Comment soigner le syndrome de l’essuie glace : 5 axes possibles

comment soigner le syndrome de l'essuie-glace

On vient tout juste de vous diagnostiquer un syndrome de l’essuie-glace, ou au contraire il dure depuis longtemps ?

Vous vous demandez s’il y a des choses à faire pour soulager vos douleurs, soigner votre genou, maintenir ou reprendre plus vite vos activités et sports pour lesquelles ce syndrome vous gêne ?

Je compile ici ce qui me semble intéressant à connaître sur la base de mon expérience de kiné et des résultats des publications scientifiques internationales.

♻️ Dernière mise à jour : 26 mars 2024.
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Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédatrice scientifique

1- Assurez-vous que c’est bien un syndrôme de l’essuie-glace

Déjà, sachez que tous ces noms sont synonymes et renvoient au même problème :

  • syndrôme de l’essuie-glace ;
  • syndrôme de la bandelette ilio-tibiale ;
  • tendinite du tenseur du fascia lata ;
  • syndrome du tractus ilio-tibial.

C’est une des causes les plus fréquentes de douleur au genou en course à pied (surtout sur le côté du genou), ou dans d’autres contextes.

Quand vous avez une douleur au genou gênante et que vous consultez, votre professionnel(le) de santé fait ce qu’on appelle un diagnostic différentiel.

L’idée est d’éliminer une cause autre à l’origine de votre douleur au genou, qui aurait une prise en charge et une évolution différente.

Voici les principales pathologies avec lesquelles un syndrome de l’essuie-glace peut être confondu [Hadeed 2023] :

Notez que certaines de ces pathologies (marquées *) se prennent en charge et évoluent de manière très similaire au syndrome de la bandelette ilio-tibial.

🚨 La réalisation d’une radio ou d’autre examens d’imagerie (IRM, scanner) n’est pas forcément nécessaire pour éliminer d’autres causes. Car ces examens ne sont pas anodins, et il est souvent préférable de s’en passer si on peut !

➡️ En pratique : si vous avez des doutes sur le diagnostic de votre douleur, vous pouvez prendre rendez-vous avec votre médecin ou kiné pour faire le point.

2- Identifiez ce qui vous gène le plus aujourd’hui

Ce syndrome peut se manifester de manière très différente.

Certaines personnes peuvent avoir des douleurs très ponctuelles, par exemple seulement après avoir fait 6h de randonnée ou de trail et +1200m de dénivelé positif et négatif.

D’autres ont tellement mal au genou que même la marche sur quelques mètres est difficile.

Et entre ces 2 extrèmes, il y a encore plein d’autres scénarios possibles.

C’est pour ça qu’il est important d’identifier ce qui vous gène précisément dans votre cas. Par rapport à votre mode de vie, vos envies, vos activités professionnelles et personnelles.

Le traitement d’un syndrôme de la bandelette ilio-tibiale s’adapte au regard de votre gène et de vos objectifs prioritaires.

🗣️ Deux exemples concrets tirés de mes patient(e)s pour que ce soit plus parlant.

👩 Exemple 1 : Trentenaire qui fait du vélo l’été et du skating le week-end en hiver. Elle se déplace à vélo pour aller au travail, quelle réalise derrière un ordinateur.

Elle fait de temps en temps des footings pour conserver en inter-saison sa forme, mais elle doit souvent arrêter à cause d’une douleur sur le côté du genou : un syndrome de la bandelette ilio-tibial, diagnostiqué par son médecin du sport.

Son objectif : réussir à faire au moins un footing par semaine sans devoir s’arrêter à cause des douleurs pendant ou après.

Ce qu’elle va mettre en place : identifier à partir de quelle durée de footing la douleur se déclenche (ex : 15 minutes), et commencer des footings plus courts (ex : 10 minutes), complétés éventuellement par de la marche.

Elle va augmenter progressivement (à raison 1 ou 2 minutes max / semaine) la durée des footings. Si ça ne suffit pas, elle pourra tester d’incorporer des sessions d’exercices de renforcement musculaires des muscles du genou.

