Double fracture tibia péroné : rééducation, durée, conseils kiné

On vient de vous poser le diagnostic de fracture du tibia péroné (double fracture), vous vous posez beaucoup de questions sur la durée de récupération, la rééducation? Vous vous demandez que faire quand on a ces os de la jambe cassés ?

Kinésithérapeute depuis plus de 11 ans, je vais vous partager mon expérience dans la rééducation de ces fractures.

Je m’appuie également sur les études médicales parues à l’international pour vous présenter les informations les plus à jour et fiables possibles. Toutes les références sont en fin d’article.

Si vous avez encore des questions après avoir lu cet article, si vous voulez partager votre expérience : tout cela est bienvenu en commentaire !

Bonne lecture 🙂 !

♻️ Dernière mise à jour : août 2023.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : liens Amazon affiliés. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Si vous souhaitez plus d’informations sur les suites de ce type de fracture, découvrez mon ebook.

guide rééducation
Je résume cet article en vidéo !

Quels sont les différents types de fracture du tibia péroné ?

Au niveau de la jambe, entre le pied et le genou, on a 2 os, à peu près de la même longueur et l’un à côté de l’autre :

  • le tibia, le plus gros ;
  • le péroné, qu’on appelle aussi fibula.

Quand on se casse ces 2 os en même temps, on dit qu’on a une « fracture du tibia péroné » ou une « double fracture du tibia péroné ».

Les différents types de fracture

Comme tous les os du corps humain, le tibia et le péroné peuvent se casser :

  • à différents endroits tout le long ou au niveau des extrémités ;
    • au niveau de la malléole externe ou interne ;
    • au dessus de la cheville ;
    • au niveau de l’articulation tibio-tarsienne ;
    • le long de l’os, sur la diaphyse ;
    • au niveau de l’extrémité supérieur, plus proche du genou, au niveau du plateau tibial.
  • et de différentes façons , notamment :
    • fracture non déplacée du péroné et du péroné : il y a peu d’écart entre les 2 fragments osseux cassés. Ce sont donc des fractures qui récupèrent en général mieux et plus vite que des fractures avec déplacement, ou l’écart entre les différents bouts d’os est plus important ;
    • fracture ouverte du tibia péroné. C’est une fracture dans laquelle la peau est perforée et les os sont visibles à travers la plaie, elle nécessite une opération rapide pour nettoyer la plaie et stabiliser les os fracturés ;
    • fracture de fatigue, fréquente chez les coureurs et coureuses.

C’est pour cela qu’en lisant votre compte-rendu de radio ou de consultation médicale ou chirurgicale, vous verrez peut-être des choses plus précises que « fracture du tibia péroné ».

Cet article traite des fractures du tibia péroné en général. Ces conseils généraux sont donc valables quelque soit votre type de fracture, même si bien sûr vos professionnels du terrain personnaliseront votre prise en charge.

On se casse rarement seulement la fibula. Dans 78 % des cas, quand on a une fracture de la fibula, on a aussi une fracture tibiale (=du tibia) (Javdan 2017).

double fracture tibia péroné avec déplacement à la radio
Une double fracture déplacée du tibia péroné, vue à la radio

À quel âge, dans quel contexte ?

Elles sont plus fréquentes chez :

  • l’adolescent et le jeune adulte,
  • la personne âgée.

Mais elles peuvent survenir à tout âge, y compris chez le bébé.

Elles surviennent souvent :

  • dans un accident de la route ;
  • lors d’une chute (d’autant plus en cas d’ostéoporose) ;
  • en faisant du sport, notamment du foot, du vélo.
scanner d'une fracture tibia péroné
Une fracture complexe du tibia péroné vu au scanner. Il est fort probable que votre lésion soit moins importante que celle-ci ! Là, c’est cassé juste sous le genou, en haut du tibia. Source : radiopaedia.org

Quels symptômes ?

Les symptômes habituels sont :

  • une douleur à la jambe, le long du tibia ou derrière, intense ;
  • un gonflement ;
  • des bleus ;
  • une instabilité à la marche, voire une grande difficulté à poser le pied par terre et à appuyer dessus ;
  • une déformation visible de la jambe.

Le diagnostic médical est posé après un examen et une radio, parfois un IRM s’il y a besoin de mieux visualiser la fracture.

Fracture ouverte du tibia péroné
Fracture ouverte du tibia péroné

Quel est le traitement habituel d’une fracture du tibia péroné ?

Que faire quand on a une fracture du tibia péroné ? Cela va dépendre de la localisation et du type de fracture, mais aussi de votre état général.

Et bien sûr, des habitudes des équipes médicales et chirurgicales sur lesquelles vous tombez.

Plâtre, botte de marche, immobilisation?

Si on ne vous opère pas, vous aurez ce qu’on appelle un traitement conservateur.

Celui-ci peut comprendre une phase d’immobilisation, ou de limitation en tout cas des mouvements ou de l’appui.

On pourra alors vous faire un plâtre ou vous recommander d’utiliser une botte de marche, sans plâtre. Gardés en général jusqu’à la radio de contrôle. Ou alors, vous aurez simplement pour consigne de reprendre progressivement votre vie en fonction des douleurs, sans plâtre ni botte de marche.

Ces informations sont normalement indiqués sur vos compte-rendu. J’en dis plus à ce sujet dans la partie de l’article consacré à quand reprendre la marche après une fracture du tibia péroné.

Plus la fracture est complexe et instable, plus la probabilité est forte qu’on vous recommande de ne pas mettre de poids sur la jambe (ou quasiment pas) pendant 6 à 12 semaines. Même sans plâtre, par exemple en cas de fixateur externe.

Il n’y a pas de données dans les études qui nous conduisent à penser qu’il vaut mieux faire un plâtre, mettre une botte ou ne rien faire de particulier (Banerjee 2019).

Botte de marche basse
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  • botte de marche attelle pour fracture de cheville
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Certain(e)s de mes patient(e)s ont aussi bricolé maison (par exemple avec un siège de bureau à roulettes) des aides à la marche de ce type (à condition d’être en bonne forme physique sans problème d’équilibre) :

Scooter de genou
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Je ne l’ai pas trouvé sur Amazon.fr, je vous mets donc le lien depuis amazon États-Unis
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  • iwalk fracture

Opération ?

Si vous avez une facture ouverte ou très déplacée ou instable, il est fort probable qu’on vous opère. Un dispositif (ou plusieurs) est alors mis en place :

  • fixateur externe,
  • plaque,
  • clou centro-médullaire,
  • vis.

Le compte-rendu opératoire indique précisément le geste qui a été réalisé, et les consignes post-opératoires à suivre notamment pour la rééducation. Il dit également sur quel os le matériel a été mis (tibia, fibula ou les 2).

Ce matériel pourra être laissé ou enlevé dans les mois ou l’année qui suit l’opération, surtout s’il gène.

Même si vous êtes opéré, vous pouvez être plâtré, ou avoir une botte de marche en plus.

radio d'une fracture tibia péroné chez un bébé, opéré, avec plaque et vis
Radio après une opération d’une fracture tibia péroné chez un bébé. On voit des vis et une plaque. Source : Li 2017

Protocole de rééducation, kinésithérapie, exercices ?

Il n’y a pas de protocole de rééducation type après une fracture du tibia péroné, ni de spécificités par rapport à ce type de facture.

Selon sa localisation et sa gravité, il s’agira :

  • de répondre à vos questions, vous rassurer,
  • d’entretenir ou récupérer la mobilité de cheville. En cas de fracture au niveau de la malléole,
  • d’entretenir récupérer la mobilité du genou. En cas de fracture au niveau de l’extrémité proximale du tibia, sous le genou. Par exemple, en cas de fracture du plateau tibial,
  • de soulager la douleur, surtout par des conseils et des astuces, en plus du traitement médicamenteux. L’effet des ultrasons, du TENS ou du massage est limité.

Le rôle des kinés est d’identifier avec vous ce que vous pouvez mettre en place au quotidien pendant cette période de rééducation pour préserver au maximum vos capacités physiques (et mentales !) : gestes du quotidien, position facilitante, quantité de marche ou de position assise ou allongée dans une journée, etc.

Imaginez : vous passez quelques dizaines de minute par jour (et souvent, seulement une ou deux fois par semaine) avec votre kiné. Et plus de vingt heures seul. Soit bien plus de 40 fois plus longtemps seul que sous la supervision de quelqu’un !

C’est pour cela qu’il ne faut pas compter essentiellement sur le temps passé en kiné (et même si vous êtes en centre de rééducation), mais sur tout ce que vous faites vous dans une journée !

D’où ce rôle d’éducation et de supervision des kinés 🙂.

Et vous n’allez pas passer vos journée à faire des exercices répétitifs. C’est pour cela que c’est plutôt votre niveau d’activité physique global dans la journée qui est important, plutôt que de faire 3×10 répétitions de tel ou tel exercice !

Je sais que c’est contre-intuitif car on très envie d’avoir le « protocole miracle » à suivre, avec tel ou tel exercice pour être certain d’aller mieux.

Rien nous laisse penser cependant qu’en suivant un tel protocole, cela fasse la différence. En revanche, trouver le bon dosage d’activité physique pour vous, adapté :

  • votre mode de vie,
  • aux consignes post-opératoires,
  • ce que vous être prêt à mettre en place.
récupération de la flexion du genou après fracture du tibia péroné
Auto-exercice basique et efficace pour entretenir la mobilité du genou après une facture du tibia péroné à droite, au domicile. Le fait d’être sur un fauteuil de bureau roulant permet de travailler la flexion du genou de différentes manières. Soit en laissant le pied droit fixé au sol et en faisant bouger le fauteuil, soit en bougeant le pied droit vers l’arrière. Les exercices les plus simples sont souvent les plus efficaces, car les plus faciles à mettre en place !

Voir aussi mon ebook !

guide convalescence rééducation kiné

Quelle est la durée de récupération d’une fracture du tibia péroné ?

Quand on a une fracture, on est pressé de savoir combien de temps vont durer chaque étape de la convalescence. Voici une vue d’ensemble.

Durée de l’hospitalisation

On est surtout hospitalisé en cas d’opération, généralement quelques jours.

Les personnes âgées sont parfois hospitalisées même en l’absence d’opération. Là encore, quelques jours, rarement plus.

Il est parfois possible ensuite d’aller en centre de rééducation si le type de fracture et le contexte de vie le nécessite. Sinon, on rentre chez soi, avec éventuellement des séances de kiné à faire à domicile ou en cabinet.

Durée de l’arrêt de travail

La durée va dépendre de votre activité professionnelle et de votre statut.

Plus votre travail nécessite de passer beaucoup de temps debout, plus la durée d’arrêt de travail sera potentiellement longue, allant jusqu’à plusieurs mois.

À l’inverse, si vous pouvez bosser en télétravail derrière un ordinateur depuis chez vous, il est possible de ne pas être arrêté, ou seulement quelques jours. À condition bien sûr d’arriver à adapter vos journées pour changer de position et ne pas rester assis 8 heures par jour.

Le montant de l’indemnisation est le même quelque soit la pathologie que vous avez. Elle dépend de votre statut (salarié, indépendant, etc.). Vous pourrez trouver ces informations sur le site de l’Assurance maladie et sur le site de la caisse de prévoyance de laquelle vous dépendez (par exemple, la CARPIMKO pour les kinés libéraux).

Temps de guérison total

Il est difficile bien sûr de vous dire combien de temps précisément vous allez mettre pour tout bien récupérer. Cela dépend de nombreux paramètres comme le type de fracture, votre état de santé actuel et avant, etc.

En général, il faut quelques mois pour retrouver complètement sa vie d’avant, à 100 %. Voici à titre indicatif quelques délais de récupération :

ÉtapeDélais habituel à partir du jour de la fracture
Vous avez bien moins de douleurs2-3 semaines
Vos os sont bien consolidés6-8 semaines
Votre œdème (gonflement) de la jambe/du pied disparaîtPlusieurs semaines voire mois
Vous reprenez la marche avec béquillesTout de suite
Vous reprenez la marche sans béquilles6 semaines-3 mois
Vous pouvez conduire une voiture6 semaines-12 semaines
Vous reprenez le travail2-4 mois
C’est la reprise du sport !3-10 mois
Vous avez totalement récupéré fonctionnellement et musculairement6 mois – 1 an
Les délais de récupération moyens que j’observe chez mes patient(e)s après une double fracture tibia péroné

Comment dormir avec une fracture du tibia péroné ?

Il est normal d’être plus gêné la nuit que le jour, d’avoir plus de douleurs, surtout en deuxième partie de nuit. Plusieurs choses peuvent expliquer cela :

  • on ne sécrète pas les mêmes hormones la nuit que le jour, cela impacte notre douleur et sensibilité ;
  • on est plus facilement angoissé la nuit ;
  • l’inflammation (processus naturel et sain pour favoriser la cicatrisation des tissus et la consolidation osseuse) est plus importante en 2ème partie de nuit.

Cela va s’estomper au fil du temps (quelques jours à quelques semaines maximum). Et vous devriez arriver au fil des nuits à trouver vos astuces pour mieux dormir, comme :

  • utiliser des coussins confortables (type à mémoire de forme ou d’allaitement), des traversins pour caller votre dos ou vos jambes plus confortablement. Pas forcément besoin d’acheter quelque chose de spécifique, vous avez sans doute des choses qui peuvent aller chez vous ;
  • surélever vos pieds pour dormir (avec des coussins ou en callant des choses sous le lit) ;
  • mettre de la glace ;
  • ne pas mettre votre couette, votre couverture ou votre drap sur votre jambe fracturée (les frottements peuvent augmenter ou réveiller la douleur). Pour cela, vous pouvez simplement remonter les draps, les caler avec des coussins ou utiliser des arceaux de lit.
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Dois-je m’inquiéter si mon pied est gonflé ?

Même si on est blessé au niveau de la jambe, le pied gonfle presque toujours après une double fracture du tibia péroné. Et le gonflement (appelé aussi œdème) peut durer plusieurs semaines.

Pourquoi ce gonflement ?

  • Parce que vous bougez moins, vous activez moins la circulation sanguine dans votre membre inférieur. Donc, le sang stagne plus, notamment en bas.
  • Parce qu’il y a une inflammation au niveau de la partie cassée, et tout autour. Ce phénomène est naturel, c’est ce qui va permettre à votre corps d’emmener aux tissus osseux et cutanés, via les liquides, toutes les substances nécessaires pour aider les structures abîmées à guérir naturellement au plus vite. Mais comme il y a plus de liquide, cela gonfle.

Un gonflement isolé, pas associé à d’autres signes (comme de la fièvre ou une rougeur très importante) n’est pas un signe d’alerte ou de complication.

Voilà donc les 5 choses que je recommande à mes patient(e)s génés à cause de ce gonflement.

  1. Marchez aussi souvent que vous le permet la douleur. Utilisez des cannes de béquilles ou un déambulateur. Trouvez la façon de marcher la plus adaptée pour vous. Dès que possible, allez marcher dehors, sur des distances progressivement de plus en plus longue.
  2. Limitez autant que possible le temps passé debout statique, ou assis le pied par terre. Ou les piétinements. Car dans ces moments là, la circulation sanguine est moins activée que lorsqu’on marche ou que lorsqu’on est en déclive.
  3. Mettez des chaussettes ou bas de contention si vous n’avez pas de contre-indications et que cela vous semble acceptable et pratique à mettre dans votre cas. Il s’achètent en pharmacie ou par internet. Ils sont pris en charge par l’assurance maladie et les mutuelles si vous avez une prescription de votre kiné ou d’un médecin.
  4. Mettez-vous plusieurs fois par jour le pied en déclive. Installez-vous confortablement sur un canapé ou un lit. Si vous n’avez pas de lit, canapé ou fauteuil électrique, utilisez des piles de coussins pour positionner votre pied plus haut que le cœur. Installez bien les coussins de telle manière à ce que le pied ne risque pas de glisser.
  5. Rappelez-vous que le gonflement va diminuer au fil des semaines. Quoi qu’on fasse !
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Y a-t-il des séquelles ou complications possibles ?

De nombreuses personnes s’inquiètent parce que leur fracture du péroné est non consolidée. En général, elles ont appris cela à leur radio de contrôle, quelques semaines après le diagnostic de fracture. C’est quelque chose qui arrive relativement souvent. Cela ne veut pas dire que la facture ne va jamais consolider : il lui faut sûrement simplement plus de temps.

La pseudarthrose : retard ou absence de consolidation

Lorsque la consolidation est vraiment retardée de plusieurs mois, on parle de pseudarthrose. Cela arrive chez 2 à 20 % des personnes (les chiffres sont sans doute plutôt surestimés). Mais cela ne veut pas dire pour autant que les personnes ne pourront plus rien faire.

Simplement, cela peut déclencher à court ou long terme (et parfois jamais) plus de douleur et d’arthrose.

L’infection

Elle est rare, et arrive surtout en cas de fracture ouverte ou opérée. Plus on s’éloigne du jour où on s’est cassé le tibia péroné, plus le risque est faible.

La diminution des capacités fonctionnelles

Certaines personnes ne récupéreront pas 100 % de leurs capacités physique d’avant. Mais il s’agit plutôt de l’exception que de la règle, et on peut continuer à récupérer encore plusieurs mois après une fracture (même si plus lentement) : « le temps fait son œuvre ! ».

Combien de temps pour remarcher après une fracture tibia péroné ?

Le jour même de la fracture, vous pouvez remarcher. Il suffit de trouver l’aide technique adaptée : cannes béquilles, déambulateur, etc.

Vous saurez si vous avez le droit à l’appui ou non. Et même si vous n’avez pas le droit à l’appui, l’appui contact est (quasi) toujours envisageable. Il s’agit de poser le pied au sol, mais en mettant juste le poids de la jambe, sans prendre appui véritablement dessus.

Au fil des semaines, vous remarcherez de plus en plus normalement. Lorsque les os sont consolidés, vous pourrez vraiment reprendre progressivement une marche normale, avec autant d’appui que ce que permet la douleur et la force.

Les personnes avec une double fracture tibia péroné mettent en général 2 à 6 mois pour remarcher normalement, comme avant.

J’ai écrit un article plus complet sur la reprise de la marche après une fracture de l’extrémité inférieure du tibia (fracture des malléoles de cheville).

Vous pouvez aussi consulter mon guide pour marcher avec des cannes anglaises sans poser le pied par terre.

Combien de temps avant la reprise du sport ?

Il est possible de faire certains sports même sans avoir l’appui autorisé.

Une étude (Taberner 2019) s’est intéressé à la reprise sportive d’un joueur de football anglais de Ligue 1 après une double fracture tibia-péroné :

  • 7mois et demi : reprise de l’entraînement à temps plein
  • 9 mois : a participé 100 % du temps à un match ;
  • 11 mois : plus aucune séquelle.

Pour les fans de chiffres, toute la charge de rééducation et de ré-athlétisation a été minutieusement quantifiée.

reprise du sport après fracture du tibia péroné : quantité d'exercice
Honnêtement, j’ai de fort doutes sur l’intérêt de quantifier autant la récupération, à part dans un objectif de recherche (et encore…)

Il n’existe pas de données sur les sportifs et sportives en général. Selon mon expérience, compter :

  • 2 à 4 mois pour recommencer tranquillement le sport en cas de fracture non déplacée, pas très importante. Et plutôt 4-6mois pour les fractures plus importantes ;
  • entre 6 mois et 1 an pour reprendre à l’intensité et à la fréquence d’avant.

***

Voilà pour ce que je voulais vous dire au sujet de la rééducation d’une double fracture tibia péroné. Si vous avez des questions ou un retour d’expérience, l’espace commentaire est là !

Si vous ressentez le besoin d’en savoir plus sur la période de récupération après une fracture du tibia péroné, j’ai conçu ce guide au format ebook :

Il n’y a pas énormément de données empiriques sur les fractures du tibia associées à une fracture de la fibula. Et même sur les fractures isolées de ces os : seulement quelques dizaines d’études pour la fibula. Beaucoup plus en revanche pour le tibia qui est plus souvent cassé.

Voici les publications sur lesquelles il m’a semblé le plus pertinent de m’appuyer pour rédiger cet article, en les confrontant à ma propre expérience professionnelle.

Généralités sur les fractures du tibia et leur évolution. Thompson JH, Koutsogiannis P, Jahangir A. Tibia Fractures Overview. [Updated 2022 Aug 1]. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2022 Jan-.

Épidémiologie. Clelland SJ, Chauhan P, Mandari FN. The epidemiology and management of tibia and fibula fractures at Kilimanjaro Christian Medical Centre (KCMC) in Northern Tanzania. Pan Afr Med J. 2016 Sep 29;25:51. doi: 10.11604/pamj.2016.25.51.10612. PMID: 28250875; PMCID: PMC5321146.

Bottes de marche orthopédique ou plâtre. Banerjee S, Ryce A. Orthotic Walking Boots for Patients with Fractures or Ligament Injuries: A Review of Clinical Effectiveness and Cost-Effectiveness [Internet]. Ottawa (ON): Canadian Agency for Drugs and Technologies in Health; 2019 Sep 9. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK549526/

Traitement chirurgical. Javdan M, Tahririan MA, Nouri M. The Role of Fibular Fixation in the Treatment of Combined Distal Tibia and Fibula Fracture: A Randomized, Control Trial. Adv Biomed Res. 2017 Apr 25;6:48. doi: 10.4103/2277-9175.205190. PMID: 28620592; PMCID: PMC5433694.

Chez le bébé. Li J, Pan Z, Yan S, Zhao X. Single-cortex is better than double-cortex in fibula grafts for large tibia bone defect in a 2-year-old child: A case report of a successful surgery and discussion of bone graft choices. Medicine (Baltimore). 2017 Feb;96(5):e5965. doi: 10.1097/MD.0000000000005965. Erratum in: Medicine (Baltimore). 2017 Aug 11;96(32):e7809. PMID: 28151885; PMCID: PMC5293448.

Complication : infection. Zhao J, Yang J, He X, Qin D, Fang L. Etiological spectrum and treatment outcome of wound infection in patients with open tibia and fibula fractures. Am J Transl Res. 2022 Oct 15;14(10):7208-7216. PMID: 36398265; PMCID: PMC9641439.

Reprise du sport. Taberner M, van Dyk N, Allen T, Richter C, Howarth C, Scott S, Cohen DD. Physical preparation and return to sport of the football player with a tibia-fibula fracture: applying the ‘control-chaos continuum’. BMJ Open Sport Exerc Med. 2019 Oct 30;5(1):e000639. doi: 10.1136/bmjsem-2019-000639. PMID: 31749984; PMCID: PMC6830476.

Cet article existe aussi en anglais : Recovery and walking after broken tibia and fibula

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Pistolet massage : avis kiné sur le Theragun et tous ses copains

Ces derniers mois, plusieurs de mes patient(e)s m’ont demandé mon avis de kiné sur les pistolets de massage. Notamment celui de la marque Theragun.

J’avais bien sûr déjà un avis sur le sujet. Mais je me suis également documentée en profondeur pour leur délivrer des informations les plus précises et objectives possibles à leur sujet.

Vous trouverez les liens des publications scientifiques sur lesquelles je m’appuie en fin d’article (oui, il y en a !).

Aujourd’hui, je vous partage donc le fruit de mes recherches et de mes échanges avec mes patient(e)s sur :

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Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Qu’est-ce c’est qu’un pistolet de massage ?

Cela fait plus de 10 ans que je suis kiné, et presque chaque année, je vois arriver sur le marché un nouveau produit commercialisé pour soulager les douleurs qui fait beaucoup parlé de lui.

C’est le cas du pistolet de massage depuis quelques années.

fréquence des recherches sur google sur les pistolets de massage
Fréquence des recherches sur Google sur les pistolets de massage : en pleine expansion depuis la fin des années 2010

Il existait déjà auparavant quelques dispositifs de massage pour les particuliers, notamment les coussins vibrants ou les masseurs de tête. D’ailleurs pour ce dernier, rien que de me rappeler la sensation me fait du bien !

Dans cet article, je me focalise donc sur les pistolets de massage. Si vous êtes pressé, voici un aperçu très synthétique de mon avis à leur sujet :

Les pistolets de massage peuvent procurer un léger bien-être à court terme, avec un faible risque d’effet secondaire. Ceux qui les vendent surestiment cependant très souvent les bénéfices qu’on peut en tirer.

Mon avis de kiné sur les pistolets de massage, résumé en deux phrases.

Mais voyons cela plus en détail !

Comment fonctionne un pistolet de massage ?

C’est un petit appareil qu’on peut acheter sans ordonnance et qui a la forme d’un pistolet. Il fonctionne de manière mécanique, grâce à une batterie rechargeable.

Il peut être appliqué par soi-même (auto-massage) ou par une autre personne (notamment les kinés), sur différentes parties du corps.

On fixe dessus différentes têtes selon la partie du corps où on l’applique, vendues avec.

La plupart de ces appareils délivrent des percussions (faible amplitude, haute fréquence). Ce sont comme des petits « coups », tapotements, vibrations, non douloureux, comme un petit marteau-piqueur.

La « thérapie » par vibration (parfois appelée vibrothérapie) est utilisée en médecine et sport depuis des décennies. Et aujourd’hui, il y a un regain d’intérêt pour elle, notamment à cause de ces pistolets massant.

Le nombre d’impulsions par minute peut être réglé sur la plupart des appareils.

Quels bienfaits décrits par les fabricants ?

Voici quelques-unes des promesses faites par celles et ceux qui fabriquent et vendent des pistolets masseurs :

  • Accélère la récupération musculaire
  • Relâche les tensions et le stress
  • Soulage les douleurs
  • Traite les muscles en profondeur
  • Améliore la circulation sanguine dans la zone affectée
  • Améliore la performance physique globale
site décathlon qui vante les mérites des pistolets de massage
Selon Décatlon, les pitolets de massage sont « redoutablement efficaces » ! J’aimerais un peu plus de précision à ce sujet, savoir ce qu’ilsmettent derrière cette expression.

Nous allons justement voir les preuves dont nous disposons sur les effets des pistolets de massage.

Quelle efficacité des pistolets de massage, sur quels symptômes ?

Un des slogans de la marque de pistolet de massage theragun ?

efficacité du theragun selon la marque
Selon Theragun, ces dispositifs sont « validés par la science ». Là encore, sans plus de précisions, on ne peut pas faire grand chose de cette promesse.

Justement, je vais maintenant me pencher sur ce que dit « la science » sur le sujet. Plus précisément, sur ce que disent les équipes de recherche qui ont pris le temps :

  • de réfléchir aux mécanismes d’action théorique des pistolets ;
  • de tester leur efficacité et éventuels effets indésirables ;
  • de publier leurs résultats dans des revues scientifiques exigeantes.

Pour cela, j’ai effectué des recherches via le moteur de recherche Pubmed, une sorte de Google des études en santé.

