et les symptomes de l’aponévrosite plantaire

Ermutlu C, Aksakal M, Gümüştaş A, Özkaya G, Kovalak E, Özkan Y. Thickness of plantar fascia is not predictive of functional outcome in plantar fasciitis treatment. Acta Orthop Traumatol Turc. 2018 Nov;52(6):442-446. doi: 10.1016/j.aott.2018.01.002. Epub 2018 Oct 9. PMID: 30314878; PMCID: PMC6318475.

Les causes de l’aponévrosite plantaire

Harutaichun P, Boonyong S, Pensri P. Predictors of plantar fasciitis in Thai novice conscripts after 10-week military training: A prospective study. Phys Ther Sport. 2019 Jan;35:29-35. doi: 10.1016/j.ptsp.2018.10.004. Epub 2018 Oct 9. PMID: 30415020.

Hamstra-Wright KL, Huxel Bliven KC, Bay RC, Aydemir B. Risk Factors for Plantar Fasciitis in Physically Active Individuals: A Systematic Review and Meta-analysis. Sports Health. 2021 Feb 3:1941738120970976. doi: 10.1177/1941738120970976. Epub ahead of print. PMID: 33530860.

Les traitements de l’aponévrosite plantaire

Kinésithérapie et aponévrosite plantaire

Fraser JJ, Glaviano NR, Hertel J. Utilization of Physical Therapy Intervention Among Patients With Plantar Fasciitis in the United States. J Orthop Sports Phys Ther. 2017 Feb;47(2):49-55. doi: 10.2519/jospt.2017.6999. PMID: 28142368.

Grieve R, Palmer S. Physiotherapy for plantar fasciitis: a UK-wide survey of current practice. Physiotherapy. 2017 Jun;103(2):193-200. doi: 10.1016/j.physio.2016.02.002. Epub 2016 Feb 12. PMID: 27156704.

Aponévrosite plantaire et thérapie par onde de choc extracorporelles

Sun K, Zhou H, Jiang W. Extracorporeal shock wave therapy versus other therapeutic methods for chronic plantar fasciitis. Foot Ankle Surg. 2020 Jan;26(1):33-38. doi: 10.1016/j.fas.2018.11.002. Epub 2018 Nov 13. PMID: 30502222.

Aponévrosite plantaire et étirements

Scherger JE. Consider Muscle Strengthening for Plantar Fasciitis. Am Fam Physician. 2018 Oct 1;98(7):407. PMID: 30252428.

Huffer D, Hing W, Newton R, Clair M. Strength training for plantar fasciitis and the intrinsic foot musculature: A systematic review. Phys Ther Sport. 2017 Mar;24:44-52. doi: 10.1016/j.ptsp.2016.08.008. Epub 2016 Aug 18. PMID: 27692740.

Siriphorn A, Eksakulkla S. Calf stretching and plantar fascia-specific stretching for plantar fasciitis: A systematic review and meta-analysis. J Bodyw Mov Ther. 2020 Oct;24(4):222-232. doi: 10.1016/j.jbmt.2020.06.013. Epub 2020 Jul 30. PMID: 33218515.

Pearce CJ, Seow D, Lau BP. Correlation Between Gastrocnemius Tightness and Heel Pain Severity in Plantar Fasciitis. Foot Ankle Int. 2021 Jan;42(1):76-82. doi: 10.1177/1071100720955144. Epub 2020 Sep 13. PMID: 32924578.

Boonchum H, Bovonsunthonchai S, Sinsurin K, Kunanusornchai W. Effect of a home-based stretching exercise on multi-segmental foot motion and clinical outcomes in patients with plantar fasciitis. J Musculoskelet Neuronal Interact. 2020 Sep 1;20(3):411-420. PMID: 32877978; PMCID: PMC7493445.

Comparaisons de l’efficacité de différents traitements de l’aponévrosite plantaire (thérapies par onde de choc, ultrasons, injections de plasma riche en plaquettes, injections de corticostéroïdes, dry-needling, injections de toxine botulique)

Uğurlar M, Sönmez MM, Uğurlar ÖY, Adıyeke L, Yıldırım H, Eren OT. Effectiveness of Four Different Treatment Modalities in the Treatment of Chronic Plantar Fasciitis During a 36-Month Follow-Up Period: A Randomized Controlled Trial. J Foot Ankle Surg. 2018 Sep-Oct;57(5):913-918. doi: 10.1053/j.jfas.2018.03.017. PMID: 30149850.

Li H, Lv H, Lin T. Comparison of efficacy of eight treatments for plantar fasciitis: A network meta-analysis. J Cell Physiol. 2018 Jan;234(1):860-870. doi: 10.1002/jcp.26907. Epub 2018 Aug 4. PMID: 30078188.