Elle n’a pas de douleur en dehors des sessions de running (ou alors, cela ne la préoccupe pas) donc elle ne va pas chercher un traitement pour soulager les douleurs.

👨 Exemple 2 : cinquantenaire qui vient de se remettre à la course à pied dans une optique de perte de poids. Au bout de quelques semaines, le syndrome de l’essuie-glace s’est déclenché, à tel point qu’il est même limité pour marcher.

La douleur est présente en continu et le gène même parfois pour dormir.

Son objectif : avoir moins mal au repos dans un premier temps pour mieux dormir. Et dans un second temps reprendre sans douleur la course à pied.

Ce qu’il va mettre en place : tester différents moyens pour soulager la douleur selon ce qui l’attire plus : mettre du froid, utiliser le TENS, faire des massages, prendre des médicaments antalgiques, trouver des positions plus confortables, etc.

C’est une fois seulement la douleur au repos partie que la reprise de la course à pied sera envisageable.

➡️ En pratique : identifiez de la manière la plus précise possible les symptômes qui vous gènent le plus et quand est-ce qu’ils se produisent.

3 – Explorez les différentes options de traitement

À ce stade de l’article, vous avez normalement retenu que le traitement à mettre en place va dépendre des problèmes précis que vous rencontrez et des objectifs prioritaires que vous vous fixez (seul ou avec votre kiné !).

Cette précision importante étant dite, voici quelques informations provenant des publications scientifiques qui synthétisent nos connaissances actuelles sur les traitements et la guérison d’un syndrome de l’essuie-glace.

Il existe beaucoup de publications sur le sujet, comme le montre le graphique ci-dessous.

syndrome de la bandelette ilio tibiale dans pubmed : la liste des études dans pubmed
Aperçu des publications académiques consacrées à ce syndrome dans le Google de la médecine, Pubmed

J’ai retenu celles qui selon moi étaient à la fois les plus rigoureuses et les plus éclairantes pour les patient(e)s comme les professionnel(le)s assurant la rééducation.

RéférenceSujet & méthodeRésultat
Nguyen 2023Synthèse de 98 publications sur le traitement conservateur de ce syndrome (7 essais randomisés, 66 revues de littérature, 25 essais cliniques non randomisés)Il existe un manque de recherche objective dans la littérature concernant la gestion conservatrice du syndrome de la bandelette ilio-tibiale. Les recommandations sont principalement basées sur des opinions d’experts et des articles de synthèse.
Friede 2022Synthèse des publications sur les traitements préventifs et curatifs utilisés par les kinésSelon les considérations biomécaniques, le syndrome de la bandelette ilio-tibiale peut être favorisé par une prédisposition anatomique, des désalignements articulaires, une activation excessive des muscles qui s’insèrent face latérale du genou ainsi qu’une rigidité excessive de la bandelette ilio-tibiale. Les interventions d’étirement intermittent sont peu susceptibles de changer l’intensité ou les propriétés mécaniques du syndrome. La rééducation de la course est une intervention prometteuse mais encore peu étudiée.
Opara 2023Revue narrative sur les effets des étirements Les interventions à long terme incluent généralement des étirements de la bandelette ilio-tibiale ; cependant, il reste incertain dans quelle mesure les étirements contribuent réellement à la résolution des symptômes. En même temps, il n’existe aucune preuve directe suggérant que les étirements ont des effets négatifs.
Foch 2023Revue de littérature de 17 articles et méta-analyse de 10 études transversales sur les causes biomécaniques potentielles à l’origine du syndrome de la bandelette ilio-tibialeBien que les preuves biomécaniques soient limitées, les facteurs de risque sont différents entre les coureurs féminins et masculins et peuvent varier selon le statut de la blessure. En particulier, le mouvement de la hanche dans le plan transversal et la faiblesse de la force des abducteurs de la hanche peuvent être des facteurs de risque biomécaniques chez les coureuses 
Bolia 2020Revue de littérature pour comparer l’efficacité des traitements conservateurs (sans opération) vs chirurgicaux (avec opération)Selon la littérature actuelle et avec un suivi maximal de 6 mois, la thérapie conservatrice peut réduire efficacement les symptômes du syndrome de la bandelette ilio-tibiale chez les athlètes. Plusieurs options chirurgicales existent pour les athlètes qui ne répondent pas aux mesures non opératoires, avec un taux de retour au sport rapporté entre 81% et 100%.
Les publications scientifiques les plus intéressantes pour avoir une vue d’ensemble sur les traitements d’un syndrome de l’essuie-glace