études sur les pistolets de massage
Études publiées dans le monde sur les pistolets de massage ou le massage par percussion en général

Les effets des pistolets de massage

Voici un aperçu synthétique des publications qui parlent des effets théoriques ou vérifiés des pistolets de massage à percussion.

Comme il y avait très peu de publications spécifiquement sur ça, j’ai élargit aux publications sur la thérapie par percussion en général, même quand elle est délivrée par un autre dispositif que le pistolet.

J’ai exclu les publications qui s’intéressaient aux effets de la percussion sur des problèmes respiratoires comme la BPCO (bronchite chronique), car je n’ai jamais rencontré personne qui souhaitait utiliser un pistolet de massage pour cette indication.

SujetRésultatsRéférence
Effet du pistolet de massage sur les propriétés d’un tissu du corps (le fascia thoracolombaire)66 hommes en bonne santé étaient répartis en 2 groupes, un recevant un massage via pistolet à 30 Hz pendant 15minutes sur le dos, l’autre allongé sur le ventre sans rien de particulier. L’équipe suggère que le pistoler pourrait avoir un impact sur un paramètre physiologique du fascia et sur la raideur perçue juste après la séance.Yang 2023
Effet du pistolet de massage (Malatec) sur la rigidité du tendon d’achille et la performance sportive (saut en chute libre)11 adultes à qui on pratiquait 1 minute de massage sur le tendon d’achille ou rien. L’équipe conclut que le pistolet pourrait réduire la rigidité des tissus mais aussi légèrement entraver la performance athlétique explosive ultérieure.Szymczyk 2022
Effet des pistolets de massage sur la souplesse de la cheville et la force musculaire des muscles du molletUtilisation du pistolet sur les muscles du mollet pendant 5 minutes (versus rien) sur 16 volontaires.Comme dans le cas d’un massage conventionnel effectué par un thérapeute, la mobilité peut être augmentée (de 5°, à court terme) par un pistolet de massage manuel à percussion sans avoir d’effet sur la force musculaire.Konrad 2020
Effet du Theragun sur la récupération musculaire et la performance pendant des développés couchésAucune différence n’a été observée pour les différentes variables de vitesse de mouvement et le contrôle de la fatigue, mais ceux ayant eu du pistolet ont effectué un plus grand nombre de répétitions.Garcia 2021
Comment les professionnels du sport utilisent les pistolets de massage et ce qu’ils en pensentHyperice Hypervolt® et Theragun® sont les marques les plus achetées. La plupart des répondants (54-69%) pensent que la percussion mécanique augmente le flux sanguin local, module la douleur, améliore la mobilité myofasciale et réduit les restrictions myofasciales. 66 % ont utilisé les résultats rapportés par les patients pour documenter l’efficacité du traitement.Cheatham 2021
Effet du pistolet sur la récupération des sauveteurs après un sauvetage aquatiqueLe pistoletn’améliore pas la récupération après un sauvetage aquatique, en comparaison avec le fait de rester passif.Alonso 2022
Étude en laboratoire sur les effets des vibrations sur des propriétés des muscles
Bongiovanni 1990
Effet d’un dispositif provoquant des percussions sur des propriétés des muscles vues par électromyogramme3 groupes différents font des extensions du genou 1/ sans vibration 2/ avec courte vibration 3/ avec vibration de 20 minutes. Les deux conditions de vibration ont eu un effet important et significatif sur les taux d’excitation (une diminution des taux) et un effet faible à modéré et non significatif sur les seuils de recrutement (une faible augmentation des seuils). Par conséquent, les vibrations ont eu une influence négative à la fois sur la force volontaire maximale et sur les propriétés de déclenchement des unités motrices.Barrera 2019
Effet de la vibrothérapie sur la douleur musculaire à retardement et les marqueurs inflammatoires après une course en descenteLe groupe avec vibrothérapie a effectué des séances quotidiennes pendants 5 jours, sur les jambes, l’autre groupe ne faisait rien de particulier (pas de placebo). Certains indicateurs de douleur et d’inflammation étaient meilleurs pour le groupe avec vibrothérapie. Mais certains indicateurs examinés n’ont montré aucune différence.Broadbent 2010
Effet du massage vibratoire percutant sur la récupération musculaire12 hommes en bonne santé ont fait des exercices de renforcement musculaire du quadriceps et du vélo, allant jusqu’à un certain degré de fatigue musculaire. Un groupe recevait un massage vibratoire percutant pendant 4 minutes durant les temps de repos. L’équipe de recherche a conclu que  la récupération à court terme d’une activité musculaire intense n’est pas améliorée par le massage vibratoire percussif.Cafarelli 1990
Les études publiés dans la littérature scientifique internationale au sujet des pistolets de massage ou de la vibrothérapie en général
effet du pistolet de massage sur la récupération musculaire à l'effort
Test de l’effet du pistolet chez des sauveteurs aquatiques !

Je n’ai pas inclu 7 autres publications car :

  • elles ne portaient pas sur les pistolets de massage, mais sur d’autres dispositifs similaires ;
  • elles étaient de moins bonne qualité que celles rapportées ici, ou redondantes, avec des résultats inexploitables.

Pour celles et ceux qui souhaiteraient quand même y avoir accès, elles sont disponibles en bibliographie de la publication de Lupowitz 2022, voir fin d’article. Si vous voulez vraiment une analyse plus poussée d’une publication, faites-le moi savoir en commentaire !

Qu’en conclure ? Voici mon interprétation de ces données.

  • Les effets empiriques des pistolets de massage et même de la thérapie par percussion sont très peu étudiés.
  • Même si les biais liés au système de publication scientifique font que ce sont souvent des études qui montrent des résultats positifs qui sont publiés, on a quand même ici sur ce sujet des études qui ne montrent pas d’effet.
  • Il est raisonnable de s’attendre à un petit effet des pistolets sur la douleur à court terme, mais pas plus. Les effets à long terme (au-delà de quelques minutes après la séance) ne sont jamais étayés !
  • Les effets sur la « performance » ou la « fatigue » sont inconstants et semblent inexploitables en dehors d’un contexte de recherche.
effet du pistolet de massage sur le dos
Étude de l’effet du pistolet sur un fascia du dos. Source image : Yang 2023

Il s’agit de ma propre interprétation des données. Il y a des manières plus optimistes de les interpréter, comme l’a fait un kiné new-yorkais, qui conclut en ces termes, en se basant sur les mêmes études que j’ai listé ici :

Dans l’ensemble, la vibrothérapie est une forme de traitement sûre, peu coûteuse et accessible qui présente de nombreux avantages.

Lupowitz 2022

Voyons maintenant ce qu’on sait des effets du massage en général, pas forcément associé aux vibrations.

Les effets du massage en général

Il existe des centaines de publications scientifiques consacrées aux effets positifs et négatifs du massage. Il serait un peu ambitieux de les résumer ici, en quelques lignes, même si j’en ai lu beaucoup !

Je peux cependant vous donner mon avis général sur le massage, sur la base de mes lectures scientifiques de ces dernières années, et de mon expérience professionnelle.

Le massage est de loin le plus étudié pour la cause la plus fréquente de douleurs chroniques chez l’être humain : la lombalgie, alias les douleurs au dos. C’est donc selon moi une bonne base de départ pour réfléchir aux effets du massage en général.

Voici ce que nous dit la synthèse d’études la plus récente et rigoureuse sur le sujet :

Nous avons très peu confiance que le massage soit un traitement efficace pour la lombalgie. Le massage améliore l’issue de la douleur des lombalgies aiguës, subaiguës et chroniques uniquement dans le suivi à court terme. L’amélioration fonctionnelle était observée chez les participants souffrant de lombalgies subaiguës et chroniques lorsque comparés avec un contrôle inactif, mais seulement pour le suivi à court terme. Il n’y avait que des effets indésirables mineurs avec le massage.

Cochrane 2015

Cette synthèse nous apprend que le massage :

  • diminue les douleurs des gens qui ont mal au dos à court terme (6 mois), mais les douleurs ré-augmentent après plusieurs jours ou semaines sans séances ;
  • n’améliore aucun autre paramètre chez les gens qui ont mal au dos à moyen ou long terme. Ils ne sont pas plus actifs ou ne marchent pas plus grâce au massage ;
  • ne procure jamais d’événements indésirables graves. Le principal événement indésirable qu’il procure est une majoration des douleurs. Cela survient chez 1,5 à 25% des patients.

Grosso modo, les résultats des synthèses d’études sur le massage, quelque soit l’indication, disent toutes à peu près la même chose : être massé soulage un peu (de l’ordre de 1 à 2 points/10), mais cela ne dure pas dans le temps.

Vous trouverez sur mon site 2 autres articles qui en disent plus sur le massage :

Quel intérêt de s’appuyer sur ces publications scientifiques ?

À ce stade, vous vous dites peut-être : mais quel intérêt de s’appuyer sur ce que disent les études scientifiques si sur moi ça marche ?

Voilà ma vision des choses.

Pour moi, il est important de s’intéresser aussi (surtout ?!) aux avis des personnes qui ont évalué l’effet des pistolets de massage pas seulement sur elles-même, ou sur quelques patient(e)s. Mais sur un corpus le plus large possible de personnes.

Et surtout, qui ont mis en place des choses pour contrôler l’effet du pistolet par rapport à d’autres choses qui pourraient aussi entraîner les mêmes effets positifs ou négatifs : une récupération activité, l’application de chaud ou de froid, des étirements, etc.

Et ça, on l’a grâce aux études, publiées dans des revues scientifiques ou la qualité de chaque article est contrôlé. Ce n’est pas parfait (il y a plein de failles dans le système de publication) mais c’est selon moi ce que l’on a tout de même de plus performant.

En regardant l’effet seulement sur nous-même, il est selon moi plus difficile de comparer l’effet de cette technique par rapport à d’autres.

Et au-delà des études qui regardent l’effet propre, on peut même réfléchir en amont : est-ce que c’est raisonnable d’attendre des effets significatifs sur la performance, la récupération ou la douleur en utilisant quelques minutes un dispositif de ce type ? Par rapport à tout ce qu’on sait aujourd’hui du fonctionnement du corps humain, et des mécanismes complexes et multifactoriels que sont la douleur, la fatigue ?

Même si la plupart des études concluent quelque chose comme « de études de meilleure qualité sont nécessaire pour… », personnellement, je pense qu’il n’y a pas grand intérêt à en faire plus.

Quels effets secondaires ou risques ?

J’ai déjà écrit un article complet et détaillé sur les effets secondaires connus des pistolets de massage.

Ils sont de 4 types : 1 est fréquent mais peu grave, 3 sont très rares mais plus graves.

Le plus fréquent et moins grave ?

  • Une augmentation des douleurs et de la gêne. Cela est valable pour le massage en général. Certaines personnes ne sont pas réceptives et cela empirera leurs symptômes au lieu de les améliorer. Cela concerne 1 personne sur 100 à 1 personne sur 4 selon les études.

Les beaucoup plus rares mais plus graves ?

  • Un saignement au niveau de l’aorte du cou pouvant entraîner un accident vasculaire cérébral (AVC) voire le décès.
  • Une rhabdomyolise (dégradation des tissus musculaires pouvant provoquer des défaillances de tous les organes).
  • Des problèmes visuels et ophtalmologiques.

Dans ces 3 cas plus graves, l’effet indésirable est lié à une utilisation particulière du pistolet :

  1. sur le cou ;
  2. après un entraînement musculaire intense, sur les zones qui ont été sollicitées, chez une personne qui avait un manque de fer (anémie) ;
  3. autour de l’œil.

Il semble donc possible de limiter leur risque de survenue en n’utilisant pas le pistolet dans ces conditions !

pistolet de massage bénéfices

Mon avis de kiné sur les pistolets de massage en général

La première chose que vous devez vous demander selon moi avant d’utiliser un pistolet de massage est la suivante : quelles sont vos attentes, vos objectifs ? Quels bienfaits recherchez-vous ?

Voici justement les principales attentes qu’ont les personnes à qui j’ai déjà posé cette question, et mon avis sur l’intérêt du pistolet masseur pour eux et elles.

ObjectifMon avis de kiné
Soulager un peu les douleurs au moins quelques minutes, avoir une sensation de décontraction musculaire. Au dos ou ailleursLe pistolet de massage saura combler vos attentes, sauf si vous faites partie des 1 personnes sur 100 à 1 sur 4 non réceptives au massage.
Soulager durablement les douleurs (pour plusieurs semaines) sans avoir besoin de ré-utiliser le pistoletLe pistolet risque de vous décevoir. La douleur est un phénomène complexe et il est difficile de trouver un tel « traitement miracle ».
Éviter les courbatures, ou les faire partir plus viteIl n’existe pas de moyen infaillible pour prévenir les courbatures. Votre meilleur allié reste l’augmentation progressive de la charge, fréquence et intensité d’entraînement, pas le pistolet selon moi. Masser des courbatures en revanche peut provoquer un bien-être et un soulagement ponctuel… mais c’est très dépendant selon les personnes !
Accélérer la guérison d’une tendinopathie / tendinite ou d’une autre blessureJe veux bien que le pistolet ait des effets physiologiques sur les tissus, c’est une explication raisonnable vu son mécanisme de fonctionnement. Mais je pense pas que ces effets suffisent pour accéler carrément la guérison de plusieurs jours ou semaines. D’autant plus qu’il faudrait être clair ce qu’on entend par guérison : plus de trace de souffrance des tissus aux examens ? Plus de douleurs ? Possibilité de reprendre à 100 % toutes ses activités physiques et sportives comme avant ?
Améliorer la récupération, la performance physique globaleJe trouve ces objectifs un peu trop flous et difficiles à évaluer objectivement. Je n’utiliserais pas le pistolet de massage à cet effet.
Faire partir la cellulite, avoir une action anti-celluliteL’efficacité du pistolet est selon moi similaire à la plupart des autres techniques manuelles ou dispositifs utilisés « contre la cellulite ». Honnêtement, étant professionnelle de santé, je me suis peu documentée sur ces aspects esthétiques (même si je comprends que beaucoup y attachent de l’importance), je ne développerai donc pas plus le sujet pour l’instant.
Mon avis sur les principales causes pour lesquelles les personnes se tournent versles pistolets de massage

Il faut aussi réfléchir comparativement aux alternatives dont vous disposez : d’autres choses procurent les mêmes effets.

Par exemple :

  • vous faire masser par un(e) kiné ou dans un institut de beauté,
  • vous faire masser par l’un(e) de vos proches,
  • utiliser un autre dispositif de massage (coussin massant, TENS à domicile, etc.).

On peut s’attendre à des effets similaires avec ces solutions là.

Si vous préférez pouvoir être autonome, indépendant(e) d’une tierce personne pour vous masser, le pistolet, les coussins ou les TENS seront des bonnes options.

À l’inverse, si vous préférez ne pas avoir besoin d’un quelconque dispositif « technologique », vous tourner vers un(e) professionnel(le) ou un proche sera plus adapté !

Mon avis de kiné sur le Theragun

Sur le site de Theragun, vous trouverez tout un argumentaire de vente autour de son efficacité potentiellement supérieure aux autres pistolets présents sur le marché.

Notamment parce qu’il délivrerait des percussions au lieu de vibrations. Mais comme je vous l’ai monté précédemment, les études évaluant l’effet des pistolets à percussion ne montrent pas un effet significativement supérieur.

Exemple de promotion du Theragun :

avis sur le pistolet de massage theragun pro
Comment Theragun met en avant son intérêt

Qu’en penser ?

Comme je l’ai expliqué tout au long de cet article, l’effet à attendre d’un pistolet de massage est selon moi minime. Par conséquent, la différence d’effet possible entre les pistolets est donc très faible !

Bien évidemment, en choisissant une marque comme Theragun, il est raisonnable de penser que :

  • vous aurez plus de chance de tomber sur un produit fiable, qui fonctionne dans la durée,
  • que si vous achetez un pistolet de massage à 20 euros chez Action.

Comparatif : est-ce qu’il est probable que certains pistolets soient plus efficaces ?

Je vais justement vous donner maintenant mon avis plus général sur les appareils potentiellement les plus fiables.

Bien sûr, je ne les ai pas tous eu entre les mains. Mon avis s’appuie sur mes connaissances générales sur le sujet, et la lecture des descriptifs techniques et des avis positifs (mais surtout négatifs) sur différents sites.

Le but est que vous ayez des pistes pour répondre à cette question : quel est le pistolet de massage de meilleur rapport qualité-prix ?

Sachant que vous avez peut-être vous-même des critères qui vous sont propres et qui vous feront privilégier une marque plutôt qu’une autre.

Ci-dessous, vous trouverez un tableau comparatif. Je liste dedans les appareils pour lesquels les internautes recherchent le plus d’information sur les moteurs de recherche. Pourquoi ce choix ? Tout simplement parce que cela signifie probablement que ces appareils sont ceux qui bénéficient du meilleur bouche-à-oreille, et que le bouche à oreille reste un « bon » indicateur en l’absence d’autres.

Sachez en tout cas qu’a priori, aucun pistolet est moins dangereux qu’un autre. Le danger est plutôt lié au type d’utilisation et à votre état de santé, mais au type de pistolet utilisé. En tout cas, selon nos connaissances actuelles.

Marque/ModèlePrixAvis
Aldom99,99 €⭐⭐⭐⭐⭐
3981 avis – 4,4/5
Mebak119,99 €15 890 avis – 4,6/5
🥇 Renpho Massage Gun109,99 €⭐⭐⭐⭐⭐
21 718 avis – 4,5/5
Ansgec59,99 €⭐⭐⭐⭐⭐
2291 avis – 4,5/5
Hypervolt Theragun449 €⭐⭐⭐⭐⭐
354 avis – 4,5/5
Ekupuz41,99 €⭐⭐⭐⭐⭐
522 avis – 4,5/5
Phoenix98,90 €⭐⭐⭐⭐⭐
27 avis – 4,5/5
Compex239 €⭐⭐⭐⭐⭐
123 avis – 4,4/5
Livoo49,46 €⚠️ aucun avis
Comparatif des pistolets de massage

Enfin, quelques commentaires sur celui qui m’apparaît de meilleur rapport qualité prix, ainsi que le Theragun pour qui j’ai souvent des personnes qui me demandent mon avis de kiné :

Renpho Massage gun
🥇 Meillleur rapport qualité-prix
⭐⭐⭐⭐⭐
21 718 avis – 4,5/5
5 embouts
5 vitesses
Batterie 70 min
Poids 0,6 kg
Amplitude en profondeur : 10 mm
81,26
  • renpho massage gun avis effets secondaires contre indications
Theragun Élite4
Une des marques utilisés par les pros
⭐⭐⭐⭐⭐
258 avis – 4,5/5
5 embouts
5 vitesses
Batterie 120 min
Poids 1kg
Amplitude en profondeur : 16 mm
399

***

J’espère que cet article vous aidera à y voir plus clair sur l’intérêt (ou non) du pistolet de massage dans votre cas.

Mon but était vraiment de vous présenter les informations les plus factuelles possibles, loin des promesses souvent imprécises des personnes qui les développent et commercialisent.

Vous avez des questions, un retour d’expérience, un avis contradictoire ? Vous pouvez laisser cela en commentaire 🙂.

Je vous laisse aussi découvrir mes ebooks conçus sur la base des questionnements les plus fréquent(e)s des patient(e)s qui consultent mon site internet :

Ces articles pourraient également vous intéresser :

  1. Pistolets de massage = danger ? Effets secondaires, contre-indications, précautions
  2. Mon avis sur le Revitive medic
  3. Que penser du TENS contre les douleurs ?

📚 SOURCES

Effets secondaires du massage

Furlan AD, Giraldo M, Baskwill A, Irvin E, Imamura M. Massage for low-back pain. Cochrane Database Syst Rev. 2015 Sep 1;(9):CD001929.

Effets secondaires du pistolet de massage

Sulkowski K, Grant G, Brodie T. Case Report: Vertebral Artery Dissection After Use of Handheld Massage Gun. Clin Pract Cases Emerg Med. 2022 May;6(2):159-161. doi: 10.5811/cpcem.2022.2.56046. PMID: 35701359; PMCID: PMC9197740.

Chen J, Zhang F, Chen H, Pan H. Rhabdomyolysis After the Use of Percussion Massage Gun: A Case Report. Phys Ther. 2021 Jan 4;101(1):pzaa199. doi: 10.1093/ptj/pzaa199. PMID: 33156927; PMCID: PMC7846179.

Mu J, Fan W. Lens subluxation after use of a percussion massage gun: A case report. Medicine (Baltimore). 2022 Dec 9;101(49):e31825. doi: 10.1097/MD.0000000000031825. PMID: 36626450; PMCID: PMC9750662.

Seider MI, Hwang CS. Massage Gun Ophthalmopathy. Ophthalmology. 2023 Jan 20:S0161-6420(22)00861-2. doi: 10.1016/j.ophtha.2022.10.029. Epub ahead of print. PMID: 36682979.

Effets du massage à percussion

Cafarelli E, Sim J, Carolan B, Liebesman J. Vibratory massage and short-term recovery from muscular fatigue. Int J Sports Med. 1990 Dec;11(6):474-8. doi: 10.1055/s-2007-1024840. PMID: 2286487.

Effets des pistolets de massage à percussion

Yang C, Huang X, Li Y, Sucharit W, Sirasaporn P, Eungpinichpong W. Acute Effects of Percussive Massage Therapy on Thoracolumbar Fascia Thickness and Ultrasound Echo Intensity in Healthy Male Individuals: A Randomized Controlled Trial. Int J Environ Res Public Health. 2023 Jan 7;20(2):1073. doi: 10.3390/ijerph20021073. PMID: 36673829; PMCID: PMC9859515.

Szymczyk P, Węgrzynowicz K, Trybulski R, Spieszny M, Ewertowska P, Wilk M, Krzysztofik M. Acute Effects of Percussive Massage Treatment on Drop Jump Performance and Achilles Tendon Stiffness. Int J Environ Res Public Health. 2022 Nov 17;19(22):15187. doi: 10.3390/ijerph192215187. PMID: 36429903; PMCID: PMC9690094.

Lupowitz L. Vibration Therapy – A Clinical Commentary. Int J Sports Phys Ther. 2022 Aug 1;17(6):984-987. doi: 10.26603/001c.36964. PMID: 36237646; PMCID: PMC9528696. + La plupart des publications citées en biblio

Konrad A, Glashüttner C, Reiner MM, Bernsteiner D, Tilp M. The Acute Effects of a Percussive Massage Treatment with a Hypervolt Device on Plantar Flexor Muscles’ Range of Motion and Performance. J Sports Sci Med. 2020 Nov 19;19(4):690-694. PMID: 33239942; PMCID: PMC7675623.

García-Sillero M, Jurado-Castro JM, Benítez-Porres J, Vargas-Molina S. Acute Effects of a Percussive Massage Treatment on Movement Velocity during Resistance Training. Int J Environ Res Public Health. 2021 Jul 21;18(15):7726. doi: 10.3390/ijerph18157726. PMID: 34360032; PMCID: PMC8345385.

Cheatham SW, Baker RT, Behm DG, Stull K, Kolber MJ. Mechanical Percussion Devices: A Survey of Practice Patterns Among Healthcare Professionals. Int J Sports Phys Ther. 2021 Jun 2;16(3):766-777. doi: 10.26603/001c.23530. PMID: 35382115; PMCID: PMC8964305.

Alonso-Calvete A, Lorenzo-Martínez M, Pérez-Ferreirós A, Couso-Bruno A, Carracedo-Rodríguez E, Barcala-Furelos M, Barcala-Furelos R, Padrón-Cabo A. Why Percussive Massage Therapy Does Not Improve Recovery after a Water Rescue? A Preliminary Study with Lifeguards. Healthcare (Basel). 2022 Apr 7;10(4):693. doi: 10.3390/healthcare10040693. PMID: 35455870; PMCID: PMC9031405.

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Tassement vertébral : exercice, traitement kiné, évolution, douleurs ? Tout savoir

Vous venez d’avoir un tassement de vertèbre, vous cherchez des informations les plus précises possibles sur l’évolution, la conduite à tenir, la douleur, les exercices en cas d’une fracture vertébrale lombaire ou dorsale avec tassement ?

Kinésithérapeute, je réponds dans cet article aux questions les plus fréquentes de mes patient(e)s et des internautes au sujet de l’évolution des tassements vertébraux. Vous trouverez en fin d’article les références des publications et recommandations scientifiques sur lesquelles je m’appuie.

Encore des questions après avoir lu cet article ? Vous pouvez les laisser en commentaire, j’y répondrai avec plaisir 🙂.

♻️ Dernière mise à jour : septembre 2023.
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Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Si vous souhaitez plus d’informations sur les suites de ce type de fracture, découvrez mon ebook.

couverture de l'ebook sur la rééducation, les exercices après une fracture ou opération du cou ou du dos
Un résumé au format vidéo

Quels sont les différents types de fracture de vertèbre ?

On a 3 types de vertèbres tout le long de la colonne vertébrale :

  • les vertèbres cervicales, les plus proches du cou ;
  • les vertèbres dorsales ou thoracique (c’est la même chose), en dessous ;
  • les vertèbres lombaires, encore en dessous.

On peut se casser une ou plusieurs de ces vertèbres en même temps, lors d’une chute, d’un accident… et parfois, sans rien faire de particulier (chez les personnes âgées ou avec beaucoup d’ostéoporose) !

Dans cet article, je vais vous parler des fractures dorsales/thoraciques et lombaires, car leur traitement et évolution et globalement le même.

Que veut dire fracture L5 ou T 12 ?

Selon la vertèbre qu’on se casse, on va parler sur le compte-rendu de radio de :

  • fracture L1, L2, L3, L4, L5 : cela veut dire « fracture de la deuxième vertèbre lombaire », etc.
  • fracture T 12, T 10, T6 ou D12, D10, D6, etc. : cela veut dire « fracture de la douzième vertèbre thoracique », etc.

Cela n’a pas non plus beaucoup d’importance pour comprendre la suite de l’article : les grandes lignes des traitements sont les mêmes, peu importe le ou les numéros de la vertèbre touchée.

Ces vertèbres sont des os. Et comme tous les os du corps humain, elles peuvent se casser de différentes façons. Et à chaque fois, on leur donne différents noms.

Voici les principaux noms des fractures des vertèbres. Vous avez peut-être vu ces noms dans vos comptes-rendu d’examen.

Tassement vertébral = fracture ostéoporotique

Le tassement vertébral (aussi appelés fracture ostéoporotique ou parfois « entassement vertébral » par les patient(e)s)est la fracture de loin la plus fréquente. Elle se produit généralement chez les personnes âgées. Elle est causée par une compression des corps vertébraux, ce qui peut entraîner une réduction de la hauteur de la colonne vertébrale et une déformation de la colonne.

Elle peut être découverte par hasard, sans qu’on soit tombé récemment. Souvent à cause de l’ostéoporose. C’est pour ça qu’on parle parfois de fracture ostéoporotique.

