Drainage lymphatique kiné : comment, pourquoi, efficace ?

« Kiné drainage lymphatique » est une association de mots qui ne choquera personne :

  • Mes patients me parlent souvent de drainage lymphatique.
  • On m’appelle fréquemment pour bénéficier spécifiquement de drainage lymphatique.
  • Des médecins prescrivent régulièrement du drainage lymphatique.

Pourtant, il existe assez peu de situations où cette technique présente un réel intérêt (d’un point de vue thérapeutique). 😐

Quand est-il justifié de recourir à un kiné pour du drainage lymphatique ? Qu’est-ce qu’un problème lymphatique ? Peut-on se faire un drainage lymphatique soi-même ?

Dans cet article, je réponds à ces questions et plus encore. À la fin de votre lecture, vous saurez tout (ou presque) sur le drainage lymphatique…

Bonne lecture !

♻️ Dernière mise à jour : octobre 2023. Rédigé par Albin Guillaud, kiné et docteur en santé publique.
👨‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec le sujet. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Drainage, massage lymphatique, massage drainant, etc. : est-ce la même chose ? 🤔

Dans le domaine du drainage lymphatique, il existe tout un tas de mots et expressions distinctes. Afin de s’éclaircir les idées, je vous propose de d’abord de faire un petit point terminologique.

Drainage et massage lymphatique

Le mot « drainage » peut aussi bien faire référence à :

  • une technique, laquelle vise à activer ou faciliter l’évacuation d’un excès de liquide dans une partie de votre organisme ;
  • le processus d’évacuation en lui-même.

Et donc quand on parle de « drainage lymphatique », le terme « lymphatique » précise que le liquide dont il est question passe par les vaisseaux lymphatiques.

Quant à l’expression « massage lymphatique », elle fait uniquement référence à un groupe de techniques à visée. Le « drainage lymphatique » est une technique possible de massage lymphatique.

Massothérapie et drainage

Le terme « massothérapie » désigne l’ensemble des techniques de massage. Le massage lymphatique est donc un sous-ensemble de la massothérapie. Et le drainage lymphatique est lui-même un sous-ensemble du massage lymphatique.

comment le drainage lymphatique s'articule avec la kiné, la massothérapie,
Le drainage lymphatique est une des nombres techniques de massage, et plus particulièrement de massage lymphatique

Drainage et drainage lymphatique

Le drainage est le processus d’évacuation d’un excès de liquide dans une partie de l’organisme. Ce liquide peut-être :

  • du sang 🩸 (comme dans un hématome ou une ecchymose) ;
  • du liquide interstitiel 💧: il s’agit du liquide qui se situe dans l’espace entre les capillaires (les microscopiques terminaisons des vaisseaux sanguins) et toutes les cellules de votre corps ;
  • du liquide cérébro-spinal, dans lequel baigne votre cerveau 🧠 et votre moelle épinière.

Tout comme pour votre sang, il existe une circulation du liquide interstitiel. Cette circulation se fait :

  • dans les deux sens via les capillaires sanguins (il sort et entre du liquide interstitiel par leur intermédiaire) ;
  • à sens unique à travers la tuyauterie lymphatique, laquelle constitue un véritable réseau parallèle à vos vaisseaux sanguins.

On parle de « lymphe » pour désigner le liquide contenu dans le système lymphatique. Et c’est pourquoi on parle de « drainage lymphatique » pour désigner la circulation de liquide à l’intérieur de ce système.

Drainage lymphatique manuel 💆🏻‍♀️

L’expression « drainage lymphatique » peut à la fois désigner :

  • le processus de drainage naturel du liquide interstitiel à travers le système circulatoire lymphatique ;
  • un groupe de techniques de massage utilisé par différents professionnels dans le monde. Ces techniques ayant pour but de stimuler et d’augmenter le processus de drainage dans le système lymphatique.

Quand on parle de « drainage lymphatique manuel », c’est au groupe de technique de massage auquel on fait référence.

Qu’est-ce qu’un problème lymphatique ?

Se demander si oui ou non on souffre d’un problème lymphatique ne vient jamais en premier. D’abord, on constate un gonflement plus ou moins important d’une partie du corps (bras, main, jambe, pied, etc.). Ensuite seulement émerge la question : est-ce un problème lymphatique ?

La réponse à cette question est bien sûr cruciale pour pouvoir décider de la conduite à tenir. On parle de problème lymphatique quand le système circulatoire lymphatique est défaillant.

Une défaillance de votre système lymphatique peut résulter de :

Quand on est certain que le gonflement d’un membre résulte d’une défaillance du système lymphatique, on parle alors de lymphœdème.

⚠️ Attention : il existe de nombreux cas de gonflement d’une partie du corps qui ne viennent pas d’un problème lymphatique ! L’insuffisance veineuse chronique en est un exemple.

Kiné drainage lymphatique : quelles indications ?

En France et dans un cadre pathologique, le kinésithérapeute est le professionnel de choix pour bénéficier d’un drainage lymphatique. Dans cette section, je passe en revue les indications courantes de ce groupe de techniques.

Attention : par « indication » j’entends un problème clinique pour lequel :

  • il arrive que les kinés utilisent le drainage lymphatique dans leur prise en charge ;
  • il arrive que les patients sollicitent les kinés pour qu’ils utilisent le drainage lymphatique ;
  • il arrive que les médecins prescrivent de la kiné pour du drainage lymphatique.

Cela ne veut pas forcément dire que le drainage est réellement efficace pour le problème clinique en question !

Par la suite, je reviens plusieurs fois sur la thématique de l’efficacité du drainage lymphatique.

Le drainage lymphatique en post opératoire

Quelle que soit la nature de votre opération chirurgicale, il y a de fortes chances qu’un gonflement (œdème) se présente à l’endroit de la zone opérée. Il s’agit d’un phénomène normal qui va s’estomper avec le temps ⏳.

Drainage lymphatique & œdèmes post-opératoires : est-ce utile ?

Des techniques de drainage lymphatique sont fréquemment utilisées par les kinés pour traiter ce type d’œdème post-opératoire.

Ces techniques de drainage permettent-elles d’accélérer la disparition du gonflement ? Rien n’est moins sûr… En particulier quand on connaît les résultats des études sur l’efficacité du drainage lymphatique pour son indication reine : le lymphœdème post-chirurgie de cancer du sein.

Inconvénients du drainage lymphatique pour les œdèmes post-opératoires :

L’utilisation du drainage lymphatique pour les œdèmes post-chirurgie présente les inconvénients suivants :

  • vous êtes dépendant du thérapeute ☹️;
  • le temps dédié à la technique est du temps qui n’est pas dédié à une autre technique dont on sait que :
    • elle a un effet circulatoire puissant ;
    • elle présente des bénéfices collatéraux.

Exemple de la prothèse de genou 🧎🏻‍♀️

Prenons l’exemple d’un patient opéré d’une prothèse de genou.

Il est recommandé qu’il marche avec une attelle et des cannes béquilles dès qu’il le peut après l’opération. Son genou va rester gonfler plusieurs mois.

S’il a 30 minutes à consacrer à sa rééducation, vaut-il mieux qu’il les consacre à se faire faire un drainage ou à marcher (quitte à faire des pauses) ?

Le fait de s’adonner à la pratique régulière de la marche présente de nombreux avantages en matière🚶🏻‍♂️:

  • d’entretien de la mobilité articulaire🧘🏻;
  • d’activation circulatoire ;
  • d’entretien musculaire 💪 ;
  • de sollicitation cardio-respiratoire 🫀;
  • de régulation pondérale ⚖️ ;
  • de coût et d’autonomie ! C’est gratuit et bien souvent vous n’aurez besoin de personne 🆓.

Personnellement, en tant que professionnel, je préfère systématiquement orienter vers des approches actives comme la marche (VS passives, comme le drainage lymphatique).

Le drainage lymphatique des bras

Un gonflement d’un bras peut être lié ou non à un problème lymphatique. Si c’est le cas, on parle alors de lymphœdème du membre supérieur.

L’apparition d’un lymphœdème du membre supérieur est typique après une chirurgie de cancer du sein. On parle alors de lymphœdème secondaire du membre supérieur (par opposition à lymphœdème primaire, lorsqu’il y a anomalie congénitale du système lymphatique).

Les lymphœdèmes secondaires du membre supérieur est la forme la plus fréquente de lymphœdème.

Conséquences négatives possibles d’un lymphœdème

Les conséquences négatives possibles d’un lymphœdème du bras sont :

  • une gêne esthétique 🪞;
  • une gêne fonctionnelle, c’est-à-dire une moindre capacité à utiliser son bras dans la vie de tous les jours en raison de son poids ;
  • la survenue de douleurs d’épaule à cause du poids plus important du bras ;
  • le développement d’un érysipèle (ou érésipèle), infection bactérienne de la peau 🦠. La peau se trouve en effet mise en tension permanente à cause du gonflement, ce qui a tendance à la fragiliser.

Gestion d’un lymphœdème du bras

Les grandes lignes de la gestion d’un lymphœdème du bras sont :

  • la mise en place d’un système de bandages compressifs spécifiques ;
  • la pratique d’exercices gymniques réguliers des membres supérieurs 🤸 ;
  • des soins cutanés réguliers et poussés du bras (pour prévenir les risques d’érysipèle) 🚿;
  • le drainage lymphatique manuel, réalisé en général avant la mise en place des bandages.

Le drainage lymphatique manuel apporte-t-il vraiment une valeur ajoutée par rapport aux autres mesures ? Je reviens sur ce point dans une section spécifique sur l’efficacité du drainage lymphatique (plus bas dans l’article).

Le drainage lymphatique des jambes

Si vous souffrez d’œdème sur une ou sur les deux jambes, il est capital que vous soyez assuré de l’origine du problème. Au plus basique, il faut se demander :

  • Est-ce un problème lymphatique ? Autrement dit, le gonflement résulte-t-il d’une défaillance de mon système lymphatique ?
  • Est-ce un problème veineux ? Est-ce mon système veineux qui est altéré ?

Être bien au clair sur ces questions est crucial. Selon que votre problème de base soit lymphatique ou veineux, la prise en charge est différente.

En pratique, je suis régulièrement sollicité par des personnes souhaitant du drainage lymphatique des jambes pour des problèmes veineux (pour les deux jambes en général). Deux problèmes se posent alors :

  • s’il est incertain que le drainage lymphatique manuel soit efficace pour les œdèmes lymphatiques, ça l’est encore plus pour les œdèmes veineux (présents dans l’insuffisance veineuse chronique par exemple) ;
  • la prise en charge des œdèmes lymphatiques est beaucoup plus lourdes que la « simple » réalisation d’un drainage de temps en temps (qui doit prendre, mine de rien, 30 à 45 minutes par membre…) :
    • il faut qu’il soit très régulier ;
    • il faut impérativement qu’il soit associé à un système de bandages compressifs spécifique ;
    • il faut qu’il s’accompagne de sollicitations actives régulières du ou des membres (pour les jambes, la simple marche sera une activité de choix).

Voilà pourquoi il est important d’y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans cette aventure contraignante et au résultat peu assuré. 🤔

Jambes sans repos

Le syndrome des jambes sans repos est une affection neurologique. Son symptôme principal est une envie irrésistible de bouger les jambes. Cette condition peut entraver sérieusement le sommeil des personnes qui en souffre. 🥱

À ma connaissance, il n’existe hélas aucunes bonnes raisons de penser que le drainage lymphatique manuel puisse être utile pour ce syndrome. Au mieux, il pourrait avoir un effet transitoire au moment de son application et peu de temps après. Il est toutefois peu vraisemblable que l’effet dure suffisamment longtemps pour améliorer la qualité de sommeil des patients.

En 2022, l’approche thérapeutique du syndrome des jambes sans repos est essentiellement pharmacologique [1]. 💊

Parmi les approches non-pharmacologiques, la littérature médico-scientifique mentionne [1] :

  • d’éviter des substances psycho-actives comme l’alcool, le tabac et la caféine ; 🍷🚬☕>>>🚮
  • de pratiquer des exercices physiques à un niveau modéré au plus ; 🚲
  • de maintenir de saines habitudes de sommeil (par exemple, heures de couché et de levé régulières) ; 😴
  • d’apprendre des techniques de relaxation et de méditation qui pourront être utilisées pendant la nuit ; 🧘🏻
  • d’éviter de se forcer à dormir à tout prix ;
  • de s’engager dans du coaching motivationnel ou dans une thérapie cognitivo-comportementale.

Varices

Les varices sont des veines élargies et déformées de manière permanente. Cette condition résulte de facteurs héréditaires et est associée à des situations de vie spécifiques telles que :

  • grossesse ;
  • obésité ;
  • ménopause ;
  • avancée en âge ;
  • Etc.

En 2022, l’approche curative des varices est exclusivement chirurgicale [2]. À ma connaissance, il n’y a malheureusement aucune bonne raison de penser que le drainage lymphatique puisse être utile pour cette affection.

Jambes lourdes

La sensation de jambes lourdes est un symptôme typique de l’insuffisance veineuse, même si on peut la retrouver liée à d’autres maladies.

Il est plausible que le drainage lymphatique manuel améliore la sensation de jambes lourdes sur le très court terme. C’est possible aussi pour d’autres techniques de massage.

Insuffisance veineuse

Une insuffisance veineuse chronique peut générer un gonflement (œdème) des deux jambes. Cette affection se retrouve typiquement les personnes :

  • âgées ;
  • de sexe féminin ;
  • en situation d’obésité ;
  • enceintes ;
  • ayant souffert d’une thrombose veineuse profonde ;
  • ayant été affectées par un traumatisme sur une ou les deux jambes ;
  • avec des antécédents familiaux de varices.

Le drainage lymphatique ne fait pas partie de la stratégie moderne de prise en charge de l’œdème de l’insuffisance veineuse [3]. Il manque en effet de preuves et de raisons plausibles quant à son intérêt pour cette condition.

La ligne de gestion actuelle de l’insuffisance veineuse chronique repose sur [3] :

  • le port de bas de contention adaptés ;
  • l’évitement de certaines postures (par exemple, croiser les jambes lors d’une assise prolongée) ;
  • la surélévation régulière quotidienne des jambes ;
  • la modification de certaines habitudes de vie telles que :
    • envisager l’arrêt du tabac ; 🚬>>>🚮
    • augmenter son volume de marche ; 🚶🏻‍♂️
    • pratiquer plus d’activité physique ;
    • envisager de perdre du poids ; ⚖️
  • la pratique régulière de mouvements spécifiques des chevilles pour activer la circulation sanguine même en position assise ou allongée. 🦶

Des approches médicamenteuses et chirurgicales peuvent aussi être proposées au cas par cas.

D’une manière générale, une prise en charge active est à privilégier par rapport à une prise en charge passive. On retrouve ce principe dans le cadre de la gestion de la douleur chronique. Se faire masser ou drainer manuellement rentre dans le cadre des prises en charge passives.

Drainage lymphatique et cancer

Les suites d’une chirurgie d’un cancer du sein est la situation typique dans laquelle se pose la question de l’intérêt du drainage lymphatique. En effet, selon la chirurgie réalisée, il se peut que des ganglions lymphatiques soit retirés dans la région de l’aisselle.

L’ablation de ganglions lymphatiques constitue une authentique lésion du système lymphatique. Cette lésion va entraîner une perturbation de la circulation lymphatique locale, laquelle peut résulter en un œdème lymphatique du bras (« lymphœdème »).

Dans ces circonstances, le drainage lymphatique des bras fait partie de la ligne de prise en charge standard. À ce titre, je vous invite à lire la rubrique de cet article qui y est spécifiquement consacrée : le drainage lymphatique des bras.

Le drainage lymphatique de la main 👋

La prise en charge d’un lymphœdème secondaire de la main est similaire à celle du bras. C’est pourquoi je vous convie à consulter la section spécifique de cet article dédiée au drainage lymphatique des bras.

Drainage lymphatique d’un œdème post traumatique

La question du drainage lymphatique d’un œdème post traumatique (une entorse de cheville par exemple) est identique à celle d’un œdème en post chirurgie. Voilà pourquoi je vous invite à lire la sous-partie spécifique de cet article « Le drainage lymphatique en post opératoire ».

En attendant, je résume ici les idées centrales :

  • un œdème post traumatique disparaît de lui-même avec le temps, quoi qu’on fasse ; ⏳
  • il n’existe aucune bonnes raisons de penser que le drainage lymphatique manuel accélère le processus ;
  • le temps que l’on passe à « se faire drainer » et du temps qu’on ne consacre pas à autre chose réellement utile.
drainage lymphatique et kinésithérapie

Quels sont les différentes méthodes de drainage lymphatique ?

La méthode du drainage lymphatique manuel a été inventée par Emil Vodder dans les années 1930. Elle s’appuie sur les principes généraux suivant [4] :

  • la personne en position allongée ; 🛏️
  • des exercices ventilatoires sont réalisées en début de séance ; 🫁
  • au cours de la séance, sont réalisés méthodiquement :
    • un pompage manuel de certains ganglions lymphatiques ;
    • l’application d’une technique de massage particulière (lente, rythmique et relativement superficielle).

Des variations dans la mise en œuvre de ces principes généraux nont conduit à des variantes de la méthodes de départ comme [4] :

  • la méthode Földi ;
  • la méthode Casley-Smith ;
  • la méthode Leduc.

Il existe probablement plusieurs autres variantes. (Certains thérapeutes apprécient de pouvoir donner leur nom à une technique ou méthode 🐓.)

Quelque soit la méthode ou variante, une question importante pour les patient·es est : est-ce efficace ? Est-ce que ça marche ? Voyons cela maintenant.

Efficacité du drainage lymphatique : est-il efficace ?

Au fil de cet article, nous avons vu qu’il n’y avait hélas aucune bonnes raisons de penser que le drainage lymphatique soit efficace pour :

  • les œdèmes post-opératoires, après une prothèse de genou par exemple (hors chirurgie du cancer du sein) ;
  • les œdèmes post-traumatiques (par exemple, après une entorse de cheville) ;
  • les œdèmes veineux ;
  • les jambes sans repos ;
  • les varices ;
  • les douleurs liées à la neuropathie diabétique ;
  • les œdèmes liés à une insuffisance veineuse chronique.

Il est assez plausible cependant que le drainage lymphatique manuel est améliore à court terme la sensation de jambes lourdes.

Qu’en est-il pour l’affection principale pour laquelle le drainage lymphatique manuel est généralement indiquée ? Qu’est-il pour un lymphœdème secondaire d’un membre supérieur après une chirurgie de cancer du sein ?

Examinons à ce sujet la littérature scientifique récente. Mais avant cela, faisons un rapide point sur les enjeux.

La revue Cochrane de 2015 [5]

La Cochrane est une organisation internationale à but non lucratif. Elle a pour objectif de réaliser des synthèses des études sur l’efficacité des traitements de santé 📚. C’est ce qu’elle a fait en 2015 pour le drainage lymphatique manuel après pour lymphœdème après traitement du cancer du sein. Voici un extrait de la conclusion :

Le DLM est sûr et pourrait conférer un bénéfice supplémentaire au bandage de compression pour réduire le gonflement. […] Ce résultat doit cependant être confirmé par des données randomisées. […] Les résultats étaient contradictoires pour la fonction (amplitude des mouvements) et non conclusifs pour la qualité de vie.

Autrement dit, les résultats d’alors ne sont pas particulièrement enthousiasmants. Voyons maintenant ce qu’il en est depuis 2015.

Depuis 2015

Au moins deux nouvelles études [6,7] jettent le doute sur l’intérêt du drainage lymphatique manuel en post chirurgie de cancer de sein.

La première, publiée en 2018, conclut ainsi (traduction personnelle) :

Le drainage lymphatique manuel n’apporte pas de bénéfice supplémentaire en matière de réduction de volume chez les patientes ayant eu un cancer du sein.

La seconde, publiée en 2021, conclut quant elle comme cela (traduction personnelle) :

Les résultats de l’étude ont indiqué que les deux approches thérapeutiques ont été efficace pour les patientes souffrant d’un lymphœdème lié à un cancer du sein. Cependant, aucun effet additionnel du drainage lymphatique manuel n’a été trouvé concernant le pourcentage de réduction du volume du bras dans la phase intensive de traitement.

Le protocole de prise en charge a donc été aussi efficace avec et sans le drainage lymphatique manuel. Autrement dit, le drainage lymphatique manuel semble avoir été inefficace.

Conclusion

Pour mémoire, les grandes lignes de la prise en charge du lymphœdème post-chirurgie du cancer du sein consiste à :

  • appliquer des bandages compressifs adaptés ;
  • pratiquer régulièrement des exercices pour les membres supérieurs 🤸;
  • réaliser des soins de la peau réguliers et approfondis (pour prévenir le risque d’infection) 🚿;
  • le drainage lymphatique manuel.

Si l’on fait confiance aux résultats des études, il est fort possible que le drainage lymphatique manuel soit superflu. Bonne nouvelle : tout le reste semble efficace ! 🎉

Collier ultrason à drainage lymphatique : avis ?

De plus en plus de personnes s’interrogent sur l’intérêt des colliers à ultrason à drainage lymphatique. Ces dispositifs sont censés combiné 2 dispositifs qui à eux seul n’ont pas d’effet signficatif (au mieux, ils soulagent simplement la douleur à court terme) : les ultrasons thérapeutiques et le drainage lymphatique.

En attendant si vous le souhaitez un article plus complet et détaillé à leur sujet, voici mon avis très franc et synthétique : il n’y à rien à en attendre contre l’oedème, les douleurs ou pour perdre du poids d’un collier à ultrason !

Si vous souhaitez que j’en dise plus à leur sujet, faites-le moi savoir en commentaire !

Drainage lymphatique avec un kiné : à quel prix ? 💶

Le prix d’un drainage lymphatique avec un kiné varie selon deux types de situation :

  1. soit le kinésithérapeute réalise son acte dans le cadre d’un conventionnement avec l’Assurance maladie. Dans ce cas, le prix est encadré (16 à 36 euros selon le problème et le lieu de soins).
  2. soit le professionnel exerce dans un cadre hors conventionnement. Ici, le prix est relativement libre. Il peut atteindre entre 50 et 100 euros pour donner un ordre d’idée.

Kiné drainage lymphatique : remboursé ou non ? 💰

Si vous avez une ordonnance médicale, le kinésithérapeute peut vous prendre en charge dans un cadre conventionné. À ce titre, vous êtes remboursé.

Dans le cas où vous ne disposez pas d’ordonnance, vous ne pouvez bénéficier de ces soins de kinésithérapie conventionnés. Dans ces circonstances, vous n’êtes pas remboursé.

En France, il est possible de consulter un kiné sans ordonnance médicale dans certains cas.

Kiné drainage lymphatique : une ordonnance est-elle nécessaire ? 📃

Pour obtenir un drainage lymphatique d’un kiné, une ordonnance médicale est nécessaire dans deux cas :

Peut-on se faire un drainage lymphatique soi-même ?

Oui, on peut se faire un drainage lymphatique soi-même ! C’est plus ou moins compliqué selon la partie du corps à traiter, mais c’est possible.

On trouve sur le web quantité de ressources expliquant comment faire.

Comment trouver un kinésithérapeute qui pratique le drainage lymphatique ?

Il n’existe pas d’annuaire qui recense tous les kinés utilisant cette technique.

Voici quelques pistes pour trouver dans votre secteur un kiné qui propose ce type de prise en charge :

  • tapez « kiné drainage lymphatique » dans Google Maps ou dans votre moteur de recherche, avec le nom de votre ville. Vous tomberez peut-être sur des kinés qui disent sur leur site internet pratiquer le drainage lymphatique ;
  • démarchez par téléphone un par un tous les kinés autour de chez vous. C’est chronophage certes, mais c’est souvent ce qui marche le mieux. Si vous laissez un message vocal et qu’on ne vous rappelle pas, vous pouvez rappeler à d’autres horaires ;
  • si vous cherchez un kiné pour du drainage dans les suites d’un cancer du sein, demandez au service qui vous a pris en charge pour votre cancer. Ils ont normalement une liste de kinés pratiquant ce soin.

Le drainage lymphatique n’est pas à proprement parlé une spécialité en kinésithérapie. Les kinés sont formés lors de leur formation initiale au drainage lymphatique manuel (DLM).

***

Encore des questions, des remarques ? Rendez-vous en commentaire !

Je vous laisse aussi découvrir ces ebooks conçus sur la base des questionnements les plus fréquent(e)s des patient(e)s qui consultent ce site internet :

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  2. Quand mettre des bas de contention soulage ?
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📚 RÉFÉRENCES 📚

[1] Vlasie, A., Trifu, S.C., Lupuleac, C., Kohn, B., & Cristea, M.B. (2022). Restless legs syndrome: An overview of pathophysiology, comorbidities and therapeutic approaches (Review). Experimental and Therapeutic Medicine, 23, 185.

[2] Ricardo de Ávila Oliveira, Andréa Castro Porto Mazzucca, Daniela Vianna Pachito, Rachel Riera, José Carlos da Costa Baptista-Silva (2018) Evidence for varicose vein treatment: an overview of systematic reviews. Sao Paulo Medical Journal 136 (04).

[3] Berti-Hearn, Linda MSN, RN, CWOCN; Elliott, Brenda PhD, RN, CNE Chronic venous insufficiency, Nursing: December 2019 – Volume 49 – Issue 12 – p 24-30.

[4] https://www.physio-pedia.com/Manual_Lymphatic_Drainage

[5] Ezzo, J., Manheimer, E., McNeely, M. L., Howell, D. M., Weiss, R., Johansson, K. I., Bao, T., Bily, L., Tuppo, C. M., Williams, A. F., & Karadibak, D. (2015). Manual lymphatic drainage for lymphedema following breast cancer treatmentThe Cochrane database of systematic reviews, (5), CD003475.

[6] Tambour, M., Holt, M., Speyer, A. et al. Manual lymphatic drainage adds no further volume reduction to Complete Decongestive Therapy on breast cancer-related lymphoedema: a multicentre, randomised, single-blind trialBr J Cancer 119, 1215–1222 (2018).

[7] Sen, E. I., Arman, S., Zure, M., Yavuz, H., Sindel, D., & Oral, A. (2021). Manual Lymphatic Drainage May Not Have an Additional Effect on the Intensive Phase of Breast Cancer-Related Lymphedema: A Randomized Controlled TrialLymphatic research and biology19(2), 141–150.

Photo d'Albin Guillaud, kinésithérapeute

Rédigé par Albin Guillaud

Kiné et docteur en santé publique, j’ai à cœur de répondre au mieux possible à vos questions. Pour cela, je plonge volontiers au plus profond des abysses de la littérature scientifique internationale.

Entre deux immersions, j’aime arpenter les belles montagnes savoisiennes qui m’entourent ! 🌞❄️

En savoir plus sur moi

Prothèse de hanche : douleurs à la cuisse ou ailleurs – Pourquoi ?

Vous venez de vous faire installer une prothèse de hanche, vous avez des douleurs à la cuisse ? Vous ressentez encore des douleurs à d’autres endroits suite à l’opération et celles-ci vous inquiètent ?

Cet article a été écrit pour vous : que votre lecture soit bonne et instructive ! 🙂

Kiné, je réponds aux questions les plus fréquentes de mes patient(e)s lors de la rééducation d’une prothèse de hanche, ou à distance de l’opération.

Vous trouverez en fin d’article de nombreuses références à des études scientifiques qui appuient mes propos.