Qu’en retenir ? Il n’y a pas de preuve forte en faveur d’un type de traitement conservateur plutôt qu’un autre, et on n’est pas sûr que mettre en place un traitement VS laisser faire le temps qui passe soit vraiment plus efficace.

Et qu’est-ce qu’on met derrière traitement conservateur ? Beaucoup de techniques ou dispositifs dans lequel il faut aller « piocher », en l’absence de preuve vraiment forte en faveur d’une plutôt que d’une autre [Bolia 2020] :

  • mettre au repos totale ou partiel et attendre puis reprendre doucement ;
  • exercices de renforcement musculaire ;
  • étirements du TFL (autre nom donné à la bandelette) ;
  • massages ;
  • ondes de choc ;
  • ultrasons thérapeutiques ;
  • injections dans le genou de corticostéroïdes ;
  • prise d’anti-inflammatoires ou d’autres médicaments contre la douleur, par voie orale ;
  • mettre de la glace ;
  • immosibilier le genou (genouillère, etc.) ;
  • iontophorèse avec anti-inflammatoires ;
  • adaptation des chaussures ou semelles ;
  • thérapie manuelle ;
  • thérapie laser, etc.

Voici à titre personnel les critères que je mobilise pour m’aider à piocher pour moi-même entre ces différents traitements.

Si vous ne partagez pas avec moi ces mêmes critères, alors, votre choix thérapeutique sera peut-être différent, et il n’y a rien de mal à ça 🙂 !

☑️ Maximum d’efficacité (théorique / empirique)
☑️ Minimum d’effets indésirables
☑️ Minimum de coût (en temps, en énergie, en argent)
☑️ Minimum de dépendance d’une tierce personne ou d’un matériel

Dans le cas d’un syndrome de l’essuie-glace (que je n’ai jamais eu, contrairement aux périostites tibiales et au syndrome fémoro-patellaire, autres maux bien connus des athlètes), voilà alors mon plan d’action. :

  1. Identifier les activités déclenchant ou aggravant la douleur. Exemple : course à pied, montée et descente des escaliers ;
  2. Les stopper jusqu’à retrouver un genou quasi-indolore ou (ma version préférée) diminuer leur fréquence, intensité ou durée pour trouver le « juste dosage » pour vous ! Ce dosage fluctue au fil du temps.
  3. Ré-introduire très progressivement en fréquence, intensité et durée.
  4. Être confiant et averti que les douleurs ne sont pas forcément le signe d’un problème, et qu’il est possible de composer avec.
  5. (Éventuellement : ce n’est pas pertinent pour tout le monde) Faire des exercices ou des activités impliquant une contraction des muscles du genou et de la hanche. Ce qu’on appelle le renforcement musculaire, peu importe les exercices réalisés !

Et si vous ne vous sentez pas de faire ça tout(e) seul(e), ce qui peut parfaitement se comprendre, vous pouvez vous faire prescrire des séances de kiné pour être supervisé(e) ou discuter de la meilleure approche dans votre cas.

➡️ En pratique : il existe des dizaines d’options thérapeutiques possibles pour soigner un syndrome de l’essuie glace, mais aucune ne se démarque vraiment en termes d’efficacité. À vous d’identifier les pistes thérapeutiques qui remportent le plus votre adhésion !

femme réalisant un étirement de la bandelette ilio-tibiale : exemple
Un excement détirement de la bandelette ilio-tibiale sur la jambe droite (la jambe en haut). Image : Opara 2023

4 – Adaptez votre niveau d’activité physique

Quelque soit le type de traitement vers lequel vous vous orientez, adapter votre niveau d’activité physique au regard de vos douleurs et ressentis semble indispensable.