Il existe ensuite des sous-type de fracture tassement, comme le tassement cunéiforme.

schéma tassement vertèbre
Schéma d’un tassement d’une vertèbre lombaire

Le tassement vertébral est la fracture la plus fréquente chez les personnes qui ont de l’ostéoporose.

Les tassements vertébraux peuvent aussi être associés à des fractures du bassin chez les personnes âgées.

Autres fractures vertébrales

Ce sont les fracture flexion-extension, luxation, ou avec déplacement : en plus de la cassure de l’os, il peut y avoir des lésions des nerfs, des vaisseaux sanguins, des disques intervertébraux et des ligaments. Ces fractures surviendront plutôt lors d’un accident.

On peut aussi citer les fractures de l’apophyse lombaire. Elles surviennent surtout chez les ados et les jeunes adultes, sportifs et sportives.

Elles sont souvent en lien avec :

  • une croissance rapide ;
  • une sur-sollicitation à cause du sport.

J’ai écrit un article plus spécifique sur ce type de fracture : combien de temps pour se remettre d’une vertèbre cassée ?

Symptômes

Certains symptômes peuvent faire penser à une fracture vertébrale :

  • Douleur lombaire
  • Raideur de la colonne vertébrale
  • Perte de hauteur de la colonne vertébrale
  • Troubles de la marche
  • Faiblesse musculaire
  • Perte de sensibilité dans les jambes, fourmillement
  • Troubles de la vessie et du rectum

Dans ce cas, c’est plutôt un tassement. En cas de fracture d’un autre type, il y a généralement d’autres signes :

  • Douleur intense immédiatement après l’accident
  • Douleur lors des mouvements de la colonne vertébrale
  • Paralysie ou faiblesse des membres
  • Incontinence urinaire ou fécale

Seulement une radiographie ou un IRM permettent d’être certain du diagnostic.

Mais parfois, on ne fait pas de radio, même si on a certain de ces symptômes. Pourquoi ? Parce que derrière, par exemple chez une personne très âgée et qui conserve peu d’autonomie, il n’y aura pas de traitement spécifique à prévoir, qu’il y ait ou non un tassement. Et une radio expose aux rayons X, qui peuvent endommager les cellules, particulièrement chez les personnes âgées qui y sont plus sensibles.

Aussi, 1/3 des personnes qui ont un tassement vertébral à la radio… n’ont aucune douleur (Cochrane 2018) !

Dans la suite de l’article, je vais me concentrer sur les fractures par tassements vertébraux. J’écrirai un article dédié aux autres fractures vertébrales bientôt 🙂.

Quel est le temps de guérison d’un tassement vertébral ?

Les os longs du corps comme le fémur (au niveau de la cuisse) ou l’humérus (au niveau du bras) mettent environ 6 semaines à consolider. Mais les vertèbres ne sont pas des os longs : ce sont des os plus complexes et leur consolidation dure plus longtemps car :

  • elles sont composées de disques intervertébraux et de ligaments qui peuvent aussi être endommagés ;
  • elles supportent plus de poids du corps et sont plus souvent en mouvement, avec des forces de torsion, flexion, rotation, compression ;
  • elles sont entourées de moins de muscles et de tendons puissants ;
  • la densité osseuse diminue avec l’âge ; chez les personnes âgées, la consolidation peut donc être plus longue.

Les vertèbres peuvent mettre plusieurs mois à consolider. Le temps de convalescence est donc souvent de plusieurs mois.

Mais cela ne veut pas forcément dire que vous aurez des douleurs pendant tout ce temps, ou que vous ne pourrez rien faire !

Voici justement les conclusions des recommandations les plus récentes de la fédération internationale des neurochirurgiens spécialistes du dos (Zileli 2022).

  • Il est probable qu’avec un simple traitement conservateur (= pas d’opération) la douleur diminue pendant les 3 premiers moisen cas de tassement vertébral.
  • Au bout d’un an d’un traitement conservateur, 60% des patients ont un soulagement suffisant de la douleur, tandis que 40% ont encore des douleurs (évaluées à 4/10 ou plus).

N’oublions pas que ces données sont probablement plus pessimistes que la réalité. Pourquoi ? Car les gens incluent dans des études cliniques (et qui y restent longtemps) sont plutôt les plus atteints ! Certaines personnes avec tassement ne consultent même pas…

La douleur d’un tassement vertébral peut diminuer en quelques semaines, en général en moins de 3 mois. La consolidation peut prendre plusieurs mois, mais l’activité n’est pas forcément interdite pendant cette période de convalescence !

Quelles sont les conséquences d’un tassement de vertèbre ?

À cause du tassement, certaines personnes peuvent :

  • avoir des douleurs ;
  • être gênées pour marcher ou même se tenir assise, changer de position ;
  • avoir du mal à faire toutes les choses qu’elles font au quotidien.

Ce n’est cependant pas systématique : certaines personnes n’ont aucune conséquence négative liée à ce tassement.

Pour celles qui sont gênées, différents traitements peuvent être proposés. Pas en fonction de ce qu’on voit à la radio, mais plutôt de la gêne : douleur, perte de force, etc.

Quelles complications peuvent arriver ?

Voici les complications possibles (et non systématiques) d’un tassement vertébral.

Les douleurs chroniques et l’altération fonctionnelle

Comme nous l’avons déjà vu, environ 4 personnes sur 10 ont encore des douleurs au dos après un tassement. Les tassements sont donc des causes de lombalgie chronique : douleur au dos qui dure longtemps.

Cela peut aussi entraîner :

  • une déformation de la colonne vertébrale ;
  • une atteinte pulmonaire ;
  • une plus grande difficulté à faire les gestes du quotidien et donc une altération de la qualité de vie.

Attention, on parle bien de complications possibles et non systématiques ! Certaines personnes n’auront jamais de douleur ni aucune complication après un tassement !

Encore plus rarement, le tassement peut entraîner une compression nerveuses, déclenchant des engourdissements, picotements ou faiblesses musculaires dans les jambes, ou des problèmes de continence urinaire ou fécale.

La constipation ?

Beaucoup de personnes se demandent s’il est normal de souffrir de constipation suite à la fracture. Oui, il est très probable que cela soit en lien.

À cause de la fracture et des douleurs, vous vous déplacez moins. Et même assis ou couché, vous adoptez sans forcément faire exprès une attitude où vous bougez moins, par peur de déclencher la douleur.

Vos viscères sont donc moins en mouvement, ce qui diminue le transit. Et vous êtes donc plus constipé. Le meilleur remède naturel à cela est de bouger autant que possible : on n’appréhende parfois la douleur, mais en rebougeant très progressivement, cela peut très bien se passer !

Manger des aliments riches en fibre (comme des pruneaux) peut aussi aider. Et il existe sinon des médicaments contre la constipation, avec ou sans ordonnance.

tassement des vertèbres conseils kiné

Quelle est la conduite à tenir, le traitement d’un tassement ?

Il y a vraiment de très grandes différences dans les traitements proposés quand on a un tassement qui nous gène. Certaines équipes médicales ou chirurgicales vont :

  • recommander d’office l’opération (la vertébroplastie) ;
  • d’autres vont proposer un traitement dit « conservateur » avec :
    • corset ou une ceinture lombaire ;
    • ou recommander simplement le « laisser faire », le maintien autant que possible des activités. Elles prescriront éventuellement des médicaments contre la douleur, des séances de kiné en cabinet, à domicile ou en centre.

L’équipe médicale va aussi proposer de prendre en charge, si ce n’est pas déjà fait :

  • l’ostéoporose (si ce n’est pas déjà fait) ;
  • la prévention des chutes si la fracture vertébrale est survenue suite à une chute : conseils d’adaptation du lieu de vie, kiné ou encouragement à l’activité physique, recherche de facteurs favorisants, etc.

Le traitement d’un tassement de vertèbres lombaires suite à une chute est le même que si le tassement est survenu autrement (accident, ou sans rien de particulier), et que si une ou plusieurs vertèbres sont touchées.

J’en parle aussi dans mon ebook.

couverture de l'ebook sur la rééducation, les exercices après une fracture ou opération du cou ou du dos

Corset ?

Il est normalement rare qu’un corset soit prescrit en première intention quand on a un tassement vertébral. Cela ne fait pas parti des traitements de première intention recommandés, qui sont (Cochrane, 2018) :

  • le repos (continuer sa vie mais sans trop déclencher la douleur) ;
  • un traitement antalgique (médicaments ou moyens non médicamenteux) ;
  • la kinésithérapie.

Une autre méta-analyse (une synthèse des études sur un sujet) conclut que les personnes portant des corsets rigides peuvent être un peu plus soulagées de leur douleur, mais cela n’a pas d’impact sur la qualité de vie, le temps de guérison, la possibilité de bouger, etc. (Bolton 2022)

Ces corsets sur-mesure sont compliqués à mettre en place (surtout pour une personne âgées), peuvent occasionner des (petites) blessures ou une gêne importante. Chez la plupart de mes patient(e)s qui en ont eu pour un tassement vertébral, ils finissent en exposition au-dessus d’un placard au bout de quelques jours, et sont remis juste le temps des contrôles des orthopédistes ou médecins !

Les correcteurs de posture n’ont pas d’intérêt. Votre kiné peut vous prescrire une ceinture lombaire pour qu’elle soit remboursée par la sécu et les mutuelles (même s’il ne semble pas que cela diminue significativement les douleurs, tout comme le corset rigide).

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Opération par vertébroplastie / cimentoplastie / kyphoplastie ?

Il y a quelques études qui comparent l’évolution de personnes avec tassement :

  • non opérées ;
  • ou opérées d’une vertébroplastie (percutanée). La vertébroplastie s’appelle aussi cimentoplastie ou kyphoplastie (dans ce cas, plutôt faite par un radiologiste interventionnel). Ces 3 termes renvoient au même grand type d’opération. Du ciment acrylique est injecté dans la vertèbre. Le ciment durcit dans l’espace osseux pour former un plâtre interne. C’est fait sous anesthésie locale ou générale.

L’idée est de voir si les gens opérés vont mieux après que les autres… Sinon, à quoi bon faire ce geste chirurgical (avec les complications possibles), même s’il est cohérent en théorie ?

Voici ce que conclue une synthèse récente de ces études :

Nous avons trouvé des données probantes de qualité modérée à élevée suggérant que la vertébroplastie n’apporte pas de bénéfice important en termes de douleur, d’incapacité, de qualité de vie ou de réussite du traitement dans le traitement des fractures vertébrales ostéoporotiques aiguës ou subaiguës en pratique courante, par rapport à une procédure fictive.

De nombreux événements indésirables graves ont été observés après une vertébroplastie. Cependant, en raison du faible nombre d’événements, nous ne pouvons pas être certains que la vertébroplastie entraîne ou non une augmentation cliniquement importante du risque de nouvelles fractures vertébrales symptomatiques et/ou d’autres événements indésirables graves.

Cochrane 2018

Les équipes de neurochirurgiens sont parfois (un peu) plus optimistes et disent cela :

Les patient(e)s qui ont des douleurs continues pendant plus de 3 mois peuvent être de bons candidats pour une vertébroplastie.

Zileli 2022

Mon expérience professionnelle me conduit aussi à penser que cette opération n’a franchement pas grand intérêt, à part proposer quelque chose qu’ils n’ont pas encore essayé aux personnes qui souffrent (mais derrière, il est probable que la souffrance reste/revienne).

J’ai eu des dizaines de patient(e)s qui ont bénéficié de ce geste chirurgical. Tout de suite après le tassement, ou des mois voire des années après. Souvent des gens que je voyais avant et après.

Que ce soit à court ou à long terme, ni ces personnes ni moi-même n’avons constaté de diminution franche (ou même minime des douleurs) ou une plus grande facilité à bouger. Par contre, les équipes chirurgicales étaient contente de leur geste à la radio, et considéraient que c’était une réussite !

Beaucoup plus rarement, un implant Spine Jack est proposé.

La vertébroplastie (= aussi cimentoplastie ou kyphoplastie) est parfois utilisée. Mais les données récentes de la littérature internationale ne montrent pas un réel intérêt au regard des risques potentiels.

Traitement kiné, rééducation, exercices ?

Le meilleur moyen de prévenir les tassements est d’avoir un mode de vie actif, une alimentation adéquate, et un traitement contre l’ostéoporose pendant au moins 5 ans (Zileli 2022).

Le fait de faire des exercices adaptés son état de santé et à ses douleurs (seul ou avec des kinés) permet de soulager plus les douleurs que de ne rien faire (Bolton 2022). Mais comme pour les corsets, ça n’a pas d’impact sur le temps de guérison, la qualité de vie, etc.

Par contre, on bénéfice des autres effets positifs de l’exercice physique en général, sur la santé physique et mentale. Ce qui n’est pas le cas avec les corsets !

Il n’y a pas « un » ou même « des » exercices spécifiques recommandés, meilleurs que d’autres. Ce qui compte c’est d’arriver à trouver l’activité physique (donc pas forcément des exercices de musculation) qui sollicite assez vos muscles, vos articulations, votre cœur par rapport à votre niveau, et sans trop réveiller ou augmenter les douleurs.

À quoi peut ressembler une prise en charge kiné type ?

  1. On fait le point avec vous sur votre tassement et ses conséquences, mais aussi votre état de santé et votre mode de vie : qu’est-ce qui vous gène le plus ? Que souhaitez-vous à tout prix ré-arriver à faire (objectif atteignable et réalisable) ?
  2. Des solutions sont proposées pour répondre aux problèmes que vous rencontrez :
    • répondre à vos questions, vous rassurer, vous guider dans ce que vous pouvez faire ou non ;
    • conseils pour avoir moins de douleur, pour mieux dormir, mieux vous lever, mieux vous déplacer, diminuer le risque de chute au domicile ;
    • recommandations d’activités physique adaptées pour maintenir au mieux votre forme physique, votre autonomie ou prévenir le risque de chute.

Le massage ou les autres techniques antalgiques souvent utilisées par les kinés (ultrasons, TENS, étirements, thérapie manuelle, etc.) ne font pas partie des traitements recommandés, mais sont parfois utilisés chez les personnes demandeuses de tester des choses pour êtres soulagées.

Traitement naturel ?

On a bien sûr souvent envie de mettre en place le maximum de choses possibles pour aller mieux plus vite : prendre des huiles essentielles, s’appliquer des crèmes ou pommades, avoir recours à l’acupuncture, essayer un régime anti-inflammatoire ou anti-oxydant, etc.

Et on trouvera en plus souvent en chemin des soignant(e)s ou des proches qui nous recommandent telle ou telle solution qui « marche ».

Si vous m’avez déjà lu aussi, vous savez peut-être que j’essaie de toujours recommander des prises en charge avec le :

  • maximum d’efficacité (théorique / empirique) ;
  • minimum d’effets secondaires ;
  • minimum de coût (en temps, en énergie, en argent) ;
  • minimum de dépendance d’une tierce personne ou d’un matériel.

Dans ce contexte, pour les tassements vertébraux, le meilleur traitement naturel reste le temps qui passe et le maintien d’une activité physique minimale.

Ostéopathie ?

L’ostéopathie ne fait pas partie des prises en charge recommandées en cas de fracture vertébrale. La balance bénéfice-risque potentielle est défavorable pour tout ce qui est manipulation / thérapie manuelle au niveau du dos pendant la période de consolidation, qu’elles soient d’ailleurs faites par un(e) kiné ou un(e) ostéopathe.

Peut-on marcher avec un tassement de vertèbre ?

Dans la plupart des cas, on vous autorise la marche après un tassement de vertèbre. L’équipe médicale qui a vu votre radio et connaît votre état de santé général a dans ce cas estimé que vous auriez plus de bénéfices à reprendre progressivement la marche dès que vous pouvez que de rester allongé ou semi-allongé.

Surtout dans l’idée d’éviter les complications liées à l’alitement prolongées : perte de force musculaire, complications cutanées, risque de phlébite, etc.

Dans certains cas (surtout chez les gens les plus jeunes) la marche est parfois « interdite » / contre-indiquée plusieurs semaines pour privilégier une bonne consolidation. Comme les gens jeunes aspirent parfois à reprendre des activités plus intensives et sollicitantes pour le dos, un autre axe de traitement est privilégié.

On ne vous a rient dit au sujet de la marche, si elle était autorisée ou non malgré votre tassement vertébral ? C’est très probablement qu’elle l’est !

J’ai écrit un article plus complet sur peut-on marcher avec un tassement de vertèbre.

***

Que retenir alors de la conduite à tenir en cas de tassement d’une vertèbre lombaire ou thoracique ? Même si cela peut être frustrant, il n’existe pas un traitement spécifique permettant d’être sûr et certain que les douleurs vont durer moins longtemps, et que la vertèbre va consolider plus vite.

Le fait de rester le plus actif possible (avec ou sans kiné) est plutôt recommandé.

Si vous avez des questions, des remarques, l’espace commentaire est là !

Si vous ressentez le besoin d’en savoir plus sur la période de récupération après un tassement vertébral, j’ai conçu ce guide au format ebook :

Ces articles pourraient également vous intéresser :

  1. Prévention des chutes chez les personnes âgées
  2. Recettes de grand-mère pour consolider les os ?

📚 SOURCES

Durée, évolution.

Zileli M, Fornari M, Costa F, Anania CD, Parthiban J, Sharif S. Epidemiology, natural course, and preventive measures of osteoporotic vertebral fractures: WFNS Spine Committee Recommendations. J Neurosurg Sci. 2022 Aug;66(4):282-290. doi: 10.23736/S0390-5616.22.05643-0. Epub 2022 Mar 17. PMID: 35301844.

Exercice

Gibbs JC, MacIntyre NJ, Ponzano M, Templeton JA, Thabane L, Papaioannou A, Giangregorio LM. Exercise for improving outcomes after osteoporotic vertebral fracture. Cochrane Database of Systematic Reviews 2019, Issue 7. Art. No.: CD008618. DOI: 10.1002/14651858.CD008618.pub3. Accessed 27 January 2023.

Traitement conservateur

Bolton K, Wallis JA, Taylor NF. Benefits and harms of non-surgical and non-pharmacological management of osteoporotic vertebral fractures: A systematic review and meta-analysis. Braz J Phys Ther. 2022 Jan-Feb;26(1):100383. doi: 10.1016/j.bjpt.2021.100383. Epub 2022 Jan 10. PMID: 35063701; PMCID: PMC8784306.

Opération (vertébroplastie)

Buchbinder R, Johnston RV, Rischin KJ, Homik J, Jones CA, Golmohammadi K, Kallmes DF. Percutaneous vertebroplasty for osteoporotic vertebral compression fracture. Cochrane Database of Systematic Reviews 2018, Issue 11. Art. No.: CD006349. DOI: 10.1002/14651858.CD006349.pub4. Accessed 27 January 2023.

Cet article existe aussi en anglais : How long for vertebral compression fracture to heal?

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Kiné expert judiciaire : en quoi ça consiste & comment le devenir

Vous avez envie de devenir expert(e) auprès des tribunaux en tant que kiné, donc expert(e) judiciaire ? Plusieurs kinésithérapeutes le sont aujourd’hui en France.

Mais beaucoup d’autres ne connaissent pas du tout cet exercice, ou plutôt, cette fonction, ou diversification de notre activité.

Pourtant, je la trouve personnellement très intéressante et stimulante intellectuellement. Tout autant qu’utile !

J’ai donc décidé de rédiger cet article que j’espère très complet sur le sujet.

J’ai pour ma part déjà été sollicitée par des cabinets d’avocat pour apporter mon expertise/conseil sur des sujets très spécifiques, sans être rattachée à une cour d’appel. J’ai dans la continuité entamé les démarches pour devenir experte judiciaire en tant que kiné auprès de ma cour d’appel 🙂.

J’ai pour cet article également interviewé Thierry Delapierre, lui même expert judiciaire en kinésithérapie depuis bientôt 10 ans. C’est une mine de connaissances sur le sujet qu’il accepte fort sympathiquement de partager (merci !).

J’espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à découvrir (et exercer ?!) cette approche de notre profession. Si vous avez des questions ou des retours d’expérience à partager, c’est bienvenue en commentaire. Vous trouverez toutes les sources en fin d’article.

♻️ Dernière mise à jour : 20 janvier 2025.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : pas de liens affiliés. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.
Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Qu’est-ce qu’un(e) expert(e) judiciaire ?

Avant de voir comment devenir kiné expert judiciaire ou de savoir combien cette profession gagne (je sais que ce sont 2 questions qu’on se pose souvent 😉 !), voyons déjà concrètement ce qu’est un(e) expert(e) judiciaire, en France.

L’expert judiciaire en général

Voici la définition « officielle » du rôle d’un expert judiciaire :

Un expert judiciaire est sollicité pour donner au juge un avis sur des points techniques précis. Il y a des experts dans des domaines très variés (médecine, accidentologie, architecture, ….). L’expert peut être désigné par le juge ou par les parties au procès.

Définition de l’expet(e) judiciaire selon services-public.fr

C’est donc quelqu’un :

  • qui intervient lors d’un procès ;
  • qui a une expertise sur un autre sujet que le droit (exemple : la kinésithérapie !) ;
  • qui est sollicité par un(e) juge, un(e) avocat(e) ou quelqu’un qui porte plainte, ou qui veut être assisté en défense. Dans les 3 derniers cas, il n’est plus expert judiciaire mais expert conseil de partie.

L’expert(e) judiciaire doit donner un avis au juge, avant le procès. Sur des points techniques, sans prendre partie, de la manière la plus objective possible.

C’est seulement un avis : le juge le prend en compte en totalité, partiellement ou pas du tout.

Cela se fait sous la forme écrite. Pour réaliser son dossier, l’expert(e) peut réaliser des examens, des interviews, faire des recherches documentaires ou lire et analyser des documents, en toute confidientalité.

Les deux domaines d’expertise les plus représentés en matière civile sont le bâtiment (40,6 % des expertises) et le médical (34,9 % des expertises) (Revue Cairn 2016).

La plupart des expert(e)s judiciaires sont rattachés à une Cour d’appel d’un tribunal local. Plus rarement (et seulement après 8 ans passé comme expert(e) auprès d’une cour d’appel), l’expert peut l’être au niveau national, auprès de la Cour de cassation.

L’expertise judiciaire quand on est kinésithérapeute de formation initiale

Il existe vraiment des expert(e)s dans tous les domaines, classés par catégorie.

Par exemple : agriculture, gestion d’entreprise, bâtiment, automobile, immobilier, traduction, langue des signes, neige et avalanche, philatélie, etc. Et avec à chaque fois des sous-catégories.

Les kinés font partie de ces expert(e)s !

  • Sous la catégorie F – Santé
  • Sous-catégorie : F.8 Sages-femmes et auxiliaires médicaux, et plus précisément F.8.6 Masseurs-kinésithérapeutes
  • Certains kinés sont aussi rattachés à la sous-catégorie F.9.2 Experts en matière de sécurité sociale / Professionnels de santé non médecins. F.10.2 Experts en matière d’interprétation des actes et prestations / Professionnels de santé non médecins.

Il existe actuellement (2023) un seul kinésithérapeute expert au niveau national, à la Cour de cassation, mais plusieurs au sein des Cours d’appel (on peut être inscrit dans une seule cours d’appel).

Les kinés expert(e)s judiciaires membres de la Compagnie nationale des kinés expert(e)s. Source : kinelegis.com
kiné expert auprès de la cour de cassation
Le kiné expert auprès de la Cour de cassation

Les kinésithérapeutes peuvent être les seuls expert(e)s, ou être en co-expertise, ou encore être « sapiteur » (sollicités juste pour un point précis).

ℹ️ Les kinés peuvent aussi exercer une fonction d’expertise SANS être enregistré auprès d’une Cours de justice. Cela a d’ailleurs été mon cas, à 2 reprises.

À chaque fois, j’ai été contacté par un cabinet d’avocat. Dans le cadre d’effets secondaires survenus suite à un traitement délivré par des médecins.

avis technique medico-scientifique sur pieces
Un aperçu du rapport que j’ai rendu en tant que non experte judiciaire officielle. D’où l’appellation « avis technique medico-scientifique »

Je suis soumise à un contrat de confidentialité et ne peut pas en dire plus, d’autant plus que les procès n’ont pas encore eu lieu : il peut s’écouler plusieurs années entre le moment où on rend un rapport d’expertise, et le moment où le procès a lieu !

Je peux simplement vous dire que j’ai été démarché par le biais de mon site, sur lesquels j’écris souvent des articles très documentés en m’appuyant sur la littérature scientifique, notamment concernant les effets secondaires des traitements.

Donc les kinésithérapeutes peuvent aussi être contactés en direct par :

  • une victime,
  • un professionnel (assurance),
  • un avocat.

Ils sont alors des conseillers techniques d’une des parties à un litige judiciaire pénal ou civil, ou devant une juridiction administrative ou disciplinaire.

Je reviendrai plus loin plus précisément sur ce que fait concrètement un kiné en tant qu’expert judiciaire ou conseiller technique.

Quel est le coût d’une expertise judiciaire ?

C’est l’expert qui détermine le montant de ses honoraires. Parfois à l’heure, parfois au forfait.

Dans le cadre d’une expertise auprès de la Cour d’appel ou de cassation, l’expert joint une demande de rémunération et les parties ont 15 jours pour dire si oui ou non ils donnent suite.

C’est le juge qui fixe ensuite le montant de la rémunération et ordonne de payer l’expert(e), verser d’éventuelles sommes complémentaires ou rembourser le trop-perçu.

Des chiffres anciens (début des années 2000, ; source : Cairn, 2016) disent que :

  • la vacation horaire moyenne des expert(e)s est de 81 euros ;
  •  les honoraires de l’expert s’élèvent en moyenne à 1 514  euros.

Ces chiffres sous-estiment sûrement les tarifs pratiqués aujourd’hui.

Dans le cas d’un conseil technique, on a encore moins de recul sur les prix pratiqués.

Comment est payé l’expert ?

Dans le cadre d’un procès à la Cour d’appel ou de cassation, c’est le juge qui détermine à l’issue du procès qui doit payer l’expert(e).

Ces frais sont compris dans les dépends = les frais liés à la procédure en justice. Ce sont généralement les perdant(e)s qui les paient : la personne qui a porté plainte ou celle qu’elle accuse.

Souvent ce ne sont pas les individus qui paient mais les assurances :

Devenir expert-judiciaire en kinésithérapie : quelles étapes ?

Ayant moi-même fait ces démarches (en 2023), il m’est d’autant plus facile de vous les indiquer ! Édit de décembre 2023 : ayant arrêté mon activité de kiné libérale classique cet été, j’ai du abandonné ce projet car il faut continuer à être kiné clinicien(ne) pour être kiné expert(e) judiciaire. Mais entre-temps, presque un an après avoir déposé mon dossier, j’ai reçu un avis négatif de la commission comme quoi je n’étais pas retenue (sans motif).