♻️ Dernière mise à jour : 20 février 2024. Rédigé par Albin Guillaud, kiné et docteur en santé publique.
👨‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec le sujet. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Vous pouvez aussi vous procurer mon eBook complet (68 pages) : Récupérer au mieux après une prothèse de hanche.

guide de récupération sur les suites d'une prothèse de hanche, écrit par une kiné
Un résumé de cet article au format vidéo 🙂

Quelles douleurs après une prothèse de hanche ? 🤔

Toute chirurgie orthopédique entraîne des risques de douleurs postopératoires (après l’opération). Ceci est vrai aussi pour l’installation d’une prothèse de hanche. On peut classer ces douleurs en deux catégories :

  • les douleurs « normales » ;
  • les douleurs « anormales ».

Douleurs normales après une prothèse de hanche 👍

Lorsqu’un chirurgien vous installe une prothèse de hanche, il traumatise nécessairement plusieurs types de tissus (on parle de traumatismes opératoires) :

  • de la peau ;
  • de l’os ;
  • du muscle ;
  • des ligaments ;
  • des vaisseaux sanguins.

De ces différents traumatismes résulte automatiquement un certain niveau de douleur 🌡️. C’est inévitable (à ce jour), mais partiellement contrôlable via :

Douleurs anormales après une prothèse de hanche 👎

Il est normal de ressentir de la douleur juste après s’être fait opérer d’une prothèse de hanche. Cependant, on peut en venir à se demander s’il est normal que la douleur :

  • soit aussi intense ?
  • dure aussi longtemps ?
  • se situe à un endroit plus ou moins éloigné du lieu de l’intervention (par exemple, sur la cuisse, dans le dos, au genou, etc.) ?
  • se manifeste sur certains mouvements et pas d’autres ?
  • change de forme ou de localisation ?
  • Etc.

Autrement dit, on peut être amené à s’interroger sur la « normalité » (ou l’anormalité) de sa douleur.

Dans ces circonstances, il est capital de se demander si cette douleur qu’on suspecte « anormale » peut signer une complication postopératoire.

Après une opération de prothèse de hanche, plusieurs complications associées à un surcroît de douleur peuvent survenir telles que :

Bien que ces complications soient peu fréquentes, il est crucial de les détecter à temps le cas échéant. Voilà pourquoi, si vous avez un doute, consultez votre chirurgien ou un médecin généraliste.

En l’absence de complications et passé un certain temps (voir partie suivante), il se peut aussi que des douleurs persistent. Si c’est le cas, alors il peut devenir très difficile d’expliquer pourquoi et de savoir quoi faire pour résoudre le problème. On bascule alors sur une démarche de gestion de la douleur chronique.

Durée des douleurs après une prothèse de hanche ⌚

Classiquement, les douleurs vont progressivement s’estomper au fil des jours puis des semaines suivant l’opération. Cette évolution peut se faire « en dents de scie » : il y a des jours où la douleur peut redevenir plus forte bien qu’elle continue à diminuer globalement.

Douleur après une prothèse de hanche qui évolue favorablement mais en dents de scie.
Illustration de l’amélioration d’une douleur après prothèse de hanche : la douleur diminue progressivement mais en dents de scie.

Les douleurs peuvent même continuer à s’améliorer dans les mois qui suivent l’opération. Dans une étude australienne [4], on a demandé à 3 215 patients opérés d’une prothèse de hanche (pour arthrose) d’évaluer leur douleur à 6 mois postopératoires :

  • 1 sur 3 n’avait plus du tout de douleur ;
  • 1 sur 2 n’avait plus qu’une légère douleur.

Toutefois, bien que moins fréquemment, le niveau de douleur à 6 mois peut être plus important 😞. Dans la même étude australienne précédemment mentionnée, on apprend que 6 mois après l’opération :

  • 1 patient sur 5 avait encore une douleur modérée ;
  • 1 sur 25 une douleur sévère ;
  • 1 sur 200 une douleur extrême.

Une douleur qui dure aussi longtemps après un traumatisme ou une opération peut alors être difficile à expliquer et à traiter.

Douleur à la cuisse après une prothèse de hanche 🦵

Avoir des douleurs après une opération de prothèse de hanche normale. Pendant l’intervention, le chirurgien va en effet traumatiser de nombreux tissus (ne serait-ce que la peau, qu’il doit inciser). Cela n’a rien de surprenant.

En pratique, ce qui inquiète souvent les patients est que leur douleur se situe à un autre endroit que là où a eu lieu l’intervention. Après une opération de prothèse de hanche, on s’attend naturellement à avoir mal au niveau de la hanche, et pas ailleurs… Par exemple pas au niveau de la cuisse !

Est-il normal d’avoir mal à la cuisse après une prothèse de hanche ? Cette interrogation conduit à la question plus générale des douleurs normales et anormales suite à l’installation d’une prothèse de hanche.

Je traite précisément de ce sujet dans la première partie du présent article : « Quelles douleurs après une prothèse de hanche ? » Ce qu’il faut retenir en lien la présence d’une douleur à la cuisse après une prothèse de hanche :

Si vous êtes inquiet que cette douleur puisse indiquer une complication de votre opération, consultez un médecin généraliste ou votre chirurgien !

C’est d’ailleurs le type de douleur qui suscite le plus de questionnements sur internet après la pose d’une prothèse de hanche. Regardez : vous êtes des milliers chaque mois à vous interroger sur les douleurs à la cuisse après une prothèse de hanche :

douleur à la cuisse après prothèse de hanche, nombre de fois où l'expression est renseignée dans les moteurs de recherche
Des milliers de personnes s’interrogent chaque mois sur la douleur à la cuisse après prothèse d ehanche !

Douleurs musculaires après une prothèse de hanche 💪

Quelle que soit la technique utilisée par votre chirurgien, plusieurs des muscles de votre hanche seront abîmés pendant l’opération [5]. En ce sens, il est donc tout à fait normal qu’une partie de votre douleur postopératoire résulte de ces lésions musculaires.

Ces douleurs vous inquiètent malgré tout ? Lisez-donc la toute première section de cet article : « Quelles douleurs après une prothèse de hanche ? ».

Douleur au genou après une prothèse totale de hanche 🧎

Si vous souffrez d’une douleur au genou après vous êtes fait opérer d’une prothèse de hanche, il y a deux possibilités :

  1. Cette douleur est liée à l’opération. En ce cas, il faut identifier si celle-ci est le signe d’une complication postopératoire. Si vous vous interrogez à ce sujet, consultez votre chirurgien ou un médecin généraliste pour en avoir le cœur net. S’il ne s’agit pas d’une complication postopératoire, il y a deux options possibles :
    1. Cette douleur va finir par disparaître sans que personne sache expliquer clairement pourquoi elle s’est manifestée, ni pourquoi elle a fini par partir (mais peu importe, le plus important est qu’elle ait disparue !).
    2. Cette douleur va persister sans que personne sache expliquer clairement pourquoi, ni proposer une solution thérapeutique satisfaisante. On passe alors sur une problématique de gestion de la douleur chronique du genou.
  2. Cette douleur est indépendante de l’opération. En effet, bénéficier d’une prothèse de hanche ne garde en rien du risque de développer une douleur au genou tout à fait indépendamment (hélas…) !

Mal de dos après une prothèse de hanche 😖

Toute douleur suspecte qui survient après une opération de prothèse de hanche doit être abordée de la même façon, mal de dos compris.

À ce titre, je vous invite à lire la toute première section de cet article : « Quelles douleurs après une prothèse de hanche ? ».

Douleur du psoas après une prothèse de hanche

La plupart du temps, on ressent une douleur dans une zone corporelle plus ou moins bien délimitée (le dos, le cou, l’épaule, etc.) 🎯. À tort, on aura parfois tendance à déclarer qu’on a mal à un muscle précis, plutôt que dans la région dans laquelle se trouve se muscle. Par exemple, quelqu’un qui a mal au bras dans la région du biceps pourra dire abusivement qu’il a « mal au biceps » 💪🏼.

Pourquoi est-ce abusif ? Parce que rien ne garantit que la douleur ressentie dans la région du biceps soit provoquée par un problème au niveau du biceps lui-même. Le fonctionnement de la douleur est hélas plus complexe que cela.

Pour illustrer cette complexité, le type de cas sans doute le plus marquant est celui de la personne amputée. Parfois, celle-ci se trouve à ressentir encore des douleurs dans son membre manquant ! On appelle ce genre de douleurs des douleurs de membre fantôme 👻.

⚠️ Il est donc possible de ressentir une douleur dans une région corporelle qui n’existe plus. Cela n’a donc rien de surprenant qu’on puisse avoir l’impression qu’une douleur vient d’un muscle précis sans que cela soit réellement le cas.

Voilà pourquoi parler de « douleur du psoas » est abusif. Plutôt, on peut ressentir une douleur dans la région du muscle psoas, qui correspond plus ou moins à la région de l’aine. Voici la raison pour laquelle si vous avez l’impression d’avoir « une douleur au psoas », je vous invite à vous référer à la partie suivante !

Douleur à l’aine après une prothèse de hanche

Vous souffrez d’une douleur dans la région de l’aine après avoir été opéré d’une prothèse de hanche ? Voici la question qu’il faut vous poser :

Ma douleur fait-elle partie des suites normales de l’opération, ou bien est-elle le signe d’une complication postopératoire ? 🤔

Si vous êtes ici à lire ces lignes, c’est que vous avez probablement des doutes que cette douleur soit « normale ». La personne la mieux placée pour confirmer ou infirmer vos inquiétudes est votre chirurgien, ou à défaut, un médecin généraliste ⚕️.

Si vous avez déjà vu votre chirurgien ou un médecin généraliste, il y a 3 possibilités :

  1. Le professionnel a confirmé que votre douleur était une complication postopératoire particulière et vous a proposé le traitement adapté 👍🏼.
  2. Le professionnel estime que votre douleur fait partie des suites normales de l’opération et vous recommande de patienter encore un peu 👍🏼. Tout devrait rentrer dans l’ordre avec :
    • une prise en charge antidouleur adéquate (peut-être à modifier) ;
    • la poursuite d’une reprise progressive de vos activités de vie courante (voire la mise en place d’activités physiques régulières et adaptées) ;
    • une dose de patience.
  3. Le professionnel juge que votre douleur n’est ni une complication de la prothèse, ni une suite normale. Il pense qu’il s’agit d’autre chose… 🛸 Naturellement, la démarche à suivre à partir de là dépendre de :
    • la nature de cette autre chose ;
    • à quel point le professionnel est sûr de son diagnostic (si véritable diagnostic il y a) ;
    • des traitements disponibles pour cette autre chose ;
    • à quel point le professionnel est certain que ces traitements fonctionnent. Mais tout ça est une histoire spécifique à la chose en question, et pour laquelle il faudrait un article dédié !

Douleur sciatique après une prothèse de hanche

L’expression « douleur sciatique » est souvent utilisée pour désigner une douleur descendant dans l’arrière de la cuisse, voire de toute une jambe 🦵🏻. D’un autre côté, le terme « sciatique » fait anatomiquement référence au nerf sciatique, lequel passe effectivement derrière la cuisse.

Ainsi, il est courant qu’une personne qui déclare souffrir d’une « douleur sciatique » pense qu’elle a un problème au niveau de son « nerf sciatique ». ⚠️ Or cette conclusion est très souvent abusive [6,7]. La plupart du temps, il est malheureusement très difficile de déterminer précisément ce qui cause la douleur.

La seule chose certaine est que vous avez mal derrière la cuisse ou la jambe ! À partir de là, voici la première question à vous poser si vous venez juste de vous faire opérer d’une prothèse de hanche :

Ma douleur fait-elle partie des suites normales de l’opération, ou bien est-elle le signe d’une complication postopératoire ? 🤔

Vous pourriez également être intéressé par cet article sur la durée d’évolution d’une sciatique.

Si vous ressentez le besoin d’en savoir plus sur la période de récupération après une prothèse de hanche, voir aussi ce guide au format ebook :

Vous pourriez aussi aimer ces articles :

  1. Les mouvements interdits après une prothèse de hanche
  2. Combien de temps pour récupérer après une prothèse de hanche ?
  3. Combien de temps durent les douleurs après une opération de la hanche ?

📕 RÉFÉRENCES 📕

études scientifiques sur la prothèse de hanche
On a beaucoup de recul sur la prothèse de hanche : ici sont représentées les plus de 18 000 études sur l’intérêt et les suites d’une arthroplastie de la hanche

[1] Santana, D. C., Emara, A. K., Orr, M. N., Klika, A. K., Higuera, C. A., Krebs, V. E., Molloy, R. M., & Piuzzi, N. S. (2020). An Update on Venous Thromboembolism Rates and Prophylaxis in Hip and Knee Arthroplasty in 2020. Medicina (Kaunas, Lithuania)56(9), 416.

[2] Hasija, R., Kelly, J. J., Shah, N. V., Newman, J. M., Chan, J. J., Robinson, J., & Maheshwari, A. V. (2018). Nerve injuries associated with total hip arthroplasty. Journal of clinical orthopaedics and trauma9(1), 81–86.

[3] Healy, W. L., Iorio, R., Clair, A. J., Pellegrini, V. D., Della Valle, C. J., & Berend, K. R. (2016). Complications of Total Hip Arthroplasty: Standardized List, Definitions, and Stratification Developed by The Hip Society. Clinical orthopaedics and related research474(2), 357–364.

[4] Ninomiya, K., Takahira, N., Ochiai, S., Ikeda, T., Suzuki, K., Sato, R., Ike, H., & Hirakawa, K. (2020). Incidence of postoperative complications and non- periprosthetic fractures after total hip arthroplasty: A more than 10-year follow-up retrospective cohort studyPhysical therapy research24(1), 77–83.

[5] Rykov K, Meys TWGM, Knobben BAS, Sietsma MS, Reininga IHF, Ten Have BLEF. MRI Assessment of Muscle Damage After the Posterolateral Versus Direct Anterior Approach for THA (Polada Trial). A Randomized Controlled Trial. J Arthroplasty. 2021 Sep;36(9):3248-3258.e1.

[6] van der Windt DAWM, Simons E, Riphagen II, Ammendolia C, Verhagen AP, Laslett M, Devillé W, Deyo RA, Bouter LM, de Vet HCW, Aertgeerts B. Physical examination for lumbar radiculopathy due to disc herniation in patients with low‐back pain. Cochrane Database of Systematic Reviews 2010, Issue 2. Art. No.: CD007431.

[7] Kim, JH., van Rijn, R.M., van Tulder, M.W. et al. Diagnostic accuracy of diagnostic imaging for lumbar disc herniation in adults with low back pain or sciatica is unknown; a systematic reviewChiropr Man Therap 26, 37 (2018).

Cet article existe aussi en anglais : How Long Does Pain Last after Hip Replacement?

Photo d'Albin Guillaud, kinésithérapeute

Rédigé par Albin Guillaud

Kiné et docteur en santé publique, j’ai à cœur de répondre au mieux possible à vos questions. Pour cela, je plonge volontiers au plus profond des abysses de la littérature scientifique internationale.

Entre deux immersions, j’aime arpenter les belles montagnes savoisiennes qui m’entourent ! 🌞❄️

En savoir plus sur moi

Tiers-payant & kinésithérapie : comment ça marche ?

Que vous soyez kiné ou patient, vous vous posez des questions sur le tiers-payant en kinésithérapie ? Comment y avoir recours, quand est-ce que c’est obligatoire ou facultatif ?

Quels sont les avantages et les inconvénients à l’utiliser ?

Je réponds aux questions les plus fréquentes de mes patient(e)s et des internautes à ce sujet.

Je pratique moi-même en tant que kiné le tiers-payant généralisé pour tous mes patients. Et je vous présente donc aussi ma manière de faire.

Vous trouverez en fin d’article toutes les sources sur lesquelles je m’appuie pour délivrer ces informations, les plus factuelles possibles.

♻️ Dernière mise à jour : 18 octobre 2024.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec cet article. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales. Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Ça veut dire quoi tiers-payant ?

Quand vous consultez un professionnel de santé, 3 situations différentes peuvent se présenter :

  1. vous payez l’intégralité de la prestation qu’il vient de vous délivrer. Vous serez derrière peut-être remboursé intégralement ou partiellement par la sécurité sociale/assurance maladie et votre mutuelle/complémentaire santé ;
  2. vous payez une partie de la prestation qu’il vient de vous délivrer ;
  3. vous ne payez rien du tout.

Dans la situation 2 et 3, vous bénéficiez du tiers-payant : quelqu’un (ou plutôt, un ou plusieurs organismes) paient à votre place.

Il existe donc 2 types de situations de tiers-payant :

  • le tiers-payant partiel ;
  • le tiers-payant intégral.

Tiers-payant partiel dit « part Sécu » / part AMO

AMO = assurance maladie obligatoire

C’est une option souvent choisie par les kinés : le tiers-payant est appliqué pour la partie prise en charge par la sécurité sociale (=Assurance maladie). Cela veut dire que c’est la sécu qui paie directement pour vous une partie de la séance, au lieu que vous soyez remboursé dans un second temps.

Il vous restera à payer la part qui pourra être remboursée par votre complémentaire santé (=mutuelle) si vous en avez une.

L’Assurance maladie prend en charge 60 % d’une séance kiné. Par exemple, pour une séance de rééducation après entorse de cheville :

  • le tarif est de 16,13 euros ;
  • la sécu paie à votre place 9 euros 68 (moins la franchise médicale : un reste à charge de 0,50 centimes passé à 1 euro par séance en 2024) ;
  • il vous reste à payer seulement 6 euros 45 par séance (ou plus si le kiné fait un dépassement d’honoraire). Cette partie supplémentaire pourra vous être remboursée par votre mutuelle dans un second temps, mais vous l’avancez.

Cela fonctionne seulement si votre kiné est conventionné avec l’assurance maladie. Mais la grande majorité des kinés le sont. S’il ne l’est pas, il doit de toute façon vous en informer avant la première séance.

En allant chez le kiné, vous aurez souvent à payer seulement la part mutuelle. La partie prise en charge par la sécu ne sera pas avancée : c’est le tiers-payant partiel.

Tiers-payant intégral ou généralisé / part AMO + AMC

AMC = Assurance maladie complémentaire

Depuis 2017, il existe en France ce qu’on appelle le tiers-payant intégral ou généralisé.

Dans certains cas, les kinés sont obligés de pratiquer le tiers-payant intégral. Dans d’autres, ils ont le choix. Certains le font systématiquement, donc parfois, d’autres jamais.

Lorsque le tiers-payant intégral est pratiqué, vous ne paierez ni la part sécu, ni la part mutuelle. Vous n’aurez donc aucune avance de frais à faire. La sécu et la mutuelle paient directement le kiné. Vous recevez simplement par mail ou par voie postale un document qui récapitule les séances que le kiné a facturé.

Si votre kiné pratique des dépassements d’honoraires, il se pourra cependant que vous ayez tout de même à payer quelque chose.

Lorsque le tiers-payant généralisé est pratiqué, la sécu et la mutuelle paient directement le kiné, sans que vous ayez une avance d’argent à faire.

Est-ce que les kinésithérapeutes peuvent pratiquer le tiers-payant intégral ?

Les kinés font bien partie des professionnels de santé qui peuvent (et même doivent parfois) pratiquer le tiers-payant intégral.

Situation où le tiers-payant intégral est systématique

Voici toutes les situations où vous n’aurez aucune avance de frais à faire, parce que les kinés sont obligés de faire le tiers-payant. À condition bien sûr d’avoir une ordonnance pour des séances de kiné :

  • vos séances de kiné sont en lien avec un accident du travail ou une maladie professionnelle ;
  • vous avez la Complémentaire santé solidaire (ex CMU) ;
  • vous êtes bénéficiaire de l’aide médicale de l’État (AME) ;
  • vous avez l’aide au paiement d’une complémentaire santé (ACS). Cela arrive si vous avez souscrit un contrat de complémentaire sélectionné par le ministère de la Santé, figurant sur la Liste des offres pour l’utilisation de votre aide au paiement d’une complémentaire santé (ACS) ;
  • vous êtes en affection de longue durée (ALD). À condition que le motif pour lequel vous avez besoin de séances de kiné soit bien en lien avec l’ALD. Par exemple, si vous êtes en ALD pour une spondylarthrite ankylosante que vous vous fracturez la cheville en tombant à vélo, vous ne pourrez pas être pris en charge en ALD pour vos séances de kiné en lien avec la fracture de cheville.
  • vous êtes enceinte, vous êtes dans les 4 mois avant la date présumée de l’accouchement. Ou vous avez accouché il y a moins de 12 jours ;
  • vos soins sont en lien avec un acte de terrorisme.

Votre kiné aura dans ce cas parfois besoin de documents ou justificatifs :

  • dans tous les cas, votre carte vitale ;
  • dans certains cas :
    • l’attestation délivrée par votre caisse d’assurance maladie, si vous avez la Complémentaire santé solidaire (ou l’attestation CMU complémentaire dont les droits sont toujours en cours) ;
    • l’attestation d’admission à l’AME ;
    • la « feuille d’accident du travail ou de maladie professionnelle ».

Situations où le tiers-payant est facultatif

Dans toutes les autres situations que celles énoncées précédemment, les kinés peuvent pratiquer le tiers-payant :

  • sur la part obligatoire ;
  • sur la part obligatoire ET complémentaire,

mais ils ne sont pas obligés.

Comment trouver un kiné qui pratique le tiers-payant ?

Il n’existe pas de liste, d’annuaire qui recense tous les kinés pratiquant le tiers-payant. Cette information est d’ailleurs rarement mentionnée sur les sites des kinés ou sur les pages des annuaires où leurs coordonnées sont diffusés (comme Les Pagesjaunes, Doctolib, etc.).

La seule manière de trouver un kiné qui pratique le tiers-payant généralisé pour tous ces patients est donc de :

  1. démarcher un par un tous les kinés autour de chez vous ;
  2. leur demander s’ils pratiquent le tiers-payant généralisé.

Cela n’a d’intérêt que si vous êtes dans une situation où les kinés ne sont pas obligés de faire le tiers-payant. Si vous êtes dans une situation où le tiers-payant est « imposé » par la sécurité sociale, tous les kinés le pratiqueront… en théorie.

Selon les derniers chiffres que j’ai trouvé (datant de 2017), une petite minorité de professionnels ne le pratiquent pas encore même s’il est obligatoire. Mais le tiers-payant venait tout juste d’être mis en place, les choses ont du changer depuis :

fréquence de pratique du tiers-payant obligatoire par les kinés
87 à 99 % des kinés pratiquaient le tiers-payant lorsque c’était obligatoire en 2017. Source : IGAS 2017

Environ 1 kiné sur 2 pratiquait le tiers-payant intégral en 2017.

fréquence de pratiquer du tiers payant obligatoire chez les kinés
En 2017, presque 1 kiné sur 2 pratiquait le tiers-payant intégral lorsque c’était facultatif. Et 66 % pratiquaient le tiers-payant au moins sur la part obligatoire.

Quels intérêts/inconvénients à pratiquer le tiers payant quand on est kiné ?

Dans mon entourage professionnel (kinés, infirmiers et médecins), une minorité effectue le tiers-payant sur la part facultative (et même sur la part obligatoire pour un certain nombre).

Arguments théoriques pour et contre le tiers-payant

J’ai essayé dans ce tableau de synthétiser les arguments pour et contre le tiers-payant. Ils mériteraient cependant d’être étayés par des recherches complémentaires pour voir s’ils sont empiriquement vérifiés.

Par exemple, est-ce que la pratique du tiers-payant conduite à « déresponsabiliser » et incite les patients à plus consulter les soignant(e)s ? J’y reviendrai.

AvantagesInconvénients
Charge administrativePossibilité de se concentrer sur le traitement des patients plutôt que sur la gestion de la facturation.Il y a parfois tout de même des rejets de la sécu ou de la mutuelle à gérer (j’indique plus loin dans l’article à quelle fréquence cela m’arrive). Dans ce cas, c’est à nous de les gérer, et pas au patient. Cela peut entraîner des coûts supplémentaires (en temps ou en argent si on délègue).
PaiementPas besoin d’attendre le paiement des patients pour être rémunéré.Risque de non-paiement : bien que le tiers-payant réduise les délais de paiement en général, il existe un risque que les assurances ne paient pas dans les délais convenus ou ne paient pas du tout. Cela peut entraîner des difficultés financières pour les kinésithérapeutes.
Accessibilité aux soinsRend service aux patients ayant des difficultés financières. Contribue à améliorer l’accessibilité des soins en réduisant les barrières financières pour les patients. Cela peut encourager les patients à consulter un kinésithérapeute plus tôt et à suivre un traitement de manière plus régulière, ce qui peut entraîner de meilleurs résultats thérapeutiques à long terme.Si le tiers-payant augmente le temps d’administratif des soignants, cela ne facilite pas l’accès aux soins, parce qu’ils ont moins de temps pour les soins !
Responsabilité des patient(e)sLes patients restent responsables de s’assurer qu’ils disposent d’une assurance maladie valide et de respecter les conditions de leur couverture, et ils peuvent être tenus de payer des frais supplémentaires en cas de dépassements d’honoraires ou de traitements non couverts par leur assurance.Les frais de consultation sont directement payés par l’assurance maladie du patient, et non pas par le patient lui-même. Cela peut conduire certains patients à être moins attentifs aux coûts de leur traitement et à être moins enclins à s’impliquer dans leur propre santé.
Arguments théoriques pour et contre le tiers-payant

Voyons maintenant si nous avons des données empiriques pour soutenir plus ou moins ces arguments.

Données empiriques sur l’impact du tiers-payant

Il y a quelques rapports qui évaluent l’impact de la pratique du tiers-payant sur le système de santé, l’économie et l’accès aux soins.

Les résultats des études internationales sur l’impact du tiers-payant montre que son impact varie selon comment le système de santé est déjà organisé à la base.

Un rapport assez ancien concluait ainsi :

rapport sur les effets du tiers-payant sur les dépenses de santé
Source : IRDES 2000

En d’autres termes : le tiers-payant a surtout un impact sur les personnes qui ont le moins d’argent. Elles consultent plus que s’il n’y a pas de tiers-payant, mais pas plus que les personnes plus riches, avec ou sans tiers-payant.

Mais ce n’est pas a priori parce qu’elles sont « déresponsabilisées ». Mais simplement parce qu’elles ont moins peur d’être en difficulté financière en consultant !

Comment pratiquer le tiers-payant généralisé quand on est kiné ?

Les caisses nationales d’assurance maladie, les mutuelles, les institutions de prévoyance et les sociétés d’assurance transmettent ont du se mettre d’accord et déployer une solution technique permettant aux professionnels de santé de permettre au patient de n’avancer aucun frais.

Donc les choses sont assez faciles à mettre en place… Disons qu’il y a pire niveau bureaucratie !

Voici les différentes étapes à suivre :

  1. Vous devez bien sûr être conventionné avec l’Assurance maladie. Mais si vous travaillez déjà comme kiné libéral, vous l’êtes déjà !
  2. Inscrivez-vous chez Inter-AMC (lien en fin d’article). C’est gratuit. En remplissant 1 ou 2 formulaires, vous pourrez ainsi pratiquer le tiers payant généralisé avec plus de 90 % des complémentaires santé, sans démarche supplémentaire. Certains éditeurs de logiciels kinés intègrent aussi directement ce service ;
  3. Quand un patient consulte, vous enregistrez sa carte vitale et le nom de sa mutuelle dans votre logiciel métier. Et le cas échéant sa date d’accident du travail. Selon le logiciel kiné que vous utilisez, vous pouvez flasher le QR-code de la carte mutuelle. Je vous expliquer précisément comment je procède plus loin dans l’article.
  4. Vous sécurisez les séances quand vous le souhaitez en reprenant sa carte vitale, après les avoir facturées via le logiciel. Vous les transmettez via une feuille de soin électronique à l’Assurance maladie. Vous pouvez aussi les transmettre en non sécurisé.
  5. Si tout va bien, vous recevez le paiement de la sécu en quelques jours, 7 maximum, directement sur votre compte bancaire. Il faut parfois que vous retélétransmettiez une seconde fois à la mutuelle, mais cela se fait en un clic, vous n’avez pas besoin d’y repenser. Le paiement des mutuelles est un peu plus long parfois.