Car c’est souvent une sur-utilisation de votre corps qui est un des éléments déclenchants du syndrome : vous avez augmenté trop vite un type d’activité physique par rapport à ce que votre corps était prêt à supporter.

L’arrêt total de l’activité déclenchante ou aggravante (course à pied, vélo, rando, etc.) n’est pas forcément nécessaire : réduire la fréquence, l’intensité ou la durée peut suffire.

➡️ En pratique : identifiez les activités physiques ou sportives déclenchant ou aggravant la douleur et dosez les différemment.

5 – Soyez luicide sur le temps de guérison

Il existe peu de données très fiables sur l’évolution de ces syndromes, qu’on mette en place ou non des traitements.

Voici tout de même quelques données.

Sur 8 semaines de suivi, 4 personnes sur 10 traitées en kinésithérapie ont été décrites comme guéries de leur syndrome de l’essuie glace [Beals 2013].

5 à 9 personnes sur 10 voient leurs symptômes diminuer en 4 à 8 semaines après l’apparition des symptômes [Hadeed 2023].

➡️ En pratique : soyez optimiste : certaines personnes n’ont plus de douleurs en quelques semaines après l’apparition de ce syndrome. Si les douleurs durent plusieurs mois, cela n’est cependant pas forcément le signe d’une complication ou d’un autre problème, car certaines personnes ont des douleurs qui fluctuent sur plusieurs mois ou années.

***

Voilà pour ce que je voulais vous dire à ce sujet ! Des questions, remarques ? Rendez-vous en commentaire !

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📚 SOURCES

Hadeed A, Tapscott DC. Iliotibial Band Friction Syndrome. [Updated 2023 May 23]. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2024 Jan-. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK542185/

Nguyen AP, Detrembleur C, Van Cant J. Conservative treatment for iliotibial band syndrome: Are we facing a research gap? A scoping review of 98 studies with clinical perspectives. Phys Ther Sport. 2023 Jul;62:25-31. doi: 10.1016/j.ptsp.2023.05.002. Epub 2023 May 30. PMID: 37300970.

Bolia IK, Gammons P, Scholten DJ, Weber AE, Waterman BR. Operative Versus Nonoperative Management of Distal Iliotibial Band Syndrome-Where Do We Stand? A Systematic Review. Arthrosc Sports Med Rehabil. 2020 Jun 10;2(4):e399-e415. doi: 10.1016/j.asmr.2020.04.001. PMID: 32875305; PMCID: PMC7451906.

Foch E, Brindle RA, Pohl MB. Lower extremity kinematics during running and hip abductor strength in iliotibial band syndrome: A systematic review and meta-analysis. Gait Posture. 2023 Mar;101:73-81. doi: 10.1016/j.gaitpost.2023.02.001. Epub 2023 Feb 4. PMID: 36758425.

Friede MC, Innerhofer G, Fink C, Alegre LM, Csapo R. Conservative treatment of iliotibial band syndrome in runners: Are we targeting the right goals? Phys Ther Sport. 2022 Mar;54:44-52. doi: 10.1016/j.ptsp.2021.12.006. Epub 2021 Dec 27. PMID: 35007886.

Opara M, Kozinc Ž. Stretching and Releasing of Iliotibial Band Complex in Patients with Iliotibial Band Syndrome: A Narrative Review. J Funct Morphol Kinesiol. 2023 Jun 4;8(2):74. doi: 10.3390/jfmk8020074. PMID: 37367238; PMCID: PMC10299000.

C. Beals, D. Flanigan. A review of treatments for iliotibial band syndrome in the athletic population. Journal of sports medicine (hindawi publishing Corporation) (2013)

p. 367169, 10.1155/2013/367169

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Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Publié par Nelly Darbois

J’aime écrire des articles qui répondent à vos questions. En me basant sur mon expérience de kiné (diplômée en 2012) & rédactrice scientifique (diplômée en 2017), et sur des recherches approfondies dans la littérature scientifique internationale. J’habite en Savoie 🌞❄️, où j’ai crée Fonto Media, un média en ligne de ressources sur la santé et la communication.

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