Point important : vous pouvez candidater sans avoir suivi de formation spécifique d’expertise judiciaire. Le diplôme d’état de masseur-kinésithérapeute (ou une équivalence) suffit (en tout cas en théorie/juridiquement).

conditions à réunir pour être inscrit sur la liste des expert(e)s judiciaires
Les conditions à réunir pour être potentiellement inscrit(e) sur la liste des expert(e)s judiciaires
critères pour l'acceptation des demandes d'inscription comme expert(e) judiciaire
Il n’est pas mentionné explicitement que les formations/certificats sont nécessaires pour une première inscription

Vous pouvez le faire que vous soyez kiné salarié à l’hopital ou ailleurs, ou kiné libéral.

  1. Rendez-vous sur le site de la Cour d’appel à laquelle vous voulez vous rattacher. En général, on se rattache à celle du tribunal le plus proche de chez soi. Cf l’annuaire qui les recense toutes en fin d’article.
  2. Vous avez parfois un document à télécharger qui explique le dossier à fournir et les modalités d’envoi. Ou une adresse e-mail pour entamer les démarches : vous devez envoyer un mail pour savoir comment procéder pour la suite (il peut y avoir quelques spécificités selon les cours d’appel).
  3. Vous constituez votre dossier de candidature. Avec beaucoup de pièces justificatives à fournir dont des attestations de formations suivies, la déclarations d’affiliation à l’URSSAF/ une autorisation de votre employeur, l’attestation d’inscription au tableau de l’ordre des kinés, et autres joyeusetés ! Vous argumentez aussi sur votre pertinence à exercer cette fonction.
  4. Vous indiquez les spécialités où vous sollicitez votre inscription en tant qu’expert. Vous indiquez les publications/communications effectuées, les travaux scientifiques ou techniques déjà réalisés.
  5. Vous envoyez votre dossier de candidature. Souvent par voie postale, à la Cour d’appel.
  6. Vous attendez de recevoir une réponse positive ou négative. Les délais dépendront de votre Cour d’appel. Dans la mienne, les demandes pour l’année N+1 doivent être déposées avant le 1er mars.
pièces justificatives à fournir pour devenir expert judiciaire (kiné ou autre)
Un exemple de pièces justificatives à fournir pour candidater

Il faut déposer un dossier de candidature auprès d’une cour d’appel. Les démarches précises dépendent de chaque cour d’appel.

Quelles formations à l’expertise judiciaire existent ?

Il existe comment souvent de nombreux types de formation différentes, on s’y perd un peu ! Sans compter bien sûr l’auto-formation en se documentant par soi-même (mon type de formation préférée 🙂).

Le DU d’expertise judiciaire kiné

Il existe énormément de diplômes universitaires (DU) dont les compétences dispensées peuvent être utiles aux kinés expert(e)s judiciaire. Chaque DU a en plus sa propre appellation selon les universités.

Pour rappel, un DU est accessible aux kinés salariés comme libéraux. Les modalités de suivi et de financement ne seront cependant pas forcément les mêmes.

Un DU s’étale généralement sur 1 an, au rythme de quelques jours de formation par mois (souvent 2 à 4). Parfois à distance, parfois en présentiel.

En général, dans chaque faculté, il y a un service « formation continue » pour vous renseigner sur ces aspects plus logistiques.

Voici une liste non exhaustive de ces différents DU. Vous trouverez facilement les plus proches de chez vous en tapant ces mots clés + la grande ville universitaire la plus proche.

  • DU expertise judiciaire
  • DU d’expertise judiciaire, d’assurance et d’évaluation du préjudice corporel
  • DIU formation à l’expertise judiciaire
  • DU droit de l’expertise judiciaire
  • DU Expertise de justice
  • DU expertise de santé pluriprofessionnelle
  • DU contentieux médical
  • DU droit de la responsabilité médicale
  • DIU national d’expertise en accidents médicaux
  • DU de réparation juridique du préjudice corporel

Il faut vérifier à chaque fois les conditions d’admission.

Les autres formations

Il existe dans plusieurs universités des Certificats de formation à l’expertise judiciaire (par exemple, à Sciencespo Aix, 60 heures, 2 000 euros, 1 jour/semaine pendant 10 semaines). Ce sont des certificats généralistes, valables pour tous les secteurs d’expertise.

Et également des Master 2 (voir fin d’article pour des références).

❌ Il n’existe pas de formation DPC sur l’expertise judiciaire (j’ai recherché via le catalogue de l’Agence nationale du développement professionnel continu qui recense toutes les formations pour les kinés éligibles au DPC).

❌ Je n’ai pas non plus trouvé de formation dans le cadre du FIF-PL (pour les kinés libéraux), mais il n’y a pas de catalogue qui les recense de manière exhaustive.

✅ En revanche il existe plusieurs formations à la journée ou sur 2 jours proposées par des organismes de formation continue pour les kinés, comme l’Institut national de la kinésithérapie (INK Formation/ Maison des kinés).

Ou par les associations de kinés expert(e)s ou d’autres professionnel(le)s. Souvent sous la forme de colloques ou congrès, et plutôt pour les kinés déjà lancés.

Ces formations peuvent parfois êtres prises en charge financièrement (ou ouvrir à des crédits d’impôt) selon votre statut, salarié ou libéral. L’idéal étant de vous renseigner directement auprès de la formation qui vous intéresse !

Vous trouverez en fin d’articles des liens vers certains des organismes proposant des formations.

Quel est le salaire d’un expert judiciaire en kinésithérapie ?

Il n’existe pas de montant prédéfinit à l’avance, pas d’AMK ou autre !

C’est l’expert(e) qui détermine le montant de ses honoraires, à l’heure ou au forfait.

On n’a peu de chiffres précis sur le sujet, à part ceux que j’ai déjà indiqué sur les coûts d’une expertise judiciaire.

Cela va dépendre de nombreux éléments :

  • la demande précise ;
  • les enjeux ;
  • votre degré d’expertise.

La règle des honoraires pratiqués selon notre code de déontologie avec « tact et mesure » s’appliquent, même si on est dans le cadre d’actes kiné hors nomenclature. (J’en dis plus sur le sujet dans mon guide au format ebook « 7 étapes pour développer efficacement le hors nomenclature ».)

Voici à titre purement illustratif un exemple de devis que j’avais fait pour un cabinet d’avocat qui m’avait sollicité (le devis a été accepté).

Exemple de devis et d’honoraire pour un conseil technico-scientifique par une kiné, dans le cadre d’une procédure en vue d’un procès

Également, ces mots de Thierry Delapierre, kiné expert judiciaire :

Financièrement, il reste très clair que cet exercice n’est pas une manne, nécessitant investissement permanent, prenant beaucoup de temps, mais l’habitude et la pratique régulière permettent de dégager un revenu compensant les honoraires « perdus » en temps thérapeutique en cabinet.

Thierry Delapierre, kiné expert judiciaire

Quel est concrètement le travail d’un expert judiciaire kiné ?

Le travail des kinés expert(e)s judiciaires peut se résumer en 3 étapes :

  1. répondre positivement à une demande d’un magistrat/juge, avocat ou d’une victime pour participer en tant qu’expert juridique ou conseiller technique ; préciser ses honoraires et le cadre précis de la mission ;
  2. mener son travail d’enquête ;
  3. rédiger un dossier qui résume son enquête pour donner son avis au juge en vue du procès.

Le contenu précis du travail d’enquête et du dossier d’expertise dépendra énormément du sujet précis de la plainte ! Et aussi de vos compétences spécifiques.

Quelques exemples concrets déjà menés par des kinésithérapeutes :

  • évaluer une potentielle faute professionnelle / un niveau de compétence / une dérive possible, en cas de mis en cause d’un confrère ou d’une consoeur ;
  • évaluer le dommage et chiffrer les séquelles d’une victime après un accident de travail, un accident dans la vie perso ou les conséquences d’un acte médical ou paramédical ; ou simplement dire s’il est raisonnable de penser qu’il y a un lien causal entre un traitement pratiqué et les séquelles décrites par le patient ;
  • déterminer si une pathologie peut être qualifiée de maladie professionnelle (en examinant un poste de travail, des séquelles, etc.) ;
  • épauler un collègue kiné pour des indus CPAM ou d’autres problématiques en lien avec l’Assurance maladie ; ou une plainte ordinale.

Voici également une liste non exhaustive du « travail d’enquête » possible :

  • examiner toutes les pièces médicales,
  • organiser une réunion d’expertise (l’accédit) où toutes les parties seront présentes, accompagnées de leurs conseils et techniciens,
  • examiner la victime, de façon contradictoire, évaluer ses préjudices et séquelles,
  • faire le tri entre de nombreuses informations (état antérieur, certificats et courriers médicaux, allégations de la victime),
  • solliciter des experts « sapiteurs » (un autre expert) lorsque cela concerne une zone de compétence qui lui est inconnue ;
  • évaluer une prise en charge thérapeutique au regard « des données de la science », en examinant la littérature scientifique.

Enfin, quelques-unes des compétences qu’il semble nécessaire d’avoir pour effectuer ces missions d’expertise ou de conseil :

  • bonnes capacités de communication orales et écrites ;
  • goût pour l’argumentation factuelle, la rigueur de raisonnement ;
  • maitrise des outils de bureautique et de recherche bibliographique ;
  • soucis de la confidentialité et du secret professionnel ;
  • savoir se positionner en tant qu’assistant technique, sans juger.

Témoignage : Thierry Delapierre, membre de la Compagnie nationale des kinés experts et de la CNEJPS 

Voici ci-dessous les réponses à mes questions d’un des kinés français expert-judiciaire auprès d’une Cour d’appel, Thierry Delapierre. Cela vous donnera un aperçu plus concret de l’activité !

Vous pouvez aussi consulter son site professionnel où il présente ses activités.

Peux-tu me dire ce qui t’a donné envie de devenir expert judiciaire en tant que kiné/ostéo ?

Ayant débuté mon exercice en 1982 (oui, c’était « avant » …), je me suis syndiqué qu’en 1995 (tardivement), suite à litige avec un médecin conseil de très mauvaise fois, me refusant ce qu’il m’avait autorisé 6 mois avant, et me balançant des textes et des références juridiques et réglementaires que j’ignorais totalement.

Fort de cette appartenance syndicale, je me suis aventuré en CSPD (la Comission paritaire départementale de l’époque), une place s’étant libéré au sein de mon syndicat, et là je me suis rendu compte que sans connaitre l’aspect réglementaire régissant notre exercice, je me faisais berner à chaque demande, par ignorance, ou je passais pour un benêt en posant des questions stupides au regard de la loi, avérant ma méconnaissance.

Je me suis donc penché sur ces textes, découvrant un nouveau monde, et des arguments implacables pour raisonner devant la caisse. Et j’ai commencé localement à les embêter un peu, mettant le doigt sur quelques anomalies mais aussi à me faire respecter, puisque le ton a changé, la considération a évoluée. Le respect s’est installé, puisque je disais moins d’âneries aussi. Je suis peu à peu sorti des croyances de tous poils pour aller sur des éléments factuels et des références valides.

Lors de cet exercice en CSPD, j’ai eu questionnements et me suis tourné vers Roland ROCTON, MK investi dans les débuts de l’expertise pour les kinés. Je l’ai rencontré au GICARE dans les années 2003 ou 2004. Il m’a parlé de la formation à l’expertise, de la Compagnie des masseurs-kinésithérapeutes experts (CNKE) etc. L’idée a fait son chemin.

Quelles formations as-tu suivies ?

En 2007 j’ai fait la formation proposée par la CNKE, un « Certificat d’expertise du contentieux judiciaire et d’assurance », dans le cadre de l’EFOM, à PARIS.

J’ai enchainé en 2009 sur un « DU de responsabilité médicale » à Paris DESCARTES.

Puis j’ai entamé un DU d’expertise à Poitiers (non finalisé par mémoire pour raison annexe mais riche d’enseignement).

Et enfin en 2015 j’ai repris et finalisé un « DU d’expertise judiciaire, d’assurance et d’évaluation du préjudice corporel » à l’ICT de TOULOUSE 2.
Ceci dit la formation continue est un élément indispensable, puisque chaque année l’expert inscrit sur une liste de Cour d’Appel (j’ai été inscrit en 2014 sur la CA de RIOM après 3 demandes sans effet) doit justifier de formation continue, principalement des congrès ou formations à la journée, soit sur des compagnies d’experts de type professionnel (par exemple CNKE, CNEJPS), soit des compagnies locales (Compagnie des experts judiciaires de la Cour d’Appel locale, multi professionnelle).

Au final je suis inscrit en liste de cour d’Appel depuis 2014, en rubrique F8 « auxiliaire médical rééducateur, et depuis 2019 également en rubrique F 10 « NGAP » et en rubrique F9 « affaire de sécurité sociale ».

Es-tu souvent sollicité ? Tous les ans ? Plusieurs fois par an ? Comment les personnes qui te sollicitent te trouvent ?

  1. Depuis 2013, avant d’être inscrit sur liste de Cour d’Appel, j’ai commencé à réaliser des expertises pour une association de travailleurs accidenté du travail et handicapés FNATH (à qui j’avais proposé mes services) sur des problèmes de sous-estimation de leur handicap et de l’impact fonctionnel, ou de minoration de leur incapacité ou invalidité. J’ai développé ceci petit à petit, avec une dizaine de dossier par an, et certains avocats de ces membres de l’association se sont alors tourné vers moi en direct, pour d’autres affaires.
  1. La justice a fait appel à moi de façon discrète, 1 fois tous les deux ans (souvent pour des affaires de mise en cause de kinés-ostéo ou d’ostéos non professionnels de santé) mais actuellement je reçois des affaires plus régulières, deux par an depuis 2 ans (soit par carence de médecins experts, soit par évolution des mentalités des juges reconnaissant la compétence des MK en ce domaine).
  2. Les avocats ayant lu mes rapports par d’autres voies m’envoient 3 à 5 affaires annuellement au titre d’expert conseil.
  1. Certains patients, 1 à 2 fois dans l’année viennent me voir sur conseil de mes confrères du cabinet.
  2. Les confrères s’adressent aussi à moi en direct via la piste syndicale, quand mis en cause sur des indus, et j’interviens sur contrôle CPAM ou au Pôle social du TJ environ 2 fois/an.
  1. Depuis 2 ans je travaille avec une association AGEFIP/OhéProméthée, déléguée par CAP EMPLOI pour évaluer les capacités physiques de personnes ayant des problèmes de santé et en recherche d’emploi : l’idée est d’éviter de les aiguiller sur de secteurs où ils seront fonctionnellement en difficulté (voire en arrêt ou en AT). Je reçois là une 30aine de dossiers par an.
  2. Enfin de façon plus rare, je suis sollicité par un Conseil régional de l’ordre des kiné pour expertise d’un confrère en suspicion d’incompétence professionnelle. Le statut d’expert formé n’est pas indispensable dans ce cas, mais est gage de compétence/expérience à l’organisation et rédaction d’un rapport.

Peux-tu nous donner quelques exemples récents d’expertises que tu as rendues (en prenant en compte bien évidemment que tu es soumis au secret professionnel) ?

  • Missionné par un juge pour déterminer si le geste d’un ostéopathe était responsable des dommage consécutifs à un patient (dissection, carotidienne) et évaluation des dommages et préjudices du patient, en co-expertise avec neurochirurgien
  • Assistance conseil syndical à une consoeur notifiée d’indues de façon « abusive » selon moi, auprès de la CPAM puis au Pole Social du TJ sur cotations estimées non conformes par la CPAM. Affaire gagnée au TJ, actuellement en Cassation.
  • Assistance conseil d’une patiente estimant souffrir de séquelles opératoires sur « faute » du chirurgien et envoyé par son avocat pour avis avant de déclencher une procédure
  • Missionné par un juge pour évaluation des dommages et préjudices d’une victime d’un accident de la route (aspect pénal, acte volontaire)
  • Assistance conseil d’une victime d’un accident de la vie privée, pour laquelle son assurance personnelle minimise les conséquences fonctionnelles
  • Évaluation des compétences à entreprendre une profession de cariste d’un homme en inaptitude depuis 10 ans sur amputation de 3 doigts de la main dominante (AT) ayant d’autres comorbidité (obésité, HTA, inactivité, etc.)

Quelles sont les choses que tu préfères ? Que tu aimes le moins ?

Ce que je préfère :

  • les dossiers clairs et sans zone d’ombre : les carences de certaines victimes ou mis en cause (confrère compris) à produire des éléments factuels est désespérante, ne permettant pas d’y voir clair, suscitant soupçons et rendant parfois difficile l’assistance (sur expertise conseil) ou l’avis (sur mission de justice) ;
  • l’attitude de certains médecins experts ou conseils, respectueux de nos compétences.

Ce que j’aime le moins :

  • les complications survenues lors de certaines missions, suite à demandes de certaines parties de sapiteurs, d’avis complémentaires, etc, de façon dilatoire ;
  • les dossiers très lourds, trop lourds, ou il est parfois compliqué de « « retrouver » ses petits (exemple : fracture fémur et L2 sur AVP mais 6 mois après, chute dans l’escalier, et encore 3 mois après, troubles neuropsy sur dépression ou somatisation plus ou moins imputable aux suite de l’AVP…) ;
  • l’attitude de certains médecins experts ou conseils, irrespectueux de nos compétences ;
  • le manque de temps dans une journée, car activité chronophage.

Selon toi, pour quels kinés ne sont pas faites ces missions d’expertise/conseil ?

Ne pas se diriger vers cette activité si on est un kiné :

  • n’aimant pas lire des textes parfois ardus, complexes, se documenter (parfois long ++) ni se servir de l’outil informatique (il faut scanner, copier, extraire, etc…) ;
  • n’aimant pas rédiger (maitrise Word/pdf indispensable bien sûr) ;
  • n’aimant pas bilanter et formaliser le bilan kiné (une expertise c’est un « super bilan » des déficits/ déficiences, des incapacités/limitations et des handicaps/désavantages ;
  • pensant gagner ainsi beaucoup d’argent ;
  • n’aimant pas se référer aux textes, à la loi, aux règlements.

Tu aurais 3 conseils à donner à des kinés qui veulent se lancer comme expert judiciaire ?

  • Prendre contact avec un MK expert nommé pour en parler
  • Faire une formation basique type contentieux de sécu ou autres avec un syndicat, une compagnie d’expert afin de visualiser la démarche médico légale
  • S’assurer de pouvoir à terme libérer du temps

***

Vous arrivez à la fin de cet article consacré à l’expertise judiciaire quand on est kiné. J’espère sincèrement que cela a répondu à vos interrogations sur le sujet.

Si vous avez des questions, une expérience à partager : vous pouvez le faire en commentaire 🙂.

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  1. Arrêter le métier de kiné : quelles alternatives ?
  2. Comment se faire connaître des patient(e)s ou client(e)s par internet ?
  3. Mes ebooks pour les kinés, notamment celui-ci :
guide kiné hors nomenclature

📚 SOURCES et RESSOURCES

Le site officiel/gouvernemental de l’expertise judiciaire : ici

Loi n° 71-498 du 29 juin 1971 relative aux experts judiciaires

Arrêté du 10 juin 2005 relatif à la nomenclature prévue à l’article 1er du décret no 2004-1463 du 23 décembre 2004

Les articles R4321-138 à R4321-141 du code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes qui indiquent que l’expertise fait partie des compétences des kinés

OYTANA Yves, « Les coûts des expertises judiciaires dans les procédures inquisitoire et accusatoire », Revue économique, 2016/1 (Vol. 67), p. 5-48. DOI : 10.3917/reco.pr2.0050.

Exemple de dossier à remplir pour candidater pour expert judiciaire à une Cour d’appel ici

Compagnie des experts judiciaires professionnels de santé autres que médecins CNEJPS : ici

Compagnie nationale des kinés experts CNKE : ici

Santejuris, organisme qui propose des DU et Master pour les kinés

La page de présentation de l’activité d’expertise judiciaire de la cour d’appel de Chambéry (celle la plus proche de chez moi) : ici. Trouvez facilement la votre avec l’annuaire des cours d’appel de justice en France, ici.

Liste nationale des expert(e)s judiciaire à la Cour de cassation : ici

DU expertise de santé pluri-professionnelle présenté par le CNOMK

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Combien de temps dure une sciatique ?

Vous avez une sciatique, et vous vous demandez sans doute : combien de temps ça va durer ?

Face à ces douleurs parfois très invalidantes déclenchées par une sciatique, il est tout à fait légitime de se demander combien de temps ça va durer. Mais on trouve peu d’informations précises.

J’espère avec cet article vous renseigner de la manière la plus précise possible à ce sujet !

♻️ Dernière mise à jour : 2 février 2024.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec le sujet. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Je résume cet article en vidéo 🙂 Je vous recommande cependant plutôt l’article, plus précis, à jour et détaillé !

Quand-est ce qu’on parle de sciatique ?

La sciatique est un trouble qui se caractérise par :

  • des douleurs dans la région lombaire (on parle d’ailleurs aussi de « lombo-sciatique », c’est la même chose),
  • qui se propagent le long du nerf sciatique jusqu’à la jambe.

Le nerf sciatique est le plus grand nerf du corps humain. Il part de la région lombaire et traverse la fesse, descend le long de la jambe et se termine dans le pied.

C’est pour cela que quand on a une sciatique, on peut avoir des douleurs, gênes ou pertes de force à un ou plusieurs de ces endroits.

Le nerf sciatique est formé des racines nerveuses (au niveau de la moelle épinière) : L4, L5, S1, S2 et S3. C’est pour ça qu’on vous parle peut-être sur vos comptes rendu de radio ou d’IRM de lombosciatique L5S1, L4, etc. Ainsi que de « radiculopathie lombaire », qui veut dire « maladie d’une racine nerveuse lombaire ».

💡 On parle parfois de « sciatique du bras » dans le langage courant. Dans ce cas, on parle en réalité de névralgie cervico brachiale, dont on a aussi quelques données sur combien de temps elle dure.

Autre point terminologique : certaines équipes de recherche déconseillent l’utilisation du terme « sciatique » sans autre précision sur ce qu’il implique. Le terme « douleur de jambe liée à la colonne vertébrale » est proposé comme terme générique. (Schmid 2023) Je comprends ce qui peut motiver cela, mais il y a du boulot pour faire sortir le terme sciatique du language courant 🙂 !

Quels symptômes ?

Voici les principaux symptômes d’une sciatique.

  • Douleur dans la région lombaire, qui peut s’étendre le long de la jambe et jusqu’au pied.
  • Engourdissement et picotements dans la jambe
  • Faiblesse musculaire dans cette même jambe
  • Douleur qui s’aggrave
    • en toussant ou en éternuant
    • lorsque vous êtes assis ou debout pendant de longues périodes
    • en marchant ou en courant
  • Incapacité à contrôler les mouvements de la jambe ou du pied affecté

Comment le diagnostic est posé ?

Le diagnostic est posé en consultant un professionnel de santé (médecin, kiné).

Ce professionnel va vous poser des questions. Il va aussi vous examiner.

Il va regarder si vous avez un ou plusieurs symptômes typiques des sciatiques. Il va aussi éliminer d’autres pathologies qui ont des points communs et qui nécessiteraient une autre prise en charge. C’est ce qu’on appelle le diagnostic différentiel.

Le plus souvent, aucun examen complémentaire n’est nécessaire (radio, IRM, scanner). Pourquoi ? Parce que cela ne donnera pas plus de pistes pour :

  • conseiller un traitement plutôt qu’un autre ;
  • faire un pronostic plus précis de l’évolution des douleurs et de la durée de la sciatique.

Quelles causes les plus fréquentes ?

Voici les causes les plus fréquentes à l’origine d’une sciatique de la jambe. Toutes ont pour conséquence une compression ou une irritation du nerf sciatique.

  1. Hernie discale.Une partie du disque intervertébral glisse à travers sa gaine.
  2. Sténose spinale. Lorsque l’espace entre les vertèbres se rétrécit.
  3. Spondylolisthésis. Une vertèbre se déplace en avant par rapport à la vertèbre inférieure.
  4. Spondylose. Lorsque des excroissances osseuses apparaissent sur les vertèbres.
  5. Entorse lombaire. Quand les ligaments de la colonne vertébrale sont étirés ou déchirés.
  6. Tumeurou infection. Ces causes sont très rares mais peuvent causer la compression ou l’inflammation du nerf sciatique. D’autres symptômes plus spécifiques sont associés et on ne passe généralement pas à côté.

Des examens complémentaires peuvent parfois permettre d’identifier la cause. Mais comme je vous le disais, cela n’est pas forcément utile parce que la prise en charge derrière ne sera pas forcément différente !

Comment on connaît la durée moyenne d’une sciatique ?

Vous avez plusieurs moyens pour avoir une idée de combien de temps dure en moyenne un épisode aiguë de sciatique.

  1. Vous pouvez demander à vos proches qui ont déjà vécu ça combien de temps ça a duré pour eux.
  2. Vous pouvez demander l’avis de votre médecin ou kiné en lui demandant combien ça dure en moyenne pour sa patientèle.
  3. Vous pouvez prendre connaissance des résultats des études cliniques qui suivent des centaines ou milliers de personnes avec ou sans sciatique pendant des années, et qui suivent l’évolution de leu sciatique quand elle apparaît.

Vous constaterez probablement en lisant ces propositions que la troisième option est celle qui donnera l’approximation la plus fiable. En effet :

  • vos proches ne se rappellent peut-être plus bien de l’évolution exacte de leurs symptômes. De plus, leur évolution n’est peut-être pas représentative d’une sciatique. Le ressenti d’une ou deux personnes n’est pas un échantillon assez large pour se faire une idée précise de la durée d’un problème de santé ;
  • les professionnels de santé ont accès à un réseau plus large de personnes, ce qui est déjà mieux. Mais toutes les personnes qui consultent ne reviennent pas forcément donner des nouvelles quand ça va mieux ! L’estimation de l’évolution peut donc être biaisée…
  • les études permettent de limiter ces biais, même si ce n’est jamais parfait !

C’est pour cela que je vais maintenant m’appuyer en grande partie sur les études. Comme la sciatique est un problème très fréquent (40 % de la population mondiale en aura une au cours de sa vie !), nous avons la chance d’avoir beaucoup de recul sur son évolution !

Combien de temps dure une sciatique, les douleurs, la gêne ?

Je vais vous donner quelques infos sur la durée moyenne et maximale d’une sciatique de la jambe.

Durée moyenne en cas d’évolution depuis moins de 3 mois

Vous souhaitez peut-être connaître les chiffres précis d’évolution d’une sciatique ? Je vais vous les donner.