Si vous souhaitez faire le tiers-payant seulement sur la part obligatoire, vous vous arrêtez à l’étape 1. Et vous faites une facture au patient pour qu’il se fasse remboursé la part complémentaire. Vous lui faites payer cette part.

infographie sur les chiffres de la pratique du tiers-payant par les kinésithérapeutes en France

Doit-on payer chez le kiné s’il fait le tiers-payant intégral ?

Si vous êtes dans une des conditions qui ouvrent le droit au tiers-payant obligatoire, vous n’aurez pas besoin de payer quoi que ce soit, ni d’avancer des frais. Sauf si :

Si vous n’êtes pas dans une des situations où le tiers-payant est obligatoire, votre kiné peut faire partie de celles et ceux qui pratiquent le tiers-payant intégral (environ 50 % en 2017).

Exemple concret de comment je m’organise en tant que kiné pour le tiers-payant

Depuis le premier jour de mon activité de kiné en libéral (en novembre 2019), je n’ai jamais fait payer un seul patient. Je suis systématiquement payée par :

  • les caisses primaires d’assurance maladie,
  • les complémentaires santé,
  • ou l’HAD.

Pourquoi je pratique le tiers-payant intégral/généralisé

J’ai fait ce choix tout simplement parce que je trouvais cela plus pratique pour moi à gérer. Et pour être très franche : pas par désir altruiste de rendre plus équitable l’accès aux soins des moins fortunés !

Je ne connaissais pas ces données sur l’impact du tiers-payant à l’époque.

Je me suis donc inscrite avant de voir mes premiers patients sur le site de l’inter-AMC. Les démarches sont assez rapides, en une semaine les formalités étaient réglées.

Je me suis bien sûr assurée que le logiciel de télétransmission auquel j’ai souscris (Soins2000) gère bien cela.

Je pensais gagner du temps avec une seule formalité de facturation plutôt que plusieurs :

  • tiers-payant intégral pour les patients chez qui c’est obligé de le travailler ;
  • tiers-payant sur la part obligatoire le reste du temps. Avec règlement par chèque, espèce, ou carte bancaire (avec frais supplémentaires dans ce cas).

J’ai donc décidé de faire le tiers-payant tout le temps. Je n’ai ainsi pas à gérer des dépôts de chèque à la banque.

Comment je procède à chaque nouveau patient

Voici comment je procède à chaque nouveau patient :

  1. j’enregistre dans mon TLA sa carte vitale ;
  2. je regarde si l’ordonnance mentionnée que les soins peuvent être pris en charge dans le cas de l’ALD. Si le BDK (=bilan) confirme que c’est bien le cas, je ne demande pas la carte de mutuelle ;
  3. sinon, je demande au patient le nom de sa mutuelle. Je prends en photo la carte de mutuelle (l’intérieur, avec le numéro AMC) si c’est une mutuelle peu commune, que je n’ai jamais enregistré. Comment je procède si mon patient n’a pas de mutuelle ? Et bien, cela n’est jamais arrivé en plus de 3 ans ! En tout cas, pas chez ceux qui ne sont pas en ALD ;
  4. j’enregistre ensuite ces informations dans mon logiciel métier, Soins 2000 ;
  5. lorsque j’ai fini les séances ou un certain nombre de séances en kiné, je crée une facture. Je reprends la carte vitale du patient pour la sécuriser (ou parfois non, si je ne revois pas le patient). Puis je télétransmets via mon logiciel.
  6. J’utilise Indy comme solution de comptabilité. Je n’ai donc rien de plus à faire manuellement niveau comptabilité, tout se fait de manière automatique. Pas de chèque à encaisser, d’espèce à rentrer manuellement dans ma comptabilité.

Est-ce que j’ai souvent des rejets ou impayés ?

Comme sûrement beaucoup d’entre-vous, j’aime limiter le temps consacrer à tout ce qui concerne la facturation ! Sans pour autant déléguer : je n’ai pas assez de volume pour que ça vaille le coût (35 à 50 prises en charge par semaine).

Je ne vérifie donc pas :

  • si la carte vitale est à jour. Cela ne gène de toute façon pas pour pratiquer le tiers-payant ;
  • je ne vérifie pas si les droits en ALD sont ouverts ou non. Cela peut être une source de rejets, mais je prends le « risque » car ça fait gagner du temps ;
  • je ne prends pas le temps de vérifier si les soins de kiné sont bien pris en charge. C’est tellement rare que cela ne soit pas le cas ET que le patient ne soit pas au courant. Tant pis, ça part en impayés.

Lorsque j’ai des rejets, je regarde la cause.

capture d'écran du logiciel kiné soins 2000 qui indique un rejet à cause du tiers-payant sur la part mutuelle
Comment mon logiciel kiné (Soins2000) m’informe des rejets de paiement via le tiers-payant sur la part mutuelle (en rouge).

Si elle est facile à régler (parfois, il s’agit simplement de télé transmettre à nouveau!), je règle le problème.

Souvent, il s’agit d’un problème de conventionnement avec la mutuelle : la mutuelle du patient ne fait pas parti des mutuelles qui ont souscrit à inter-AMC. Ça m’est arrivé 3 ou 4 fois les premières années, puis plus depuis.

Dans ce cas, je consultais le site de la mutuelle pour me conventionner directement avec elle. Puis je télétransmettais à nouveau, ou je leur envoyais la facture par mail.

Cela ne m’est plus arrivé depuis environ 1 an, j’imagine que je suis maintenant conventionnée avec quasiment toutes les mutuelles.

Pour les autres causes de rejet, si je ne vois pas comment régler le problème rapidement, et bien, je ne le règle pas. Tant pis, j’accepte de perdre cet argent pour gagner du temps et de l’énervement !

Voici la somme totale d’impayés que j’ai eu en agissant ainsi depuis le début de mon activité :

AnnéeImpayésMotifs d’impayés/rejetNombre de séances réalisées
20190171
2020181 €Le patient a changé de mutuelle (professionnelle) au milieu d’une série de séances et ne m’a pas informé Prestation non couverte (patient non remboursé pour les soins kinés) Rejet « bénéficiaire inconnu »1299
2021564 €Pas de convention avec la mutuelle (et je n’ai pas fait les démarches)
Droits du patient non ouverts
Rejet « bénéficiaire inconnu » Droits ALD plus ouverts Problème de code CSR mal copié depuis la carte de mutuelle
1767
2022355 €Problème de code CSR mal copié depuis la carte de mutuelle
Rejet « bénéficiaire inconnu » Droits fermés Prestation non couverte (patient non remboursé pour les soins kinés)
1758
Mes impayés depuis le début de mon activité de kiné libérale

Soit en moyenne 22 euros/mois d’impayés liés au tiers-payant. Pour un volume d’impact équivalent à un mi-temps (35 à 50 prises en charge semaine, 5 à 7 semaines de congés par an).

Ce que je pense des solutions de gestion d’impayés

Il existe plusieurs solutions de gestions d’impayés qui ciblent les kinés. Voici mon avis sur chacune d’elles :

  • Gustave APP : fait pour relancer les patient(e)s, donc pour les kinés ne faisant pas le tiers-payant généralisé ;
  • Recouv-lib : leurs honoraires sont au résultat, ce que je trouve très bien. Ils prennent 20 % de l’argent qu’ils récupèrent. Par contre je ne comprends pas leur formule à 80 € mois de gestion du tiers-payant (alors qu’on peut faire ça gratuitement avec inter-AMC pour 99% des mutuelles). Dans mon cas vu mon volume d’impayés elle n’est pas du tout intéressante.
  • Paymed : 95 euros TTC/mois pour la gestion des impayés : pas du tout intéressant dans mon cas. Et leur formule « Alternative libérale au tiers payant » à 36 euros/mois ressemble à ce que propose inter-AMC… gratuitement !

J’aurais peut-être l’occasion d’écrire un article plus spécifique sur le sujet bientôt !

Sujets qui reviennent toujours dans les discussions entre kinés, j’ai crée ces ebooks et e-learnings :

ebooks et e-learning pour les kinésithérapeutes

***

Que vous soyez kiné ou patient, j’espère avoir répondu à vos principales interrogations au sujet du tiers-payant en kinésithérapie. Encore des questions ? Des remarques, des compléments d’information à apporter ?

Tout cela est bienvenue en commentaire 🙂.

Patient(e)s, vous laisse aussi découvrir mes ebooks conçus sur la base des questionnements les plus fréquent(e)s des patient(e)s qui consultent mon site internet :

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  2. Les kinés peuvent-ils faire des ordonnances ?
  3. Tout sur les études de kinésithérapie

📚 SOURCES

Comme toujours quand je traite d’un sujet, j’aime regarder ce qui se dit dans d’autres pays, à l’international, dans la littérature académique. Et j’ai été assez surprise de découvrir qu’il ne se dit, ailleurs qu’en France et quelques pays francophones, quasiment RIEN au sujet du tiers-payant !

Une soixantaine seulement de publications depuis les années 1950 (même pas une par an) indexées dans la plus grande base de données d’études en santé (la Medline/Pubmed). Avec un pic dans les années 1970.

études sur l'impact du tiers-payant sur les système de santé indexées dans la medline

Je me suis alors dit que les publications sur le sujet n’étaient peut-être pas publiées dans des revues indexées dans la Medline. Effectivement, il y a plus de résultats indexées dans Google Scholar :

résultats dans google scholar sur les études sur les bienfaits et inconvénients du tiers-payant

Mais d’après mes recherches, aucune étude de grande ampleur, comparant par exemple des pays qui pratiquent ou non le tiers-payant, et l’impact sur différents paramètres de leur système de santé. Probablement à cause des difficultés méthodologiques à réaliser ce type de comparaison.

Ameli.fr. Tiers payant conditions et modalités d’application. Masseurs-kinésithérapeutes.

Legifrance.gouv. LOI n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé

IGAS. Évaluation de la généralisation du tiers-payant.

Centre de recherche et de documentation en économies de la santé. Le tiers-payant est-il inflationniste ? Étude de l’influence du recours au tiers-payant sur la dépense de santé. Paul Dourgnon et Michel Grignon. 2000

Application Gustave

Recouv-lib

Paymed

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Entorse de cheville : douleur qui persiste, que faire ?

Qu’une douleur persiste longtemps après une entorse de cheville n’est pas rare. Autrement dit, vous n’êtes pas seul(e) à vous questionner sur cette douleur qui dure après une entorse ; 1 mois, 2 mois, 3 mois, 6 mois, voire plus.

Avoir cette connaissance va peut-être en rassurer certain(e)s (un peu), d’autres non. Quoi qu’il en soit, cette information signifie que ce thème intéresse du monde, moi le premier.

C’est pourquoi je me suis attelé à écrire cet article. Pour cela, j’ai examiné la littérature médicale et scientifique la plus récente, c’est-à-dire tout ce que l’espèce humaine sait à ce jour sur le sujet.

J’espère que ce que vous trouverez dans ma synthèse vous sera utile. Bonne lecture !

♻️ Dernière mise à jour : octobre 2023. Rédigé par Albin Guillaud, kiné et docteur en santé publique.
👨‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec le sujet. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Si vous souhaitez plus d’informations sur cette période de rééducation et les exercices qu’il est possible de faire, voir aussi cet ebook.

couverture de l'ebook sur la rééducation d'une entorse de cheville

Entorse de cheville, cheville tordue, cheville foulée : qu’est-ce que c’est ?

Dans le langage courant, on dit parfois s’être tordu ou foulé la cheville. « Cheville tordue », « cheville foulée », « entorse de cheville » : ces expressions sont synonymes.

Une entorse de cheville est une lésion d’un ou plusieurs ligaments de l’articulation de la cheville suite à un étirement brutal.

Les ligaments de la cheville sont des sortes d’épaisses bandes de tissus reliant les os entre eux et les maintenant ensemble. Comme un morceau de tissu est composé de fibres textiles, les ligaments sont composés de fibres ligamentaires.

entorse de cheville avec ecchymose
Une entorse de cheville avec ecchymose (bleu)

En cas d’entorse de cheville, la lésion va de la rupture de quelques fibres ligamentaires à la déchirure totale d’un ou plusieurs ligaments de la cheville.

La douleur d’entorse de cheville juste après le traumatisme : pourquoi ?

La lésion ligamentaire de votre cheville va créer plein de microscopiques débris de ligaments. Ce sont tous les petits fragments des fibres rompues.

Ces morceaux vont se retrouver immergés dans la partie liquide du ligament de la cheville. Ils vont alors entrer en contact avec différentes substances chimiques contenues dans le liquide. Une réactions chimique va en découler : la réaction inflammatoire [1].

La réaction inflammatoire va aboutir à de nouveaux composés chimiques. Ceux-ci vont activer et sensibiliser des capteurs spécifiques présents dans le ligament de la cheville (les nocicepteurs). Ce sont ces capteurs qui vont transmettre l’information douloureuse au cerveau.

photo d'une cheville enflée après une entorse de cheville. La cheville est aussi rouge, une ecchymose commence à apparaître
Entorse de cheville latérale, gonflement et hématome. Vous pouvez avoir une entorse et des douleurs même sans oedème et hématome !

On appelle cette douleur survenant immédiatement après l’entorse de cheville la douleur aiguë. Si la douleur persiste au-delà d’une certaine durée, on parle de douleur chronique.

La douleur immédiate après l’entorse est normale et utile. Elle vous force à mettre au repos votre cheville quelque temps. Ceci va permettre à votre corps de s’organiser pour que le ligament cicatrise au mieux.

Durée de la douleur et entorse de cheville : à quoi s’attendre ?

Les études disponibles sur la question de la durée de la douleur et l’entorse de cheville indiquent que [2] :

  • la douleur diminue rapidement dans les 2 semaines suivant le traumatisme ;
  • jusqu’à 2 personnes sur 3 n’auront plus de douleur après un an ;
  • jusqu’à 9 personnes sur 10 n’auront plus de douleur après trois ans.

Une entorse de cheville peut être plus ou moins grave. Trois stades de sévérité sont distingués :

  • Grade 1 : lésion partielle d’un ligament ne mettant pas en jeu la stabilité de la cheville (le ligament tient encore bien les os entre eux).
  • Grade 2 : lésion partielle d’un ligament mettant en jeu la stabilité de la cheville (le ligament ne tient plus bien les os entre eux).
  • Grade 3 : rupture totale d’un ligament.

Étonnamment, la sévérité de l’entorse ne détermine pas à quel point la douleur va durer dans le temps [2].

À retenir : 2 personnes sur 3 n’auront plus de douleur après un an, et 9 sur 10 après trois ans.

fréquence de recherche du mot clé "douleur cheville longtemps après entorse" et "entorse cheville douleur persiste" dans Google
Ce tableau montre que des centaines de personnes (comme vous !) cherchent des infos tous les mois dans leur moteur de recherche au sujet d’une entorse qui dure…

Vous n’êtes pas seul(e) à vous interroger sur la durée de ces douleurs. Ces expressions sont tapées sur Google plusieurs dizaines de fois chaque jour rien qu’en France :

  • douleur cheville 1 an après entorse
  • entorse cheville douleur après 6 semaines
  • douleur cheville 6 mois après entorse
  • entorse cheville douleur 2 mois après
  • douleur cheville 3 mois après entorse
  • douleur cheville longtemps après entorse.

La douleur persiste longtemps après mon entorse de cheville : comment l’expliquer ?

Pourquoi la douleur de cheville peut-elle persister au-delà d’une certaine durée ?

Avant de répondre à cette question, il faut savoir ce que signifie « une certaine durée ». Autrement dit, il faut savoir à partir de quand il faut s’étonner d’avoir encore mal.

En effet, la douleur qui survient tout de suite après une entorse est un phénomène normal et utile. Il n’y a donc pas lieu d’être surpris que celle-ci dure un certain temps. Mais combien de temps au juste ?

Ce n’est pas parce que vous avez mal longtemps qu’on est passé à côté d’une fracture de la cheville.

Quand faut-il s’étonner que la douleur persiste ?

Un ligament ayant été lésé, on peut imaginer que la douleur disparaîtra quand celui-ci aura totalement cicatrisé. Ce qui amène à se demander : combien de temps met un ligament à cicatriser ? En l’état des connaissances scientifiques, cette durée pourrait être comprises entre 6 semaines et 3 mois [3].

Nous pouvons maintenant revenir à notre question initiale en la précisant : pourquoi la douleur de cheville après entorse peut-elle persister au-delà de la fourchette allant de 6 semaines à 3 mois ?

Bon déjà, tant qu’on est dans la fourchette, on peut toujours imaginer que la cicatrisation n’est pas totale. Passé 3 mois, cette possibilité devient bien incertaine et il faut envisager d’autres possibilités.

À retenir : avant 3 mois, ne vous inquiétez pas. Le ligament n’a peut-être pas encore totalement cicatrisé.

Causes possibles de la persistance d’une douleur après entorse de cheville

Il existe plus d’une dizaine de raisons qui peuvent expliquer qu’une douleur après entorse de cheville persiste. Ces causes peuvent être classées en deux catégories :

  • causes locales : une ou plusieurs anomalies anatomiques se sont développées au niveau de votre cheville, en plus de la lésion ligamentaire initiale ;
  • causes neurologiques : votre système nerveux est devenu dysfonctionnel dans sa manière de gérer la douleur. On pose parfois le diagnostic dalgodystrophie du pied lorsque les douleurs de l’entorse persistent longtemps et qu’elles sont associés à d’autres symptômes.

Examinons maintenant chacun de ces catégories.

Causes locales

D’autres lésions anatomiques liées à l’entorse pourraient être passées inaperçues ou s’être développées par la suite. Chez les personnes souffrant d’une douleur chronique de la cheville suite à une entorse on trouve [4-5] :

  • pour 6 à 9 sur 10 d’entre elles, une ou plusieurs anomalies à l’intérieur de l’articulation de la cheville telles que :
    • des lésions d’un cartilage et de sa zone de fixation sur l’os (lésions ostéochondrales) ;
    • la présence d’un fragment inattendu à l’intérieur de l’articulation (corps étranger articulaire), un morceau de cartilage par exemple ;
    • une membrane synoviale hypertrophiée ;
    • une membrane synoviale inflammatoire ;
    • une excroissance osseuse (ostéophyte).
  • pour près de 8 sur 10 d’entre elles, une anomalie d’un tendon d’un muscle de la cheville (les muscles fibulaires) parmi lesquelles :
    • une inflammation de la gaine synoviale du tendon (ténosynovite) ;
    • une fissure du corps du tendon ;
    • un amincissement du rétinaculum des fibulaires (une structure fibreuse qui maintient les tendons contre l’os tout en les laissant coulisser).
  • pour près de 8 à 9 d’entre elles, une lésion d’un nerf de la cheville (nerf fibulaire ou nerf tibial).

En résumé, les causes locales possibles pouvant expliquer la persistance de votre douleur sont nombreuses. Le diagnostic et le traitement de chacune d’elles requièrent une expertise spécifique (idéalement). Rien que pour les lésions ostéochondrales, il existe au moins une dizaine d’options thérapeutiques décrites dans la littérature scientifique [6-8].

Voir aussi l’ebook à ce sujet !

couverture de l'ebook sur la rééducation d'une entorse de cheville

Causes neurologiques

Votre système nerveux (qui inclut votre cerveau et votre moelle épinière) peut devenir dysfonctionnel dans sa manière de gérer la douleur. On parle alors de sensibilisation centrale. Ceci peut expliquer que s’installe une douleur persistante après un traumatisme de la cheville.

La recherche est en cours pour expliquer pourquoi et comment certaines personnes développent ce type de dysfonctionnement et d’autres non [9]. Une bonne explication du phénomène est cruciale à la fois pour :

  • être capable d’identifier si une douleur chronique est vraiment causée par une sensibilisation centrale (et non par une anomalie locale non détectée ou incorrectement soignée) ;
  • découvrir des stratégies vraiment efficaces pour traiter ce type de douleurs chroniques.

Notons qu’en principe, une douleur persistante après entorse de cheville peut venir à la fois d’une anomalie locale et d’une sensibilisation centrale.

À retenir : plus de 10 causes possibles peuvent expliquer la persistance d’une douleur d’entorse de cheville. Et bien sûr, rien n’empêche qu’elles puissent se combiner entre elles.

Que faire si la douleur persiste longtemps après l’entorse de cheville ?

Si une douleur persiste au-delà de 3 mois après votre entorse, vous avez deux problèmes à traiter :

  • trouver un traitement efficace (s’il existe) ;
  • vivre avec la douleur en attendant.

Attardons-nous maintenant sur chacun de ces problèmes.

Trouver un traitement efficace

Idéalement, il vous faut un traitement qui :

  • supprime définitivement votre douleur ;
  • avec le minimum de risques d’effets secondaires ;
  • au moindre coût.

Mettre toutes les chances de son côté pour trouver un tel traitement implique :

  1. de trouver un spécialiste de la prise en charge des douleurs persistantes après entorse de cheville ;
  2. de passer les examens nécessaires au diagnostic de votre douleur ; pour traiter convenablement votre douleur, il faut en effet identifier précisément ses causes (si cela est possible en l’état des connaissances) ;
  3. de subir le traitement requis (s’il existe) ;
  4. éventuellement d’endurer la convalescence associée à ce traitement (immobilisation partielle et rééducation post-chirurgie, par exemple) ;
  5. constater le résultat immédiatement à la fin du traitement ;
  6. potentiellement, recommencer à partir de l’étape 1. ou 2. (si le résultat immédiat après traitement n’est pas satisfaisant) ;
  7. constater le résultat à distance (après quelques mois, par exemple) ;
  8. éventuellement, tout reprendre à l’étape 1. ou 2. en cas de récidive de la douleur.
entorse de cheville douleur persistante guide pas à pas

Vous l’aurez sans doute compris : toutes ces démarches demandent du temps, de l’énergie et sans certitude sur le résultat.

Ne serait-ce que la première étape, trouver un spécialiste, représente déjà une belle épreuve.

Il existe en effet des dizaines de causes possibles à la persistance d’une douleur après entorse de cheville. Pour votre douleur, être capable d’en identifier la cause principale avec suffisamment de confiance requiert une vraie expertise.

Cette expertise inclut une bonne connaissance de la littérature scientifique internationale pertinente pour :

  • d’abord, être capable de cerner avec confiance la cause principale de votre douleur (si l’état du savoir le permet) ;
  • ensuite, être capable de vous orienter vers la meilleure option thérapeutique disponible pour traiter cette cause.

Comment mettre la main sur un tel spécialiste ? Hélas, je ne sais pas.

Ce que je sais cependant, c’est que plus vous serez vous-même documenté sur la question, plus vous serez à même d’identifier ce spécialiste. À ce titre, la lecture du présent article constitue un excellent point de départ !

Ce que je sais également, c’est qu’il peut parfois être judicieux de ne pas allouer trop de temps et d’énergie à cette quête. Sans abandonner l’espoir d’un soulagement définitif, il peut être sage de préserver ses forces pour d’autres occupations.

En effet, en attendant de mettre la main sur l’éventuel traitement miracle ou spécialiste providentiel, il faut continuer à vivre. Il faut dompter votre douleur.

Voir aussi : pas de remède miracle pour une entorse de cheville !

Vivre avec la douleur en attendant : dompter votre douleur

En attendant de trouver un traitement satisfaisant pour votre douleur persistante à la cheville, il va faut vivre avec, il faut la dompter. Qu’est-ce que cela implique concrètement ? Je vous propose une stratégie de gestion de la douleur s’appuyant sur 3 principes :

  1. d’abord, analyser le retentissement réel de votre douleur sur votre vie quotidienne ;
  2. ensuite, vous fixer des objectifs intelligents pour améliorer la situation ;
  3. enfin, mettre en place un journal de bord pour assurer le suivi de vos progrès.

Cette approche que je propose n’est pas spécifique à la douleur persistante de cheville. Elle est adaptée à un large éventail de douleurs chroniques. J’en parle dans mon article consacré à la gestion de la douleur chronique.

Si vous ressentez le besoin d’en savoir plus sur la période de récupération après une entorse de cheville, j’ai aussi conçu ce guide au format ebook (12 euros) :

Vous pourriez aussi aimer ces articles :

  1. La durée du gonflement après une entorse de cheville
  2. Quand est-ce qu’on remarche normalement après une entorse de cheville ?
  3. Combien de temps dure une entorse de cheville ?
  4. Entorse de cheville : que faire ?

📚 RÉFÉRENCES

[1] Basbaum, A. I., Bautista, D. M., Scherrer, G., & Julius, D. (2009). Cellular and molecular mechanisms of pain. Cell, 139(2), 267–284. https://doi.org/10.1016/j.cell.2009.09.028

[2] van Rijn RM, van Os AG, Bernsen RM, Luijsterburg PA, Koes BW, Bierma-Zeinstra SM. What is the clinical course of acute ankle sprains? A systematic literature review. Am J Med. 2008 Apr;121(4):324-331.e6. doi: 10.1016/j.amjmed.2007.11.018. PMID: 18374692.

[3] Hubbard -Turner, Tricia & Hicks-Little, Charlie. (2008). Ankle Ligament Healing After an Acute Ankle Sprain: An Evidence-Based Approach. Journal of athletic training. 43. 523-9. 10.4085/1062-6050-43.5.523.

[4] Ahn, Byung-Hyun, and Byung-Ki Cho. “Persistent Pain After Operative Treatment for Chronic Lateral Ankle Instability.” Orthopedic research and reviews vol. 13 47-56. 19 Apr. 2021, doi:10.2147/ORR.S299409

[5] Pina, Matthew & Messina, James & Geaney, Lauren. (2021). Persistent Nerve Injury and CRPS After Ankle Sprains. Techniques in Foot & Ankle Surgery. Publish Ahead of Print. 10.1097/BTF.0000000000000314.

[6] Badekas, T., Takvorian, M., & Souras, N. (2013). Treatment principles for osteochondral lesions in foot and ankle. International orthopaedics, 37(9), 1697–1706. https://doi.org/10.1007/s00264-013-2076-1

[7] Guimarães JB, da Cruz IAN, Nery C, Silva FD, Ormond Filho AG, Carneiro BC, Nico MAC. Osteochondral lesions of the talar dome: an up-to-date approach to multimodality imaging and surgical techniques. Skeletal Radiol. 2021 Nov;50(11):2151-2168. doi: 10.1007/s00256-021-03823-7. Epub 2021 Jun 15. PMID: 34129065.

[8] Boffa, A., Previtali, D., Di Laura Frattura, G. et al. Evidence on ankle injections for osteochondral lesions and osteoarthritis: a systematic review and meta-analysis. International Orthopaedics (SICOT) 45, 509–523 (2021). https://doi.org/10.1007/s00264-020-04689-5

[9] Barroso J, Branco P, Apkarian AV. Brain mechanisms of chronic pain: critical role of translational approach. Transl Res. 2021 Jun 25:S1931-5244(21)00144-4. doi: 10.1016/j.trsl.2021.06.004. Epub ahead of print. PMID: 34182187.