Aponévrosite plantaire, chaussage et semelles

Schuitema D, Greve C, Postema K, Dekker R, Hijmans JM. Effectiveness of Mechanical Treatment for Plantar Fasciitis: A Systematic Review. J Sport Rehabil. 2019 Oct 18;29(5):657-674. doi: 10.1123/jsr.2019-0036. PMID: 31629333.

La perte de poids

Boules M, Batayyah E, Froylich D, Zelisko A, O’Rourke C, Brethauer S, El-Hayek K, Boike A, Strong AT, Kroh M. Effect of Surgical Weight Loss on Plantar Fasciitis and Health-Care Use. J Am Podiatr Med Assoc. 2018 Nov;108(6):442-448. doi: 10.7547/15-169. Epub 2018 Apr 4. PMID: 29617149.

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Publié par Nelly Darbois

Kinésithérapeute à domicile à Saint-Alban Leysse et ses environs (Savoie), rédactrice scientifique, journaliste santé.

6 commentaires sur « Aponévrosite plantaire : quel traitement ? Kiné ? Exercices ? »

  1. Mise au repos + étirement. voilà toute l’étendue de vos compétences ?
    Finalement pourquoi faire appel à un kiné, une video youtube suffira.
    Vous êtes kiné et vous parlez de télé-consultation !!??!! Mon dieu…
    A l’IFMK de Nancy on m’a appris à utiliser mes mains en premier lieu
    ODC, ultrasons etc… inutiles ? Mon dieu mon dieu… pauvres patients sont ceux que vous soignez avec 3 étirements et un repos forcé

    1. Bonjour Laurent,
      Concernant les téléconsultations en kinésithérapie, cet article vous apprendra que les kinés pratiquent la téléconsultation dans de nombreux pays. Avec une satisfaction et une efficacité au rendez-vous : https://kinedarbois.fr/2021/09/19/teleconsultation-telesoin-kinesitherapie/ .
      Il y a des avantages et des inconvénients bien sûr, et certaines personnes ne seront jamais attirées par ce type de pratique. Pour d’autres en revanche, cela ne convient pas, et ils préféreront sans doute la prise en charge que vous pourrez leur proposer 🙂

      Au sujet des ODC et ultrasons, si vous avez des publications publiées dans la littérature revue par les pairs et qui argumentent votre avis, et auxquelles je n’aurais jamais eu accès, je les lirai avec attention.

      Bonne continuation,
      Nelly

  2. On peut perdre son temps dans des montagnes de revues scientifiques pour s’autorassurer… ou mettre la main à la pâte et se faire sa propre idée de manière empirique au contact des patients… mais encore faut il les voir, les palper pour y arriver.
    Teleconsultation ah ah… où sont vos études validées qui prouvent l’intérêt de ce genre de consultation en kiné ?

    1. Laurent,

      Teleconsultation ah ah… où sont vos études validées qui prouvent l’intérêt de ce genre de consultation en kiné ?

      Dans le lien que je vous ai déjà indiqué dans mon précédent message.

      Concernant votre autre remarque, j’aurais bien également des ressources vers lesquelles vous renvoyer, mais je ne suis pas sûr que vous soyez prêt à remettre en question votre positionnement ?

      Sachez également que l’on peut faire les 2 :
      – s’appuyer sur les études scientifiques et les articles relus par les pairs ;
      – acquérir de l’expérience empirique au contact quotidien des patients (en vrai et en téléconsultation).

      C’est la voie que j’ai choisis, comme de plus en plus de kinés adhérant à l’evidence-based practice (EBP).

  3. Toutes vos études sur la teleconsultation sont basées sur les pratiques dans les pays anglo-saxons… qui pratiquent la kine d’une manière complètement différente de ce que nous faisons en Europe.

    Ça n’a rien de comparable… en Europe on travaille à la main ! Donc en présentiel…
    Un lumbago en teleconsultation… mon dieu mais quelle horreur ! Et surtout qu’elle honte pour le thérapeute.

    1. Toutes vos études sur la teleconsultation sont basées sur les pratiques dans les pays anglo-saxons… qui pratiquent la kine d’une manière complètement différente de ce que nous faisons en Europe.

      Il y a bien des études menées dans des pays non anglophones.

      Indépendamment de cela, je serais très curieuse de savoir ce qui selon vous explique que les européens non-anglophones répondraient exclusivement à des prises en charge manuelles par rapport aux anglophones, qui eux répondraient bien aussi aux téléconsultations ? Quelles différences entre ces populations pourraient expliquer cela (c’est une vraie question 🙂 !)

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