Dans une étude de 2023, des chercheurs ont suivi un groupe de 366 personnes atteintes d’un nouvel épisode de mal de dos (avec et sans sciatique) [de Campos 2023] :

  • 1 personne sur 2 avait complètement récupéré en moins de 5 jours ;
  • 7 personnes sur 10 en une semaine ;
  • un peu plus de 8 personnes sur 10 en trois semaines ;
  • 9 personnes sur 10 en six semaines ;
  • un peu plus de 9 personnes sur 10 en douze semaines (3 mois) ;
  • 6 patients sur 10 n’ont pas jugé utile de consulter un professionnel pour ce nouvel épisode.

Dans cette étude, « complètement récupéré » voulait dire une douleur d’intensité comprise entre 0 et 1 sur 10 pendant au moins 7 jours consécutifs.

Conclusions (positives !) des chercheurs :

  • la plupart des épisodes de sciatique sont courts ;
  • la population devrait être rassurée sur ce point, et être encouragée à ne consulter qu’en cas d’épisode particulièrement sévère ou traînant en longueur.

Voici ces chiffres tirée d’une étude plus ancienne sur 609 personnes (Konstantinou 2018) :

  • 4 mois après le début des symptômes, les gênes et douleurs ont diminué de 25 % en moyenne ;
  • à 1 an, 55 % des gens n’ont plus aucune douleur.

Il existe des données portant sur plus de personnes. Mais elles incluent aussi des gens qui ont « que » mal au dos. Voici ce qu’elles disent (Menezes Costa 2012) :

  • 36 % des personnes n’ont plus aucune douleur au bout de maximum 2 semaines ;
  • 34 % n’ont plus aucune douleur au bout de maximum 12 semaines ;
  • 14 % ont leur douleur qui diminue mais ne disparaît pas totalement en 12 semaines ;
  • 10 % ont leur douleur qui fluctue (diminue puis ré-augmente) en 12 semaines ;
  • 5 % ont une douleur qui reste élevée durant 12 semaines.

Gardez cependant en tête que ces chiffres surestiment sûrement l’intensité et la durée des douleurs, pour la raison suivante : beaucoup de personnes ne contactent jamais de professionnel de santé lorsqu’elles ont mal au dos et à la jambe, surtout si leur douleur disparaît rapidement.

Elle ne sont donc jamais inclues dans ces études qui suivent l’évolution d’une lombosciatique. Les personnes inclues dans les études sont sûrement celles qui ont un pronostic plus mauvais que les autres.

lombalgie aigue combien de temps pour ne plus avoir mal, infographie

Durée maximale ?

Il n’y a pas de durée maximale connue d’une sciatique. Parmi les millions de personnes qui ont une sciatique chaque année, une toute petite partie aura encore des douleurs au dos ou à la jambe au bout d’un an voire plus. On parlera alors plutôt de lombo-sciatique chronique.

Mais mieux vaut voir le verre à moitié plein : il est beaucoup plus probable que votre sciatique dure 2 semaines, ou dans tous les cas moins de 3 mois.

Est-ce que la douleur ne fait que diminuer ou elle peut fluctuer ?

Quand on a mal quelque part, on s’attend souvent à ce que la douleur :

  • disparaisse totalement d’un coup ;
  • disparaisse progressivement.

On ne s’attend pas à ce qu’elle fluctue. Par exemple, si elle ré-augmente alors qu’elle avait diminué, cela peut nous inquiéter. On a peur d’avoir un nouveau problème.

Pourtant, c’est quelque chose qui arrive régulièrement. Et c’est « normal« . Il y a plusieurs trajectoires différentes d’évolution de la douleur, notamment pour la sciatique. Quand on cherche à classifier l’évolution de la douleur des gens qui ont mal au dos, on se rend compte qu’il y à jusqu’à 12 trajectoires possibles d’évolution de la douleur !

Si votre douleur fluctue (diminue puis ré-augmente), c’est quelque chose qui arrive régulièrement. Cela ne signifie pas que votre problème s’aggrave.

Combien de temps dure une sciatique paralysante ?

Lorsque vous avez en plus des douleurs une perte de force dans la jambe qu’on pense due à la sciatique, on vous dit parfois que vous avez une « sciatique paralysante ».

Car perte de force = paralysie partielle ou totale.

Il ets raisonnable de penser qu’on met plus longtemps à se remettre d’un problème entraînant douleur + perte de force plutôt que douleur tout court… Cependant, il n’y a pas de données empiriquement confirmant cela.

Et mon expérience m’a laissé observé des gens qui récupéraient en quelques semaines d’une sciatique qualifiée de « paralysante ».

Donc, on met probablement autant de temps à se remettre d’une sciatique paralysante que d’une sciatique tout court : 4 chances sur 10 de ne plus avoir de douleur en 3 mois max.

Que peut-on faire pour que la sciatique dure moins longtemps ?

Comment accélérer la guérison d’une sciatique ? Sachez que malgré des décennies d’études à ce sujet, on a beaucoup de mal à identifier des traitements ou astuces qui ont une grande chance d’accélérer cette guérison (en tout cas, plus que le ferait n’importe quel placebo).

Dans tous les cas, les 2 meilleures choses que vous avez à faire sont de :

  • croire en vos capacités propres d’autoguérison, quoi que vous fassiez ;
  • continuer à faire les activités physiques que vous pouvez (marche, taches ménagères, bricolage, jardinage, etc.), tant que la douleur reste supportable en les faisant.

D’ailleurs les recommandations internationales sur la conduite à tenir face à une douleur au dos ou sciatique disent de (Furlong 2022) :

Il n’existe pas de « traitement miracle », d’« exercice magique » ou au contraire « strictement interdit », de traitement naturel fabuleux… Notre cerveau est attiré par ce type de proposition, mais quand on évalue sérieusement leur efficacité, elles ne tiennent malheureusement pas la route.

Quelle est la durée d’arrêt de travail pour une sciatique ?

Il n’a a pas de durée type d’un arrêt de travail quelle que soit la pathologie. Ce n’est pas le problème de santé qui dit si oui ou non vous pouvez être en arrêt, mais sa répercussion sur vos capacités physiques ou mentales. Et bien sûr, la nature de votre activité professionnelle.

Certaines personnes ayant une sciatique :

  • n’auront pas d’arrêt de travail ;
  • auront un arrêt de travail d’un jour ou deux ;
  • auront plusieurs jours ou semaines d’arrêt de travail ;
  • seront en invalidité au bout de plusieurs années (une minorité). La sciatique fait partie des problèmes pouvant être reconnu comme maladie professionnelle, si elle est en lien avec le port de charges lourdes sur le temps de travail.

L’Assurance maladie en lien avec la Haute autorité de santé indiquent ces durées à partir desquelles la majorité des personnes devraient être aptes à reprendre leur emploi après une sciatique :

  • travail sédentaire : 2 jours ;
  • travail physique léger : 5 jours ;
  • modéré : 21 jours :
  • lourd : 35 jours.

Aux États-Unis, le taux de retour au travail après une sciatique développée dans le cadre professionnel n’est que de 66 % 2 ans après le début des symptômes. Et entre 67 et 85 % 10 ans après le début des symptômes (Atlas 2005 ; Grovle 2013) !

***

Vous pourriez aussi trouver des conseils et exercices dans mon guide au format ebook :

Des questions ou remarques ? Rendez-vous en commentaire !

Durée.

Konstantinou K, Dunn KM, Ogollah R, Lewis M, van der Windt D, Hay EM; ATLAS Study Team. Prognosis of sciatica and back-related leg pain in primary care: the ATLAS cohort. Spine J. 2018 Jun;18(6):1030-1040. doi: 10.1016/j.spinee.2017.10.071. Epub 2017 Nov 21. PMID: 29174459; PMCID: PMC5984249.

The prognosis of acute and persistent low-back pain: a meta-analysis Luciola da C. Menezes Costa, Christopher G. Maher, Mark J. Hancock, James H. McAuley, Robert D. Herbert, Leonardo O.P. Costa CMAJ Aug 2012, 184 (11) E613-E624; DOI: 10.1503/cmaj.111271

Traitement.

Furlong B, Etchegary H, Aubrey-Bassler K, Swab M, Pike A, Hall A. Patient education materials for non-specific low back pain and sciatica: A systematic review and meta-analysis. Journal.pone.0274527. PLoS One. 2022 Oct 12;17(10):e0274527. doi: 10.1371/journal.pone.0274527. PMID: 36223377; PMCID: PMC9555681.

Rasmussen‐Barr E, Held U, Grooten WJA, Roelofs PDDM, Koes BW, van Tulder MW, Wertli MM. Non‐steroidal anti‐inflammatory drugs for sciatica. Cochrane Database of Systematic Reviews 2016, Issue 10. Art. No.: CD012382. DOI: 10.1002/14651858.CD012382. Accessed 19 January 2023.

Durée arrêt de travail

Ameli.fr. Sciatique (hors sciatique paralysante ou hyperalgique et syndrome de la queue de cheval).

Atlas SJ, Keller RB, Wu YA, Deyo RA, Singer DE. Long-term outcomes of surgical and nonsurgical management of sciatica secondary to a lumbar disc herniation: 10 year results from the maine lumbar spine study. Spine (Phila Pa 1976). 2005 Apr 15;30(8):927-35. doi: 10.1097/01.brs.0000158954.68522.2a. PMID: 15834338.

Grøvle L, Haugen AJ, Natvig B, et al.. The prognosis of self-reported paresthesia and weakness in disc-related sciatica. Eur Spine J 2013;22:2488–95. 10.1007/s00586-013-2871-9

Schmid AB, Tampin B, Baron R, Finnerup NB, Hansson P, Hietaharju A, Konstantinou K, Lin CC, Markman J, Price C, Smith BH, Slater H. Recommendations for terminology and the identification of neuropathic pain in people with spine-related leg pain. Outcomes from the NeuPSIG working group. Pain. 2023 May 25. doi: 10.1097/j.pain.0000000000002919. Epub ahead of print. PMID: 37235637.

de Campos TF, da Silva TM, Maher CG, Pocovi NC, Hancock MJ. Prognosis of a new episode of low-back pain in a community inception cohort. Eur J Pain. 2023 May;27(5):602-610. doi: 10.1002/ejp.2083. Epub 2023 Feb 3. PMID: 36692107.

Cet article existe aussi en anglais : Sciatica: How Long Does it Last?

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Gestion de la douleur chronique : trois principes incontournables

Vous vivez avec une douleur chronique. Vous êtes en peine pour trouver un traitement véritablement efficace, c’est-à-dire un traitement qui supprime définitivement votre douleur.

Peut-être même qu’à force de recherches infructueuses, vous y avez renoncé.

Continuer ou non à chercher un remède miracle, telle est la question.

À cette question, je ne propose pas réponse. C’est à vous qu’il appartient d’en décider.

Quoi qu’il en soit, dans un cas comme dans l’autre, votre douleur est là, et vous n’avez pas d’autre choix que de faire avec.

Et si vous lisez ces lignes, c’est que vous avez décidé d’inclure la recherche d’informations dans votre stratégie de gestion de la douleur.

Sage décision ! Continuez à mettre en pratique, poursuivez donc la lecture de cet article.

♻️ Dernière mise à jour : octobre 2023. Rédigé par Albin Guillaud, kiné et docteur en santé publique.
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gestion de la douleur chronique

Qu’est-ce qu’une douleur chronique ?

Peu importe le motif, lorsqu’une douleur persiste au-delà de 3 mois, il est classique de parler de douleur chronique [1]. On oppose à la douleur chronique la douleur aiguë, celle qui dure moins de 3 mois.

Il faut bien admettre que ce critère de durée et cette expression « douleur chronique » sont d’une utilité discutable [1]. En effet, ils ne disent rien du plus important : la cause de la douleur et son traitement.

En pratique, qualifier une douleur de « chronique », ce n’est pas seulement constater sa durée. C’est aussi reconnaître son impuissance à l’expliquer et à la traiter convenablement.

Mais qu’est-ce au juste qu’un traitement « convenable » de la douleur ? Attardons-nous maintenant quelques instants sur cette question. Car de la réponse que chacun·e lui donne, découlent des conséquences bien concrètes.

(Remarque : identifier la cause principale d’une douleur persistante est souvent véritablement très difficile. Voir par exemple dans le cadre d’une douleur persistante après une entorse de cheville. De manière plus générale, voir cet article sur la question de la recherche des causes de la douleur.)

Exemples de douleur chronique :

Traitement de la douleur chronique : de quoi parle-t-on ?

Chacun·e d’entre vous peut sûrement avec facilité décrire à quoi ressemble le traitement idéal de sa douleur. Je fais le pari qu’il réunit au moins les trois critères suivants :

  • il supprime de façon complète et définitive votre douleur ;
  • il ne comporte aucun risque d’effets secondaires ;
  • il ne coûte rien.

En somme, c’est le traitement miracle. Si vous êtes là à lire cet article, c’est que soit vous n’avez pas encore trouvé un tel traitement, soit que vous y avez renoncé purement et simplement.

Vous vous êtes alors peut-être rabattu sur la recherche d’un traitement seulement satisfaisant à défaut d’une panacée. Vous vous êtes alors mis en quête d’un remède qui :

  • atténue de façon satisfaisante et pour suffisamment longtemps votre douleur ;
  • comporte un risque d’effets secondaires acceptable ;
  • est accessible à un prix raisonnable.

« Traitement satisfaisant », « risque acceptable », « prix raisonnable » : juger de ce qui est satisfaisant, acceptable ou raisonnable est une affaire personnelle. C’est pourquoi il est impossible pour une tierce personne de déterminer à l’avance ce que pourrait être un bon traitement pour vous. Ceci est impossible sans connaître vos objectifs en matière de traitement de la douleur.

Comme nous le verrons, établir vos objectifs est une étape essentielle pour mettre en œuvre une bonne gestion de sa douleur.

Du traitement à la gestion de la douleur chronique

Quelle est la différence entre traiter sa douleur et gérer sa douleur ? Une manière intéressante d’aborder cette question est de partir de la problématique à laquelle vous êtes confrontée :

  1. vous avez une douleur pour laquelle personne n’est en mesure de vous proposer un traitement miracle ;
  2. en conséquence, vous vous contentez probablement de traitements imparfaits mais qui vous satisfont au moins un peu (par exemple, prendre des anti-douleurs) ;
  3. comme le résultat de ces traitements est imparfait, cela signifie que vous devez vivre avec des douleurs résiduelles.

Tout ce que vous allez mettre en place pour composer avec ces douleurs résiduelles persistantes, c’est ce que j’appelle la gestion de la douleur.

Certaines personnes sont meilleures que d’autres pour gérer leurs douleurs [2]. Ceci à conduit plusieurs praticiens de santé et chercheurs à s’interroger : est-il possible d’identifier des techniques pour gérer sa douleur qui soient plus efficaces que d’autres ? Si oui, ces techniques peuvent-elles s’enseigner ? Parmi les techniques candidates, on trouve par exemple :

  • Bien doser ses activités ;
  • Pratiquer de l’exercice physique réguliers ;
  • Fixer des objectifs intelligents ;
  • Pratiquer la relaxation ou la méditation ;
  • Utiliser adéquatement les médicaments ;
  • Bien gérer son sommeil.

Il en existe quantité d’autres. Probablement avez-vous vous-même déjà utilisez une ou plusieurs de ces techniques. La question qui se pose maintenant : est-ce que ça marche ?

Apprendre à gérer sa douleur : est-ce que ça marche ?

Dans la prochaine partie de cet article, je présente 3 principes qui me semblent fondamentaux en matière de gestion de la douleur. Mais avant cela, je souhaite répondre au questionnement suivant : est-ce que les méthodes de gestion de la douleur couramment enseignées fonctionnent ? Ont-elles véritablement des effets positifs ?

« Effet positif » d’une méthode pour gérer sa douleur peut signifier :

  • diminue la douleur ;
  • réduit les difficultés de mouvements liées à la douleur (réduit les « incapacités ») ;
  • atténue la détresse émotionnelle associée à la douleur.

À ce jour, les résultats des études sont décevants. Le groupe de méthodes le plus évalué est peu voir très peu efficace (les méthodes dîtes « cognitivo-comportementales ») [3].

Peu d’efficacité également pour d’autres méthodes moins évaluées [4].

Attention cependant : ces résultats concernent une catégorie typique de personnes atteintes de douleurs chroniques. Or, vous qui lisez ces lignes n’êtes pas une personne standard. Vous êtes une personne qui a choisi de s’informer par ses propres moyens pour mieux gérer sa douleur. Vous êtes donc sans doute quelqu’un qui adopte globalement une démarche active.

À ce titre, je vous propose maintenant 3 principes pour vous aider à structurer au mieux votre propre démarche de gestion de la douleur.

Trois principes pour améliorer votre gestion de la douleur

Je vais vous proposer et vous détailler trois principes pour améliorer votre gestion de la douleur :

  1. évaluer méthodiquement les conséquences de sa douleur : l’évaluation fonctionnelle ;
  2. se fixer des objectifs intelligents ;
  3. tracer par écrit votre auto-évaluation fonctionnelle, vos objectifs et le suivi de leur atteinte.

Évaluer les conséquences de votre douleur : l’évaluation fonctionnelle

Pour vivre au mieux avec la douleur, il est crucial d’évaluer en détail son retentissement sur votre vie quotidienne. Qu’est-ce que cela signifie ? Je vous présente ci-dessous le type de questions importantes à se poser :

  • Est-ce que j’ai mal au repos ? C’est-à-dire, est-ce que j’ai mal sans rien faire ? En position assise ? En position debout ? En position couchée ? Si oui, est-ce que cette douleur est constante ou bien est-ce qu’elle ne survient qu’au bout d’un certain temps ?
  • Est-ce que la douleur me gène pour dormir ? Si oui est-ce que c’est la douleur qui me réveille ? Ou alors, est-ce qu’elle me gène uniquement une fois réveillé la nuit pour une autre raison ? Est-ce qu’elle m’empêche de m’endormir ou de me rendormir ?
  • Au cours de quelles activités est-ce que j’ai le plus mal ? En réalisant quels mouvements exactement ?
  • Quelles activités du quotidien ai-je dû arrêter complètement à cause de ma douleur ? Quelles sont celles qui se trouvent seulement partiellement entravées (par exemple, vous pouvez toujours aller acheter votre pain à pied, mais avec une béquille) ?
  • Pour chacune des questions ci-dessus, on pourra également demander :
    • est-ce systématique ? Par exemple, si la douleur vous gène pour dormir, est-ce toutes les nuits ou bien est-ce ponctuel ? Si c’est ponctuel, à quelle fréquence exactement ?
    • Est-ce vraiment une douleur ou bien est-ce plutôt une sorte de gène ou de sensation désagréable (sensation de pression, de tiraillement, etc.) ?
    • Quelle note mettrez-vous à votre douleur sur échelle allant de 0 (absence totale de douleur) à 10 (la pire douleur que vous ayez jamais ressentie) ?

Les objectifs poursuivis en se posant de telles questions sont de vous permettre :

Afin d’illustrer l’importance de cette évaluation fonctionnelle, je vais vous raconter une anecdote clinique authentique.

Arrêter d’appuyer !

Monsieur X : « Docteur, je pense que c’est grave. Sur tout mon corps, où que j’appuie avec mon index, j’ai mal. Qu’est-ce que j’ai docteur ? Qu’est-ce que je dois faire ? » Docteur Y : « Commencez par arrêter d’appuyer partout, je pense que vous avez le doigts cassé. »

Ce n’est bien sûr qu’une boutade. Toutefois, je pense que vous verrez l’air de famille avec l’anecdote authentique qui suit.

Il s’agissait d’une personne dont je m’occupais dans les suites d’une chirurgie des ligaments croisées. Au début de la prise en charge, la patiente me demande si je pourrais aussi m’occuper d’une ancienne douleur à sa cheville gauche.

Quelques séances plus tard, alors que son état général et les capacités de son genou évoluaient pour le mieux, la personne me presse : « Dîtes, vous aviez dit que vous vous occuperiez aussi de ma cheville et vous n’avez toujours pas regardez ! »

Mea culpa. Je ne m’étais effectivement pas encore préoccupé de sa cheville. Je m’exécute, et commence à l’interroger sur les conséquences de sa douleur sur sa vie quotidienne. Autrement dit, je commence à conduire une évaluation fonctionnelle de sa douleur.

Je lui pose donc tout un tas de questions, du type de celles que je vous ai présentées un peu plus haut. À mon grand étonnement, la douleur ne semblait avoir absolument aucune conséquences sur ses activités de vie courante. Elle me disait n’avoir pas mal au repos, n’avoir pas mal la nuit, n’avoir pas mal quand elle marchait, n’avoir pas mal durant ses activités de loisirs, etc. Si bien que je fini par lui demander : « Mais Madame, quand donc exactement avez-vous mal en fait ? ». Elle me répondit alors :

« Eh bien vous voyez, quand j’appuie ici sur ma cheville gauche et bien j’ai mal, alors que quand j’appuie exactement au même endroit sur ma cheville droite, je n’ai aucune douleur. Cela fait 3 ans que je suis suivi par un kinésithérapeute en cabinet pour cela. J’en suis d’ailleurs bien contente car le problème ne s’est pas aggravé ! »

Maintenant, j’aimerais que vous preniez quelques instants pour réfléchir et pour répondre à la question suivante : selon vous, que faut-il recommander à cette personne pour soulager sa douleur ?

Réponse : arrêtez d’appuyer sur votre cheville droite !

Cette réponse vous paraîtra peut-être être du bon sens. Certain·es d’entre vous estimerons peut-être que cette patiente n’a pas été particulièrement maline de ne pas y avoir pensé avant. Pourtant, la réalité est différente. Il s’est en effet avéré que cette personne ne souffrait pas véritablement de sa douleur à la cheville. La douleur n’était pas le problème. Non, ce qui inquiétait la patiente, c’était la crainte que cette douleur ne soit le signe d’un problème qui puisse empirer avec le temps.

Ce genre de crainte est-il fondé ? Non, absolument rien ne justifie de s’inquiéter d’une douleur isolée à la palpation, et cela quelque soit la région du corps concernée. Problème réglé, mais encore fallait-il le savoir. (« Isolée » signifiant ici « qui n’est associée à aucun autres symptômes » – rougeur, chaleur, gonflement, etc.).

Bien que caricatural, ce cas clinique est parfaitement authentique. Par ailleurs, j’ai été confronté à des dizaines et des dizaines de déclinaisons de cette situation avec d’autres patient·es.

Le problème auquel était confronté ma patiente à un nom : le catastrophisme douloureux. Le catastrophisme douloureux se mesure avec un questionnaire [5]. Celui-ci inclut une dizaine de phrases avec pour chacune 4 niveaux d’évaluation :

  1. Pas du tout
  2. Un peu
  3. Modérément
  4. Beaucoup

Voici les phrases en question :

  • Je m’inquiète de si ma douleur va cesser un jour.
  • J’ai l’impression de ne pas pouvoir aller de l’avant.
  • C’est terrible et je pense que ça ne s’améliorera jamais.
  • C’est affreux et j’ai l’impression que ça me dépasse.
  • Je sens que je ne peux plus supporter la douleur.
  • J’ai peur que la douleur empire.
  • Je ne fais que penser à d’autres douleurs que je pourrais ressentir.
  • Je désespère que la douleur s’en aille.
  • Je ne peux m’empêcher d’y penser.
  • Je ne fais que penser à quel point ça fait mal.
  • Je ne fais que penser à quel point je veux que la douleur disparaisse.
  • Il n’y a rien que je puisse faire pour réduire l’intensité de la douleur.
  • Je me demande si quelque chose de grave va m’arriver.

Les phrases « J’ai peur que la douleur n’empire. » et « Je me demande si quelque chose de grave va m’arriver. » semblent particulièrement bien s’appliquer à la patiente de mon anecdote.

L’objectif principal dans ce cas n’est donc pas tant de supprimer la douleur que de diminuer le catastrophisme qui y est associé.

Remarquons qu’un certain niveau de catastrophisme douloureux peut être sain. C’est ce qui nous pousse à l’action pour améliorer la situation. Toute la difficulté est de savoir quand une personne dramatise à outrance, ce qui était le cas de ma patiente. Juger de cela n’est possible qu’en réalisant une évaluation fonctionnelle de la douleur.

Je dois néanmoins reconnaître que que mener ce type d’analyse et en tirer des conclusions utiles n’est pas à la portée de tout le monde. Dans ma petite histoire, il faut savoir qu’une douleur isolée à la palpation n’indique pas un problème qui pourrait s’aggraver avec le temps. Il est donc important d’avoir quelques connaissances cliniques de base. Par ailleurs, bien que l’évaluation fonctionnelle soit simple en principe, je constate souvent à quel point elle est difficile à mener à bien pour certain·es. Il faut en effet être capable de faire preuve de sang froid, d’esprit méthodique et de prendre une certaine distance sur sa situation. Si vous avez un doute, il peut donc être pertinent de consulter un professionnel.

En résumé, le premier pas pour bien gérer sa douleur est d’évaluer en détail à quel point celle-ci retentit sur votre vie quotidienne. Reste ensuite à vous fixer des objectifs intelligents pour améliorer la situation.

Se fixer des objectifs intelligents

En matière de gestion de la douleur, pour être efficace il est primordial d’avoir une idée claire sur les objectifs que l’on cherche à atteindre.

Quels sont les objectifs classiques des personnes ayant des douleurs chroniques ? Je vous présente ci-dessous le top 4 de leurs objectifs. Et pour chacun d’eux, je précise le top 3 des sous-objectifs qui y sont associés [6] :

  1. réduire la douleur en :
    1. diminuant l’intensité de la douleur ;
    2. augmentant le nombre de périodes sans douleurs ;
    3. réduisant la fréquence du nombre de pics douloureux ;
  2. plus s’adonner à des activités familiales et sociales telles :
    1. les week-ends en famille ;
    2. les visites d’amis ou de membres de sa famille ;
    3. les repas au restaurant ;
  3. plus s’impliquer dans les tâches domestiques comme :
    1. cuisiner ;
    2. faire le ménage ;
    3. entretenir ses extérieurs ;
  4. mieux dormir en :
    1. ayant un sommeil plus réparateur ;
    2. se réveillant le moins possible pendant la nuit ;
    3. s’endormant rapidement.

Et vous ? Quel sont vos objectifs en matière de gestion de la douleur ? Car c’est bien par là qu’il faut passer si vous voulez pouvoir gérer au mieux votre douleur.

Que vous préfériez vous débrouillez seul·e ou avec un professionnel, il est capital d’avoir une idée claire sur vos objectifs. Et si vous collaborez avec un professionnel, cela est d’autant plus important qu’il peut ne pas avoir les mêmes objectifs que vous [7] !

En général, les personnes atteintes de douleurs chroniques ont très à cœur de diminuer l’intensité de de leurs douleurs. Et cela peu importe si cette diminution a ou non des conséquences positives sur leurs capacités de mouvement. En revanche, les professionnels ont plus tendance à viser que les capacités de mouvements s’améliorent. Et cela peu importe si l’intensité de la douleur diminue ou non [7].