Cet article existe aussi en anglais : Sprained Ankle Still Hurts

Photo d'Albin Guillaud, kinésithérapeute

Rédigé par Albin Guillaud

Kiné et docteur en santé publique, j’ai à cœur de répondre au mieux possible à vos questions. Pour cela, je plonge volontiers au plus profond des abysses de la littérature scientifique internationale.

Entre deux immersions, j’aime arpenter les belles montagnes savoisiennes qui m’entourent ! 🌞❄️

En savoir plus sur moi

Arthrose au genou : le meilleur traitement naturel !

Une des choses que me demandent le plus mes patient(e)s que je visite à domicile pour une séance de kiné ? C’est quoi le meilleur traitement naturel contre l’arthrose, les douleurs de genou ?

Quel remède qui marche, sans médicament, pour avoir moins mal, ou avoir moins d’arthrose ? Comment soigner l’arthrose du genou naturellement ?

Je vais répondre de la manière la plus rigoureuse et précise possible à cette question. Comme à mon habitude, je m’appuierai pour cela sur :

  • mon expérience de kiné depuis 2009 ;
  • mes recherches et lectures approfondies des études publiées dans la littérature médicale internationale. Toutes les références sont en fin d’article.

Mon but n’est pas de vous proposer un remède miracle contre l’arthrose. Malheureusement, je ne pense pas qu’une telle chose existe. Et vous trouverez déjà quantité de sites et émissions qui vous promettront monts et merveilles pour votre arthrose !

Mon but est simplement de vous présenter l’étendue de nos connaissances actuelles sur les solutions non médicamenteuses efficaces contre l’arthrose du genou. Et peut-être de vous faire économiser du temps et de l’argent (je pense à l’une de mes patients qui déboursait chaque mois jusqu’à 250 euros pour un complément alimentaire censé prévenir la dégradation du cartilage…).

Pour celles et ceux qui sont pressés, voici en une phrase un résumé de mes propos :

2 à 3 séances d’exercice physique (renforcement musculaire, marche ou vélo avec essoufflement) est de très loin ce qui a le plus de chances de vous apporter un soulagement de vos douleurs et de meilleurs capacités dans vos tâches du quotidien.

Mon article de plus de 5000 mots résumé en moins de 50 mots 🙂

Mais je vous incite à parcourir l’intégralité de cet article pour en savoir plus !

Ou lire plutôt cet article sur les traitements naturels de la coxarthrose si c’est plutôt l’arthrose de hanche qui vous préoccupe.

♻️ Dernière mise à jour : octobre 2023.
Liens d’intérêt financiers : aucun avec le sujet de cet article, à part que je suis kiné. Déclaration complète en mentions légales.

Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Petit rappel sur l’arthrose et les douleurs de genou

L’arthrose est la maladie rhumatismale la plus fréquente. Plus de 80 % des personnes de plus de 80 ans ont de l’arthrose au genou ! Sans forcément cependant qu’elle soit à l’origine de douleur.

Car certaines personnes ont une gonarthrose (= arthrose du genou) sans pour autant avoir de douleur ou de gêne dans l’articulation !

40 à 80 % des gens qui ont de l’arthrose à la radio ressentent une gêne ou des douleurs. Chez les autres, on dit qu’elle est asymptomatique : elle ne déclenche pas de symptômes, de problèmes.

L’arthrose touche surtout :

  • le cartilage articulaire ;
  • l’os sous-chondral ;
  • d’une articulation synoviale (le genou en est une !).

Sur la radio d’un genou avec gonarthrose, on peut voir :

  • des ostéophytes sur les bords de l’articulation,
  • un rétrécissement de l’espace articulaire ;
  • une sclérose sous-chondrale ;
  • de kystes sous-chondraux ;
  • de la chondrocalcinose.

Ce sont peut-être ces termes que vous avez vu sur votre compte-rendu de radiographie. Ce n’est pas très important, car cela ne change rien aux modalités de traitement derrière !

personne âgée avec arthrose évoluée du genou entraînant une raideur et une déformation
Arthrose du genou (gonarthrose) évoluée : le genou ne se tend plus totalement

Comment évolue la douleur d’une gonarthrose, le plus souvent ?

  1. Au début, la douleur est intermittente (= pas en continu) et est le plus souvent associée à l’utilisation de l’articulation.
  2. Pour de nombreuses personnes (pas toutes !), la maladie symptomatique progresse, et la douleur devient plus chronique et peut survenir au repos et pendant la nuit. L’articulation est  » raide « , ce qui entraîne une douleur typique et des difficultés lorsqu’on commence à bouger après une période de repos.
  3. Les personnes à un stade avancé de la maladie peuvent ressentir des crépitations ou des craquements profonds au genou lorsqu’elles bougent et l’amplitude des mouvements de l’articulation est souvent limitée. L’arthrose du genou est plus responsable que toute autre maladie de l’incapacité à marcher, à monter les escaliers et à faire le ménage chez les personnes âgées de 50 ans et plus non institutionnalisées.

L’arthrose n’entraîne pas systématiquement des douleurs. Chez certaines personnes qui ont de l’arthrose au genou, les douleurs n’empirent pas forcément au fil du temps (quoi qu’on fasse).

Voyons maintenant les traitements contre l’arthrose et ses symptômes.

Les traitements naturels contre l’arthrose du genou : une liste infinie !

(Et sans cesse renouvelée.)

Avant de rédiger cet article, je me suis amusée à recueillir auprès de tous mes patient(e)s actuels ce qu’ils avaient déjà utilisé comme traitement non médicamenteux contre l’arthrose.

Voici donc la liste des solutions naturelles que vous proposent mes patient(e)s :

Remarque importante : nous verrons dans un second temps si nous disposons de preuve d’efficacité de ces différents traitements naturels. Cette liste est simplement là pour illustrer l’immensité des solutions proposées contre l’arthrose, et pas forcément efficaces !

  1. prise de compléments alimentaires achetés en pharmacie ou sur internet (le Collagen Vital Power est un nom qui revient souvent, tout comme le glucosamine ou la chondroïtine sulfate ou les acides gras oméga-3 des huiles de poisson ou de l’acide gamma-linolénique) ;
  2. cataplasmes d’argile verte (et même de chou vert pour l’une de mes patient(e)s) ;
  3. application de baume du tigre ;
  4. homéopathie (Medorrhinum 5 CH, Dulcarama 7 CH) ;
  5. CBD sous diverses formes, notamment en tisane ;
  6. huiles essentielles, phytothérapie (l’harpagophytum revient souvent) ;
  7. mettre du chaud ou du froid sur l’articulation douloureuse ;
  8. adopter une alimentation plus riche en anti-oxydants ;
  9. faire des injections de plasma riche en plaquettes ;
  10. utiliser le Revitive Medic.

Une rapide recherche sur internet peut conduire en quelques dizaines de secondes à rallonger cette liste. Par exemple, la rubrique Santé du Journal des femmes nous propose :

Top Santé nous propose d’opter pour le tai-chi ou le qi gong.

l'avis de top santé sur les traitements naturels contre l'arthrose

Certains nous proposent même des recettes maison pour « régénérer les cartilages ».

recette naturelle pour soulager les douleurs de l'arthrose du genou
Comme vous le verrez en parcourant mon article, malheureusement, il n’existe pas de recette ni de traitement (naturel ou non) permettant de reconstruire les os et les articulations !

Et peut-être que vous verrez même des pubs de ce type sur ma page si vous n’avez pas activé de bloqueur de publicité !

pub pour une solution naturelle contre l'arthrose
Si vous n’utilisez pas de bloqueur de pub, vous verrez peut-être des annonces pour des « remèdes miracles naturels » contre l’arthrose sur ma page !

Et il faudrait sans doute plusieurs heures pour arriver à une liste exhaustive de tout ce qui est proposé.

Alors, comment faire le tri dans tout ça ? Car il faudrait clairement toute une vie pour essayer les traitements les uns après les autres sur soi-même, en espérant arriver à identifier lesquels font vraiment une différence…

C’est ce que nous allons voir maintenant.

La liste des remèdes naturels contre l’arthrose du genou est infinie. Il faut arriver à faire le tri !

Les traitements naturels : soulager la douleur ou retarder l’aggravation de l’arthrose ?

Première chose à faire pour identifier les traitements qui ont le plus de chance de marcher ?Vous mettre bien d’accord sur votre attente précise. Quelle action vous souhaitez que le traitement est ? Sur quel paramètre vous voulez principalement qu’il ait un effet ?

Ça peut être :

  • soulager les douleurs du genou. Et pour combien de temps ? Sur le moment seulement ? Quelques minutes ? Plusieurs jours, des mois ? ;
  • éviter les déformations orthopédiques de l’articulation du genou ;
  • retarder la mise en place d’une prothèse de genou ;
  • faire en sorte que le cartilage s’abîme moins vite, réduire le processus de destruction du cartilage ;
  • reformer du cartilage déjà détruit ;
  • regagner en mobilité, en souplesse dans le genou ;
  • permettre de marcher plus longtemps ou de reprendre la marche ;
  • se sentir mieux ;
  • etc.

Identifier sa propre attente précise est une étape primordiale. Comment sinon arriver à évaluer l’efficacité de cette solution ?

Peut-être aurez-vous envie de répondre « un peu tout ». Je comprends que cela soit tentant ! Cependant, en ayant des attentes aussi importantes et généralistes, je pense qu’on prend le risque :

  • d’être déçu ;
  • de ne pas arriver à vraiment identifier l’efficacité du traitement.

C’est pour cela que dans la suite de l’article, je préciserai autant que possible sur quoi chaque traitement naturel est potentiellement efficace : les douleurs, le cartilage, la marche, etc.

Autre point qu’on sous-estime souvent : à partir du moment ou une substance ou une technique peut être efficace contre un problème, elle peut aussi avoir des effets secondaires potentiels. Ce n’est pas parce que quelque chose est « naturel » que des effets indésirables ne sont pas possibles !

Je prendrai donc le temps de rapporter aussi les effets secondaires connus.

Identifier sur quoi on veut que le traitement ait le plus d’effet (douleur, usure du cartilage, raideur, etc.) est important pour évaluer la réussite du traitement derrière.

Comment savoir le traitement naturel qui marche le mieux ?

Passons maintenant en revue les différents moyens dont on dispose pour voir si un traitement est efficace. Qu’il s’agisse d’ailleurs d’un médicament ou d’une solutions « naturelle ».

Les témoignages

C’est ce sur quoi on tombe le plus facilement. Par le biais de ses proches, à la TV, sur internet.

Il y a plusieurs problèmes avec les témoignages. Déjà, on ne sait pas forcément tout ce que la personne a fait d’autres avant/en parallèle que d’utiliser ce traitement. On ne sait pas non plus si les problèmes qu’elle rencontrait et ses attentes étaient similaires aux nôtres.

Vous l’avez sans doute constaté par vous-même : les symptômes quand on a de l’arthrose ne sont pas forcément constants. On a plus mal certains jours que d’autres.

Comment savoir juste sur la base d’un simple témoignage si le traitement a été efficace sur tel ou tel symptôme, ou si la douleur ou tout autre symptôme a simplement fluctué, régressé, diminué naturellement ?

Ensuite, il y a un tri qui se fait dans les témoignages :

  • les entreprises qui vendent telle ou telle solution vont mettre plus en avant les témoignages positifs ;
  • les patients très contents (ou très insatisfaits) vont plus témoigner que celles et ceux que le traitement a laissé indifférent.

Regardez à titre illustratif ces 2 témoignages pour un même produit à base de plante contre l’arthrose du genou :

témoignage sur un produit naturel contre la gonarthrose
Un témoignage positif
avis sur un produit naturel contre l'arthrose du genou
Un témoignage négatif pour le même produit.. Que faire sur cette base N

Pour toutes ces raisons, il n’est selon moi pas suffisant de s’appuyer uniquement sur les témoignages pour décider vers quel traitement se tourner.

Les avis des professionnels et experts

Certaines personnes consacrent des dizaines d’heures par semaine à :

  • prendre en charge des personnes qui souffrent de douleurs au genou (kinés, médecins, chirurgiens, autres professionnels de la santé) ;
  • conduire des recherches en laboratoire sur la physiologie de l’arthrose (équipes de recherche), ou sur l’évolution des douleurs et autres symptômes chez les personnes souffrant d’arthrose.

Ces professionnels ont donc développé une certaine expertise sur le sujet. Il est raisonnable de penser que leur avis est probablement un peu meilleur que celui de n’importe qui. Mais encore faut-il être sûr :

  • qu’ils soient vraiment des experts spécifiquement du sujet : l’arthrose du genou ;
  • qu’ils ne soient pas complètement à côté de la plaque, et que ce qu’ils disent et pensent ne soient pas en réalité complètement discrédite par une grande partie des personnes qui ont la même expertise. Il faut que sa théorie, ses hypothèses s’appuient sur des connaissances qui font consensus, ou qui soient raisonnables, logiques.

Vous avez probablement en tête des exemples d’expert(e)s certes, mais très controversés (je ne citerai pas de nom !).

Si la confiance qu’on peut avoir envers quelques témoignages ou les paroles d’un seul expert est limitée, vers quoi se tourner alors ? Les publications scientifiques se sont développées justement pour pallier à cela !

Et cela tombe bien : il y en a énormément au sujet de l’arthrose du genou, plus que pour toute autre articulation !

Voici à ce jour le nombre d’études publiées sur le sujet : 15 819. Plus de 1 000 études sont publiées chaque année sur le sujet. Une grande partie d’entre elles concernent les traitements naturels.

études médicales sur l'efficacité des traitements contre l'arthrose du genou
Les études scientifiques sur les différents traitement contre l’arthrose du genou.

Les résultats des études cliniques et des publications scientifiques

Bien sûr, il y a aussi de grandes limites avec le système de publication scientifique. Mais ces publications permettent tout de même d’apporter un autre éclairage, supérieur (ou a minima, complémentaire), à ce que nous apportent les témoignages et l’expertise.

Personnellement, c’est sur ces publications (ou sur les propos des experts qui s’appuient sur ces publications) que je préfère en grande partie m’appuyer pour décider de recourir ou non à un traitement, naturel ou pas naturel.

Car pour écrire quelque chose qui est publié dans une revue scientifique :

  1. on prend du temps ;
  2. on formule des hypothèse, on regarde si elles tiennent la route ;
  3. et surtout, on soumet ses réflexions, ses trouvailles, à d’autres expert(e)s. Qui critiquent notre travail.

Ce n’est pas parce que des traitements sont « naturels » qu’ils ne sont pas étudiés. Loin de là. Par exemple, toutes les solutions qu’ont testé mes patient(e)s dans la liste que je vous ai présenté ont fait l’objet d’évaluation et de publications scientifiques. Cela ne veut pas pour autant dire que leur efficacité est prouvée !

Justement, je vais maintenant vous présenter les résultats des synthèses d’études publiées spécifiquement sur l’arthrose du genou. Et vous donner mon avis de kiné sur le ou les traitements naturels les plus susceptibles d’être efficace contre tel ou tel symptôme.

Que nous disent les études sur les solutions naturelles contre l’arthrose du genou ?

Quand il y a beaucoup d’études sur un sujet, des chercheurs et chercheuses font ce qu’on appelle des « revues systématiques » ou « méta-analyses ». Ils sélectionnent les études de meilleur qualité, et essaient d’en tirer des conclusions sur les traitements les plus efficaces.

Et une association internationale fait cela particulièrement bien. C’est la Collaboration Cochrane. Elle est connue pour être extrêmement rigoureuse dans sa manière de procéder.

En octobre 2022, elle a justement publié une revue systématique précisément sur le sujet qui nous intéresse !

Pourquoi s’est elle intéressée aux traitements naturels de l’arthrose ?

Elle part du constat suivant : les recommandations internationales sur la prise en charge de l’arthrose du genou disent que la principale solution non médicamenteuse efficace est l’exercice physique (j’y reviendrai).

Dans les 24 principales recommandations internationales les plus importantes et récentes, voici dans l’ordre les solutions non médicamenteuses les plus recommandées contre l’arthrose du genou, de la plus recommandée à la moins recommandée (Zhang 2022) :

  1. faire des exercices en aérobie : faire des mouvements, de l’activité, qui entraîne un léger essoufflement continu ;
  2. perdre du poids ;
  3. appendre à gérer sa douleur ;
  4. utiliser des aides techniques pour marcher ;
  5. faire du tai chi.

La revue Cochrane dit aussi que très souvent, on suggère aux personnes gênées par leur arthrose d’utiliser d’autres choses pour diminuer leurs symptômes, en plus de l’exercice.

Elle a donc cherché à savoir si toutes les autres solutions souvent suggérées contre l’arthrose du genou apportent vraiment quelque chose de plus par rapport à l’exercice physique seul.

A-t-elle trouvée beaucoup d’études sur les traitements naturels ?

Oui, il existe vraiment beaucoup d’études sur les traitements naturels. Voici la liste (non exhaustive!) de ces traitements testés :

  • les interventions diététiques : compléments alimentaires, régimes, prise de certains aliments ;
  • de nombreuses thérapies manuelles ;
  • les plantes en gélule, en tisane ;
  • la pélothérapie (application de boue médicinale) ;
  • les applications de crèmes, baumes, cataplasme ;
  • l’homéopathie ;
  • les bandages, kinesiotaping ;
  • les vibrations du corps entier ;
  • le CBD :
  • les huiles essentielles ;
  • etc. etc.

Certaines sont cependant très mal conduites, et on ne peut rien en tirer de crédible. La Cochrane a donc sélectionné celles de meilleur qualité (bien qu’elles ne soient pas parfaites).

En tout, les résultats de 60 études ont été exploités, portant sur plus de 6 000 personnes souffrants d’arthrose du genou.

Alors, certains de ces traitements sont-ils efficaces ?

Voilà, en résumé (et un peu compliqué… j’explique cela plus simplement après!) ce que nous dit la Cochrane sur l’efficacité des solutions naturelles testées contre la douleur :

En comparant les thérapies d’appoint en plus de la thérapie par l’exercice terrestre aux thérapies placebo en plus des thérapies par l’exercice jusqu’à six mois (court terme), nous avons trouvé des données probantes d’un niveau de confiance faible suggérant une réduction de la douleur et de la fonction, ce qui n’atteint pas notre seuil pré‐spécifié pour une différence cliniquement importante.

En fait, l’équipe de recherche a comparé l’évolution de la douleur chez 2 groupes de personnes atteintes d’arthrose du genou :

  • celles qui faisaient de l’exercice et qui prenaient en plus un traitement naturel ;
  • celles qui faisaient de l’exercice et qui prenaient en plus un placebo (quand c’était possible), ou rien.

Et la douleur avant et après traitement de ces 2 groupes était semblable. Elle avait un peu diminué après le traitement, mais dans les mêmes proportions qu’il y ait en plus un placebo, un traitement naturel ou rien d’autre.

Et qu’en est-il des autres gênes liées à l’arthrose ? 3 autres choses étaient suffisamment étudiés pour pouvoir en dire quelque chose :

  • les modifications structurelles de l’articulation mesurés par radiographie : est-ce que le cartilage, l’articulation a changé ?
  • La fonction physique : est-ce que les personnes arrivent mieux à faire certaines choses ?
  • La qualité de vie : est-ce que les personnes sont plus satisfaites de leur quotidien ?

Et là encore, même résultat : les traitements naturels n’apportent rien de plus de manière significative, en moyenne. Dans les jours, semaines et 6 mois qui suivent les traitements.

arthrose du genou : solutions naturelles qui marchent

D’autres part, 13 % des études (8/60) rapportaient des effets indésirables (mais ils ne semblent pas plus fréquents quand il y a des traitements naturels en plus par rapport à l’exercice seul).

Doit-on être déçu par ces résultats ? Cela veut-il dire qu’il n’y a strictement rien à faire contre l’arthrose du genou, qu’on est condamné a laissé évoluer les choses ainsi ?

Non selon moi.

Et je vais donc maintenant mon avis plus personnel : comment j’interprète les résultats de ces études, et ce que vous pouvez faire concrètement pour maximiser vos chances d’aller mieux.

Les 60 études de meilleure qualité sur les solutions naturelles contre l’arthrose du genou (autres que l’exercice physique) ne montrent pas d’effet significatif sur la douleur, l’articulation, la gène, la qualité de vie.

Mon avis de kiné sur le meilleur traitement naturel contre l’arthrose au genou

Les solutions naturelles contre l’arthrose du genou « passives » comme appliquer des cataplasmes ou prendre des aliments riches en anti-oxydants ne sont pas efficaces au-delà de ce qu’on pourrait attendre d’un placebo.

Mais il existe tout de même une solution « naturelle » efficace ! C’est l’exercice physique. C’est même le meilleur anti inflammatoire naturel contre l’arthrose du genou.

Et c’est donc cela que je recommande en priorité à mes patient(e)s. Mais voyons justement :

  • quel type d’exercice ;
  • à quelle fréquence, intensité ;
  • et quels résultats en attendre précisément. Ça fait vraiment moins mal ? Cela peut-il préserver un peu le cartilage ?

Quel exercice physique ?

Voici le type d’exercice physique qui procure des résultats :

  • des séances d’entraînement fonctionnel et aérobie (en marchant, à vélo) ;
  • du renforcement musculaire ;
  • avec des exercices simples allongés ou debout sans matériel, comme des squats, des assis-debout, des élastiques, ou parfois des poids ou des appareils de musculation ;
  • supervisés individuellement ou étaient dispensés pendant un cours (cela peut aussi être fait en autonomie si vous vous en sentez les compétences) ;
  • ou du Tai Chi / Qigong (qui sont en fait un type spécifique d’exercices de renforcement musculaire, tout simplement !).

A priori, le vélo d’appartement, la marche seule sur terrain plat à rythme tranquille sans essoufflement « sans forcer »ne sont pas suffisants contre l’arthrose s’ils n’entraînent pas un minimum de sensation d’effort et d’essoufflement, continu.

Il s’agit de réaliser des exercices, des mouvements, qui sollicitent un peu plus les muscles et le cœur.

La quantité d’exercice est aussi importante :

  • séances de 20 à 60 minutes ;
  • 2 à 3 par semaine (voire 1 à 5 fois) ;
  • pendant 1 à 6 mois.

Quels effets sur les douleurs et le cartilage ?

Voilà les résultats qu’obtiennent concrètement les personnes qui font de manière régulière des exercices physiques par rapport à celles qui n’en font pas.

SymptômePersonnes qui ont fait de l’exercicePersonnes qui n’ont pas fait de l’exercice
Douleur
0 aucune douleur
100 douleur maximale
32/10044/100
Capacités fonctionnelles 0 capacité maximale
100 aucune capacité
28/10038/100
Qualité de vie 0 pire possible
100 meilleure possible
47/10043/100
Effets secondairesAugmentation des douleurs au genou ou au dos rapportées dans 8 études/60 (mais pas chez tous les participant(e)s)Aucun rapporté
Effets de l’exercice physique en cas d’arthrose du genou

En faisant de l’exercice physique régulièrement, vous aurez probablement (un peu) moins mal, vos capacités fonctionnelles et votre qualité de vie seront meilleures que si vous n’en faisiez pas.

Comme vous pouvez le constater, on parle bien d’un petit effet. En gros, une amélioration de 10 % (à condition de ne pas faire partie des rares personnes chez qui cela augmente les douleurs). Cela peut paraître peu, je vous l’accorde.

Mais c’est ce qu’on a de mieux à proposer aujourd’hui. Car de très loin, l’exercice physique est l’ intervention n°1 (naturelle ou non naturelle d’ailleurs) en termes d’effet. Pour les autres, il faut s’attendre, au mieux, à des effets encore plus faibles.

Par quel mécanisme l’exercice physique est bénéfique ?

Chez les personnes atteintes d’arthrose du genou, l’amélioration de la force musculaire est l’un des principaux objectifs de l’exercice, étant donné que la faiblesse est fréquente.

Un entraînement de force à dose suffisante peut remédier à la faiblesse musculaire en améliorant la masse et/ou le recrutement musculaire. La douleur doit être prise en compte et peut constituer un obstacle conduisant à un sous-dosage.

L’amélioration de la force du membre inférieur peut :

  • diminuer les contraintes sur le genou,
  • réduire la douleur,
  • améliorer la condition physique ;
  • diminuer le taux de charge de l’articulation ou une contrainte localisée dans le cartilage articulaire.

Une mauvaise condition physique est une autre déficience signalée chez les personnes atteintes d’arthrose du genou.

L’exercice aérobie (par exemple, la marche, le vélo) d’une intensité suffisante augmente les enzymes oxydatives et la capillarisation des muscles, ce qui accroît le pic d’absorption d’oxygène. Une plus grande absorption d’oxygène est inversement proportionnelle à la morbidité et à la mortalité et rend chaque tâche quotidienne plus facile (en termes d’effort).

Ainsi, une meilleure condition physique peut améliorer la qualité de vie en permettant un plus grand éventail de tâches quotidiennes disponibles, améliorant ainsi la fonction physique.

L’exercice physique est aussi bénéfique sur d’autres composantes de la santé physique et mentale : on fait d’une pierre plusieurs coups !

Voir aussi : comment se motiver à plus marcher ?

Que penser des aliments, compléments ou plantes à base d’antioxydants ?

Les antioxydants ont fait l’objet de beaucoup d’études dans les années 1990. Et derrière, les médias les ont énormément mis en avant. Des tonnes de compléments alimentaires à base d’antioxydants ont été commercialisés, et vendus.

On trouve des antioxydants un peu partout :

  • dans l’alimentation normale (curcuma, artichaut, prune, noix, avocat, soja, etc.) :
  • en complément alimentaire ;
  • dans des plantes, donc en phytothérapie/aromathérapie/ médecine chinoise ou ayruvédique (boswellia, harpagophytum).

Et il y a beaucoup d’études pour voir si :

  • une alimentation riche en antioxydants ;
  • la prise de compléments alimentaires ou d’herbes médicinales contenant des antioxydants ;

avait un effet positif chez les personnes souffrant de gonarthrose.

Il est assez facile de prendre ces traitements, et de faire des placebos de ces substances. Beaucoup plus par exemple que pour l’exercice physique. On doit donc s’attendre à des études de très bonne qualité sur le sujet nous permettant vraiment de conclure définitivement !

Malheureusement, les études sont très discordantes. Beaucoup ne trouvent aucun effet positif des antioxydants sur la douleur ou d’autres paramètres en cas d’arthrose du genou. Certaines montrent un (petit) effet.

Or, les études montrant des effets ont tendance à être beaucoup plus publiées que celles ne montrant pas d’effet ou un effet négatif. C’est un biais très bien connu, le biais de publication. Et il est d’autant plus fort si les personnes qui conduisent les études ont un intérêt financier à ce que les résultats soient positifs.

Quand on fait beaucoup d’études, et qu’on regarde beaucoup de choses différentes, le hasard fait qu’on trouve parfois des résultats positifs. Mais ce n’est pas lié à l’efficacité du traitement… Simplement au fait qu’on fasse beaucoup de tests et que sur la masse, quelques-uns soient positifs.

C’est pour cela que je pense pas que nos attentes envers ces traitements naturels doit être minime.

Voici par exemple la conclusion d’une équipe de recherche à ce sujet :

le curcuma, la griffe du diable, le méthylsulfonylméthane (MSM), le Boswellia, l’écorce de saule blanc et le thé vert ont des preuves contradictoires ou minimes pour soutenir leur utilisation pour le soulagement de l’inflammation. Malgré l’absence de preuves médicales, des consommateurs passionnés continuent d’utiliser ces modulateurs comme compléments ou alternatives à la pharmacothérapie conventionnelle.

Georgia-Eurini, 2020

Vous trouverez bien sûr toujours des auteurs qui concluent de manière beaucoup plus enthousiaste sur les antioxydants. Mais pour toutes les raisons que j’ai énoncé précédemment, mon adhésion va plus envers ceux et celles qui sont plus mesurés.

Conclusion : ce que vous pouvez faire contre votre arthrose du genou

Voilà ce que je dis aujourd’hui à mes patient(e)s en quête de solutions naturelles contre l’arthrose du genou :

  1. le traitement naturel qui a le plus de chance de vous procurer une amélioration de vos douleurs et une plus grande facilité à faire vos gestes du quotidien, c’est l’exercice. Prendre le temps, au moins 3 fois par semaine, de réaliser pendant 20 à 30 minutes un effort physique qui vous essouffle un peu et qui sollicite vos jambes. J’adapte la suggestion d’activité en fonction de mes patient(e)s. Faites-le de manière progressive, pour que cela n’augmente pas la douleur.
  2. il ne faut pas s’attendre à une amélioration phénoménale. Mais la douleur peut aussi s’estomper toute seule, ou ne jamais s’aggraver, quoi que vous fassiez ! Et ils pourront bénéficier des autres bienfaits de l’exercice sur la santé physique et mentale.

En général, mes patient(e)s me demandent très souvent mon avis sur des pommades à appliquer ou des plantes ou compléments alimentaires disponibles en pharmacie. Selon la façon dont ils formulent leur interrogation, je leur réponds de manière plus ou moins détaillée.

Je leur dis que je comprends tout à fait qu’ils aient envie de se tourner vers ce type de solution, car c’est très facile à mettre en place. Mais qu’à ce jour, on ne peut pas attendre une efficacité pour éviter l’aggravation de l’arthrose. Et que s’il y a un effet sur les douleurs, il sera faible, et probablement plus en lien avec l’effet placebo.

Bien évidemment, la décision finale appartient à la personne qui est gênée par son arthrose (vous !), sur la base des informations qui remportent le plus votre adhésion !

***

Encore des questions, des remarques ? Rendez-vous en commentaire !

Je vous laisse aussi découvrir mes ebooks conçus sur la base des questionnements les plus fréquent(e)s des patient(e)s qui consultent mon site internet :

L’excellente synthèse d’étude de la Cochrane sur les solutions naturelles en plus de l’exercice physique.

French HP, Abbott JH, Galvin R. Adjunctive therapies in addition to land‐based exercise therapy for osteoarthritis of the hip or knee. Cochrane Database of Systematic Reviews 2022, Issue 10. Art. No.: CD011915. DOI: 10.1002/14651858.CD011915.pub2. Accessed 06 January 2023.

Les synthèses d’études sur l’effet de l’exercice physique.

Fransen M, McConnell S, Harmer AR, Van der Esch M, Simic M, Bennell KL. Exercise for osteoarthritis of the knee. Cochrane Database of Systematic Reviews 2015, Issue 1. Art. No.: CD004376. DOI: 10.1002/14651858.CD004376.pub3

Zhang L, Wang Y, Ye T, Hu Y, Wang S, Qian T, Wu C, Yue S, Sun X, Zhang Y. Quality of clinical practice guidelines relevant to rehabilitation of knee osteoarthritis: A systematic review. Clin Rehabil. 2022 Dec 20:2692155221144892. doi: 10.1177/02692155221144892. Epub ahead of print. PMID: 36540949.

Sasaki R, Honda Y, Oga S, Fukushima T, Tanaka N, Kajiwara Y, Nakagawa K, Takahashi A, Sakamoto Y, Morita H, Kondo Y, Okita S, Kondo Y, Goto K, Kataoka H, Sakamoto J, Okita M. Effect of exercise and/or educational interventions on physical activity and pain in patients with hip/knee osteoarthritis: A systematic review with meta-analysis. PLoS One. 2022 Nov 21;17(11):e0275591. doi: 10.1371/journal.pone.0275591. PMID: 36409668; PMCID: PMC9678259.

Bell EC, Wallis JA, Goff AJ, Crossley KM, O’Halloran P, Barton CJ. Does land-based exercise-therapy improve physical activity in people with knee osteoarthritis? A systematic review with meta-analyses. Osteoarthritis Cartilage. 2022 Nov;30(11):1420-1433. doi: 10.1016/j.joca.2022.07.008. Epub 2022 Aug 12. PMID: 35970256.

Antioxydants.

Nejadhosseinian M, Djalalinia S, Haerian H, Alikhani M, Mansour A, Mousavian AH, Mardani-Fard HA, Kasaeian A, Faezi ST. The effects of antioxidants on knee osteoarthritis: A systematic review and meta-analysis. Front Nutr. 2022 Dec 19;9:1026450. doi: 10.3389/fnut.2022.1026450. PMID: 36601076; PMCID: PMC9806224.

Deligiannidou GE, Papadopoulos RE, Kontogiorgis C, Detsi A, Bezirtzoglou E, Constantinides T. Unraveling Natural Products’ Role in Osteoarthritis Management-An Overview. Antioxidants (Basel). 2020 Apr 23;9(4):348. doi: 10.3390/antiox9040348. PMID: 32340224; PMCID: PMC7222394.

Les interdictions de publicité sur les compléments alimentaires contre l’arthrose sur vidal.fr

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Rhizotomie dorsale sélective : c’est quoi ? Pour qui ? Comment ?

Vous avez entendu parlé de la rhizotomie dorsale sélective contre la spasticité, vous vous posez beaucoup de questions à son sujet ?

Et vous avez probablement du mal à trouver des réponses claires, précises, objectives et à jour, en français.

C’est justement pour pallier à cela que j’ai décidé de rédiger cet article. Régulièrement, des parents d’enfant porteurs de paralysie cérébrale (ou infirmité motrice cérébrale, diplégie spastique, maladie de Little, etc.) me posent des questions sur cette opération chirurgicale.

Mais aussi des adultes ou proches d’adultes porteurs de polyhandicap, ou d’une forme plus légère de paralysie cérébrale.

On trouve surtout sur le sujet :

  • des témoignages des chirurgiens qui pratiquent l’opération et qui montrent des vidéos d’enfants avant-après (sélectionnées parmi les plus parlantes) ;
  • des témoignages de parents, souvent seulement dans les mois ou 1 ou 2 ans qui suivent l’opération (pas à long terme).

Dans les 2 cas, le problème est qu’on ne peut pas comparer avec l’évolution de ces enfants s’ils n’avaient pas eu l’opération. C’est pour cela que je me suis focalisée en partie dans cet article sur les études cliniques, qui essaient de prendre en compte :

  • les effets à long terme de l’opération sur l’enfant et l’adulte ;
  • comment auraient évolué les choses sans l’opération ;
  • est-ce que les personnes arrivent vraiment à faire plus de choses au quotidien, ou ont une meilleure qualité de vie (et pas « seulement » à marcher avec un meilleur schéma de marche, ou obtenir des scores meilleurs à certains tests).

Pour rédiger cet article, je m’appuie donc à la fois sur :

  • mon expérience de kiné, notamment auprès de personnes opérées ou non opérées ;
  • mes recherches et lectures approfondies dans la littérature médicale et chirurgicale internationale (toutes les références en fin d’article).

Un merci tout particulier à Mathurin, qui s’est manifesté pour apporter son expérience sur ses motivations et résultats après la rhizotomie chez l’adulte.

Encore des questions ? Une expérience à partager ? Vous pouvez laisser cela en commentaire, cela profitera à toutes les personnes qui liront cet article 🙂.

Sachez également que je suis aussi en train de rédiger la page Wikipédia en français sur la rhizotomie dorsale, afin de rendre ces informations factuelles encore plus visibles.

Dernière mise à jour : septembre 2023.
Liens d’intérêt financiers : aucun en lien avec le sujet de cet article. Déclaration complète en mentions légales. Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique. Relecture et témoignage de Mathurin Charles, patient expert

Sommaire
Le contenu de cet article résumé au format vidéo. Avec Mathurin, opéré adulte d’une rhizotomie dorsale sélective suite à de la spasticité dans un contexte de paralysie cérébrale, et moi-même, Nelly, kiné. Merci Mathurin !

Qu’est-ce que la rhizotomie dorsale sélective ? Définition

La rhizotomie dorsale sélective est une opération pratiquée par des chirurgien(ne)s spécialisés en neurochirurgie (chirurgie neurologique).

Cette opération intervient au niveau de la moelle épinière, qui s’étend tout le long du dos et qui est reliée au cerveau.

Elle intervient plus précisément sur des racines nerveuses qui partent de cette moelle épinière.

Quel est le but de la rhizotomie dorsale ?

Elle est pratiquée sur des personnes (enfants ou adultes) qui ont des problèmes neuro-musculaires. Souvent à cause d’une maladie, parfois à cause d’un accident.

Son principal but est de diminuer la spasticité. Et de rendre plus facile, plus « naturelle » et moins fatiguante la marche ou d’autres activités nécessitant d’utiliser les bras ou les jambes. Ou moins douloureuses. Ou moins difficiles à réaliser.

La SDR est contre-indiquée si l’atteinte majeure est la dystonie plutôt que la spasticité.

Pour rappel, la spasticité, c’est un problème au niveau des muscles, commandés par les nerfs. Lorsqu’on a de la spasticité, le tonus de muscle est plus important dès qu’on les étire un peu. Ce qui fait qu’on peut avoir des douleurs, des enraidissements.

À force, nos articulations s’enraidissent plus. Et on a plus de mal à utiliser nos membres à cause de ce problème de tonus.

La rhizotomie dorsale est un des traitements de la spasticité, parmi d’autres.

Les différents noms de la rhizotomie dorsale

Comme souvent en médecine, on utilise plein de mots pour désigner la même chose ! Tous ces mots renvoient à la même opération :

  • rhizotomie dorsale sélective ;
  • rhizotomie sélective ;
  • rhizotomie postérieure ;
  • rhizotomie dorsale non invasive ;
  • SDR (de l’anglais Selective Dorsal Rhizotomy) ;
  • radicellectomie dorsale sélective.

Cependant, les chirurgien(ne)s qui pratiquent cette opération utilisent des techniques différentes. Il y a plusieurs écoles. Mais les noms peuvent être utilisés indifféremment quelque soit la technique utilisée.

On emploie souvent le terme SDR pour parler de la rhizotomie dorsale sélective, c’est la même opération.

Depuis quand cette opération existe ?

Les premières publications scientifiques au sujet de cette opération datent des années 1980.

Depuis le début des années 2020, il y a plus de 3 fois plus de publications par an sur la rhizotomie par rapport aux précédentes décennies.

Mais le nombre d’articles scientifiques consacrés au sujet reste très faible (45 études publiées en 2020, l’année où il y a eu le plus de publications!).

Historique des publications scientifiques sur la rhizotomie dorsale sélective

Voici les principales « avancées » dans les publications consacrées à la rhizotomie sélective :

  1. 1985 : première étude de l’efficacité de la rhizotomie sélective, chez le rat ;
  2. 1987 : première étude de l’efficacité de la rhizotomie sélective chez 20 enfants porteurs de paralysie cérébrale (PC) ;
  3. 1991 : première étude centrée sur un effet secondaire de l’opération, la subluxation de hanche ;
  4. 2000 : publication du Dr Park (un des noms encore aujourd’hui les plus cités comme spécialiste de la rhizotomie, surtout par les familles d’enfants porteurs de PC) intitulée « Selective dorsal rhizotomy: an excellent therapeutic option for spastic cerebral palsy » qu’on peut traduire ainsi : Rhizotomie dorsale sélective : une excellente option thérapeutique pour la paralysie cérébrale spastique. Cette publication dénote avec les autres qui sont plus mesurées sur la balance bénéfice/risque de cette intervention ;
  5. 2002 : première méta-analyse sur la rhizotomie chez les enfants avec paralysie cérébrale spastique. Une méta-analyse est une synthèse d’études de bonnes qualité ;
  6. 2011 : première synthèse d’études sur la rhizotomie sélective chez l’adulte porteur de diplégie spastique (forme la plus courante de paralysie cérébrale).
histoire et évolution de l'opération par rhizotomie contre la spasticité
Les évolutions de la technique opératoire par rhizotomie. Source : Enslin 2019

Comment se déroule l’opération et ses suites ?

Avant d’opérer, au moins une consultation est nécessaire avec le neurochirurgien (+ 1 avec un anesthésiste). Cette consultation sert à évaluer si oui ou non la SDR sera pertinente dans votre cas. Elle peut être faite à distance : une vidéo de l’enfant et son dossier médical sont envoyés au neurochirurgien.

L’opération

L’opération dure 4h30, sous anesthésie générale. L’hospitalisation ensuite est d’une semaine.

L’opération consiste à sectionner certaines fibres sensitives. Celles qui proviennent des racines nerveuses les plus touchées par la spasticité.

Un électromyogramme (EMG) est réalisé pendant l’opération pour savoir quelles fibres sectionner. 50 à 70 % des fibres sont sectionnées.

Pour accéder à ces fibres, le chirurgien a dû couper des épines dorsales (des bouts d’os de la colonne vertébrale). Elles sont parfois remplacées par une plaque en titane et des vis, parfois non remplacées.

Important : l’opération est irréversible. Cela veut dire qu’on ne peut pas revenir en arrière une fois qu’on l’a fait, même si on n’est pas satisfait des résultats.

Après l’opération

L’opération est suivie idéalement par 6 à 9 semaines de rééducation très intensive (5 jours par semaine). Souvent réalisée en Pologne ou en Espagne.

L’objectif de cette phase de rééducation est :

  • d’éviter que les membres se ré-enraidissent tout de suite ;
  • s’habituer à utiliser d’une façon nouvelle son corps, avec moins de spasticité. Souvent, les personnes opérées ont de moins bonnes capacités dans les jours et mêmes semaines qui suivent l’opération ?

Il faut prévoir ensuite au moins 1 an de rééducation régulière derrière (1 à plusieurs séances par semaine de kinésithérapie et/ou ergothérapie). En général, les enfants ont de toute façon déjà des séances de rééducation hebdomadaires.

L’opération dure 4h30. En général, l’hospitalisation dure 1 semaine. Il faut derrière beaucoup de rééducation.

Pratique de la rhizotomie dans différents pays

Avant de voir si la rhizotomie « tient ses promesses » d’efficacité contre la spasticité et ses conséquences, voyons comment elle est pratiquée en France et dans les autres pays.

En France

Paris, hôpital Necker

Depuis 2017, le chirurgien Syril James (Dr James) (et son collègue Michel Tetio) est un chirurgien français qui pratique la rhizotomie, en France. Les personnes opérées par lui dépendant ensuite souvent du centre de rééducation de Saint-Maurice, en région parisienne. Il consulte à l’hôpital Necker (AP-HP), conventionné secteur 1 (sans dépassement d’honoraires). C’est un neurochirurgien pédiatre.

Source : info IMC de l’APF, 2020

Ce sont souvent les patient(e)s eux-même (ou leurs proches) qui font la démarche de contacter directement les équipes qui pratiquent la SDR. Ils ne sont pas forcément envoyés par l’équipe médicale ou rééducative qui les suit pour leur problème neurologique.

Souvent, les familles françaises demandent plusieurs avis à différents neurochirurgiens avant d’opter pour l’opération. Et certaines décident directement d’aller pratiquer l’opération à l’étranger, en la finançant par leurs propres moyens.

En France, l’opération est prise en charge par la sécurité sociale et les mutuelles. Tout comme le séjour en rééducation derrière.

Cependant, le Dr Syril James est conventionné secteur 2. Cela signifie que ses honoraires sont libres et qu’il peut pratiquer des dépassements d’honoraires selon l’endroit où il intervient. Pour connaître le prix de revient dans votre situation de l’opération, il faudra donc bien demander en amont un « devis ».

Paris, Fondation Rothschild

Un neurochirurgien allemand opère en France dans cette fondation certains enfants. C’est le Pr Haberl (voir rhizotomie en Allemagne).

Nancy

Le Pr Marc Sindou, ancien chef de service de Neurochirurgie fonctionnelle à Lyon, est aussi consultant pour le service de Neurochirurgie pédiatrique du CHRU de Nancy.

Ce service pratique des rhizotomies dorsales (radicotomies dorsales postérieures) sur les enfants.

Il est en lien avec le centre de médecine physique et de réadaptation pour enfants de Flavigny-sur-Moselle (IRR). La technique pratiquée ici est différente de celle du Dr James.

Nice

Le Pr Haberl opère aussi à Nice (avec le Dr Chivoret). Les patients sont adressés soit par certains médecins de médecine physique et réadaptation, ou via les associations de patient(e)s.

Ils appellent pour prendre rendez-vous. Tout est pris en charge sécu au niveau de l’hospitalisation et de la chirurgie (sécurité sociale + mutuelle).

Merci au kiné du CHU de Nice qui m’a procuré ces informations !

Lyon

L’équipe de Martens à Lyon, qui fait une SDR à plusieurs niveaux de la moelle épinière mais interlaminaire.

En France, la SDR est pratiquée en région parisienne, à Lyon, Nice et à Nancy.

En Allemagne

Le Professeur Hannes Haberl est neurochirurgien à l’hôpital de Bonn en Allemagne. Il opère depuis 2007 de la rhizotomie dorsale sélective, il est formé par le Dr Park. Un des élèves du Pr Haberl opère aussi à Berlin.

Le coût de l’intervention est estimé à 25 000 euros (hospitalisation, opération, attelles/orthèses). Sans compter le transport et la rééducation potentielle derrière.

Aux États-Unis

Le Dr Park est le neurochirugien qui a opéré le plus d’enfant par rhizotomie dorsale sélective. Il pratique au Children’s Hospital à St Louis (Missouri, USA). Il a opéré plus de 3000 enfants depuis le début des années 2000.

Le prix de l’intervention souvent retrouvé est de 50 000 euros. À nouveau sans les frais annexes.

Dans les autres pays

On trouve encore plus difficilement des informations sur la SDR dans les autres pays. On peut citer tout de même :

  • l’Angleterre ;
  • la Slovénie ;
  • l’Afrique du Sud. Le neurochirurgien Warwick Peacock est le premier a avoir développé la SDR, au Red Cross War Memorial Children’s Hospital à Cape Town. Contrairement au Dr Park, le Dr Peacock opérait au niveau de plusieurs vertèbres (contre une seule pour le Dr Park et ses « élèves »). La SDR y est toujours pratiquée.

Une étude de 2007 visait d’ailleurs à recenser les centres et hôpitaux pratiquant la SDR. Voici ses résultats (datant de 2007…) :

centres et hôpitaux pratiquant la rhizotomie sélective en france, en europe et ailleurs
Centres pratiquant la SDR dans les années 2000. Source : Hesselgard 2007

Rhizotomie dorsale chez l’enfant : indication, efficacité, effets secondaires

La rhizotomie dorsale est surtout étudiée chez l’enfant, et pour une pathologie bien particulière : la paralysie cérébrale.

SDR en cas de paralysie cérébrale

La paralysie cérébrale prend différents noms selon les problèmes rencontrés :

  • diplégie spastique ;
  • syndrome de Little ;
  • hémiplégie spastique ;
  • quadriplégie ou tétraplégie spastique ;
  • infirmité motrice cérébrale (ancien nom).

La SDR est potentiellement indiquée quelque soit la cause de la paralysie cérébrale : AVC, naissance prématurée, traumatisme, etc.

Quelle efficacité de la SDR en cas de paralysie cérébrale ?

Plusieurs dizaines de publications tentent de répondre à cette question. Il s’agit en général de regarder comment ont évolué des enfants opérés. On compare les résultats à des tests avant et après l’opération, en général au moins 6 mois après l’opération.

En général, les études sont menées sur quelques dizaines d’enfants.

Et bien sûr, on regarde aussi les éventuels effets indésirables.

Lorsqu’il y a beaucoup d’études pour une même pathologie, certaines équipes de recherche font ce qu’on appelle des revues systématiques ou des méta-analyses. En gros, elles essaient de faire un résumé très rigoureux de ces différentes études.

Je vais me concentrer sur ce type de données pour la suite de cet article.

Le tableau ci-dessous récapitule les résultats de ces différentes synthèses d’études, ou études des effets à long terme de la SDR.

Sur quoi porte l’étudeRésultatsRéférence
Comparer l’efficacité sur la spasticité de la SDR VS les pompes à baclofène intrathécal (ITB) VS la thérapie par ondes de choc extracorporellesChaque méthode a permis d’améliorer la spasticité à un taux qui a atteint la signification statistique. La thérapie par pompe : traitement moins invasif qui peut être adapté aux besoins individuels du patient ; cependant, ses inconvénients incluent ses exigences d’entretien à long terme. La SDR semble être une méthode efficace pour le soulagement permanent de la spasticité chez les jeunes patients. Les ondes de choc sont une technique plus récente pour offrir un soulagement de la spasticité tout en étant peu invasive.Kudva 2021
Comparer l’efficacité du baclofène intrathécal VS de la SDR chez les enfants qui ne déambulent pas (niveau IV/V au GMFCS)Des séries de cas suggèrent que les 2 techniques peuvent tous deux réduire la spasticité et améliorer la fonction motrice globale. Mais les preuves sont de très faible qualité. Les taux de complications sont nettement plus élevés après baclofène, en partie à cause du risque permanent de complications liées au dispositif.Davidson 2019
Sur 1485 enfants opérés par SDR, combien ont des déformations du rachis suite à l’opération ?La déformation de la colonne vertébrale (surtout scoliose) est une complication potentielle importante. La déformation augmente de manière significative avec un suivi prolongé, ce qui indique un processus lent qui doit être surveillé de près. Déformations présentes chez tous les patients.Wheelwright 2020
Effets positifs et négatifs de la SDR plus de 10 ans aprèsDix ans après la rhizotomie dorsale sélective, les études disponibles fournissent des preuves peu concluantes sur les résultats fonctionnels. L’effet à long terme sur la spasticité est incertain, les études rapportent un besoin important de traitement complémentaire. Les complications à court et à long terme semblent fréquentes mais ne sont pas rapportées de manière cohérente.Tedroff 2020
Effets positifs et négatifs de la SDR plus de 5 ans aprèsIl existe des preuves modérées que la SDR a une influence positive à long terme sur les domaines de la structure corporelle et de la fonction corporelle de la CIF, mais il n’existe aucune preuve qu’elle a une influence sur les domaines de l’activité et de la participation. Les anomalies vertébrales semblent être courantes, mais aucune conclusion ne peut être tirée quant à leur relation avec la SDR.Grunt 2011
Comment vont des adolescents et adultes atteints de PC après avoir été opérés par SDR quand ils étaient enfantsLa majorité des adultes qui ont subi une SDR dans leur enfance recommanderaient cette procédure à d’autres personnes. Très peu ont rapporté des impressions négatives de l’opération et ses suites. Les niveaux de satisfaction de la vie étaient généralement élevés. La prévalence de la douleur était similaire à ce qui a été rapporté dans la littérature pour les adultes atteints de paralysie cérébrale. Malgré la SDR, d’autres interventions, chirurgicales et non chirurgicales, ont été utilisées chez la majorité des patients.Hurvitz 2013
Comment vont les enfants 25 ans après avoir été opérésLes résultats à long terme de la SDR sur le niveau d’accomplissement et de satisfaction dans les activités quotidiennes et la participation sociale ainsi que la mobilité fonctionnelle chez les adultes atteints de PC ne sont pas clairs. La prévalence de la scoliose, de l’hypercyphose thoracique et de l’hyperlordose lombaire se situait dans la fourchette rapportée pour les adultes atteints de PC, tandis que la spondylolyse et le spondylolisthésis étaient plus fréquents que prévu.Veerbeek 2019 ; 2020
Comment vont des adolescents et adultes atteints de PC après avoir été opérés par SDR quand ils étaient enfants. 19 enfants qui avec diplégie spastique qui marchaient déjà avant la SDRNos données montrent que l’amélioration du schéma de marche obtenue à court terme après la SDR se poursuit à l’adolescence et à l’âge adulte. 8 patients ont subi une chirurgie orthopédique supplémentaire dans les années qui ont suivi la SDR, et les résultats actuels doivent être considérés comme une combinaison de la DTS, du développement et du traitement supplémentaire.Romei 2018
Évolutions d’enfants opérés entre 2 et 3 ans, quelques années ou jusqu’à 15 ans après la SDR48% des patients ont reçu au moins un type de chirurgie orthopédique après la SDR. La SDR réalisée à un âge précoce par une laminectomie à un seul niveau s’est avérée faisable et sûre. Un suivi jusqu’à l’âge adulte (18 ans) a montré des améliorations de la marche et d’autres fonctions motrices.Park 2021
Voir si les douleurs et déformations du dos sont plus fréquentes chez les patients opérés par SDR ou nonLa fréquence des douleurs dorsales et des scolioses à l’âge adulte après une SDR précoce est principalement en lien avec l’évolution naturelle avec l’âge, et non avec une complication de la chirurgie.Josenby 2020
Les différentes études qui évaluent l’efficacité de la rhizotomie dorsale sélective chez l’enfant (synthèses d’études ou études avec suivi à long terme)

Qu’en retenir de manière générale ?

  • Plus les études évaluent les effets à long terme, moins elles montrent un effet positif certain de la SDR. Cependant, très peu de personnes ayant été opéré rapportent des impressions négatives vis-à-vis de la procédure.
  • Les enfants opérés ont souvent des déformations du rachis (du type scoliose). Mais cela arrive aussi chez les enfants non opérés. Il n’y a donc pas de lien causal établit : on n’est pas sûr que les enfants n’auraient pas aussi eu des déformations du rachis même sans la SDR.
  • On n’a malheureusement aujourd’hui aucune preuve que la SDR permet vraiment d’améliorer la capacité de faire des choses « dans la vraie vie » par rapport à l’absence d’intervention. Par contre, les scores à certains tests sont améliorés (sans qu’on puisse savoir s’ils l’auraient été sans l’intervention). La qualité de vie semble similaire à celle des personnes non opérées.

Témoignage d’une maman d’un enfant avec paralysie cérébrale

Je suis consciente (autant qu’on peut l’être quand on n’est pas concerné personnellement par une pathologie pouvant nécessiter une SDR…) que ces informations très descriptives et pas forcément très positives sur la rhizotomie ne sont pas forcément celles qu’on aimerait lire.

Je sais aussi qu’en tant que parent, on est confronté à énormément d’informations et d’avis contradictoires des professionnels de santé. C’est vraiment quelque chose qui revient sans cesse dans les familles que j’ai accompagné.

Ce témoignage d’une maman d’un enfant avec paralysie cérébrale l’illustre parfaitement. Elle raconte toutes ses recherches et réflexions pour décider de recourir ou non à la rhizotomie pour sa fille touchée par la paralysie cérébrale.

C’est un des témoignages les plus documentés et réfléchit que j’ai lu sur le sujet.

Cela ne veut pas dire bien sûr que tous les parents devraient en arriver à la même conclusion : « je pense que les contraintes et risques potentiels de l’opération ne valent pas les potentiels bénéfices ».

J’en dis plus à ce sujet plus loin : mon avis de kiné sur la rhizotomie sélective.