Cela dit, je crois qu’un bon professionnel devrait avant tout s’enquérir de vos objectifs et éventuellement vous aider à les définir. Et cela peu importe si à la fin il estime qu’à votre place, il aurait choisi d’autres objectifs plus intelligents à son goût.

Qu’est-ce qu’un objectif intelligent en matière de gestion de la douleur ?

Il existe plusieurs critères intéressants pour qualifier un objectif d’intelligent. On parle d’ailleurs d’objectifs « SMART » avec :

  • S pour « spécifique » ;
  • M pour « mesurable » ;
  • A pour « acceptable » ;
  • R pour « réaliste » ;
  • T pour « temporellement défini » [8].

Votre objectif doit d’abord être spécifique d’une des difficultés que vous pose votre douleur. La stratégie de gestion pourra être différente, par exemple, si votre douleur vous gène quand vous êtes en activité ou au repos (c’est-à-dire sans bouger dans une position donnée – assis, allongé, debout, etc. ; perturbant ainsi votre attention pour réaliser des tâche dans cette position : prendre un repas, regarder la TV, lire, etc.).

Admettons ensuite que la douleur vous gène au repos. Votre objectif sera encore différent selon que cette gène soit permanente ou se manifeste sur des plages de temps délimitées.

Si la douleur est permanente, un objectif réaliste pourrait être d’avoir quelques moments quotidiens de moindre douleur.

Mettons que vous évaluez que votre douleur oscille en permanence entre une intensité de 6 et 8 sur 10. Peut-être que vous jugerez qu’avoir ne serait-ce qu’une plage de 30 minutes avec une douleur oscillant entre 2 et 3 comme un objectif acceptable.

Il convient aussi d’arriver progressivement à un objectif qui soit mesurable. Il faut en effet que l’on puisse facilement juger si l’objectif a été atteint ou non, et ce idéalement dans une limite de temps définie à l’avance.

Tout comme l’évaluation fonctionnelle, fixer des objectifs intelligents n’est pas forcément chose aisée quand on est envahi par la douleur. À nouveau, n’hésitez pas à solliciter l’aide d’un professionnel [note].

En résumé, le deuxième pas pour bien gérer sa douleur est d’arriver à mettre en place des objectifs intelligents pour améliorer votre situation. Par « intelligent » il faut comprendre « SMART » pour Spécifique, Mesurable, Acceptable, Réaliste et Temporellement défini.

Les paroles s’envolent, les écrits restent : établir un journal de bord

L’écrit est votre ami, peu importe la méthode et peu importe la forme. À l’ancienne via carnet papier ou dans un fichier numérique, l’enjeu est de garder une trace :

  • de votre auto-évaluation fonctionnelle ;
  • des objectifs que vous vous fixez ;
  • de l’évolution de vos douleurs, vers le mieux mais aussi vers le moins bien.

Le dernier point vous aidera à mieux juger si tel ou tel comportement que vous adoptez pour gérer votre douleur à un effet positif ou négatif. Il est en effet facile de se méprendre sur ce qui marche ou non. Il y a pour plusieurs raisons à cela, parmi lesquelles les variations naturelles de votre douleur.

Permettez-moi de m’attarder quelque peu sur ce concept extrêmement important de variations naturelles de la douleur.

La température de votre corps varie au fil de la journée, quoi que vous fassiez. Imaginez que vous restiez allongé toute la journée dans une pièce à température constante. Imaginez maintenant que l’on vous prenne votre température corporelle toutes les heures.

Vous vous rendriez compte que cette température n’ai jamais exactement la même : elle varie. Il en est de même pour la douleur qui peut fluctuer naturellement, à la hausse comme à la baisse, quoi que vous fassiez. Il peut y avoir des fluctuations au sein d’une même journée, d’une semaine, d’un mois, etc.

Imaginez à présent que vous mettiez quelque chose en place pour mieux gérer votre douleur. Vous avez par exemple lu quelque part que pour le type de douleur dont vous êtes atteint, adopter un régime alimentaire sans tomate est positif.

Vous mettez en place ce type de régime et vous allez mieux au bout de quelques jours, quelques semaines ou quelques mois.

Comment être sûr que cette amélioration vient bien du régime en question ou tout simplement des fluctuations naturelles de votre douleur ?

Dans ce genre de cas, il est impossible d’être « sûr ». Au mieux, on peut estimer comme plus ou moins plausible que votre douleur se soit améliorée (ou dégradée) à cause de l’action mise en place.

Tenir un journal de bord de ses douleurs peut aider, sur le long court, à observer comment votre douleur varie. Ainsi, il vous est plus facile de juger s’il est plausible que telle nouvelle méthode que vous avez testée ait bien eu un effet sur votre douleur (bénéfique ou néfaste).

Pour fixer les idées, laissez-moi vous présenter un exemple hypothétique mais concret.

Quelqu’un souffre d’une douleur chronique du dos et pense qu’arrêter de manger des tomates pourrait le soulager. Imaginons un potentiel carnet de bord de sa douleur, dans lequel il reporterait l’intensité de sa douleur au réveil (entre 0, absence de douleur et 10, la plus grande douleur qu’il ait jamais dû endurer).

La personne en question a d’abord établi un recueil sur 6 mois de ses douleurs, avant de commencer son régime sans tomates. Mettons que la moyenne de l’intensité de sa douleur sur les 6 derniers mois soit de 3 sur 10.

Il commence alors son régime.

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  • 1er mois : douleur moyenne à 7/10 (Commentaire : « Non mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ça ne fonctionne pas du tout ce régime ! Bon, apparemment certains disent qu’il y a une aggravation le premier mois, le temps que le corps trouve son équilibre. Alors j’essaie encore un mois et on verra. »)
  • 2e mois : 3/10 (Commentaire : « Yes ça va mieux ! Ça semble efficace ! »)
  • 3e mois : 6/10 (Commentaire : « Aie, ça remonte mais pas autant qu’au début. Peut-être qu’il faut que j’attende encore un peu ? »)
  • 4e mois : 4/10 (Commentaire : « Oui nickel, c’est redescendu. Oh là là ça à l’air d’être vraiment une bonne piste ce régime. »)
  • 5e mois : 8/10 (Commentaire : « Flûte c’est encore pire qu’au début ! Non ce n’est pas possible je suis sûr que ça marche ce truc tout le monde me l’a dit ! Aller, il y a quelque chose que j’ai dû mal faire. »
  • 6e mois : 5/10 (Commentaire : « Ah ouf c’est redescendu, ça va mieux. »)

Douleur moyenne sur les 6 premiers mois de régime : 5,5/10 (Commentaire : « Bon par contre en moyenne ça n’a pas l’air d’être bien mieux que ça… Peut-être que j’ai pas attendu assez longtemps ? »)

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Alors ?

Pensez-vous vous-même pouvoir juger si oui ou non il est plausible que manger des tomates ait eu un effet positif ou négatif pour cette personne ? Comme lui vous vous demandez s’il a vraiment attendu assez longtemps ?

Voyons donc les 6 mois suivants…

Oh non pas de chance ! Notre ami aime vraiment trop les tomates et il a recommencé à en manger.

Observons tout de même son journal de bord.

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7e mois : 3/10 (Commentaire : « Eh bien, je dois encore bénéficier de l’effet de ma cure sans tomates des 6 derniers mois. »)

8e mois : 0/10 (Commentaire : « Incroyable ! Ça a quand même valu le coup d’arrêter de manger des tomates. Aller, je m’y remets. »

9e mois : 2/10 (Commentaire : « Yes, c’est le panard. »

10e mois : 1/10 (Commentaire : « Vive le régime sans tomates ! »)

11e mois : 6/10 (Commentaire : « Ouille ! C’est bizarre, pourtant je suis très scrupuleux. J’ai dû faire un truc qui ne va pas indépendamment de cette histoire de tomates. »

12e mois : 8/10 (Commentaire : « Décidément il faut que je continue à manger sans tomates mais il doit y avoir quelque chose d’autre dans mon alimentation à creuser – ou ailleurs ? »

Douleur moyenne sur les 6 derniers mois de régime : 3,3/10 (Commentaire : « Oui ma moyenne me confirme que le sans tomate ça à l’air pas mal par rapport aux 6 derniers mois. Mais en même temps, ce n’est pas mieux qu’il y a un an (ma moyenne était à 3). Bon, ce n’est quand même pas si clair que ça que ce régime sans tomate ait un effet. »)

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J’ai tiré tous les chiffres ci-dessus au hasard, avec pour objectif de simuler les variations naturelles d’intensité d’une douleur hypothétique.

Attention : cette approche du suivi de sa douleur via journal de bord est très loin d’être suffisante pour distinguer si une méthode marche ou non. Les meilleures approches existantes à ce jour sont celles de la recherche scientifique.

Il n’empêche, j’ai l’espoir qu’une telle approche faite maison puisse tout de même aider à s’y retrouver un peu. En particulier quand on veut tester des méthodes qui n’ont jamais été testées en recherche clinique (il y en a beaucoup). En tout cas je pense qu’il vaut mieux faire ainsi que de procéder au doigt mouillé.

Vous disposez maintenant de mes trois principes de base pour gérer au mieux votre douleur :

  • évaluation fonctionnelle ;
  • fixation intelligente d’objectif ;
  • mise en place d’un journal de bord.

Reste à présent à choisir les bonnes armes pour atteindre vos objectifs en matière de gestion de la douleur.

Gérer sa douleur : le choix des armes

Bien sûr, l’idéal serait de disposer d’une solution qui traite le mal à la racine, sans risque d’effets secondaires et à moindre coût. En attendant de disposer d’un tel traitement, il peut être judicieux de trouver des solutions palliatives pour maîtriser votre douleur.

Voici une liste de plusieurs types de solutions couramment utilisées pour gérer sa douleur :

  • changer ses habitudes de vie (modifier la manière dont on réalise certaines tâches, arrêter certaines activités, etc.) ;
  • modifier son environnement (par exemple, aménager son poste de travail ou son domicile) ;
  • recourir à une substance chimique, médicamenteuse ou autre, peu importe le mode d’administration (pommades, paracétamol, arnica, CBD, infiltrations, etc.) ;
  • pratiquer une ou plusieurs activités physiques ou exercices physiques réguliers ;
  • recourir à une solution psycho-corporelle (relaxation, méditation, sophrologie, etc.) ;
  • utiliser des agents physiques (glace, pack de chaud, TENS, dispositif d’auto-massage tel que le pistolet de massage, etc.) ;
  • se tourner vers une solution manuelle (massage, mobilisation ou manipulation passive, etc.) ;
  • adopter une solution spirituelle, religieuse ou énergétique (pour celles et ceux qui y croient) ;
  • recourir à une méthode de psychothérapie (les approches cognitivo-comportementales ou l’entretien motivationnel, par exemple) ;
  • s’informer sur sa santé, sur la douleur chronique, sur les méthodes existantes pour gérer au mieux sa douleur (comme lire cet article !)
  • recherche un soutien social (adhérer à une association, échanger sur un forum, etc.) ;
  • améliorer son hygiène de vie de manière générale (mieux manger, arrêter de fumer, perdre du poids, etc.) ;
  • consulter un professionnel, par exemple dans une clinique spécialisée en gestion de la douleur.

En fonction de votre cas particulier, toutes les solutions ne sont pas forcément bonnes à prendre. Il n’existe toutefois pas de bonnes ou de mauvaises combinaisons de solutions dans l’absolu. Vous êtes la seule personne à même de décider de ce qui vous convient le mieux.

En pratique, vous le faites probablement en utilisant un cahier des charge plus ou moins consciemment.

Vous vous dites probablement que, dans l’idéal, les solutions à adopter pour gérer votre douleur doivent le plus possible :

  • sembler efficaces à première vue, être plausibles (vs. farfelues) ;
  • être susceptibles d’être réellement efficaces (au regard des connaissances scientifiques disponibles) ;
  • être financièrement abordables ;
  • être agréables à mettre en œuvre ;
  • être dénuées de risques d’effets secondaires ;
  • vous rendre autonome ;
  • être pratique à appliquer ;
  • générer des effets positifs collatéraux pour votre santé physique et mentale (comme la pratique d’une activité physique régulière) ;
  • être jugées acceptables pour votre entourage (familial, amical, etc.) ;
  • être jugées acceptables par les professionnels de santé qui s’occupent éventuellement de vous (votre médecin, votre kiné, etc.).

Selon nos sensibilités respectives, il est bien sûr parfaitement normal d’accorder une importance différente à chacun de ces critères. C’est pourquoi il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises solutions pour vous indépendamment de votre propre appréciation.

Pour certain·es, ingérer des médicaments sera hors de question en raison d’une forte crainte du risque d’effets secondaires (justifiée ou non, là n’est pas la question). Pour d’autres, c’est une solution indispensable.

Pour certain·es, envisager de faire plus d’activité physique sera perçu comme très désagréable. Pour d’autre, ce sera un véritable plaisir.

Pour certain·es, recourir aux massages d’un·e professionnel·le est une évidence. Pour d’autres, c’est rentrer dans une situation de dépendance.

Etc.

Ma position en tant que professionnel est que je préfère ne pas juger des valeurs et préférences des une·s et des autres. En conséquence, je ne juge pas du bouquet de solutions que choisissent les gens pour gérer leur douleur.

Ce que je préfère en revanche, c’est vous aider à choisir en :

  • mettant en rapport les solutions disponibles avec les résultats de votre évaluation fonctionnelle ;
  • vous informant au plus juste sur les bénéfices et les risques que vous pouvez attendre de chacune des solutions palliatives disponibles (au regard des connaissances scientifiques) ;
  • portant à votre connaissances des solutions auxquelles vous n’auriez pas forcément pensées (notamment dans la gamme des changements d’habitudes ou modifications de votre environnement) ;
  • rappelant les différents critères du cahier des charges nécessaire pour la décision ; celui-ci étant utilisé plus ou moins explicitement, il est parfois bon de se voir rappeler des critères importants qu’on aurait tendance à négliger involontairement ;
  • vous encourageant à mettre en place des solutions auxquelles vous auriez pensée mais n’auriez pas osé mettre en place par crainte sans justification évidente (vous adonner à telle ou telle activité physique de peur d’aggraver le problème).
  • vous invitant à évaluer les mérites comparatifs d’une approche par rapport à une autre. Votre temps et votre énergie sont des ressources finies. Toutes les ressources que vous consacrez à telle méthode sont des ressources que vous ne consacrez pas à une autre. C’est pourquoi il est crucial de ne pas simplement se demander « Est-ce que cette approche marche ? » mais « Est-ce que cette approche marche mieux que telle autre ? »

Dans cet article, il m’est bien sûr impossible de détailler toutes les approches, techniques et méthodes existantes en matière de gestion de la douleur.

Ce que je peux dire cependant, c’est que les personnes s’en sortant le mieux pour gérer leur douleur sont celles mettant en place des stratégies actives.

Qu’est-ce qui est actif et qu’est qui ne l’est pas ? On aurait par exemple tendance à penser que le massage est plutôt passif [2] alors que l’exercice physique est une démarche active. Si la chose est claire pour l’exercice physique, c’est plus difficile à juger a priori pour le massage [2].

Une stratégie de gestion de la douleur est active si elle vous permet de maintenir un niveau d’activité que vous ne pourriez maintenir sans elle. Si vous vous faites masser pour réduire la douleur dans l’instant sans que cela ne vous permette d’être plus actif après, vous êtes dans une stratégie passive [2].

En revanche, s’il y a des activités qui vous sont inaccessibles sans avoir été massé, le massage peut alors faire partie d’une stratégie active (soit dit en passant, c’est tout à fait improbable pour le massage).

Est-il alors recommandé d’adopter plutôt une démarche active que passive ? En l’état des connaissances scientifiques, c’est difficile à juger même si cela me paraît très plausible (et cela paraît d’autant plus plausible quand on examine la question de la douleur chronique chez les animaux sauvages ; voir mon article : Gestion de la douleur chronique : les enseignements du monde animal).

C’est difficile à juger car on ne sait pas si les personnes qui utilisent une stratégie de gestion active s’en sortent mieux parce que :

  • adopter une stratégie active est plus efficace qu’adopter une stratégie passive ;
  • les personnes susceptibles d’être actifs sont aussi biologiquement et psychologiquement disposées à mieux vivre leur douleur ;
  • les deux raisons ci-dessus en même temps.

Je suis moi-même sujet à des douleurs persistantes et voici comment je compose avec cette incertitude en pratique : je préfère me dire que je fais partie des personnes actives en matière de gestion de la douleur et agir en conséquence.

Et vous ? L’espace commentaire est là pour vous, si vous le souhaitez ! Je vous répondrai.

Je vous laisse aussi découvrir ces ebooks conçus sur la base des questionnements les plus fréquent(e)s des patient(e)s qui consultent ce site internet :

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RÉFÉRENCES

[1] Raffaeli W, Tenti M, Corraro A, et al. Chronic Pain: What Does It Mean? A Review on the Use of the Term Chronic Pain in Clinical Practice. J Pain Res. 2021;14:827-835. Published 2021 Mar 29. doi:10.2147/JPR.S303186

[2] Nicholas MK, Blyth FM. Are self-management strategies effective in chronic pain treatment? Pain Manag. 2016;6(1):75-88. doi: 10.2217/pmt.15.57. Epub 2015 Dec 17. PMID: 26678703.

[3] Williams AC de C, Fisher E, Hearn L, Eccleston C. Psychological therapies for the management of chronic pain (excluding headache) in adults. Cochrane Database of Systematic Reviews 2020, Issue 8. Art. No.: CD007407. DOI: 10.1002/14651858.CD007407.pub4.

[4] Oliveira VC, Ferreira PH, Maher CG, Pinto RZ, Refshauge KM, Ferreira ML. Effectiveness of self-management of low back pain: systematic review with meta-analysis. Arthritis Care Res (Hoboken). 2012 Nov;64(11):1739-48. doi: 10.1002/acr.21737. PMID: 22623349.

[5] Sullivan, M. J. L., Bishop, S. R., & Pivik, J. (1995). The Pain Catastrophizing Scale: Development and validation. Psychological Assessment, 7(4), 524–532. https://doi.org/10.1037/1040-3590.7.4.524

[6] Goudman L, De Smedt A, Linderoth B, Eldabe S, Witkam R, Henssen D, Moens M. Identifying goals in patients with chronic pain: A European survey. Eur J Pain. 2021 Oct;25(9):1959-1970. doi: 10.1002/ejp.1814. Epub 2021 Jun 20. PMID: 34048121.

[7] Henry SG, Bell RA, Fenton JJ, Kravitz RL. Goals of Chronic Pain Management: Do Patients and Primary Care Physicians Agree and Does it Matter? Clin J Pain. 2017;33(11):955-961. doi:10.1097/AJP.0000000000000488

[8] Objectifs et indicateurs SMART. (2021, juin 1). Wikipédia, l’encyclopédie libre. Page consultée le 15 novembre 2021.

Photo d'Albin Guillaud, kinésithérapeute

Rédigé par Albin Guillaud

Kiné et docteur en santé publique, j’ai à cœur de répondre au mieux possible à vos questions. Pour cela, je plonge volontiers au plus profond des abysses de la littérature scientifique internationale.

Entre deux immersions, j’aime arpenter les belles montagnes savoisiennes qui m’hébergent ! 🌞❄️

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Carte visite kiné à domicile : comment faire ou déléguer & exemples

Vous souhaitez créer ou améliorer votre carte de visite de kinésithérapeute à domicile ?

Moi-même kiné exclusivement à domicile, je vous donne quelques conseils pour créer votre carte vous-même ou trouver le prestataire au meilleur rapport qualité-prix !

Lisez plutôt cet autre article si vous cherchez à faire votre carte de visite de kiné en cabinet.

♻️ Dernière mise à jour : novembre 2023.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec le sujet. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Que dit la réglementation sur les cartes de visites de kiné ?

Le Code de la santé publique et le Conseil de l’Ordre des kinés définissent comment nous avons le droit de communiquer en tant que profession réglementée.

Les cartes de visite font partie des « documents professionnels ». Voici ce que le CNOMK dit à leur sujet :

Les mentions à faire figurer sur les documents professionnels sont unique-
ment celles précisées à l’article R. 4321-122 du code de la santé publique.

CNOMK

Aucune mention n’est obligatoire.

Voici la liste des choses qu’on a le droit de faire figurer selon cet article :

  • nom, prénoms, adresse professionnelle, numéros de téléphone, de télécopie, son adresse de messagerie internet, les jours et heures de consultation ;
  • noms des masseurs-kinésithérapeutes associés et l’indication du type de société ;
  • conventionnement ou non et numéro d’identification ;
  • qualification qui lui aura été reconnue conformément au règlement de qualification établi par l’ordre et approuvé par le ministre chargé de la santé ;
  • diplômes, titres, grades et fonctions lorsqu’ils ont été reconnus par le conseil national de l’ordre. Clairement, ce point est rarement respecté. Nombre de kinés indiquent sur leurs cartes et leurs plaque des « spécialités » qui n’en sont pas aux yeux de l’ordre, par exemple « méthode Mézières » ;
  • adhésion à une AGA ;
  • distinctions honorifiques reconnues par la République française.

Le CNOMK dit bien que les cartes de visite :

  • peuvent être distribuées individuellement, mais pas « en quantité » (la différence ne saute pas forcément aux yeux !) ;
  • ne peuvent pas être laissées à disposition dans un commerce.

Nous allons voir ce qu’il est pertinent de faire figurer parmi ces points (clairement, pas tout !).

Le Code de la santé publique limite ce que les kinés ont le droit de mettre sur leur carte de visite.

Quoi mettre sur sa carte de visite de kiné à domicile ?

Voici ce que je vous conseille et déconseille de mettre sur votre carte pour votre activité de kiné à domicile.

Informations indispensables

  • La mention « Kinésithérapeute à domicile » ou « Kinésithérapie à domicile »
  • Votre prénom et nom
  • Votre numéro de téléphone
  • Votre secteur d’intervention (villes et/ou quartiers)

Informations facultatives

  • Votre site internet (si vous en avez un)
  • Votre adresse mail (si vous souhaitez communiquer par cette voie avec vos patients ; attention, les patients ne peuvent pas envoyer de mail sur les messageries sécurisées telles que celles fournies par MSSanté)
  • Votre logo ou votre photo
  • Au verso, la mention « Prochains rendez-vous » avec des traits pour écrire dessus les heures et jours des futurs rendez-vous
  • Si vous prenez en charge les adultes et ou les enfants
  • Les techniques ou prises en charge que vous souhaitez particulièrement développer. Rappelez-vous qu’en théorie, nous avons le droit de mentionner seulement les spécialités retenues par le CNOMK.

💡 Si vous voulez en savoir plus sur le développement de votre activité de kiné à domicile, j’ai conçu un ebook beaucoup plus complet !

ebook kiné à domicile

En combien d’exemplaires imprimer sa carte de visite ?

J’ai imprimé 500 cartes de visite lorsque j’ai débuté mon activité de kiné à domicile en novembre 2019. Plus de 3 ans plus tard, il m’en reste encore la moitié !

500 cartes de visites de kinésithérapeute à domicile
500 cartes de visites, ça dure longtemps !

Cela ne prend pas trop d’espace de stockage cependant, donc ce n’est pas embêtant.

Les prix pour une impression recto ou recto-verso sont sensiblement les mêmes. Personnellement, je laisse le verso vierge pour noter librement les prochains rendez-vous.

Si vous prévoyez d’exercer cette activité plusieurs années sans changement majeur, 200 à 500 impressions me semble adapté.

Exemples de cartes de visites de kiné à domicile

Voici des exemples de vraies cartes de visite de kinés qui travaillent au domicile des patient(e)s.

exemple de carte de visite d'un kinésithérapeute à domicile
Sobre et efficace. Taille de police peut-être un peu petite pour le site et le téléphone. Carte faite sous Canva
exemple de carte de visite et rdv de kiné d'une kiné exclusivement à domicile
Ma carte 🙂 Faite aussi sous Canva
modele de carte de visite d'un kiné ostéopathe à domicile
Jolie carte de visite, manque cependant le secteur géographique d’intervention !

Quels prestataires pour faire faire sa carte de visite de kiné ?

Il existe énormément de prestataires différents pour créer des cartes de visite à partir d’un modèle type ou sur mesure. Sur internet comme dans des magasins localement.

Voici un récapitulatif de ces différents prestataires.

  • Magasins de bureau type Bureau Vallée, Alpes Bureau, proposant l’impression de documents. Peu personnalisable en général, mais rapide.
  • Papeteries / Petites imprimeries. Peu personnalisable en général, mais rapide.
  • Agences de communication. Ne vaut absolument pas le coût si vous les solliciter uniquement pour des cartes de visite.
  • Graphistes indépendants. Vers chez vous, ou via des plateformes qui mettent en relation freelances et personnes en recherche de service (Malt, ou ComeUp pour des prix plus discounts). Souvent cela prend plus de temps de déléguer que de faire soi-même pour quelque chose d’aussi petit et avec peu d’enjeux !
  • Boutiques en ligne de cartes de visite. Type Vistaprint, Etsy (plus de choix et plus joli que les concurrents, mais il faudra aller ailleurs pour les imprimer), Moo.com, Docticard (très cher par rapport aux concurrents, sans que les prestations se démarquent), etc. On peut passer un temps infini à regarder leurs différents modèles !
exemple de carte de visite personnalisable pou kiné vistaprint
Modèle « personnalisable » avec Vistaprint : il y a plus joyeux !

Personnellement, j’ai toujours fait moi-même mes cartes de visites. Il existe des services gratuits en ligne assez intuitifs permettant d’arriver à un résultat professionnel, même si comme moi, on n’a aucun don particulier pour les compétences graphiques.

Je vais justement vous présenter le meilleur outil gratuit parmi tous ceux que j’ai pu tester pour créer sa carte de visite. Je le trouve beaucoup plus facile à prendre en main que les outils développés par les boutiques en ligne de cartes de visite.

Comment faire soi-même une carte de visite réussie ?

J’ai découvert Canva il y a quelques années et c’est un outil vraiment pratique.

Il n’y a pas besoin de télécharger quoi que ce soit : vous l’utilisez en ligne depuis votre ordinateur ou smartphone. Il suffit de créer un compte, gratuit. (Vous pouvez tout à fait vous passer de la version payante.)

Vous tapez ensuite dans la barre de recherche qui apparaît « carte de visite ». Vous choisissez un modèle gratuit à personnaliser.

aperçu de canva pour créer une carte de visite de kiné
L’interface de l’application en ligne Canva

Vous pouvez ensuite tout modifier : les couleurs, les logos, les textes, les polices, les tailles de caractère… C’est vraiment intuitif, beaucoup plus que Paint ou Microsoft Word !