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La liste des avantages et bénéfices potentiels que cette maman a dressé pour réfléchir à la pertinence de réaliser une rhizotomie dorsale sélective sur sa fille. Source : Motricité cérébrale, 2021

Rhizotomie dorsale chez l’adulte ? Indication, efficacité, effets secondaires

Dans l’immense majorité des cas, la SDR est pratiquée chez les enfants. Mais elle l’est parfois aussi sur les adultes.

Les indications et l’efficacité

Voici les pathologies pour lesquelles j’ai trouvé dans la littérature académique des cas d’adultes opérés par rhizotomie dorsale sélective :

  • paralysie cérébrale / IMC ;
  • hémiplégie suite à un accident vasculaire cérébral (AVC) ;
  • blessés médulaires (personnes tétraplégiques ou paraplégiques suite à un accident ou à une maladie, comme la carence en vitamine B12) ;
  • maladies neurodégénératives (sclérose en plaques) ;
  • et en théorie toute autre pathologie entraînant de la spasticité de manière chronique.

Quelle efficacité attendre de la SDR sur la spasticité (et d’autres paramètres plus fonctionnels) chez l’adulte ? Il n’y a ce jour que quelques rares études de cas menées sur quelques patient(e)s. L’étude la plus complète est celle conduite par Park, publiée en 2019. Elle rapporte l’état de santé de 64 adultes atteints de diplégie spastique opérés par SDR entre 18 et 50 ans, suivis pendant 1 à 28 ans après l’opération.

Comme c’est la seule étude assez complète dont nous disposons, je vais bien détailler ses résultats.

Les participants à l’étude ont rapporté des améliorations post-SDR :

  • de la qualité de la marche dans 91% des cas,
  • de la station debout dans 81% des cas,
  • de la station assise dans 57% des cas,
  • de l’équilibre pendant la marche dans 75% des cas,
  • de la capacité à faire de l’exercice dans 88% des cas,
  • de l’endurance dans 77% des cas,
  • et des sports récréatifs dans 43% des cas.

Les douleurs musculaires et articulaires présentes avant l’intervention se sont améliorées dans 64 % des cas après l’intervention.

En ce qui concerne le niveau de la fonction ambulatoire, tous les patients qui ont marché de manière indépendante dans tous les environnements ont maintenu le même niveau de fonction ambulatoire.

18 % des patients qui marchaient indépendamment dans certains environnements ont amélioré leur marche indépendante dans tous les environnements.

Tous les patients qui marchaient avec une aide technique avant la SDR ont conservé la marche assistée après la SDR.

En ce qui concerne les effets indésirables de la SDR, 50 % ont développé des engourdissements dans les différentes parties des jambes. Deux patients ont signalé une perte totale de sensation dans certaines parties des jambes, et un patient a signalé un engourdissement et une douleur constante dans les extrémités inférieures bilatérales.

Dix patients ont signalé une spasticité récurrente après la SDR, et trois patients ont signalé un clonus de la cheville, qui est un signe objectif de spasticité.

Une chirurgie d’allongement des tendons après la SDR a été nécessaire dans 27% des cas et une chirurgie de la hanche et du genou dans 2% et 6% des cas, respectivement.

Témoignage de Mathurin, jeune adulte français opéré par SDR

Mathurin m’a contacté pour partager son témoignage au sujet de la SDR qu’il a effectué. Le voici.

1) Peux-tu m’en dire plus sur ta pathologie, tes symptômes qui t’ont conduit à t’intéresser à la SDR ?

Je suis atteint de diplégie spastique. Ce dysfonctionnement, survenu suite à ma naissance prématurée à 6 mois et demi, fait que les muscles de mes jambes sont en permanence contractés plus que nécessaire. Cela se traduit principalement chez moi par un manque d’équilibre et de vitesse. J’ai toutefois la chance d’avoir une atteinte très légère, qui ne m’a pas empêché d’apprendre à marcher, courir, rouler à vélo et même nager.

C’est vers 21 ans que j’ai commencé à ressentir une gêne accentuée : après 3 ans de prépa, je me suis remis à faire plus de sport et j’ai constaté que mon explosivité, mon endurance et ma récupération après un effort intense avaient bien diminué.

J’ai tout d’abord mis cela sur le compte de mon manque d’exercice en prépa, en me disant que ça allait revenir avec l’entraînement. Cependant au bout de 2 ans je peinais toujours à retrouver mon niveau d’avant (en particulier au tennis de table).

J’avais aussi l’habitude d’étirer mes ischio-jambiers le soir car je m’endors mieux avec les jambes détendues. Or je ressentais maintenant une raideur accrue au niveau des ischios et j’avais beaucoup plus de mal à bien les étirer.

Mon père m’a ainsi fabriqué une machine à étirements qui me permettait d’étirer plus fortement mes ischios. Cela m’a bien aidé en termes de confort, mais ce déclin prolongé de mes capacités physiques à commencé à fortement me peser et à affecter ma motivation pour les études.

2) Quels autres traitements avais-tu réalisé auparavant pour les symptômes pour lesquels tu as ensuite fait la SDR ?

J’ai alors consulté une neurologue, qui m’a prescrit du baclofène (en comprimés). Cependant je n’ai pas ressenti d’amélioration.

3) Comment as-tu entendu parlé de la SDR pour la première fois ?

J’ai continué à chercher d’autres traitements possibles et j’ai ainsi découvert l’existence de la SDR, sur le site internet de l’association EnoRev’.

4) Comment as-tu décidé de te faire opérer ? Comment t’es-tu informé ?

Tout de suite, j’ai cherché à contacter des adultes ayant bénéficié de cette opération. On m’a fourni le contact d’Isabelle Dodeman-Lawless, une franco-irlandaise qui avait été opérée en 2016, à bientôt 50 ans. En plus d’être une des personnes les plus âgées à avoir été opérée, c’est une véritable mine d’informations sur la SDR !

J’ai beaucoup échangé avec Isabelle, en particulier lorsque je suis venu passer 2 mois à Dublin au printemps 2018 et que j’ai ainsi pu la rencontrer en personne. Dès les premiers échanges avec elle, j’ai été convaincu que la SDR pouvait m’aider.

Je me suis alors longuement renseigné sur la SDR sur internet, en particulier via un groupe facebook regroupant des adultes du monde entier ayant bénéficié de cette opération.

5) Peux-tu nous raconter comment s’est passée l’opération, et ses suites ? Où ? Aussi au niveau logistique, remboursement ?

Le choix de l’endroit où être opéré s’est fait rapidement : Isabelle et une bonne partie des patients adultes avec qui j’ai pu échanger avaient été opérés à St. Louis (ville du Missouri, aux Etats-Unis) par le Dr. Park.

A ma connaissance, ce neurochirurgien, qui s’est spécialisé dans la SDR, est le plus expérimenté au monde.

En 2019, il avait opéré plus de 4000 patients, dont plus de 150 adultes (alors qu’en France et en Europe, très peu de chirurgiens pratiquent la SDR sur des adultes). De plus à St. Louis les patients internationaux bénéficient d’un programme de 3 semaines de rééducation après l’opération.

Cependant le coût peut être un grand frein : environ 40 000 dollars, sans compter les billets d’avion et la location sur place. J’ai eu la chance que mes parents puissent m’avancer l’argent (que je compte leur rembourser dès que possible).

Ce coût m’a néanmoins encouragé à explorer d’autres pistes mais le seul neurochirurgien français que j’ai pu rencontrer a considéré qu’une SDR n’était pas nécessaire dans mon cas, et il m’a conseillé à la place de faire des toxines botuliques.

Personnellement, je préférais largement faire une opération une seule fois plutôt que des injections régulières, d’autant que plusieurs études que j’ai consultées pointent un effet négatif des toxines sur les muscles à long terme.

J’ai donc opté pour une SDR à St. Louis. J’ai envoyé ma candidature et mon dossier par internet, et j’ai reçu au bout de 6 semaines une réponse positive, en septembre 2018. Pour les patients internationaux, le bloc de 3 semaines de rééducation suivant l’opération limite le nombre de places, donc le premier créneau disponible était 15 mois plus tard, en décembre 2019…

Finalement, la date a été avancée au 2 août 2019, mais l’attente m’a paru bien longue.

C’est ma mère qui m’a accompagné là-bas. Nous sommes arrivés lundi soir, puis j’ai eu un entretien avec le Dr. Park mercredi et des tests physiques le jeudi. Enfin, l’opération s’est déroulée le vendredi. Après un an d’attente, c’est assez exaltant d’être enfin là.

Ma mère était un peu inquiète : après tout c’est quand même une opération assez complexe, où le neurochirurgien va enlever un bout de vertèbre et accéder à la moelle épinière. De mon côté, au contraire, j’étais très confiant et déjà concentré sur la rééducation à venir.

Je me suis réveillé le soir, un peu KO avec les antidouleurs, mais très content (tout s’était passé comme prévu). Ensuite, il a fallu ronger mon frein jusqu’au lundi, où j’ai pu enfin sortir du lit et faire des transferts en fauteuil.

Les premiers jours, j’étais assez gêné par la douleur au niveau du morceau de vertèbre enlevé, mais ça n’a pas duré longtemps. Je suis sorti de l’hôpital le mercredi et j’ai utilisé le fauteuil roulant jusqu’au vendredi, après quoi j’avais récupéré assez de force et d’endurance pour marcher sans aide de manière prolongée.

Le changement le plus marquant post-opération fut la diminution de la raideur de mes ischio-jambiers : je pouvais à nouveau les étirer sans difficulté. Lors des 3 semaines suivant l’opération, j’ai bénéficié d’une heure de rééducation par jour à l’hôpital (du lundi au vendredi), et à côté j’ai fait pas mal de visites touristiques et de marche avec ma mère.

Après être revenu en France, j’ai repris le tennis de table avec entrain (2 entraînements par semaine, plus les compétitions), et complété cela par du renforcement musculaire (dans un cabinet de kiné les 6 premiers mois, puis chez moi avec une plaque oscillante, 3 fois par semaine).

6) Et aujourd’hui, comment vas-tu ?

Super bien ! En plus d’un gain de confort, la SDR m’a permis de recommencer à progresser au tennis de table, ce qui m’a reboosté. Cela m’a aussi remotivé pour les études.

En 2020, j’ai ainsi terminé mon master et commencé un doctorat en mathématiques appliquées.

A côté de cela, j’ai commencé à faire pas mal de randonnées (à Grenoble il y a plein de coins sympas avec les montagnes) et je constate que je récupère maintenant bien plus rapidement après un effort physique intense qu’avant l’opération.

Bref, en contraste avec la période assez difficile que j’ai vécue avant l’opération, je profite aujourd’hui d’une période très enrichissante, où je ne me sens plus limité comme avant.

7) Que conseilles-tu aux personnes qui s’interrogent sur l’intérêt de la SDR dans leur cas ?

Renseignez-vous un maximum. A mon sens, l’idéal est de pouvoir échanger avec des personnes ayant un niveau de handicap similaire au vôtre et qui ont bénéficié de l’opération (je suis totalement dispo pour échanger, et je peux aussi vous mettre en lien avec d’autres adultes qui ont bénéficié de la SDR).

8) Tu as d’autres choses à ajouter ?

Sur internet, on voit parfois des commentaires excessifs concernant la SDR. Ce n’est pas une opération miraculeuse : après la SDR, on est toujours limité par son handicap.

Il faut aussi être patient et appliqué dans la durée sur la rééducation post-op pour voir ses efforts payer, et selon l’âge et la situation physique pré-op, les progrès ne seront pas les mêmes pour chaque personne.

Par ailleurs, il peut y avoir des effets secondaires : en particulier, chez les patients adultes, une insensibilité sur certaines zones, ce qui est un peu perturbant mais pas vraiment gênant (dans mon cas c’est le mollet gauche où la sensation est différente au toucher, mais je n’y fais même plus attention).

Dans de très rares cas, il peut y avoir des douleurs neuropathiques qui persistent (j’ai lu un seul témoignage bien étayé à ce sujet, concernant une personne de plus de 40 ans, mais ça mérite toutefois d’être mentionné).

Néanmoins, dans mon cas et dans celui de nombreux témoignages que j’ai pu lire, cette opération a permis des gains de confort et d’aptitudes physiques notables, donc je pense que la balance bénéfice risque est très positive.

Pour les personnes qui se posent la question du coût, la bonne nouvelle est que la SDR est de plus en plus pratiquée en France (et donc remboursée par la Sécu). C’est surtout vrai pour les enfants, mais récemment j’ai eu connaissance de plusieurs jeunes adultes (21 ans, 26 ans) opérés en France, donc si vous avez moins de 30 ans, il semblerait que vous ayez maintenant de bonnes chances de pouvoir vous faire opérer en France.

Ressource utile donnée par Mathurin : il y a un site en anglais (https://sdrchangeslives.net/) développé par une jeune adulte américaine qui donne pas mal d’informations sur la SDR.

Vous pouvez contacter Mathurin par mail, et il peut vous mettre en lien avec les différents groupes d’information de patient(e)s, en français et en anglais : charlesmathurin59@gmail.com.

Conclusion : mon avis de kiné sur la rhizotomie dorsale sélective

Discuter de l’efficacité des traitements contre la spasticité avec mes patient(e)s ou leur entourage est toujours quelque chose de très délicat. Car à ce jour, il n’existe pas de traitement vraiment significativement efficace à long terme et qui correspond à tous les patients.

Quand certaines familles entendent parler de la SDR, elles pensent parfois qu’il s’agit du traitement de la spasticité enfin intéressant.

Et je suis toujours gênée de leur donner mon avis plus mesuré à ce sujet, comme si je leurs brisais leur rêve.

D’autant plus que par rapport aux autres traitements, la SDR au moins à court terme montre plus d’intérêt contre la spasticité.

Mais surtout contre la spasticité, et pas forcément ses conséquences (la possibilité de marcher plus longtemps seul, d’avoir moins de douleurs ou de déformations)… Et ce sont ses conséquences qui intéressent le plus les familles, selon mon expérience.

les différents traitements plus ou moins efficaces contre la spasticité
Les différents traitements plus ou moins efficaces contrela spasticité. Source : Novak 2013

Je ne dis donc jamais aux familles qui me demandent mon avis sur la SDR dans leur cas que c’est LE traitement vers lequel il faut absolument se tourner ; ou qu’il faut au contraire absolument éviter. Mon avis est plus mesuré.

Je leur présente l’ensemble des données tirées des études. Je leur suggère de ne pas sous-estimer les conséquences négatives à court terme de l’opération (hospitalisation, rééducation intensive loin du rythme quotidien).

Je leur relate aussi cette étude (Waite 2022) : 18 parents dont l’enfant a eu une SDR ont été interrogés, 2 ans après la SDR, après la fin de la période de rééducation. Leur décision d’opter pour la SDR reposait sur :

  • leur expérience et leurs recherches d’information ;
  • l’influence des rencontres qu’ils avaient fait (avec d’autres parents ou des professionnels) ;
  • des aspects émotionnels et sociaux.

Leur principale motivation était de « ne pas avoir de regret ».

L’équipe de recherche qui a réalisé les interviews conclut ainsi :

Les résultats n’ont pas toujours correspondu aux attentes, et les parents se sont éloignés d’une position idéaliste, qui était en partie motivée par la recherche d’informations par les parents, y compris une représentation médiatique trop optimiste.

Dans l’ensemble, les parents ont exprimé qu’ils ne regrettaient pas leur décision, mais beaucoup ont ressenti un décalage entre leurs attentes et les résultats de la chirurgie.

Waite, 2022

La nuance réside dans le « beaucoup ». Certains n’ont pas ressenti de décalage, et c’est une bonne chose !

La difficulté est qu’aujourd’hui, on ne sait pas encore bien repérer sur quels effets l’opération va très probablement avoir un impact positif à long terme.

Concernant l’opération chez les adultes, je trouve que la prise de décision est peut-être plus facile. Car même si on a moins de recul, on prend la décision pour soi-même, et pas pour son enfant.

Vous êtes kiné, vous souhaitez développer votre activité en kinésithérapie pédiatrique ? Mon guide pourrait vous intéresser :

***

En écrivant cet article, j’ai vraiment essayé de présenter les choses de la manière la plus complète et franche possible. Comme je l’ai fait auprès des parents d’enfants porteurs de paralysie cérébrale « dans la vraie vie », mais aussi d’adultes atteints de cette même pathologie.

J’espère très sincèrement avoir apporté des réponses à vos principales interrogations sur la rhizotomie dorsale. Si vous en avez encore en suspens, si vous avez des précisions à apporter : l’espace commentaire est là !

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  4. Comment voyager avec un handicap ?

📚 SOURCES

J’ai lu les titres (et parfois le résumé et corps de l’article) de toutes les études consacrées à la rhizotomie sélective, publiées et indexées dans la Medline (la plus grosse base de donnée internationales d’études médicales). Il y a en 314 à ce jour de janvier 2023. J’ai sélectionné ici les principales sur lesquelles je me suis appuyée pour rédiger cet article.

études dans le monde et en france sur la rhizotomie dorsale sélective (SDR)
Les études sur la SDR publiées dans la littérature scientifique internationale. Source : Medline

Quelles techniques opératoires et où ? Hesselgard K, Reinstrup P, Stromblad LG, Undén J, Romner B. Selective dorsal rhizotomy and postoperative pain management. A worldwide survey. Pediatr Neurosurg. 2007;43(2):107-12. doi: 10.1159/000098382. PMID: 17337921.

Chez l’adulte avec paralysie cérébrale Reynolds MR, Ray WZ, Strom RG, Blackburn SL, Lee A, Park TS. Clinical outcomes after selective dorsal rhizotomy in an adult population. World Neurosurg. 2011 Jan;75(1):138-44. doi: 10.1016/j.wneu.2010.09.010. PMID: 21492678.

Park TS, Uhm SY, Walter DM, Meyer NL, Dobbs MB. Functional Outcome of Adulthood Selective Dorsal Rhizotomy for Spastic Diplegia. Cureus. 2019 Jul 21;11(7):e5184. doi: 10.7759/cureus.5184. PMID: 31565593; PMCID: PMC6758990.

L’histoire de la rhizotomie contre la spasticité : Enslin, J.M.N., Langerak, N.G. & Fieggen, A.G. The Evolution of Selective Dorsal Rhizotomy for the Management of Spasticity. Neurotherapeutics 16, 3–8 (2019). https://doi.org/10.1007/s13311-018-00690-4

Qu’est-ce qui fait que les parents optent pour la rhizotomie pour leur enfant ? Interview de parents Waite G, Chugh D, Cawker S, Oulton K, Wray J, Harniess P. ‘Wanting no regrets’: Parental decision making around selective dorsal rhizotomy. Child Care Health Dev. 2022 Sep 4. doi: 10.1111/cch.13056. Epub ahead of print. PMID: 36057954.

Info-IMC de l’APF. Article du 3 janvier 2020 sur la rhizotomie en France. Ici

+++ 💙 Témoignage d’une mère française d’un enfant porteur de paralysie cérébrale qui relate ses réflexions pour prendre la bonne décision, dans un article publié dans une revue médicale. Ici Référence : SDR… ou pas ? Le dilemme d’une maman vivant en France en 2021. Motricité cérébrale, 2021, pages 90-93

Vidéo du Dr James en 2020, sur la rhizotomie : ici.

La SDR en Allemagne sur agirensemblecontrelimc.org

La SDR en Slovénie : Spazzapan P, Bosnjak R, Rodi Z, Kos N, Groleger K, Velnar T. Selective dorsal rhizotomy: short-term results and early experiences with a newly established surgical treatment in Slovenia. J Integr Neurosci. 2022 May 11;21(3):90. doi: 10.31083/j.jin2103090. PMID: 35633171.

Études du tableau : Kudva A, Abraham ME, Gold J, Patel NA, Gendreau JL, Herschman Y, Mammis A. Intrathecal baclofen, selective dorsal rhizotomy, and extracorporeal shockwave therapy for the treatment of spasticity in cerebral palsy: a systematic review. Neurosurg Rev. 2021 Dec;44(6):3209-3228. doi: 10.1007/s10143-021-01550-0. Epub 2021 Apr 19. PMID: 33871733.

(… pour les autres études du tableau, tapez simplement le nom de la référence + « cerebral palsy » dans votre moteur de recherche. Vous tomberez sur la publication. Je ne les ai pas toutes mises pour ne pas créer une page interminable ! Si vous ne la trouvez pas, n’hésitez pas à me demander la référence précise en commentaire.)

Grunt S, Fieggen AG, Vermeulen RJ, Becher JG, Langerak NG. Selection criteria for selective dorsal rhizotomy in children with spastic cerebral palsy: a systematic review of the literature. Dev Med Child Neurol. 2014 Apr;56(4):302-12. doi: 10.1111/dmcn.12277. Epub 2013 Sep 24. PMID: 24106928.

Lewis JA, Bear N, Smith N, Baker F, Lee OS, Wynter M, Paget SP; Selective Dorsal Rhizotomy – Australian Registry Management Committee. Goal setting, goal attainment and quality of life of children following selective dorsal rhizotomy. Child Care Health Dev. 2022 Dec 13. doi: 10.1111/cch.13090. Epub ahead of print. PMID: 36513964.

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Salaire kiné à l’hôpital public ou privé : combien ?

Quel est le salaire d’un kiné à l’hôpital, public ou privé, en France ? Vous vous demandez cela peut-être simplement par curiosité. Ou parce que vous êtes kiné ou étudiant kiné, et que vous voulez en savoir plus concrètement sur vos potentiels futurs revenus.

Vous avez sans doute fait le même constat que moi : on a du mal à parler salaire. C’est un sujet tabou, et encore plus je trouve dans le milieu de la santé.

Comme si on n’avait pas le droit de travailler (en partie) pour de l’argent !

Vous verrez qu’ici il n’y a pas de tabou 🙂 !

Non seulement je vais vous donner des chiffres précis et sourcés pour répondre à la question « combien gagne un kiné à l’hôpital public ou privé ? ».

Mais je vais en plus vous donner des informations très précises sur mon propre salaire lorsque j’étais kinésithérapeute dans la fonction publique hospitalière, mais aussi dans des hôpitaux privés !

Dernière mise à jour : 13 janvier 2025
Liens d’intérêt : aucun avec le sujet direct de cet article. Déclaration complète en mentions légales. Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Sur quelles sources s’appuyer pour connaître le salaire d’un kiné à l’hôpital ?

Pour savoir le salaire moyen des kinés à l’hôpital en France, on peut s’appuyer sur les grilles de salaire officielles :

  • pour l’hôpital public : la grille indiciaire hospitalière du masseur kinésithérapeute. Elle donne la rémunération brute des kinés, en fonction de leur ancienneté. Elle est régulièrement mise à jour. Par exemple, j’ ai écris ces lignes pour la première fois en janvier 2023, et elle avait été mise à jour pour la dernière fois en novembre 2022. Édit de janvier 2025 : dernière mise à jour en novembre 2024 ;
  • pour les hôpitaux privés : c’est un peu plus compliqué. Les salaires des kinés ne sont pas tous calculés tous sur les mêmes bases dans le privé. Les hôpitaux ont différentes conventions collectives (notamment s’ils sont privés à but lucratif ou non lucratif). Les 2 principales conventions sont :
    • la convention collective nationale de l’hospitalisation privée 2264. Hôpitaux privés à but lucratif. Les kinés sont des techniciens de Classe A ;
    • la convention de la FEHAP (Fédération des Établissements Hospitaliers et d’Aide à la Personne privés solidaires) pour les hôpitaux privés à but non lucratif. Aussi appelée CCN 51.

Il est assez facile de déduire un salaire net à partir de ces salaires bruts. Je le ferai plus loin dans l’article.

Limite de s’appuyer seulement sur les grilles de salaire

Mais il y a une limite à s’appuyer seulement sur ces grilles : souvent, les kinés même jeunes diplômés ne commencent pas au premier échelon. Ils gagnent plus que le montant minimal donné par ces grilles. Elles ont donc plutôt tendance à sous-estimer le revenu des kinés hospitaliers.

D’autant plus qu’il existe souvent des petites « primes » (même dans le public).

Grille de 2022 :

grille de salaire des kinés à l'hôpital public, en France
Les salaires des kinés au fur et à mesure du temps qu’ils passent comme salarié d’un hôpital public en France. Il est parfois possible de ne pas commencer à l’échelon 1, même en début de carrière.

Grille à jour de janvier 2025 :

grille des salaires kinés à l'hôpital en 2025
Grille à jour de 2025. +56€ pour l’échelon 1 et +77€ pour l’échelon 11, en brut

S’appuyer sur les salaire des offres d’emploi

Pour limiter ce biais, je vais m’appuyer sur d’autres sources pour mes estimations :

  • les salaires proposés par 3 annonces actuelles pour des postes de kiné, tirées au hasard sur le site de Pôle-Emploi / France Travail (je ferai la moyenne des 3) ;
  • même choses pour 3 annonces trouvées sur Physiorama, un des principaux sites d’offres d’emploi spécifiquement pour les kinés.

Les salaires des kinés à l’hôpital sont en partie calculés à partir de grilles de salaire. Une pour les hôpitaux publics, plusieurs pour le privé.

Salaire d’un kiné à l’hôpital public : les chiffres

Dans le public, les kinés débutent en théorie avec un salaire brut minimal de 2 102,03 euros/mois. Habituellement, on estime le salaire net en enlevant 15 %. Ce qui nous fait 1 786 euros/mois net.

En fin de carrière, si vous restez kiné, vous toucherez au maximum selon les grilles : 3 705, 42 euros brut soit 3 150 euros/mois net.

Si vous travaillez comme kiné dans le public votre salaire net sera donc compris probablement entre 1 786 euros et 3 150 euros par mois.

Pour des postes à temps plein de 35 heures de travail par semaine (ou plus récupérés en RTT). Et 5 à 6 semaines de congés payés (en fonction de quand vous posez vos congés). Sans compter d’autres avantages éventuels (participation transport, logement à titre gracieux ou à tarif avantageux, etc.).

Ces chiffres sont ceux pour les kinés titulaires ou en CDI. Ils ne tiennent pas compte des primes de précarité, qui s’ajoutent, si vous êtes en CDD.

Actuellement, il y a 1 387 offres d’emploi pour des kinés en salariat sur France Travail (ex Pôle Emploi). J’ai pris au hasard les salaires proposés sur 3 d’entre-elles, pour des postes à l’hôpital public.

  1. Pas de montant précis. Mais une prime d’embauche de 1 500 euros.
  2. Salaire indiqué : « selon grille de la fonction publique hospitalière ».
  3. Salaire brut mensuel de 2105,00 Euros à 2106,00 Euros sur 12 mois.

Faisons la même chose sur Physiorama :

  1. Statut de la fonction publique hospitalière ou CDD (payé à l’échelon 5). Soit 2 180 euros net.
  2. Salaire mensuel 3 105€ brut + possibilité logement et heures sup. Soit 2 639 euros net (poste en région parisienne).
  3. Stagiairisation possible à l’embauche sur échelon 3 de la grille indiciaire de la FPH.Soit 1 949 euros net.

Conclusion : ces quelques données supplémentaires illustrent bien qu’il y a une marge de manœuvre possible sur le salaire, au moins dans certains hôpitaux.

bulletin de paie d'un kiné à l'hôpital public montrant le salaire mensuel brut et net
Un exemple d’une de mes fiches de salaire lorsque je travaillais comme kiné en CDI dans un hôpital public en France. Salaire net mensuel de 1458 euros à temps partiel (80 %)

Certains kinés même en tout début de carrière peuvent donc toucher plus que les montants minimaux indiqués dans les grilles. C’est même plutôt la norme selon mon expérience.

Le salaire net d’un kiné à l’hôpital public est compris entre 1739 euros en début de carrière et 3150 euros en fin de carrière.

Salaire d’un kiné dans un hôpital privé : les chiffres

Il est très difficile de faire des estimations précises des salaires des kinés dans le privé. Pour plusieurs raisons :

  • les grilles mises à jour ne sont pas en accès libre. Par exemple, la dernière version indiquant des salaires en accès libre pour le privé à but lucratif date de 2002 ! L’inflation étant passée par là, les salaire ont tout de même augmenté ;
  • les salaires peuvent varier selon les établissements ;
  • sur le salaire de base brut, on ajoute souvent la prime d’ancienneté, l’indemnité de carrière, et une éventuelle prime décentralisée !
  • Il y a souvent d’autres avantages en nature : mutuelle, prévoyance, tickets restaurants, CSE, participation au transport, etc.

Pour pallier ce problème, je me suis focalisée sur les salaires annoncés sur les offres d’emploi sur Pôle-Emploi et Physiorama. Toujours pour des hôpitaux privés à but lucratif et non lucratif.

Problème : il est très rare que des montants précis soient donnés ! On trouve plutôt des indications de salaire de ce type :

Salaire : CCN 51 FEHAP, Primes diverses, reprise 100% ancienneté sur justificatifs, tickets repas à 2.83 €, avantages CSE, 18 RTT

Ce qui n’est pas très parlant !

Pour la CCN51, le coefficient des kinés non cadre est de 487. Et la valeur du point est de 4,447 euros depuis 2018. Soit 2 166 euros brut minimum. Soit 1668 euros net sans le ségur, 1851 euros net/mois avec le ségur. Soit à peine plus qu’à l’hôpital public. Mais cela ne tient pas compte des primes indiqués dans la plupart des annonces.

Il est plus difficile de connaître le salaire type d’un kiné dans un hôpital privé. Dans le privé à but non lucratif, un kiné commence à minimum 1 851 euros net/mois. Les estimations sont encore plus difficiles pour le privé à but lucratif.

Voici les conventions collectives (qui déterminent les salaires) les plus fréquentes dans le privé :

  • FHP IDCC 2264 : établissement privé à but lucratif
  • Sport IDCC 2511 : établissement sportif
  • Services pour personnes handicapées IDCC 0413 : établissement pour personnes atteintes de handicap
  • Thermalisme IDCC 2104 : établissement thermal

Salaire d’un kiné intérimaire à l’hôpital : différent ?

Vous trouverez aussi beaucoup d’offres pour des postes en hôpital publique via l’intérim. Particulièrement via l’Appel médical et Taga médical. Deux agences d’intérim via lesquelles j’ai d’ailleurs déjà travaillé en début de carrière en 2012-2014.

Problème : les annonces ne disent pas forcément s’il s’agit d’une structure public ou privée.

Il est donc plus difficile d’avoir une idée précise des salaires des kinés intérimaires à l’hôpital. Bien que plusieurs annonces pour des postes en hôpital public, à ce jour, mentionnent « salaire minimal 20euros/heure + SEGUR » (brut je pense). Ce qui nous en fait net 15,4 euros (il faut enlever plutôt 23 % en intérim). Soit 2 609 euros net/mois (je pense que cela n’inclut pas les primes de fin de contrat).

Quoi qu’il en soit, vous aurez en tant qu’intérimaire :

  • une indemnité de fin de mission, ou prime de précarité intérim. Vous l’aurez aussi en CDD « normal » ;
  • une indemnité de congés payés (qu’on ne devrait d’ailleurs pas vraiment compter puisque ce sont des congés non pris).

Il est raisonnable de penser que les salaires des kinés intérimaires à l’hôpital sont un peu plus élevés que ceux qui passent en direct.

Cas très concret : exemple de mon salaire de kiné à l’hôpital

J’ai travaillé pendant plusieurs années comme kiné :

  • en CDD à l’hôpital public ;
  • comme intérimaire en hôpital public ;
  • en CDI à l’hôpital public.

Je vais donc vous donner des exemples très précis de salaire selon ces différents paramètres. En indiquant également les avantages en nature.

Ces chiffres datent cependant des années 2012-2018 et sous-estiment donc probablement les salaires d’aujourd’hui, notamment avec le Ségur (+183 euros/mois dans le public et privé à but non lucratif, 160 euros/mois dans le privé commercial).

Les montants indiqués ne tiennent pas compte des 10 % de primes de fin de contrat pour les CDD. J’ai converti en emploi à temps complet même lorsque j’étais employée à temps partiel (à ma demande).

ContratSalaireExpérienceAnciennetéAvantages
CDD hôpital public en intérimaire1701 €00Logée gratuitement dans un studio très correct
CDD hôpital public en direct1621 €< 1 an0Non
CDD hôpital public en direct1725 €1 an<1 anLogée gratuitement dans un T2 très correct
CDD hôpital public en direct1 709 €1 an<1 anNon
CDD hôpital public en direct2 116 €1 an<1 anNon
CDD puis CDI hôpital public en direct1 845 €3 ans0-3 ansAucun mais accès à des logements sociaux aux loyers inférieurs au loyers du privés à prestation identique
Mes salaires nets mensuels lorsque j’étais kiné dans des hôpitaux publics et privés en France

Qu’en déduire ? Pour des postes équivalents :

  • moins d’1 an d’expérience ;
  • moins d’1 an d’ancienneté ;
  • CDD dans un hôpital public en direct,

la différence de revenu est importante !

La différence de salaire d’un kiné hospitalier peut être très importante ! Si je prends ma propre expérience : 23 % d’écart (avec expérience, ancienneté et poste équivalent, dans le public). Cela ne s’explique pas par la charge de travail ou l’attractivité de la région, similaires.

Peut-on négocier son salaire quand on est kiné ?

Si vous avez bien lu cet article, alors vous connaissez la réponse à cette question : oui. Les hôpitaux publics comme privés ont une marge de manœuvre s’ils le souhaitent.

Certains ont une politique d’établissement à ce sujet très fermée. Ils proposent un salaire ferme. D’autres peuvent accepter d’augmenter le salaire proposé.

Lorsque j’étais en début d’activité, je n’osais pas discuter du salaire. Une des raisons qui m’a fait partir de l’hôpital public (pas la seule) est que j’ai appris que certains collègues kiné à niveau d’expérience, d’ancienneté et de compétence égales à la mienne gagnaient plusieurs centaines d’euros de plus que moi par mois. Et l’établissement ne souhaitait pas ré-aligner mon salaire.

Pour trouver des offres de kiné salarié, rdv sur les sites de :

  • Pôle-Emploi
  • StaffSanté
  • Indeed
  • Physiorama
  • Fédération publique hospitalière (HPH).

Il est donc possible de négocier son salaire de kiné à l’hôpital. Mieux vaut selon moi le faire avant la prise de poste plutôt qu’en cours de contrat !

Gagne-t-on plus comme kiné salarié que libéral ?

Pour vous faire une idée plus précise de la question, vous pouvez lire mon article sur le salaire des kinés libéraux en France.

Vous verrez qu’en général, un(e) remplaçant(e) va gagner probablement à peu prêt pareil qu’un(e) salarié(e), sans pouvoir estimer précisément s’il ou elle travaille plus ou moins en nombre d’heures sur l’année.

Lorsqu’on est assistant(e) ou titulaire en libéral, il est probable qu’on gagne plus. Mais il y a une très grande amplitude entre les personnes qui gagnent le plus en libéral, etc elles qui gagnent le moins.

salaire d'un kiné libéral remplaçant : parfois moins, parfois pareil, parfois plus qu'un(e) salarié(e)

Sujets qui reviennent toujours dans les discussions entre kinés, j’ai crée ces ebooks et e-learnings :

ebooks et e-learning pour les kinésithérapeutes

Bilan : combien gagne un kiné salarié en 2023 en France

Je pense avoir fait le tour du sujet.

Actuellement, un kiné à l’hôpital public, non cadre, touche entre 1 739 euros net et 3 150 euros net. Dans le privé à but lucratif ou non lucratif, les salaires sont sensiblement identiques, ou un peu plus élevés.

Même les kinésithérapeutes débutants peuvent espérer toucher plus que les montants minimums indiqués dans les grilles de salaire. Et même dans le public, il est possible d’avoir des avantages en nature.

Encore des questions ? Des remarques, des précisions, des corrections à apporter ? Tout cela est le bienvenue en commentaire !

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Grille indiciaire hospitalière masseur-kinésithérapeute de classe normale ou supérieure. Emploi-collectivites.fr

Site de pôle-emploi : ici

Petites annonces en salariat sur Physiorama : ici

Convention collective de l’hospitalisation privée à but lucratif 2264. Grille de salaire filière soignante : ici (chiffres de 2002 ! Pas de mise à jour disponible en ligne).

Convention de la FEHAP CCN51 : coefficient des kinés et valeur actuelle du point.

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Plagiocéphalie, tête plate bébé : traitement et comment l’éviter

Votre bébé a la tête plate (plagiocéphalie, brachycéphalie), ou au contraire, vous souhaitez éviter cela ?

En tant que jeune parent, vous découvrez sans doute avec inquiétude tous les problèmes que peuvent rencontrer les nourrissons. Et sur internet, on trouve souvent des informations inquiétantes ou contradictoires…

Mon but avec cet article ?

Vous rassurer sur ce problème finalement assez bénin de tête plate.

Et répondre à toutes vos questions : comment l’éviter, que faire pour la traiter, quand s’inquiéter, jusqu’à quel âge ça dure, quand le crâne redevient rond, etc.

Je suis kiné pédiatrique et généraliste. Je m’appuie sur mon expérience professionnelle, mais aussi sur mes recherches et lectures dans les revues scientifiques internationales.

Toutes les références des publications sur lesquelles je m’appuie sont en fin d’article 🙂.

♻️ Dernière mise à jour : juin 2023.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : aucun en lien direct avec le sujet. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

C’est quoi la plagiocéphalie / tête plate du bébé ?

Déjà, mettons-nous d’accord sur ce qu’on entend par tête plate !

Tête plate = plagiocéphalie OU brachycéphalie.

Vous verrez qu’il existe 2 formes de plagiocéphalie/brachycéphalie.

  • La plus courante, la plagiocéphalie positionnelle.
  • Et la (beaucoup) plus rare, due a une craniosténose.

La plagiocéphalie positionnelle

Les nourrissons peuvent être atteints de malformations ou déformations au niveau du crâne. Il existe divers degrés d’atteintes de déformation du crâne.

Dans l’immense majorité des cas, la déformation apparaît après la naissance. Le bébé présente le plus souvent un aplatissement de la partie arrière de la tête :

  • L’aplatissement peut être symétrique : la tête est aplatie de manière identique des deux côtés, on parle alors de brachycéphalie.
  • Lorsque l’aplatissement est asymétrique, on parle de plagiocéphalie. Il y a alors un côté de l’arrière du crâne plus plat que l’autre.
différence entre plagiocéphalie et brachycéphalie

La plagiocéphalie est dite positionnelle lorsqu’elle apparaît APRÈS la naissance. En général, la déformation est remarquée pour la première fois à partir de 6 semaines de vie (1 mois et demi). Parfois, elle n’est remarquée que vers 4 mois (parfois 6 mois, ou 9 mois).

C’est pour cela que l’on parle de plagiocéphalie (ou brachycéphalie) positionnelle : elle n’apparaît pas in-utero, dans le ventre de la maman. Mais après, à cause de la position du bébé, souvent sur le dos lorsqu’il dort.

On parle parfois de plagiocéphalie/brachycéphalie faible, modérée ou sévère. Cela dépend de si la déformation est très prononcée ou non. Rassurez-vous : même une forme sévère évolue bien avec le temps !

photos de crânes de bébés à différents stades de plagiocéphalie
A : crâne sans aucune déformation. B= plagiocéphalie modéré. C= plagiocéphalie sévère (ce qui n’est pas synonyme de grave !). Source : Watt 2022 : Practical Review of the Cost of Diagnosis and Management of Positional Plagiocephaly

La plagiocéphalie sur craniosténose

Il existe d’autres déformations du crâne, beaucoup plus rares. Elles apparaissent en général in-utéro et sont liées à des soudures prématurées des différentes parties du crâne du nouveau-né. On parle alors de plagiocéphalie sur craniosténose.

Elles sont plus graves et ne passent pas inaperçues. Elles nécessitent souvent une opération.

Dans cet article, je me focalise sur la plagiocéphalie positionnelle, car c’est de très loin la plus fréquente.

Quand s’inquiéter ?

Certains parents ont peur que leur bébé ait une craniosténose, et non une tête plate positionnelle. Voici quelques chiffres qui devraient vous rassurer…

Fréquence de la craniosténose : 3 à 6 naissances sur 10 000 (Cornelissen 2016)

Fréquence de la plagiocéphalie ou brachycéphalie positionnelle : 1 naissance sur 4 (DiRocco 2019). On trouve même des chiffres qui disent jusqu’à 1 naissance sur 2 (Ellwood 2020) !

Donc la plagiocéphalie positionnelle, c’est au moins 2 500 naissances sur 10 000. Il y a donc 625 fois plus de chance que votre bébé ait une tête plate d’origine positionnelle qu’une craniosténose ! Ce chiffre et les parles rassurantes des médecins que vous avez déjà vus devraient vous rassurer 🙂.

Quelque soit l’âge à laquelle vous constatez la tête plate chez votre bébé, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, d’avoir peur d’être passé à côté de quelque chose. Je vous conseille de suivre simplement les recommandations des professionnels qui vous suivent, et plutôt des plus rassurants.

Sachez aussi que l’avis sans mesure du crâne donné par les professionnels de santé sur l’existence d’une plagiocéphalie et sa gravité est du même ordre que celui donné par des personnes réalisant des mesures. Cela signifie qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser des appareils particuliers pour mesurer le crâne d’un enfant : l’œil suffit. (Kunz 2021)

Quelle est la cause de la plagiocéphalie ?

Les facteurs de risque de la « tête plate » sont encore mal connus. On retrouve dans la littérature qui y est consacrée notamment :

  • le fait d’être un garçon ;
  • le fait d’être le premier ou la première de la fratrie ;
  • l’utilisation de forceps ou ventouse lors de l’accouchement ;
  • le fait d’être couché sur le dos pour dormir. D’ailleurs, les premières études sur la plagiocéphalie / brachycéphalie datent des années 1990, lorsqu’on a commencé à recommander au parents de faire dormir leur bébé sur le dos plutôt que sur le entre ;
  • la présence d’un torticolis congénital ou de mouvements de la tête restreints.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer que certains enfants ont une plagiocéphalie ou brachycéphalie, bien qu’on ait du mal à les identifier. Une chose est sûre : ce n’est pas votre faute ! En revanche, vous pouvez faire certaines choses pour maximiser les chances que les choses rendent dans l’ordre rapidement.

Quelles sont les conséquences de la plagiocéphalie ?

En cherchant des infos sur les conséquences de la plagiocéphalie et brachycéphalie, vous êtes peut-être tombé sur une liste assez effrayantes : otites, troubles auditifs, troubles oculaires, retard mentale, moins bons apprentissages à l’école… J’en passe et des meilleurs.

Mais rappelez-vous des chiffres de fréquence de tête plate que j’ai énoncé tout à l’heure : 1 bébé sur 4 voire 1 bébé sur 2 à ce problème !

Il est donc très difficile de faire un lien causal entre ces problèmes et la plagiocéphalie.

Il n’y a à ce jour aucune étude bien faite qui permet de mettre en évidence des conséquences à long terme négatives de la plagiocéphalie ou brachycéphalie positionnelle.

Voici par exemple ce que dit un rapport récent de la Haute autorisé de santé (HAS) à leur sujet :

les plagiocéphalies – déformations crâniennes positionnelles – sont bénignes et disparaissent naturellement vers l’âge de deux ans

HAS 2020

Vous noterez aussi que la plupart des sites qui mettent en avant des conséquences gravissimes de la plagiocéphalie sont des sites qui ont des choses à vendre contre la plagiocéphalie (souvent des casques, parfois des séances d’ostéopathie ou de kiné).

Comment éviter la tête plate à son bébé ?

Voici des choses que vous pouvez simplement mettre en place, tout(e) seul(e).

Toutes ont un point commun : limiter le temps que votre bébé passe toujours dans la même position au même endroit, surtout si c’est sur le dos.

Voici ces astuces :

  • durant les temps d’éveil de leur enfant, mettez-le souvent sur le ventre (tummy time). Ainsi la partie arrière du crâne ne sera pas en contact avec le sol. L’aplatissement ne pourra pas être augmenté ;
  • variez sa position (sur le dos, sur le côté, dans un transat, dans une chaise adaptée, portée dans un porte-bébé ou dans une écharpe, sur les genoux, etc.) et le type de surface (matelas au sol, matelas dans un parc, lit, etc.) ;
  • si votre bébé semble tourner la tête plus souvent d’un côté que de l’autre pendant ses temps d’éveil ou de repos, adaptez son environnement pour l’inciter à regarder de l’autre côté. Par exemple, s’il regarde souvent vers la gauche, mettez-vous à sa droite lorsque vous lui parlez, mettez des jouets en hauteur vers la droite, couchez-le avec la source de lumière à sa droite, donnez-lui à manger (cuillère; biberon ou tétée) en vous positionnant à sa droite, etc ;
  • éviter de laisser votre bébé dans le même siège de transport une grande partie de la journée. Si vous utilisez un cosy pour le transport en voiture, veillez à porter votre bébé dans un porte-bébé ou une écharpe lorsque vous descendez de voiture, ou mettez-le dans une nacelle ou une poussette hamac selon son âge. Cela permettra de varier les points d’appui sur son crâne.

⚠️ Dans tous les cas, il est vivement recommandé de laisser votre bébé sur le dos pour dormir. En effet, la fréquence de mort subite du nourrisson a nettement diminué depuis que l’on incite les parents à faire dormir leur bébé sur le dos.

Des études ont mis en évidence qu’il y avait bien un lien causal entre le fait de faire dormir les bébés sur le dos et la diminution de la fréquence de mort subite du nourrisson.

Quel est le traitement de la plagiocéphalie ? Que faire ?

Vous vous demandez est-ce que la tête plate se remet toute seule ? Comment corriger, remodeler la tête d’un bébé ? Autrement dit :

  • est-ce qu’il faut traiter la plagiocéphalie ?
  • Et si oui, comment ?

Rappelez-vous la citation de la Haute autorité de santé que j’ai cité précédemment :

Donc, à la question « est-ce qu’il faut traiter la tête plate ? » je répondrais : oui si cela vous rassure. Mais ne faisons pas culpabiliser les parents qui ne souhaitent pas particulièrement s’en occuper.

Si vous faites partie des personnes qui souhaitent agir activement contre la tête plate, je vous invite à relire les conseils que j’ai donné pour éviter la tête plate : ce sont exactement les mêmes qu’il faut appliquer pour maximiser les chances que les choses rentrent dans l’ordre au mieux !

Maintenant, nous allons tout de même passer en vue différents traitements souvent proposés contre la plagiocéphalie. Et je vous donnerai mon avis très franc sur chacun.

En gardant en tête mes 4 critères de choix pour recommander une prise en charge plutôt qu’une autre :

  • maximum d’efficacité (théorique = par rapport à nos connaissances générales en physiologie humaine et biomécanique / empirique = les études) ;
  • minimum d’effets secondaires ;
  • minimum de coût (en temps, en énergie, en argent) ;
  • minimum de dépendance d’une tierce personne ou d’un matériel.

Et pour vous faire gagner du temps, avant de les détailler, je vous donne un aperçu des différents traitements de la plagiocéphalie passés au crible de ces 4 critères :

TraitementsEfficacité théoriqueEffets secondairesEfficacité empiriqueCoût en temps / énergie / argentDépendance d’un thérapeuteDépendance d’un matériel
Changer souvent de position et d’environnement son bébé 🥇 ouifaibles en théorie?gratuit
simple
nonnon
Exercices spécifiquesouifaibles en théorie?ouinonnon
Kinésithérapieouifaibles en théorie?ouiouinon
Ostéopathienonfaibles en théorie si manœuvres doucesnonouiouinon
Casqueouiouinonoui +++ouioui
Coussin de positionnement?oui?ouinonoui
Mon avis sur les différents traitements contre la plagiocéphalie

Exercices contre la plagiocéphalie ?

Votre kiné, votre médecin, votre ostéo peuvent vous donner des exercices spécifiques à mettre en place.

Ce sont des choses qui ressembleront aux conseils généraux que je vous ai donné, car on est limité dans ce qu’on peut faire faire volontairement à un bébé de quelques mois.

Est-ce que c’est indispensable de les faire ? Non selon moi.

Respectez les conseils généraux de changer souvent de position et de support votre bébé est déjà une très bonne chose selon moi.

Mieux vaut d’ailleurs mettre cela en place plutôt que faire faire 2 minutes par jour d’exercice à son bébé, puis le laisser la plus grande partie de la journée sur le dos dans son cosy 🙂 !

Plagiocéphalie & kinésithérapie, jusqu’à quel âge ?

Des séances de kinésithérapie peuvent vous être prescrites. Elles seront dans ce cas, en France, remboursées par la sécurité sociale et les mutuelles.

Je suis moi-même régulièrement contactée par des parents qui ont une ordonnance pour des séances de kiné à cause de la tête plate de leur bébé. Généralement leur bébé a entre 1 et 6 mois.

Voilà comment je procède dans ce cas :

  1. je rencontre la famille et son bébé pour faire un bilan. Je pose des questions, j’observe l’enfant dans son environnement. J’essaie d’évaluer le niveau d’inquiétude des parents, ce qu’ils font déjà. Est-ce que le bébé est souvent allongé sur le dos sur le temps d’éveil ? Je leur demande ce que leurs ont dit les différents professionnels. Je leur propose de répondre à toutes leurs questions ;
  2. je leur explique ma vision de la plagiocéphalie / brachycéphalie et de son traitement. Je leur délivre quelques conseils personnalisés. Je leur propose de simplement faire le point dans 2 semaines pour voir s’ils ont réussi à mettre en place ce que nous avions convenu. Je leur propose de basculer sur un cabinet de kiné pédiatrique s’ils préfèrent avoir des séances de kiné plus régulières (les parents n’ont jamais choisi cette option) ;
  3. je revois la famille 2 semaines plus tard. En général tout va bien, la famille est rassurée, arrive à implémenter des choses. Nous ne prévoyons pas d’autre rendez-vous (sauf demande de la famille). Je leur dis de me rappeler s’ils sont inquiets pour quelque chose. Et je leur souhaite de bien profiter de leur bébé !

Le plus souvent, les choses se passent comme cela. Sauf si je détecte lors du bilan d’autres problèmes (un torticolis congénital, un retard moteur importants) où là, des séances de kinésithérapies plus « intensives » sont parfois nécessaires.

Jusqu’à quel âge ce type de prise en charge est adapté ? Il n’y a je pense pas d’âge limite pour faire au moins un bilan avec un kiné.

Selon l’âge de l’enfant (quelques mois ou plus d’un an) la prise en charge derrière va par contre être différente. Mais il est rare de voir des enfants de plus d’un an pour plagiocéphalie ou brachycéphalie : en général, les choses commencent déjà bien à rentrer dans l’ordre d’elles-même !

Certaines kinés font aussi de la thérapie manuelle.

Plagiocéphalie & ostéopathie

Vous vous demandez peut-être si on peut « remettre la plagiocéphalie » ? Par des manipulations manuelles pratiquées par des ostéopathes, par exemple ?

J’aurais beaucoup à dire sur l’ostéopathie, puisque j’ai participé à la rédaction de 2 rapports qui visaient justement à évaluer son efficacité théorique et empirique (liens en fin d’article).

rapport cortecs sur l'efficacité de l'ostéopathie crânienne (sur les nourrissons, mais pas seulement)
La couverture de notre rapport sur l’efficacité de l’ostéopathie crânienne

Pour vous dire les choses telles que je les pense, brièvement et sans pincettes :

  • les explications données par les ostéopathes sur le mécanisme d’action de ces manœuvres ne tiennent pas la route ;
  • aucune étude n’a évalué l’efficacité de manœuvres ostéopathiques sur l’évolution des crânes des bébés.

Certaines personnes peuvent être rassurées par l’idée du parler du problème de tête plate de leur bébé à un interlocuteur de plus. Et notamment à un ostéopathe.

Pour ma part, je trouve que le ratio coût (en temps, éventuellement en argent) / bénéfices potentiels (ré-assurance) est défavorable. Je ne recommande donc pas l’ostéopathie aux parents des bébés avec tête plate.

Casque contre la plagiocéphalie ?

J’ai déjà rédigé un long article à ce sujet : faut-il faire porter un casque contre la plagiocéphalie ou brachycéphalie de son bébé ? (On l’appelle aussi orthèse crânienne : c’est la même chose.)

Pour résumer en une phrase : A 2 ans, que les bébés atteints de brachycéphalie ou plagiocéphalie aient ou non eu un casque, la forme du crâne est la même.

Coussins de positionnement anti tête plate ?

Aucune étude n’a été réalisée pour évaluer leur efficacité.

Et les recommandations nationales et internationales conseillent aux parents de poser leur enfant sur un matelas ferme (pas de matelas à mémoire de forme pour les bébés), sans un quelconque coussin, pour prévenir le risque de mort subite du nourrisson.

Je ne recommande donc pas les coussins anti-plagiocéphalie. Mieux vaut simplement faire varier les positions de bébé, y compris dans le lit !

photo d'un bébé avec brachycéphalie posé sur un coussin anti tête plate
Coussin anti tête plate. Au mieux inutile, au pire dangereux (contraire aux recommandations de dormir sans rien pour prévenir le risque de mort subite du nourrisson)

Le traitement d’une plagiocéphalie ou brachycéphalie consiste surtout à conseiller les parents sur les choses simples qu’ils peuvent mettre en place pour limiter le temps que leur bébé passe sur le dos durant les temps d’éveil. Et surveillance l’évolution progressive vers une disparition de la tête plate.

Une synthèse de toutes les études sur les traitements de la plagiocéphalie dit ceci :

Des étirements et/ou des exercices, le repositionnement et le temps passé sur le ventre peuvent être bénéfique pour certains nourrissons. L’éducation, l’orientation et le soutien sont susceptibles de rassurer et d’aider les parents.

Ellwood 2020

Combien de temps pour retrouver un crâne rond ?

En médecine, on étudie ce qu’on appelle l' »évolution naturelle » des problèmes de santé. Comment ils évoluent au fil du temps. Quoi qu’on fasse.

Ou on essaie de regarder justement si les personnes évoluent différemment en fonction des traitements qu’ils suivent, ou de leur mode de vie.

évolution d'un bébé avec tête plate 3 ans plus tard sans traitement autre qu'être vigilant sur les changements de position
À droite, un bébé de 4 mois avec une tête plate modérée. À droite, le même petit garçon devenu « grand » ! (3 ans) Le crane a retrouvé plus d’arrondi. Cet enfant (le mien !) n’a pas eu de casque, de coussin, de séance de kiné, d’ostéopathie. On a simplement été attentif à ce qu’il ne passe pas tous ses temps d’éveil allongé sur le dos toujours sur le même support. Ces photos sont purement illustratives : elles montrent simplement une issue possible,. L’idéal est bien sûr de se focaliser plutôt sur les données issues d’études incluant beaucoup d’enfants.