Une fois que vous arrivez à un modèle qui vous plaît, 2 options s’offrent à vous :

  • imprimer directement via Canva (cela vous coûtera environ 70 euros pour 500 exemplaires). Vous recevrez les cartes sous quelques jours chez vous ;
  • imprimer dans le lieu que vous voulez, par exemple votre magasin de fourniture de bureau. Dans ce cas, vous exportez depuis Canva votre carte de visite en PDF. Ça vous reviendra en général à moitié prix par rapport à Canva, mais prendra plus de temps.

Je vous conseille dans tous les cas d’exporter au format PDF et JPG votre carte. Vous pourrez avoir à l’utiliser sous cette forme dans le futur.

Amusez-vous bien avec Canva ! Si vous avez des questions, des remarques, l’espace commentaire est là pour ça !

Et si vous voulez plus d’infos concrètes pour développer votre activité de kiné à domicile, découvrez mon ebook.

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  2. Tout savoir sur la profession de kiné à domicile
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📚 SOURCES

Guide de communication du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes CNOMK – 2022 – ici

Code de la santé publique : ici

Canva

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Revitive Ultrason : tout savoir à son sujet, les avis & études

Il y a de ça déjà 2 ans, j’ai donné mon avis argumenté sur le copain du Revitive Thérapie Ultrason : le Revitive Medic. Mon article qui lui est consacré a été vu plus de 100 000 fois, et mes lecteurs et lectrices restent en moyenne plus de 8 minutes sur la page. J’en ai conclu que cet article a été plutôt utile

Et me voilà donc aujourd’hui en train de rédiger mon avis sur le Revitive thérapie ultrason. Je me sens d’autant plus légitime qu’étant kiné, les ultrasons font partie de mon attirail thérapeutique… a priori.

À nouveau, les promesses d’efficacité pour ce dispositif sont grandes : « Accélère la guérison de blessures musculaires », « traiter une variété de blessures, récentes ou anciennes », « Combat la douleur musculaire à la source »…

Nous verrons ce qu’il en est !

Mon objectif ?

  1. Répondre aux principales questions des internautes et de mes patient(e)s sur les ultrasons et le Revitive Ultrason
  2. Vous donner mon avis de kiné à son sujet. Avis qui s’appuie sur les études cliniques réalisées sur son efficacité et ses effets secondaires, en plus de mon expérience professionnelle.
  3. Vous permettre ainsi de trancher en faveur de l’achat et/ou de l’utilisation du Revitive Ultrason au regard de votre propre évaluation du bénéfice/risque dans votre cas.

Bonne lecture !

♻️ Dernière mise à jour : juillet 2023.
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Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Qu’est-ce que le Revitive thérapie ultrason ?

Le Revitive Thérapie Ultrason est un appareil développé par l’entreprise Revitive. Il se présente sous la forme d’une sonde qui s’applique à différents endroits du corps.

photo de l'appareil à ultrasons portable Revitive thérapie ultrason
À quoi ressemble la boîte, l’appareil et le gel (fournit avec)

Comment ça marche ?

Voici concrètement comment procéder pour l’utiliser :

  1. vous allumez l’appareil et procédez à des réglages simples (intensité bas, moyen, haut et durée de 5, 10 ou 15 minutes) ;
  2. vous mettez un gel conducteur sur la tête de l’appareil ;
  3. vous posez la sonde sur la partie du corps que vous voulez traiter, en restant toujours en mouvement (par exemple, en faisant des petits cercles lents) ;
  4. l’appareil émet un signal ultrasonore qui a un effet à la fois mécanique et thermique ;
  5. l’ultrason pénètre plus ou moins en profondeur les différents tissus (selon la fréquence et l’intensité à laquelle on l’a réglé). Cela provoque en théorie un effet défibrosant, antalgique et anti-inflammatoire ;
  6. au bout de quelques minutes, vous arrêtez l’appareil.

Dans la notice livrée avec le Revitive, le fabricant fait des recommandations sur les réglages en fonction du problème que vous rencontrez :

extrait de la notice du revitive ultrason avec réglages de durée et d'intensité
Extrait de la notice fournie par Revitive avec les réglages selon l’indication

Quel prix ?

Le prix de cet appareil neuf est aux alentours des 150 euros quelque soit l’endroit où vous l’achetez.

prix du revitive thérapie ultrason sur le site du fabricant
Le prix sur le site de Revitive au moment où j’ai écrit cet article

Il n’est pas inscrit sur la liste des dispositifs de santé pris en charge par l’Assurance maladie ou les mutuelles : vous ne serez donc pas du tout remboursé si vous l’achetez.

L’appareil fonctionne de la même façon que les appareils à ultrasons utilisés par les kinésithérapeutes. La principale différence est que le Revitive ultrason est portable et destiné à un usage par les particuliers. Sa fréquence est aussi moins élevée.

Les kinés utilisent l’ultrasonothérapie depuis les années 1960.

Quand l’utiliser selon Revitive ?

Selon la marque Revitive qui fabrique et commercialise le Revitive ultrason, il peut être utiliser pourtraiter et accélérer la guérison :

Tout ce qu’on appelle les « blessures musculaires » ou les « lésions du tissu mou ».

Mais aussi soulager la douleur associée à ces problèmes.

Ça, c’est bien ce que dit la marque. Et ce sont des promesses déjà très ambitieuses !

Cependant, sur la notice de 14 pages, au milieu de longs textes, on lit ceci :

extrait de la notice du revitive ultrason
Extrait de la notice du Revitive ultrason !

Il faut donc en théorie appliquer pendant 6 semaines à raison d’1 à 2 fois par jour le Revitive pour commencer à ressentir une efficacité selon la marque !

Tout au long de cet article, je vais justement essayer de voir si cela se confirme vraiment : est-ce qu’on a des études qui montrent que vraiment, les gens sont guéris, ou au moins soulagés après son utilisation ?

Est-ce que les ultrasons sont efficaces quand on les évalue de manière fiable ?

L’entreprise Revitive dit que l’appareil peut accélérer la guérison de blessures musculaires tout en soulageant les douleurs. Il faut vérifier la fiabilité de ces promesses ambitieuses !

Les avis sur le Revitive ultrason

Avant de nous pencher sur les études sur les bienfaits (ou effets secondaires) des ultrasons, je vais passer en revue quelques avis qu’on trouve souvent à son sujet.

Pourquoi ? Parce que la plupart des gens s’appuient sur des avis de ce type avant de décider d’acheter ou d’utiliser quelque chose.

C’est totalement humain : on veut voir si les choses ont marché sur d’autres personnes dans notre cas avant de le tester sur nous !

Pourtant, s’appuyer sur ces avis a certaines limites. C’est ce que je vais essayer d’illustrer ici.

Avis du fabricant

Bien évidemment, comme on s’y attend, les gens qui fabriquent ou commercialisent le Revitive thérapie ultrason le présentent de manière très élogieuse. À grand renfort de textes, de vidéos et d’avis clients ultra-positifs.

Voici par exemple le témoignage qu’on peut trouver sur le site de Revitive :

témoignage positif d'une personne ayant a priori utilisé le revitive ultrason
Témoignage présent sur le site Revitive

L’entreprise ne va pas se tirer une balle dans le pied et présente bien sûr un avis positif.

Bien qu’un peu flou : qu’est-ce qu’elle entend par « bon résultat ? » :

  • est-ce que les douleurs sont soulagées ? Éliminées ?
  • Est-ce que la « tendinite chronique » est guérie ?
  • Est-ce qu’elle peut refaire autant de musculation et sport, comme elle le souhaite (puisqu’on la voit avec une haltère) ?
  • Est-ce que ces effets se sont maintenus dans le temps ?
  • Est-ce qu’elle a fait d’autres choses en parallèle qui peuvent participer à ces effets bénéfiques ?

Problème : ce témoignage affiché par la marque est en contradiction avec ce qu’elle dit pourtant dans son manuel : « Des effets positifs devraient être constatés au bout de 6 semaines. » Et non 3 séances !

Ces éléments contradictoires diminuent grandement la confiance que je pourrais avoir potentiellement envers la marque.

De plus, quelque soit le témoignage qu’on rapporte (positif ou négatif), on peut se poser à raison toute ces questions… C’est la limite des témoignages.

Et c’est pour cela que pour ma part, pour des sujets de santé, je m’appuie que très partiellement sur eux pour prendre mes décisions. Et surtout sur ceux relayés par la marque !

Avis des utilisateurs

J’imagine que vous êtes comme moi et que vous ne vous contentez pas forcément de regarder des avis communiqués uniquement par la marque. Vous demandez autour de vous, ou vous allez sur d’autres sites.

Et vous allez trouver d’autres témoignages positifs. Et d’autres négatifs, comme celui-ci, sur Amazon :

avis négatif sur le revitive ultrason

Et en général, très peu de témoignage neutres. Souvent, les personnes ne prendront pas le temps de laisser un avis si elles ont été indifférentes.

Ces avis permettent déjà se se forger une opinion un peu plus précise. Car si on est sur un site « indépendant », on a déjà accès à un catalogue un peu plus large d’avis.

Mais les témoignages, on l’a vu, ont tout de même leur limite.

Comment savoir si on a plus de chance d’être du côté des satisfaits que des insatisfaits en utilisant le dispositif ?

Certaines personnes souhaitent alors disposer d’autres avis. Ceux provenant de médecins, de professionnels de santé, de kinés… Bref, du « corps médical ».

Avis du corps médical

Une des raisons pour lesquelles j’ai écrit cet article est celle-ci : on ne trouve AUCUN avis médical sur le Revitive ultrason. En tout cas, à l’heure où j’écris ces lignes, et selon mes recherches.

En revanche, il existe des tonnes d’avis médicaux sur les ultrasons en général. Et ceux-ci sont surtout publiés dans le monde académique, dans des revues scientifiques.

Dans la suite de cet article, je vais donc m’appuyer sur ces fameuses études. Et sur les plus rigoureuses, afin de voir si vraiment, les ultrasons permettent d’accélérer la guérison des blessures musculaires et de soulager les douleurs !

Vous trouverez bien sûr toutes les références en fin d’article.

Les études sur l’efficacité des ultrasons

Il existe plusieurs centaines d’études sur les ultrasons utilisés dans un but thérapeutique, ce qui nous intéresse ici. Mais toutes ne portent pas sur les blessures musculaires, car les ultrasons sont utilisés dans d’autres disciplines médicales, comme les maladies du rein.

études sur l'efficacité des ultrasons indexées dans la medline/pubmed. Représentation graphique par année
Les études sur les ultrasons dans la littérature médicale internationale

Il existe tout de même suffisamment d’études sur l’effet des ultrasons pour que les équipes de recherche aient réalisé ce qu’on appelle des revues systématique et méta-analyse. Ce sont des études qui permettent :

  • de chercher et réunir toutes les études sur un sujet ;
  • de sélectionner les meilleures, les plus fiables d’entre-elles ;
  • d’en faire une synthèse pour dire si le traitement est efficace et dans quel cas il devrait être recommandé.

Ce sont ces études sur lesquelles je me suis focalisée. Celles qui portent sur la guérison ou le soulagement :

  • des douleurs musculaires,
  • des problèmes tendineux (« tendinites ») et ligamentaires (entorse),
  • et de l’arthrose.

Car ce sont les problèmes pour lesquels les personnes s’interrogent le plus sur l’effet du Revitive ultrason.

Point important : ces études traitent des ultrasons utilisés par les kinés et non sur le Revitive ultrason (qui n’a pas fait l’objet d’étude spécifique à ma connaissance). Et il y a tout lieu de penser que le Revitive est plutôt moins puissant/efficace que les appareils utilisés plus conventionnellement.

Voir ses spécifications techniques en termes de puissance et d’intensité :

propriétés techniques du revitive ultrason, tirées de sa notice
Propriétés techniques du Revitive inscrites dans sa notice

Et si l’on compare avec l’un des principaux appareils à ultrason utilisé par les kinés, celui de la marque Chattanooga (Ultrason Intellect 2 mobile) :

Caractéristiques techniquesRevitive ultrasonChattanooga Intellect 2
AlimentationEntrée : 100-240V AC
1.2 A
50/60Hz
100-240V AC
1.0 à 0.42A
50/60Hz
Fréquence1MHZ1MHZ ; 3MHz
Puissance de sortie0,5 à 1,2W/cm²2 à 3W/cm²
Comparaison des spécifications techniques du Revitive ultrason VS un des appareils à ultrason les plus utilisés par les kinés

Efficace sur les tendinites ?

Les tendinopathies (ce qu’on appelle dans le langage courant « tendinite ») font partie des blessures tendineuses les plus fréquentes, et les plus embêtantes.

Elles touchent surtout :

  • l’épaule (supra-épineux, infra-épineux, coiffe des rotateurs) ;
  • le coude (tennis elbow, épicondylite) ;
  • le tendon d’achille (pied/jambe) ;
  • le genou (voir mon article sur la durée des tendinites du genou) ;
  • le poignet ;
  • la hanche.

Il existe des dizaines et des dizaines de traitements visant à accélérer leur guérison ou à soulager les douleurs liées à ce problème. Les ultrasons sont l’un d’entre-eux.

On dispose justement d’une synthèse récente de la littérature à ce sujet, et voilà ce qu’elle nous dit :

Les ultrasons sont une modalité thérapeutique qui s’est avérée capable d’induire de manière non invasive des effets en laboratoire dans le tendon qui peuvent théoriquement favoriser la guérison. Cependant, les résultats de l’efficacité des ultrasons est mitigée. Les preuves sont actuellement insuffisantes pour conclure quelles modalités ou paramètres d’ultrason sont les plus efficaces.

Smallcomb 2022

Dit plus simplement (enfin, j’espère !) :

  • les études sur le sujet sont de faible qualité ;
  • leurs résultats sont discordants, montrant parfois un petit effet, parfois pas d’effet ;
  • même si en théorie les ultrasons ont un effet physiologique en laboratoire sur les tendons, rien ne dit qu’en situation réelle, cet effet suffise à soulager la douleur ou à réparer plus vite la lésion tendineuse.

Deux autres revues sont centrées sur des problèmes tendineux particuliers et concluent sur :

  • le syndrome du canal carpien (Cochrane 2013) : « Il n’existe que des preuves de qualité médiocre provenant de données très limitées pour suggérer que les ultrasons thérapeutiques peuvent être plus efficaces que le placebo pour l’amélioration des symptômes à court ou à long terme chez les personnes souffrant du canal carpien. Des études plus rigoureuses sur le plan méthodologique sont nécessaires pour déterminer l’efficacité et la sécurité des ultrasons thérapeutiques dans le traitement de ce syndrome.» ;
  • la tendinopathie de la coiffe des rotateurs (Desmeules 2015) : « Sur la base de preuves de niveau faible à modéré, les ultrasons thérapeutiques n’apportent aucun bénéfice par rapport à un placebo ou à des conseils, à la thérapie au laser, associés ou non à l’exercice. »

Efficace sur l’arthrose ?

L’arthrose du genou est la plus fréquente. Et c’est donc logiquement celle sur laquelle l’efficacité des ultrasons est la plus évaluée. Il existe une revue systématique récente qui compile toutes les études à ce sujet.

Voici ses conclusions :

il n’est pas possible de faire des recommandations significatives pour la pratique clinique en raison du petit nombre d’études et de la faible qualité méthodologique des études jugées éligibles pour cette étude.

Dantas 2021

Les auteurs ont sélectionné seulement 4 études, celles de meilleure qualité.

Mais leur qualité est tout de même très faible.

En santé, si on a quelques études de faible qualité qui ne montrent pas un effet significatif, il est plus raisonnable de penser qu’un traitement n’est pas plus efficace qu’un placebo. Pourquoi ?

À cause en partie de ce qu’on appelle le biais de publication : on a tendance à publier seulement les études qui montrent un effet positif.

Il est raisonnable d’élargir ces résultats à l’arthrose en général, et pas seulement à la gonarthrose (arthrose du genou).

Malgré plusieurs décennies d’existence, les ultrasons n’ont pas fait la preuve de leur efficacité contre l’arthrose. Ni pour soulager les douleurs, encore moins pour ralentir ou éviter l’aggravation des lésions du cartilage.

Efficace pour les douleurs ?

Les ultrasons ont surtout été testé sur les douleurs :

  • au dos, en cas de lombalgie chronique ;
  • au cou, en cas de cervicalgie chronique.

Voici les conclusions des équipes de recherche qui ont compilé les études à ce sujet.

Douleurs lombaires

Bien qu’il existe des preuves que les ultrasons thérapeutiques peuvent avoir un petit effet sur l’amélioration de la fonction lombaire à court terme par rapport au placebo, la certitude des preuves est très faible. L’effet réel est susceptible d’être sensiblement différent. Il y a peu d’essais randomisés de haute qualité, et les essais disponibles étaient très petits. Les preuves actuelles ne soutiennent pas l’utilisation des ultrasons thérapeutiques dans la gestion de la lombalgie chronique.

Cochrane 2020

Conclusion : les ultrasons ne sont pas recommandés pour traiter ou soulager les douleurs de dos chroniques.

Douleurs au cou

Compte-tenu du peu d’essais et des résultats contradictoires, nous ne pouvons pas recommander l’utilisation d’ultrasons seuls pour la cervicalgie chronique.

Noori 2020

Une autre revue est un peu plus optimiste (Quing 2021) et parle d’un effet sur la douleur malgré la faible qualité des études, qu’elle reconnaît. Mais la diminution de la douleur par rapport à un placebo ou à un autre traitement est seulement de 0,5 à 1 point sur 10 !

Si on prend en compte l’ensemble des études et revues publiées sur le sujet, les biais classiques du système de publication, il est raisonnable de penser que les ultrasons ne permettent pas de soulager les douleurs du cou mieux qu’un placebo.

Et les autres douleurs ?

Il existe justement une revue qui s’intéresse aux effets des ultrasons sur les douleurs articulaires chroniques en général. Particulièrement au niveau du genou, de la hanche et de l’épaule.

Que dit-elle ? Je crois que vous commencez à anticiper sa réponse…

Utilisé seul, le traitement par ultrasons peut ne pas avoir d’impact significatif sur l’amélioration fonctionnelle, mais peut être un complément raisonnable à envisager avec d’autres modalités courantes. D’autres essais sont nécessaires pour définir le véritable effet du traitement par ultrasons de faible intensité sur la douleur du genou, de l’épaule et de la hanche.

Aiyer 2020

Dit de manière moins politiquement correcte : malgré les dizaines d’études consacrées, l’efficacité des ultrasons sur les douleurs ou la guérison tendineuse n’est pas établie.

Efficace sur l’entorse ?

Les ultrasons, sans surprise, n’amènent pas les effets escomptés sur les entorses de cheville.

L’ultrasonothérapie a eu peu d’effets bénéfiques sur l’amélioration générale, la douleur ou la capacité à porter du poids dans les entorses aiguës de la cheville. Un suivi de 2 à 4 semaines a suggéré que la plupart des participants se rétabliraient indépendamment de l’utilisation des ultrasons.

Verhagen 2013

Ces conclusions sont similaires à celles d’une revue Cochrane de 2011 sur le même sujet.

Après ce tour d’horizon des principales synthèses d’études sur l’efficacité des ultrasons, voilà 3 choses à retenir :

  1. Les études sur l’efficacité des ultrasons sont de très faible qualité. Pourtant, il est assez facile de mettre en place techniquement un placebo d’ultrason.
  2. L’immense majorité des revues évaluant l’effet des ultrasons concluent à une absence de preuve d’efficacité sur les douleurs, et encore moins l’accélération de la guérison. Ou à un petit effet sur la douleur, qui peut potentiellement ‘expliquer par les biais du système de publication plutôt que par une réelle efficacité des ultrasons.
  3. Les ultrasons ne font pas partie des modalités de traitement recommandées dans la littérature scientifique internationale, pour les indications pourtant suggérées par Revitive !

Les contre-indications & effets secondaires du Revitive ultrason

Les ultrasons n’ont clairement pas fait la preuve de leur efficacité… Mais sont-ils nocifs pour autant ?

À cette question, il semble raisonnable de répondre clairement non : les ultrasons utilisés correctement ne sont pas dangereux. Pas plus que le Revitive ultrason, qui a le marquage CE et est enregistré dans la liste des dispositifs médicaux de classe 2-a, auprès de l’Agence nationale de sécurité et des médicaments.

La plupart des synthèses d’études sur les ultrasons rapportent qu’aucun effet secondaire n’a été rapporté. Mais ils n’ont pas forcément été recensés.

Les seuls effets secondaires rapportés, rares, sont :

  • des réactions cutanées ;
  • des troubles intestinaux (difficile cependant de faire un lien causal avec les ultrasons).

Et un risque seulement théorique de brûlure.

Le site et la notice du Revitive liste les précautions à prendre, ainsi que les contre-indications (nombreuses). C’est à dire les états de santé qui ne permettent pas d’utiliser le Revitive ultrason en garantissant la sécurité. En voici un extrait des principales :

  • tumeur maligne ;
  • peau en regard de d’implants électroniques comme des pace-maker et défibrillateurs ;
  • peau infectée ou avec une plaie ;
  • peau avec anomalies vasculaires ;
  • sur le bas du dos ou l’abdomen d’une femme enceinte ;
  • sur une thrombose veineuse profonde ;
  • etc.

J’ai écrit un article plus complet sur les contre-indications et dangers des ultrasons.

Que faire qui marche à la place du Revitive ultrason ?

Les ultrasons ne font pas partie des traitements recommandés à l’internationale pour permettre une meilleure récupération, de nos jours.

Mais que faire alors ?

Tout dépend bien évidemment du problème que vous rencontrez !

Vous trouverez sur mon site de nombreux articles pour des pathologies couramment prises en charge en kinésithérapie. Voici une sélection :

Comparatif : ou trouver un appareil d’ultrason au meilleur prix

Malgré les informations que je délivre dans cet article (plutôt négatives vis-à-vis de l’efficacité du Revitive ultrason), vous souhaitez quand même en acquérir un ?

Ils s’achètent à peu près partout, à des tarifs à peu prêt identiques :

  • sur Amazon ;
  • Boulanger ;
  • en pharmacie ;
  • chez Darty ;
  • sur Cdiscount ;
  • parfois chez Leclerc ;
  • à la FNAC ;
  • et même d’occasion sur Leboncoin.
recherche de revitive ultrason sur leboncoin
On trouve des revitive ultrason d’occasion sur Leboncoin

Un Revitive ultrason « pas cher » neuf vaut autour de 150 euros.

Le voici sur Amazon :

Revitive thérapie ultrason
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Quel est mon avis sur le mericle ultrasonic ?

Je me suis rendue compte que vous êtes nombreux et nombreuses à tomber sur mon article sur le Revitive Ultrason en cherchant un avis sur le mericle ultrasonic.

Cet appareil est vendu à petit prix sur des sites comme Amazon ou Wallmart.

Il est présenté comme un outil de « soulagement lymphatique portable à ultrasons pour le cou« . Il y a très peu d’informations disponibles sur la technologies qui est derrière : est-ce que ce sont des ultrasons ?

Il se présente comme aillant une fonction de correcteur de posture, en plus de soulager les douleurs.

Compte-tenu :

  • de l’absence d’informations fiables sur la technologie qui est derrière ;
  • des informations contradictories sur ses caractéristiques selon les sites ;
  • les avis négatifs disponibles (même si vous en trouverez aussi toujours des posisitifs= ;
  • de nos connaissances sur la biologie humaine (une douleur n’est pas soulagée de manière significative avec un simple gadget au-delà d’un effet placebo ; la promesse de « corriger une posture est assez imprécise),

Mon avis : Le Mericle Ultrasonic n’est pas un dispositif vers lequel je recommande de se tourner.

Conclusion : mon avis sur le Revitive ultrason

Face aux douleurs, aux blessures musculaires ou tendineuses aigües ou chroniques, on est souvent à la recherche d’un traitement « miracle », ou en tout cas un minimum efficace. Et qui si possible ne nécessite pas beaucoup d’investissement financier/de temps/d’énergie.

C’est tout à fait sain comme réaction !

Les ultrasons font partie des traitements vers lesquels on peut se tourner. Après avoir pesé le pour et le contre dans son cas.

Certaines personnes sont parfaitement au courant des résultats des études que j’ai cité ici et vont tout de même continuer à utiliser ou recommander le Revitive ultrason. Pour des raisons qui leurs sont propres et qui sont sans doute très différentes selon les personnes.

Personnellement, les ultrasons (Revitive ou non) ne font pas partie des traitements que j’utilise. Ni pour moi, ni pour mes patient(e)s, même si certains kinés à domicile utilisent justement le Revitive ultrason.

Mon but ici n’est pas de vous convaincre de bannir le Revitive de votre vie. Je tenais simplement à faire le point sur nos connaissances actuelles sur le sujet. Libre à vous d’en faire ce que bon vous semble !

***

Vous avez des questions, vous souhaitez partager votre expérience ? L’espace commentaire est là pour ça !

Je vous laisse aussi découvrir mes ebooks conçus sur la base des questionnements les plus fréquent(e)s des patient(e)s qui consultent mon site internet :

Site Revitive, page dédiée au Revitive ultrason : ici

Manuel en pdf retrouvé sur le site de Darty : ici

Appareil à ultrason kiné Chattanooga : ici

Tendinopathies (« tendinites ») : Smallcomb M, Khandare S, Vidt ME, Simon JC. Therapeutic Ultrasound and Shockwave Therapy for Tendinopathy: A Narrative Review. Am J Phys Med Rehabil. 2022 Aug 1;101(8):801-807. doi: 10.1097/PHM.0000000000001894. Epub 2021 Oct 4. PMID: 35859290; PMCID: PMC9304757.

Canal carpien : Page MJ, O’Connor D, Pitt V, Massy-Westropp N. Therapeutic ultrasound for carpal tunnel syndrome. Cochrane Database Syst Rev. 2013 Mar 28;2013(3):CD009601. doi: 10.1002/14651858.CD009601.pub2. PMID: 23543580; PMCID: PMC7100871.

Tendinopathie de la coiffe : Desmeules F, Boudreault J, Roy JS, Dionne C, Frémont P, MacDermid JC. The efficacy of therapeutic ultrasound for rotator cuff tendinopathy: A systematic review and meta-analysis. Phys Ther Sport. 2015 Aug;16(3):276-84. doi: 10.1016/j.ptsp.2014.09.004. Epub 2014 Sep 23. PMID: 25824429.

Douleurs au dos chroniques. Ebadi S, Henschke N, Forogh B, Nakhostin Ansari N, van Tulder MW, Babaei-Ghazani A, Fallah E. Therapeutic ultrasound for chronic low back pain. Cochrane Database of Systematic Reviews 2020, Issue 7. Art. No.: CD009169.

Douleurs au cou. Qing W, Shi X, Zhang Q, Peng L, He C, Wei Q. Effect of Therapeutic Ultrasound for Neck Pain: A Systematic Review and Meta-Analysis. Arch Phys Med Rehabil. 2021 Nov;102(11):2219-2230. doi: 10.1016/j.apmr.2021.02.009. Epub 2021 Mar 17. PMID: 33722564.

Noori SA, Rasheed A, Aiyer R, Jung B, Bansal N, Chang KV, Ottestad E, Gulati A. Therapeutic Ultrasound for Pain Management in Chronic Low Back Pain and Chronic Neck Pain: A Systematic Review. Pain Med. 2020 Nov 7;21(7):1482-1493. doi: 10.1093/pm/pny287. PMID: 30649460.

Arthrose. Dantas LO, Osani MC, Bannuru RR. Therapeutic ultrasound for knee osteoarthritis: A systematic review and meta-analysis with grade quality assessment. Braz J Phys Ther. 2021 Nov-Dec;25(6):688-697. doi: 10.1016/j.bjpt.2021.07.003. Epub 2021 Sep 9. PMID: 34535411; PMCID: PMC8721076.

Douleurs articulaires chroniques. Aiyer R, Noori SA, Chang KV, Jung B, Rasheed A, Bansal N, Ottestad E, Gulati A. Therapeutic Ultrasound for Chronic Pain Management in Joints: A Systematic Review. Pain Med. 2020 Nov 7;21(7):1437-1448. doi: 10.1093/pm/pnz102. PMID: 31095336.

Entorse. Verhagen EA. What does therapeutic ultrasound add to recovery from acute ankle sprain? A review. Clin J Sport Med. 2013 Jan;23(1):84-5. doi: 10.1097/JSM.0b013e31827e9f1d. PMID: 23269327.

van den Bekerom MP, van der Windt DA, Ter Riet G, van der Heijden GJ, Bouter LM. Therapeutic ultrasound for acute ankle sprains. Cochrane Database Syst Rev. 2011 Jun 15;2011(6):CD001250. doi: 10.1002/14651858.CD001250.pub2. PMID: 21678332; PMCID: PMC7088449.

Cet article existe aussi en anglais : My Review on Revitive Ultrasound

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Œdème après prothèse de hanche : pourquoi ? Que faire ?

Vous venez d’être opéré d’une prothèse de hanche, vous avez un œdème, et vous êtes inquiet ou curieux par rapport à ce gonflement ?

Vous vous demandez combien de temps ça va durer, et ce que vous pouvez faire pour le diminuer ?

Et bien, j’ai écrit cet article pour justement répondre de la manière la plus fiable possible à ces questions, que se posent souvent mes patients opérés de la hanche.

Que vous ayez été opéré suite à de l’arthrose (coxarthrose) ou à une fracture du fémur.

Que vous ayez une prothèse totale ou intermédiaire de hanche (=PTH ou PIH), par voie postérieure ou antérieure.

♻️ Dernière mise à jour : 20 février 2024.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : liens Amazon affiliés. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales. Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Vous pouvez aussi vous procurer mon eBook complet (68 pages) : Récupérer au mieux après une prothèse de hanche.

guide de récupération sur les suites d'une prothèse de hanche, écrit par une kiné
Je résume cet article au format vidéo 🙂

Quels sont les différents types d’œdème chez l’être humain ?

L’œdème, c’est tout simplement le nom scientifique d’un gonflement.

Ce gonflement est causé par un excès de liquide dans les différentes couches de tissus dans le corps.

L’œdème peut avoir différentes causes, parmi lesquelles :

  • un problème cardiaque ;
  • un problème lymphatique, par exemple en cas de cancer ;
  • une allergie ;
  • des réactions à certains médicaments ;
  • une opération : c’est ce type d’œdème qu’on a après une opération de la hanche. On parle d’œdème post-opératoire.

On peut aussi avoir en plus de cet œdème un hématome. Mais ce n’est pas la même chose. Un hématome, c’est un amas de sang qui s’est accumulé dans les tissus corporels. Alors que dans un œdème, le liquide n’est pas du sang.

Mais l’hématome peut aussi avoir pour conséquence de provoquer un gonflement, une enflure.

L’œdème est quelque chose d’impressionnant quand on est pas habitué. À tel point que c’est la principale cause de consultation aux urgences après l’opération de la hanche dans le mois et demi qui suit l’opération. Avant même la douleur et l’infection !

Mais le plus souvent, cela ne nécessite pas une hospitalisation. (Source : Geko 2020)

Dans cet article, je me focalise sur les œdèmes post-opératoires : les œdèmes qu’on a souvent après la pose d’une prothèse de hanche,à cause d’une accumulation de liquides dans le corps.

Où sont localisés les œdèmes après prothèse de hanche ?

Quand on a été opéré de la hanche, on s’attend à avoir éventuellement un œdème au niveau… de la hanche. C’est tout à fait logique de raisonner ainsi !

Cependant, l’œdème peut être localisé à un ou plusieurs endroits après l’opération, et ce n’est pas quelque chose de rare ou d’inquiétant.

Voici les endroits qui peuvent être enflés après l’opération, et dans les semaines qui suivent :

  • tout autour de la hanche, y compris au dessus, vers l’abdomen, plus ou moins loin de la cicatrice ;
  • la cuisse et le genou ;
  • le pied ;
  • tout le membre inférieur opéré ; et même l’autre membre inférieur !

Les œdèmes après prothèse de hanche sont plus fréquemment localisés au niveau de la hanche, du genou, du pied ou de tout le membre inférieur opéré. Et parfois de l’autre côté aussi !

Vous vous demandez pourquoi votre corps réagit ainsi après l’opération ? Nous allons voir justement maintenant pourquoi on a ces œdèmes.

Cause: pourquoi a-t-on un œdème après l’arthroplastie de hanche ?

Voici les principales causes d’un œdème post-opératoire après prothèse de hanche :

  • l’équipe chirurgicale a manipulé les tissus lors de l’intervention ;
  • des caillots sanguins se sont formés, parce que des petits vaisseaux sanguins ont été rompus ;
  • une inflammation se produit au niveau de la zone opérée et dans ses environs. C’est uneréaction automatique de notre système immunitaire. Cette inflammation permet de réparer les tissus abîmés. Elle permet d’emmener dans la zone abîmée, via des liquides, toutes les substances nécessaires pour aider les structures abîmées à guérir naturellement au plus vite ;
  • vous marchez moins, vous bougez différemment de d’habitude. Les liquides du corps circulent moins, s’agglutinent plus. On parle de « stase veineuse ». C’est la cause principale de gonflement dans les 2 pieds, même si vous portez des bas de contention ;
  • beaucoup plus rarement, l’œdème peut être en lien avec une infection ou une thrombose veineuse profonde. Mais c’est l’exception plutôt que la règle, et d’autres symptômes accompagnent ce problème.

Il y a aussi une grande disparités entre les personnes.

En fonction de l’âge, de maladies, du surpoids ou de prédispositions génétiques, 2 personnes qui ont eu exactement la même opération pour la même raison peuvent avoir des réactions très différentes.

L’œdème apparaît principalement à cause de l’opération et de la réaction de votre corps pour réparer les tissus abîmés par la mise en place de la prothèse.

L’oedème n’est généralement pas un signe de luxation de la prothèse de hanche ni de descellement de la prothèse, ni le symptôme d’un rejet !

Durée : combien de temps met l’œdème à disparaître ?

Il existe plusieurs études qui suivent l’évolution d’un œdème après prothèse de genou. Mais c’est moins le cas après une prothèse de hanche.

Probablement parce que le gonflement lié à la prothèse de genou est plus important et impressionnant.

Voici tout de même quelques données :

  • le gonflement est en général maximal 7 jours après l’opération (source : Holm 2010) ;
  • seulement 5 % des personnes opérées d’une prothèse hanche disent avoir encore un œdème 6 mois après l’opération (source : Heo 2020).
cicatrice d'une prothèse de hanche totale par voie postérieure
Chez cette personne opérée d’une prothèse de hanche par voie postérieure, l’œdème a presque totalement disparu

Selon mon expérience, l’œdème est surtout présent le premier mois. Chez la majorité de mes patient(e)s, il disparaît totalement au cours du second mois.

Chez d’autres, il peut perdurer encore, sans pour autant gêner pour la reprise des activités de la vie de tous les jours (y compris sportives).

Six mois après l’opération, 95 % opérées d’une prothèse de hanche n’ont plus d’œdème. L’œdème disparaît le plus souvent en quelques semaines.

Traitement : y a-t-il quelque chose à faire pour qu’il dégonfle plus vite ?

Il existe une liste quasi infinie de traitements médicamenteux, chirurgicaux ou non médicamenteux qui ont été suggérés pour réduire l’œdème après une opération.

Liste de traitements suggérés contre l’œdème post-opératoire

Voici un petit échantillon des traitements que les kinés, médecins ou chirurgien(ne) recommandent parfois pour lutter contre l’œdème après une prothèse totale ou intermédiaire de hanche:

  • mettre du froid (cryothérapie). Avec plein de techniques différentes : attelles avec poches de glace intégrée, sachet de petits pois congelés, poches de glace, machines de cryothérapie, etc ;
  • porter des chaussettes ou bas de contention ;
  • mettre des bandes de kinésiotaping (vous avez, les bandes adhésives souvent bleues et roses) ;
  • utiliser des bottes de pressothérapie, des dispositifs de compression pneumatique. On en trouvait avant surtout dans les cabinets de kiné ou en centres de rééducation. J’en vois maintenant régulièrement chez mes patient(e)s. Certains des chirurgiens orthopédiques de l’hôpital privée vers chez moi leurs font une ordonnance pour qu’ils en louent durant quelques semaines ;
  • marcher en faisant bien dérouler le pied ;
  • mettre son pied en déclive (plus haut que le cœur) ;
  • le drainage lymphatique manuel ;
  • le massage kiné ;
  • prendre des médicaments diurétiques ;
  • consommer peu de sel (régime alimentaire hyposodé) ;
  • etc.
gonflement après opération de la hanche photo

Lesquels sont vraiment efficaces ?

Beaucoup des traitements que j’ai énuméré sont en théorie efficaces. Leur mécanisme d’action théorique contre l’œdème est cohérent.

Cependant, le fait que le mécanisme soit cohérent n’implique pas forcément derrière qu’ils fassent vraiment significativement la différence.

C’est-à-dire que si un groupe de patient(e) les utilise après la pose d’une prothèse, et qu’un autre groupe ne les utilise pas, il n’y aura pas forcément de différence au niveau :

  • de l’ampleur de l’œdème ;
  • des douleurs et gênes qu’il occasionne ;
  • de sa rapidité à disparaître.

C’est pour cela qu’on fait des études pour voir si vraiment ces traitements sont efficaces.

On en dispose de quelques-unes, mais elles sont de pas très bonne qualité. Car l’efficacité de ces traitements sur un œdème est difficile à évaluer.

En gros, plus les études sont rigoureuses, et moins elles montrent d’effet significatif de ces traitements. En fin d’article, vous trouverez des références à ces propos, et vous pourrez allez voir les études en question si vous souhaitez creuser le sujet.

C’est pour cela que mon attitude avec mes patient(e)s (avec prothèse de hanche ou tout autre problème) est celle-ci : je recommande toujours une prise en charge qui prend en compte 4 critères :

☑️ maximum d’efficacité (théorique / empirique) ;
☑️ minimum d’effets secondaires ;
☑️ minimum de coût (en temps, en énergie, en argent) ;
☑️ minimum de dépendance d’une tierce personne ou d’un matériel.

Les 5 choses que je vous conseille de faire

Voilà donc les 5 choses que je recommande à mes patient(e)s opérés de la hanche, sur la base de ces 4 critères et de mes lectures et analyses des études consacrées au sujet.

  1. Marchez aussi souvent que vous le permet la douleur. Utilisez des cannes de béquilles ou un déambulateur. Posez bien le pied par terre. Trouvez la façon de marcher la plus adaptée pour vous. Dès que possible, allez marcher dehors, sur des distances progressivement de plus en plus longue.
  2. Limitez autant que possible le temps passé debout statique, ou assis le pied par terre. Ou les piétinements. Car dans ces moments là, la circulation sanguine est moins activée que lorsqu’on marche ou que lorsqu’on est en déclive.
  3. Portez des bas de contention si vous n’avez pas de contre-indications. Il s’achètent en pharmacie ou par internet. Ils sont pris en charge par l’assurance maladie et les mutuelles si vous avez une prescription de votre kiné ou d’un médecin.
  4. Mettez-vous plusieurs fois par jour le pied en déclive. Installez-vous confortablement sur un canapé ou un lit.

    Si vous n’avez pas de lit, canapé ou fauteuil électrique, utilisez des piles de coussins pour positionner votre pied plus haut que le cœur. Installez bien les coussins de telle manière à ce que le pied ne risque pas de glisser.
  5. Rappelez-vous que l’œdème est en général maximal 1 semaine après l’opération, et qu’i va diminuer au fil des semaines. Quoi qu’on fasse !

Certain(e)s de mes patient(e)s adhèrent à ma vision des choses et suivent ces recommandations, sans rien faire d’autres. D’autres préfèrent mettre en place d’autres choses en plus.

Bas de contention mixte
⭐⭐⭐⭐ 2036 avis
25,49
  • bas contention oedeme jambe
Bas de contention mixte
⭐⭐⭐⭐ 222 avis
33,90
  • Bas de contention pour faire diminuer un oedème de cheville

***

J’espère avoir répondu à toutes les questions que vous vous posiez sur l’œdème après prothèse de hanche. Si vous avez encore des questions, vous pouvez bien sûr les laisser en commentaire, j’y répondrai !

Si vous ressentez le besoin d’en savoir plus sur la période de récupération après une prothèse de hanche, j’ai aussi conçu ce guide au format ebook :

Voici les références des publications scientifiques sur lesquelles je me suis appuyée pour rédiger cet article.

Les études dans Pubmed sur l’œdème après prothèse de hanche
Il y a peu d’études qui traitent de l’œdème après prothèse de hanche par rapport à l’œdème après prothèse de genou !

Fréquence œdème. Geko 2020 https://www.gekodevices.com/us/news-events/oedema-swelling-is-amongst-the-most-frequent-reasons-for-90-day-emergency-department-visits-and-readmissions-following-elective-hip-and-knee-surgery/

Évolution œdème. Holm B, et al. Thigh and knee circumference, knee-extension strength, and functional performance after fast-track total hip arthroplasty. The American Academy of Physical Medicine and Rehabilitation, 3(2), 117-124. doi:10.1016/j.pmrj.2010.10.019.

Heo, S.M., Harris, I., Naylor, J. et al. Complications to 6 months following total hip or knee arthroplasty: observations from an Australian clinical outcomes registry. BMC Musculoskelet Disord 21, 602 (2020). https://doi.org/10.1186/s12891-020-03612-8

Traitement de l’œdème

Kluga KL, Weber Buchholz S, Semanik PA. Improving Orthopedic-Related Postoperative Edema Management in a Rehabilitative Nursing Setting. Rehabil Nurs. 2019 May-Jun;44(3):151-160. doi: 10.1097/rnj.0000000000000104. PMID: 31034457.

Cet article existe aussi en anglais : How long does swelling last after hip replacement?

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Arthrose et humidité font-elles vraiment mauvais ménage ?

Laissez-moi vous présenter d’abord la personne qui m’a donné envie d’écrire cet article sur l’arthrose et l’humidité.

Il s’agit d’une de mes patientes, Madame Z. Voici ce qu’elle ma dit lors de notre dernière séance de kiné ensemble :

Vous savez, chaque fois que je prends une douche ou un bain, mes douleurs d’arthrose augmentent considérablement. Non vraiment, je suis formelle : arthrose et humidité font vraiment mauvais ménage.

Madame Z, touchée par l’arthrose depuis une dizaine d’années.

Bien sûr, ce n’est pas de ce type d’humidité dont veulent parler les personnes souffrant de douleurs d’arthrose.

Ce dont elles parlent, c’est de l’humidité dans l’air ambiant, et plus généralement des conditions météorologiques.

Existe-t-il un lien entre la météo et des douleurs d’arthrose qui s’accentuent ?

Dans ma pratique clinique, certain·es de mes patient·es m’affirment régulièrement que le temps qu’il fait influence bel et bien leurs douleurs.

Quelques-un·es en sont sûr·es, d’autres se montrent moins confiant·es : « Et puis il y a peut-être le temps qui doit jouer aussi, vous ne croyez pas monsieur le kiné ? »

J’avais examiné la littérature scientifique à ce sujet il y a quelques années et n’avait rien trouvé de très probant. Je m’y suis plongé à nouveau pour cet article. Je vous livre ici le fruit de mes recherches et réflexions à ce propos.

♻️ Dernière mise à jour : octobre 2023. Rédigé par Albin Guillaud, kiné et docteur en santé publique.
👨‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec le sujet. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Sommaire

Quelles applications à savoir si arthrose et humidité sont liées ?

Quels peuvent être les applications à savoir si l’humidité, ou plus généralement la météo, impactent véritablement les douleurs d’arthrose ? En pratique, le but général serait naturellement d’identifier des leviers concrets pour diminuer les douleurs. Ces leviers pourraient être :

  • aérer différemment son habitation ou son lieu de travail ;
  • se rendre régulièrement dans un sauna (et éviter les hammams) ;
  • être plus vigilant au fait d’adapter ses activités extérieures selon le temps qu’il fait ;
  • déménager dans une région au climat plus favorable ;
  • Etc.
lien entre arthrose et humidité
Vous faites sans doute partie des centaines de personnes qui s’interrogent chaque mois sur internet sur le lien entre arthrose et humidité

Comme vous pouvez le constater, on peut imaginer plusieurs applications pratiques au fait de savoir si oui ou non la météo module les douleurs d’arthrose. Reste à savoir maintenant ce qu’il en est vraiment.

Douleurs d’arthrose et météo : que disent les études ?

Pour certain·es, il est évident que les conditions météorologiques influencent les douleurs d’arthrose. Certain·es de mes patient·es vont même jusqu’à m’affirmer être capable de prédire le temps qu’il va faire sur la base de leurs douleurs.

Peut-on avoir une confiance élevée en ces témoignages ? Suffisamment pour nous passer de mettre en place des études scientifiques ? Je vous propose de nous attarder quelques instants sur ces questions.

Études ? Pourquoi diable ? C’est évident que c’est vrai pour moi !

Fort malheureusement, utiliser son expérience personnelle pour juger de l’existence de ce type de lien de cause à effet est très périlleux. Il existe plusieurs raisons à cela. Je vais vous présenter deux d’entre elles.

Premièrement, pour suspecter un réel lien entre la météo et les douleurs d’arthrose, il faut au moins s’assurer de deux choses :

  • d’un côté, que les douleurs s’aggravent chaque fois que le temps se dégrade ;
  • d’un autre côté, qu’elles ne s’aggravent pas chaque fois que le temps est au beau.

À moins de tenir un carnet de bord minutieux de ces variations, on voit difficilement comment c’est possible. Je me demande si beaucoup de personnes ont vraiment pris la peine de mettre en place une telle démarche méthodique pendant une durée conséquente.

Deuxièmement, imaginez quelqu’un ayant mis en évidence que dans son cas et sur une période de 2 ans, douleurs et météo fluctuent conjointement. Comment être sûr qu’il y ait un lien direct entre les conditions météorologiques et ses douleurs ? Peut-être est-ce en réalité parce qu’il bouge moins quand il fait mauvais ? Ou peut-être est-ce parce que son moral est moins bon ? Etc.

En résumé, l’expérience personnelle est hélas un piètre indicateur pour juger si la météo influence les douleurs d’arthrose.

C’est pour cette raison que des chercheurs ont réalisé des études méthodiques impliquant plusieurs dizaines voire plusieurs milliers de personnes.

Une récente synthèse de plusieurs décennies de recherche sur la question

Une équipe de recherche britannique a réalisé en 2020 une synthèse de près de 90 ans (!) de recherche sur le sujet qui nous intéresse [1]. Ils ont passé en revue 43 études dans lesquelles a été évalué s’il existe un lien réel entre conditions météos et différentes douleurs rhumatologiques. Je présente ici les résultats généraux de cette synthèse, puis plus précisément de ceux portant sur l’arthrose.

Météo et douleurs rhumatologiques

Les douleurs rhumatologiques examinées dans les études proviennent de différentes maladies (arthrose, fibromyalgie, spondylarthrite, polyarthrite rhumatoïde, etc.). Je vous livre ici les résultats généraux pour l’ensemble de ces douleurs et de ces maladies :

  • 27 études sur 43 (6 sur 10 environ) trouvent un lien entre douleurs rhumatologiques et au moins un aspect météorologique (température, pression atmosphérique, humidité et niveau de précipitation ont été les plus étudiés).
  • 16 études sur 35 (un peu plus de la moitié donc) trouvent spécifiquement un lien entre humidité et douleurs rhumatologiques.

Alors ? Qu’en pensez-vous ? Ces résultats vous convainquent-ils que la météo joue réellement un rôle ? Je reviens sur ces questions un peu après. En attendant, voyons donc ce qu’il en est pour les 9 études qui ont porté spécifiquement sur l’arthrose.

Météo et arthrose

Parmi les 43 études examinées par les auteurs de la synthèse, 9 ont porté spécifiquement sur l’arthrose. Les résultats sont les suivants :

  • 7 études sur 9 trouvent un lien entre douleurs d’arthrose et au moins un aspect météorologique.
  • 7 études sur 9 ont examiné l’effet de l’humidité sur les douleurs d’arthrose. Sur ces 7 études, 3 trouvent spécifiquement un lien entre humidité et douleurs d’arthrose.

Que peut-on conclure de ces résultats bruts ? D’après les chercheurs ayant conduit la synthèse, rien. Je vous explique pourquoi.

Des études de mauvaise qualité

Utiliser son vécu personnel pour juger d’un lien causal entre météo et douleurs d’arthrose est très risqué. J’ai expliqué pourquoi un peu plus haut.

Mille fois hélas, utiliser les résultats des 43 études conduites par nos chercheurs est également loin d’être exempt de risques. À leur décharge :

  • d’une part, il n’existe aucune approche qui soit totalement exempte de risques ;
  • d’autre part, il est très difficile de produire une étude de qualité dont on puisse avoir un haut niveau de confiance dans le résultat. Et cela est vrai même pour des professionnels de la recherche.

C’est sûr ce dernier point que le bât blesse. De l’aveu même des auteurs de la synthèse que je vous ai présentée auparavant :

En raison des limites de qualité des études, il n’est pas possible de tirer une conclusion robuste pour répondre à la vieille question de est-ce que oui ou non la météo influence les douleurs.

Qui plus est, il manque quelque chose de crucial pour pouvoir juger d’un lien de cause à effet entre météo et douleurs d’arthrose : une explication crédible de comment ce lien pourrait fonctionner.

arthrose et humidité

Est-il crédible que la météo impacte les douleurs d’arthrose ?

Je vais droit au but :

Je ne pense pas qu’il soit bien crédible que la météo impacte directement les douleurs d’arthrose.

À l’appui de ma position, je vous présente quelques arguments empruntés à Donald Redelmeier, Professeur de médecine à l’université de Toronto [2] :

  • humidité et arthrose :
    • la peau est imperméable à l’eau. Je vois donc difficilement comment les variations d’humidité pourraient affecter en profondeur les douleurs articulaires.
    • Les douleurs des personnes souffrant d’arthrose ne semblent pas augmenter dans des situations où le taux d’humidité est maximal. C’est le cas lorsqu’elles prennent une douche, un bain ou lorsqu’elles vont à la piscine.
  • Pression atmosphérique et arthrose : les douleurs d’arthrose ne semblent pas augmenter dans des situations où les variations de pression atmosphériques sont importantes. C’est le cas lorsqu’elles prennent l’avion ou s’évadent en montagne.

Du côté de la température, en l’occurrence plutôt du froid, trois observations personnelles me laissent dubitatifs :

  • les gens utilisent volontiers des packs de froid pour soulager leurs douleurs articulaires ;
  • différentes applications de froid sont fréquemment recommandées par des professionnels de santé pour soulager certaines douleurs articulaires (cryothérapie) ;
  • les personnes m’affirmant ressentir un effet de la météo sur leurs douleurs semblent ressentir cet effet alors qu’elles sont chez elles, bien au chaud dans leur salon.

Pourtant, en dépit du manque de crédibilité d’un lien entre météo et douleurs d’arthrose, la croyance en ce lien est très populaire : comment l’expliquer ?

Comment expliquer la popularité de cette croyance ?

6 à 9 personnes sur 10 souffrant de douleurs musculo-squelettiques (dont les douleurs d’arthrose) croient que la météo influence leurs douleurs [1]. Comment expliquer ces chiffres en l’absence de lien crédible entre météo et douleurs ?

Notre cerveau adore repérer des liens de cause à effet [3]. Cette appétence est capitale pour notre survie : il est vital de pouvoir repérer correctement ce qui peut nous nuire comme nous profiter.

Le problème est que notre cerveau aime tellement ça, que parfois il voit des liens là où il n’y en a pas. Ceci est d’autant plus vrai quand il n’y a pas d’enjeu pratique majeur. Je ne connais personne ayant déménagé sous un autre climat à cause de ses douleurs. Autrement dit, ça n’engage pas à grand-chose de croire que la météo influence ses douleurs.

Par ailleurs, pour briser la glace avec un·e inconnu·e ou pour combler un blanc dans un dialogue courant, rien de tel que de parler du temps qu’il fait.

Si en plus votre interlocuteur est susceptible de vous entendre parler de vos douleurs (un professionnel de santé par exemple), vous tenez un sujet de discussion facile : météo et douleur.

En définitive, non seulement croire à un lien entre météo et douleur n’engage pas à grand-chose, mais en plus cela peut constituer un sujet de discussion facile.

Encore des questions, des remarques ? Rendez-vous en commentaire !

Je vous laisse aussi découvrir mes ebooks conçus sur la base des questionnements les plus fréquent(e)s des patient(e)s qui consultent mon site internet :

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📚 SOURCES

[1] Beukenhorst, Anna L.; Schultz, David M.; McBeth, Johna; Sergeant, Jamie C; Dixon, William G, Are weather conditions associated with chronic musculoskeletal pain? Review of results and methodologies, PAIN: April 2020 – Volume 161 – Issue 4 – p 668-683. doi: 10.1097/j.pain.0000000000001776

[2] Donald A. Redelmeier, Does damp or wet weather really make arthritis pain worse? If so, how? Scientific American: Octobre 2005.

[3] Redelmeier DA, Tversky A. On the belief that arthritis pain is related to the weather. Proc Natl Acad Sci U S A. 1996 Apr 2;93(7):2895-6. doi: 10.1073/pnas.93.7.2895. PMID: 8610138; PMCID: PMC39730.

Photo d'Albin Guillaud, kinésithérapeute

Rédigé par Albin Guillaud

Kiné et docteur en santé publique, j’ai à cœur de répondre au mieux possible à vos questions. Pour cela, je plonge volontiers au plus profond des abysses de la littérature scientifique internationale.

Entre deux immersions, j’aime arpenter les belles montagnes savoisiennes qui m’entourent ! 🌞❄️

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