Bonne nouvelle : on a quelques données justement sur ce sujet pour la tête plate des nourrissons et bébés ! Et notamment celles provenant d’une étude qui compare l’évolution de bébés de 5 à 6 mois avec plagiocéphalie positionnelle sévère ou modérée :

  • qui ont porté un casque contre la plagiocéphalie ;
  • qui n’ont pas porté de casque et n’ont pas eu de traitement particulier.

Ces bébé sont été suivis pendant 2 ans. Bilan 2 ans plus tard ? La forme du crâne est similaire que les bébés aient ou non porté un casque.

Est-ce que tous ont retrouvé un crâne rond à 100 % ? Non. 3 enfants sur 4 ont encore un crâne moins arrondi que la moyenne. Mais l’équipe de recherche conclut ceci :

On peut toujours se demander ce qu’est une forme de tête acceptable chez les jeunes nourrissons et à un âge plus avancé lorsque la tête est couverte de cheveux.

Van Wijk 2014

Au moins 1/4 des bébés avec brachycéphalie ou plagiocéphalie (modérée ou sévère) retrouvent un crâne rond à 2 ans ou avant. Quoi qu’ils fassent.

Voir aussi : à quel âge le crane d’un bébé redevient rond ?

Vous êtes kiné, vous souhaitez développer votre activité en kinésithérapie pédiatrique ? Mon guide pourrait vous intéresser :

***

Voilà pour ce que je voulais vous dire sur la tête plate chez les bébés. Si vous avez encore des questions, vous pouvez les laisser en commentaire, j’y répondrai avec plaisir !

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  1. Dois-je faire porter un casque à mon enfant contre la tête plate (non le plus souvent !)
  2. La kinésithérapie pédiatrique : qu’est-ce que c’est, comment en trouver, comment le devenir.
  3. Que faire en cas de torticolis congénital chez un bébé ?
  4. Accompagner son bébé sur le plan moteur

📚 SOURCES

J’ai trouvé ces publications en utilisant la base de données de la Medline, la plus grande base de données d’études médicales. J’ai indiqué les mots clé suivants : « positional plagiocephaly » [ti] or « positional brachycephaly » [ti].

nombre d'études scientifiques sur la plagiocéphalie
Nombre d’études sur la plagiocéphalie dans la littérature médicale internationale. On peut voir que les premières études datent des années 1990, quand on a commencé à recommander massivement de faire dormir les bébés pour éviter la mort subite du nourrisson

Watt A, Alabdulkarim A, Lee J, Gilardino M. Practical Review of the Cost of Diagnosis and Management of Positional Plagiocephaly. Plast Reconstr Surg Glob Open. 2022 May 16;10(5):e4328. doi: 10.1097/GOX.0000000000004328. PMID: 35702535; PMCID: PMC9187200.

Conséquences. Collett BR, Wallace ER, Ola C, Kartin D, Cunningham ML, Speltz ML. Do Infant Motor Skills Mediate the Association Between Positional Plagiocephaly/Brachycephaly and Cognition in School-Aged Children? Phys Ther. 2021 Feb 4;101(2):pzaa214. doi: 10.1093/ptj/pzaa214. PMID: 33340327; PMCID: PMC8525193.

Traitement +++. Ellwood J, Draper-Rodi J, Carnes D. The effectiveness and safety of conservative interventions for positional plagiocephaly and congenital muscular torticollis: a synthesis of systematic reviews and guidance. Chiropr Man Therap. 2020 Jun 11;28(1):31. doi: 10.1186/s12998-020-00321-w. PMID: 32522230; PMCID: PMC7288527.

Linz et al. Positional Skull Deformities. Etiology, Prevention, Diagnosis, and Treatment. 2017. Dtsch Arztebl Int.

Van Wijk et al. Helmet therapy in infants with positional skull deformation: randomised controlled trial. 2014. BMJ

HAS (2020). Prévenir la plagiocéphalie sans augmenter le risque de mort inattendue du nourrisson

Khormi Y, Chiu M, Goodluck Tyndall R, Mortenson P, Smith D, Steinbok P. Safety and efficacy of independent allied healthcare professionals in the assessment and management of plagiocephaly patients. Childs Nerv Syst. 2020 Feb;36(2):373-377. doi: 10.1007/s00381-019-04400-z. Epub 2019 Nov 14. PMID: 31728704.

Craniosténose. Cornelissen M, Ottelander Bd, Rizopoulos D, van der Hulst R, Mink van der Molen A, van der Horst C, Delye H, van Veelen ML, Bonsel G, Mathijssen I. Increase of prevalence of craniosynostosis. J Craniomaxillofac Surg. 2016 Sep;44(9):1273-9. doi: 10.1016/j.jcms.2016.07.007. Epub 2016 Jul 12. PMID: 27499511.

Fréquence plagio. Di Rocco F, Ble V, Beuriat PA, Szathmari A, Lohkamp LN, Mottolese C. Prevalence and severity of positional plagiocephaly in children and adolescents. Acta Neurochir (Wien). 2019 Jun;161(6):1095-1098. doi: 10.1007/s00701-019-03924-2. Epub 2019 Apr 30. PMID: 31041593.

Les rapports sur l’ostéopathie dont je suis co-autrice : ostéopathie crânienne et ostéopathie viscérale. Ces 2 rapports ont fait l’objet de publications dans la littérature scientifique internationale.

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

Entorse de cheville : 8 points clés pour la reprise de la marche

Vous venez d’avoir une entorse à la cheville, et vous vous posez des questions sur est-ce que vous avez le droit de marcher ou pas ? Quels risques vous prenez avec ou sans béquilles, avec ou sans attelles ? Quand est-ce que vous remarcherez normalement ?

Kiné, je vais répondre à toutes les questions de mes patient(e)s au sujet de la marche après qu’on se soit tordu, foulé la cheville.

Que votre entorse soit de stade 1, 2 ou 3 (légère, modérée ou sévère). Qu’elle touche le ligament internet ou externe. D’ailleurs, souvent, on ne sait justement pas quel ligament est touché, et quelle est la gravité de notre entorse. Pas de panique, je vais vous donner les grands principes.

Pour répondre à ces questions, je me base sur :

  • mon expérience pro de kiné ;
  • mes recherches approfondies dans les études publiées sur la récupération d’une entorse de cheville. Dans les revues médicales publiées partout dans le monde. Toutes les sources sur lesquelles je m’appuie sont en fin d’article.

Les kinésithérapeutes et médecin que vous verrez sur le terrain sauront bien sûr personnaliser leur approche !

♻️ Dernière mise à jour : août 2023.
👩‍⚖️ Déclaration de liens d’intérêts financiers : liens amazon affiliés. Ma déclaration de liens d’intérêt complète est en mentions légales.

Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Si vous souhaitez plus d’informations sur cette période de rééducation et les exercices qu’il est possible de faire, j’ai dédié un ebook à ce sujet.

couverture de l'ebook sur la rééducation d'une entorse de cheville
Le contenu de cet article résumé au format vidéo

Réponses express à vos questions sur la marche et l’entorse de cheville

Pour les plus pressés, voici l’essentiel.

  • Peut on marcher avec une entorse de la cheville ? Oui dans l’immense majorité des cas. Il suffit simplement d’adapter la marche en fonction des douleurs et de l’instabilité, en saidant de béquilles si besoin.
  • Quand remarcher après une entorse de cheville ? Tout de suite avec des béquilles (parfois même sans). En général, la plupart des gens arrivent à se passer des béquilles après 3/4 semaines, même s’ils boitent encore un peu.
  • Combien de temps sans marcher ? Aucun ! La marche et être actif favorise votre récupération, il faut simplement l’adapter !
  • Marcher avec un arrachement osseux à la cheville ? C’est aussi possible dans l’immense majorité des cas. Vous aurez très probablement besoin de béquilles 4 à 6 semaines, jusqu’à une éventuelle radio de contrôle.
  • Comment marcher avec une attelle de cheville ? Exactement comme si vous n’en aviez pas ! Prenez des béquilles si vous avez mal ou si vous vous sentez instable.

Je vous invite cependant à lire l’ensemble de l’article pour avoir des infos plus précises !

Comment savoir si on peut marcher ou non selon le type d’entorse ?

Déjà, sachez que l’immense majorité des personnes peuvent sans risque marcher avec une entorse de cheville. Il faudra adapter le type de marche, la durée, la fréquence par rapport au douleur et à l’instabilité, et on verra comment. Mais on peut marcher (c’est même plutôt recommandé pour la récupération !).

Donc, vous faites partie des exceptions si la marche est interdite pour vous. Mais cela ne va pas dire que vous allez forcément moins bien récupérer !

Quand la marche est « interdite » ?

La marche est peut-être interdite ou non recommandée pour vous si :

  • vous avez une entorse de stade ou grade 3 (entorse sévère). Avec un arrachement osseux en plus des ruptures des ligaments de la cheville, vu à la radio. L’équipe qui vous suit à opté pour une immobilisation avec un plâtre ou une botte de marche. Ou une simple attelle, mais sans vous autoriser l’appui. Notez que certaines personnes ont le droit de marcher même en cas d’arrachement osseux ;
  • vous avez une fracture ne permettant pas la mise en charge sur cette jambe, à la cheville ou à une autre partie du membre inférieur. Du même côté que celui de l’entorse.

Normalement, le médecin que vous avez eu (en cabinet, aux urgences, peu importe) vous aura verbalement et par écrit notifié que la marche n’est pas recommandée pour vous. Voilà ce qu’il a pu dire ou écrire qui veut dire que la marche n’est pas possible :

entorse de cheville latérale avec gonflement et hématome
Le gonflement et l’hématome ne sont pas une contre-indication à la marche !

Et la marche à cloche-pied, sur une jambe ?

Bien sûr, la marche n’est JAMAIS interdite à cloche-pied (sur l’autre pied + les béquilles) pour personne. Même s’il y a écrit « sans appui » sur vos papiers de sortie : vous avez toujours la possibilité de vous déplacer en marchant, en prenant appui sur l’autre jambe et des béquilles ou un déambulateur.

Sauf bien sûr si vous avez d’autres fractures ou problèmes qui vous empêchent de prendre appui dessus. Mais dans ce cas, ce ne sera pas à cause de l’entorse !

Les personnes qui ont posé le diagnostic d’entorse ne vous ont rien dit sur l’autorisation ou non de la marche ? Et ils n’ont rien écrit nulle part à ce sujet ? Dans ce cas, vous pouvez considérer que la marche est autorisée pour vous. En adaptant bien sûr le dosage, la façon de marcher. En fonction des douleurs, et de l’instabilité de votre cheville.

Je me suis tordu la cheville mais je peux marcher

Vous vous êtes tordu la cheville, mais vous pouvez marcher à peu près normalement ?

Cela ne veut pas forcément dire que vous n’avez pas d’entorse de cheville.

Pour autant, il n’est pas forcément nécessaire de faire des examens complémentaires selon moi si :

  • vous n’êtes pas particulièrement inquiet ;
  • cela vous ait déjà arrivé, vous n’aviez rien fait de particulier, et c’était parti tout seul ;
  • vous sentez que ça va de mieux en mieux au fil des heures et desjours ;
  • vous n’avez pas de sensations d’instabilité à la marche ou de douleur importante.

Vous pouvez bien évidemment lire cet article pour vous faire un avis plus poussé sur l’intérêt ou non pour vous, dans votre cas, de pousser plus loin les investigations sur la lésion précise que vous avez eu.

Est-ce que je risque d’avoir mal ou d’aggraver l’entorse en marchant ?

Bien sûr, le risque 0 n’existe pas. Et oui, ça peut arriver de se retordre à nouveau la cheville en marchant lors de la phase de récupération. Mais cela pourra toujours arriver, même si vous attendez 3 mois avant de remarcher. Et surtout, vous prenez aussi des risques en ne marchant pas ! Perte musculaire, mauvaise circulation sanguine, mauvais transit, déconditionnement physique général… J’en passe et des meilleurs.

Selon mon expérience, le risque d’aggravation de l’entorse, de récidive, ne survient pas lors de cette phase où on hésite à marcher. Mais plutôt après, lorsqu’on reprend le sport ! 3 ans après un épisode d’entorse de cheville, 34 % des gens reportent au moins une nouvelle entorse. (Source : van Rijn 2008)

Comme vous avez probablement des douleurs, un œdème, une appréhension à cause de l’accident qui vous est arrivé, vous allez automatiquement être plus prudent. La botte de marche, l’attelle/orthèse, les béquilles que vous aurez sûrement vont aussi augmenter votre vigilance et votre attention à la marche.

En adaptant votre façon de marcher, tout va bien se passer !

Et l’idée n’est bien sûr pas de reprendre la marche pile comment avant tout droit sorti des urgences ou du cabinet médical ! Il faudra simplement reprendre la marche de manière progressive, en l’adaptant par rapport aux éventuelles douleurs.

En reprenant de manière adaptée et progressive la marche, le risque de récidive d’entorse ou d’augmentation des douleurs est minime.

Être immobilisé est plutôt moins bien que marcher

Comment évoluent des personnes avec une entorse du ligament latéral de la cheville :

  • avec 4 semaines d’immobilisation et une marche limitée :
  • par rapport à des personnes sans limite sur la marche et sans immobilisation ?

Les personnes sans immobilisation ont en général moins de douleurs, une meilleur souplesse et force de cheville et de meilleurs résultats aux tests qui évaluent leur capacités à faire des choses.

Et même en cas d’entorse grave de stade 3, certains recommandent de ne pas dépasser 10 jours d’immobilisation stricte.

Source : Matherne 2019

On ne vous a prescrit ni Aircast ni botte de marche (cf ci-dessous) ? C’est sans doute une bonne chose ! Si vous en a prescrit, vous pouvez discuter avec votre kiné de la pertinence ou non de la garder, et combien de temps, dans votre cas.

Attelle de type aircast
⭐⭐⭐⭐ 1250 avis
59,68
Botte de marche orthopédique
⭐⭐⭐⭐ 7 avis
113,69

Voir aussi mon ebook.

couverture de l'ebook sur la rééducation d'une entorse de cheville

Quand est-ce qu’il est vraiment interdit de poser le pied par terre ?

Comme je l’ai dit au début de cet article, c’est vraiment plutôt rare qu’on ait interdiction de poser le pied par terre après une entorse de cheville. Cela arrive si :

  • vous avez une entorse de stade 3, sévère de la cheville. Avec arrachement osseux, fracture associée. Et votre médecin a décidé de vous plâtrer ou de vous interdire l’appui, parce que la fracture est instable ou déplacée. Car l’appui est parfois autorisé même avec un arrachement osseux ;
  • vous avez un autre problème que l’entorse sur cette jambe. Par exemple, une fracture de la cheville, ou du plateau tibial, qui nécessite de ne pas appuyer dessus pour qu’elle consolide.

On ne passe pas à côté d’une interdiction de poser le pied au sol. Les médecins ou chirurgien qui ont fait le diagnostic vous l’ont forcément dit et indiqué quelque part dans votre courrier de sortie (ou votre compte-rendu d’opération si vous avez été opéré).

Vaut-il mieux marcher avec ou sans béquilles ?

Il vaut mieux marcher avec des béquilles, au moins les premiers jours. Pourquoi ?

  • Pour soulager, limiter les douleurs.
  • Pour reprendre confiance.
  • Pour tester progressivement la stabilité de sa cheville.
  • Pour marcher sans trop boiter.

Les béquilles vous permettront de soulager un peu l’appui sur la cheville dont les ligaments ont été étirés ou rompus. Vous trouverez la façon de marcher qui vous convient le mieux :

  • en alterné, comme avec des bâtons de randonnée ou de ski de fond ;
  • en 3 temps, en mettant les 2 béquilles autour du pied avec l’entorse.

Si c’est trop compliqué pour vous de marcher avec des béquilles, prenez un déambulateur.

Une seule ou 2 béquilles ?

Préférez marcher avec 2 béquilles plutôt qu’une seule. Une seule seule nous fait plus boiter, nous incite à nous pencher de son côté. Si vous en prenez quand même une seule, mettez là du côté opposé à la cheville foulée. Cela vous permettra de mieux prendre appui dessus.

Quand est-ce qu’on peut lâcher les béquilles ?

Le mot d’ordre est : progressivement ! Les béquilles sont surtout là pour éviter les douleurs : on dit qu’elles sont à visée « antalgique ». Vous allez sentir au fur et à mesure des jours que :

  • vous avez moins mal ;
  • vous êtes plus à l’aise, vous marchez plus vite ;
  • vous appuyez de moins en moins sur les béquilles.

C’est qu’il sera le moment de les lâcher, progressivement ! D’abord à l’intérieur. Puis dehors, en faisant des marches de plus ou plus longues. D’abord sur terrain plat et stable, puis sur des terrains plus accidentés.

Il vaut mieux marcher avec des béquilles quelques jours ou quelques semaines. Pour éviter de boiter, soulager les douleurs, stabiliser un peu la cheville. Puis les abandonner progressivement quand on se sent aller mieux.

Voir aussi : comment marcher sans béquilles ?

Vaut-il mieux marcher avec ou sans attelle de cheville ?

Déjà, l’attelle (aussi appelée orthèse, aircast) ou « l’immobilisation », la « contention » avec des straps ou du kinesiotaping n’est pas obligatoire ou indispensable. Surtout si vous avez une entorse de stade 1 ou 2. Si les professionnels de santé que vous avez vu ne vous en ont pas prescrit, c’est qu’ils n’ont pas jugé cela utile pour vous.

Il y a différentes écoles à ce sujet : certains vont plutôt avoir tendance à prescrire des contentions, d’autres très peu. Et vous, au milieu, vous devez faire avec ces différentes façons de voir les choses 🙂 !

Deux approches donc :

  • si on vous a prescrit de quoi vous « immobiliser », conservez à la marche cette attelle ou ce strapping ;
  • si on ne vous a rien prescrit, faites sans !

Que vous aillez ou non une attelle, quelque chose autour de la cheville, mes conseils précédents sur la marche avec ou sans béquille restent valables.

Si on vous a prescrit quelque chose pour mettre autour de la cheville, vous pouvez le garder quelques jours ou quelques semaines à la marche.

Qu’est-ce qu’on peut faire pour remarcher plus vite malgré l’entorse ?

Il n’y a pas d’astuce, de remède miracle quand on s’est tordu la cheville pour griller les étapes.

Votre ligament lésé a besoin de temps pour cicatriser. Un temps incompressible. Ce temps est plus ou moins long selon les individus, quoi qu’ils fassent. Il est de 3 à 6 semaines. 6 semaines plutôt en cas d’arrachement osseux : l’os met plus longtemps à consolider que les tissus mous à cicatriser. Et les ligaments sont des tissus mous.

Le meilleur moyen de retrouver toutes vos capacités d’avant, y compris sportives, c’est de refaire les choses progressivement. Adapter en fonction des douleurs pendant et après l’activité. Ne pas vouloir trop rapidement introduire des exercices provoquant de l’instabilité dans la cheville (comme se mettre sur un pied sur une plateforme instable).

Il faut trouver le bon dosage en fonction des douleurs, de la sensation de stabilité pour reprendre :

  • d’abord la marche avec béquilles (avec ou sans attelle ou strapping) ;
  • puis la marche sans rien, tranquillement sur terrain plat ;
  • puis la marche sur terrain moins plat, moins lisse ;
  • puis la course à pied sur terrain plat ;
  • puis la course à pied sur terrain accidenté.

Le rôle des kinés est de vous accompagner tout au long de cette reprise progressive. Pour celles et ceux qui ont besoin d’un regard extérieur.

Faire de la cryothérapie, des ultrasons, des ondes de choc, de l’ostéopathie, etc. ne permettra pas d’accélérer ce temps de cicatrisation et de reprendre plus vite le sport. Ces moyens ont simplement une action « rassurante », éventuellement antalgique chez certaines personnes. Mais ils n’ont pas la propriété d’accélérer la guérison des tissus de manière significative chez les personnes qui les utilisent par rapport à celles qui ne les utilisent pas.

Il n’y a pas de remède miracle pour remarcher plus vite. Il faut respecter le temps de cicatrisation des tissus et reprendre les choses progressivement.

Quand est-ce qu’on peut remarcher normalement après une entorse de cheville ?

La reprise de la marche « comme avant » va dépendre de pas mal de paramètres :

  • la « gravité » de votre entorse initiale ;
  • votre propre appréciation de la « prise de risque » ;
  • vos symptômes : douleurs, gène à la marche, sensation d’instabilité ;
  • vos antécédents : avez-vous déjà eu des entorses ?
  • Votre âge, votre indice de masse corporelle (IMC) ;
  • Vos objectifs : une compétition bientôt ?
  • Vos éventuels autres problèmes de santé.

Vous vous doutez bien que vu tous ces paramètres, tout le monde ne va pas reprendre pile au même moment.

Gardez en tête aussi que le risque de nouvelle entorse est multiplié par 2 pendant au moins un an après votre première blessure (Palmer 2016).

Ce que je constate chez mes patient(e)s ?

  1. La plupart reprennent la marche avec béquilles le jour même, au moins à l’intérieur.
  2. La marche en extérieur avec béquilles est reprise dans les jours qui suivent.
  3. Au bout de quelques jours ou maximum 2/3 semaines (pour les entorses stades 1 ou 2), les béquilles sont abandonnées. Plutôt au bout de 3 à 6 semaines pour les entorses de stade 3.

Dans les études publiées sur le sujet, certaines personnes s’estiment complètement guéries en 2 semaines… D’autres en 36 mois ! Nous sommes toutes et tous différents, y compris pour récupérer d’une entorse.

Source : van Rijn 2008.

On remarche « normalement » après une entorse au bout de quelques semaines. Quelques mois en cas d’entorse grave.

Comment bien remarcher après une entorse ?

Si vous reprenez les choses de manière progressive, en adaptant :

  • la vitesse de votre marche ;
  • la durée de vos sessions de marche ;
  • leur fréquence.

Si vous respectez les douleurs (en conservant les béquilles par exemple un peu plus longtemps), les choses vont naturellement rentrer dans l’ordre.

Vous pouvez ralentir votre vitesse de marche pour essayer de marcher sans boiter. En réduisant la longueur de vos pas, en relâchant vos épaules. Cela va revenir naturellement au fil des jours.

Vos kinés et autres professionnels de santé ou du sport sont là aussi pour vous apporter des conseils plus personnalisés si vous en ressentez le besoin.

Si vous ressentez le besoin d’en savoir plus sur la période de récupération après une entorse de cheville, j’ai aussi conçu ce guide au format ebook (12 euros) :

***

Voilà ce que je voulais vous dire au sujet de la reprise de la marche après une entorse de cheville ! Conclusion : il est fort probable que vous puissiez tout de suite remarcher, les béquilles seront là pour soulager l’appui et les douleurs, quelques jours ou semaines. Si vous avez encore des questions, un retour d’expérience à faire : rendez-vous en commentaire !

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  3. Entorse de cheville & douleur qui persiste
  4. Durée d’une entorse de cheville grade 1

📚 SOURCES

Récupération : Sharma GK, Dhillon MS, Dhatt SS. The influence of foot and ankle injury patterns and treatment delays on outcomes in a tertiary hospital; a one-year prospective observation. Foot (Edinb). 2016 Mar;26:48-52. doi: 10.1016/j.foot.2015.12.001. Epub 2015 Dec 13. PMID: 26895255.

Gribble PA, Kleis RE, Simon JE, Vela LI, Thomas AC. Differences in health-related quality of life among patients after ankle injury. Front Sports Act Living. 2022 Aug 3;4:909921. doi: 10.3389/fspor.2022.909921. PMID: 35992155; PMCID: PMC9382240.

Choi WS, Cho JH, Lee DH, Chung JY, Lim SM, Park YU. Prognostic factors of acute ankle sprain: Need for ultrasonography to predict prognosis. J Orthop Sci. 2020 Mar;25(2):303-309. doi: 10.1016/j.jos.2019.04.012. Epub 2019 Jun 7. PMID: 31151752.

Sport : Steinberg N, Adams R, Ayalon M, Dotan N, Bretter S, Waddington G. Recent Ankle Injury, Sport Participation Level, and Tests of Proprioception. J Sport Rehabil. 2019 Nov 1;28(8):824-830. doi: 10.1123/jsr.2018-0164. PMID: 30300059.

Séquelles, épidémiologie. Palmer-Green DS, Batt ME, Scammell BE. Simple advice for a simple ankle sprain? The not so benign ankle injury. Osteoarthritis Cartilage. 2016 Jun;24(6):947-8. doi: 10.1016/j.joca.2015.12.019. Epub 2016 Jan 8. PMID: 26778532.

Mieux vaut reprendre rapidement la marche sans trop d’immobilisation en cas d’entorse de grade 1 ou 2 : Matherne T, Cooke J, McMorris M, Gross M. Delayed conservative treatment of an acute lateral ankle sprain in a non-athlete female following walking boot immobilisation. BMJ Case Rep. 2019 Jul 27;12(7):e229625. doi: 10.1136/bcr-2019-229625. PMID: 31352385; PMCID: PMC6663269.

Guérison : van Rijn RM, van Os AG, Bernsen RM, Luijsterburg PA, Koes BW, Bierma-Zeinstra SM. What is the clinical course of acute ankle sprains? A systematic literature review. Am J Med. 2008 Apr;121(4):324-331.e6. doi: 10.1016/j.amjmed.2007.11.018. PMID: 18374692.

Cet article existe aussi en anglais : How to Walk after Rolled Ankle?

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.

MKDE kiné : signification ?

Vous cherchez la signification des lettres « MKDE » qui figurent sur l’ordonnance que vous a fait votre médecin ?

Ou vous vous demandez ce qu’il faut justement qu’il y ait écrit sur une ordonnance pour que les séances de kinésithérapie soient possibles et remboursées ?

Je réponds aux questions les plus fréquentes de mes patient(e)s et des internautes au sujet de la définition du « MKDE ».

Car certaines personnes (vous en faites peut-être partie) se posent vraiment des questions sur ce que veut dire cet acronyme.

Je suis moi-même kiné en France, et donc bien placée pour vous expliquer 🙂!

Car oui, MKDE veut tout simplement dire… kiné ! Mais voyons ça un peu plus en détail…

Dernière mise à jour : 25 février 2024. Rédigé par Nelly Darbois, kiné et rédactrice scientifique

Qu’est-ce que ça veut dire MKDE ?

MKDE, ce sont tout simplement les initiales pour :

  • Masseur
  • Kinésithérapeute
  • Diplômé
  • d’État.

Dans le langage courant, on parle tout simplement de « kiné », « kinésithérapeute » ou plus rarement « masseur-kinésithérapeute ». Tous ces mots renvoient à la même chose.

Tous les kinésithérapeutes en France sont diplômés d’État. Cela veut dire qu’à la fin de leur formation en école de kiné, ils ont reçu un diplôme.

C’est l’État français qui définit les modalités d’obtention de ce diplôme. Les personnes qui n’ont pas obtenu ce diplôme n’ont pas le droit de travailler comme kinésithérapeute, ni de se dire kinésithérapeute.

Une exception : des personnes formées à la kinésithérapie dans d’autres pays en Europe ou même ailleurs peuvent obtenir une équivalence. L’équivalence est délivrée par le Conseil de l’ordre des kinés.

Elles auront alors le droit de travailler comme kiné en France, et seront officiellement des « MKDE » !

Dans la plupart des autres pays du monde, les kinés ne s’appellent pas « kinésithérapeutes » mais « physiothérapeute » ou physio. Mais cela renvoie aussi à la même profession.

Personnellement, j’aime ce nom de kinésithérapeute car cela veut dire « thérapeute par le mouvement ». Alors que physiothérapeute veut plutôt dire « thérapeute par la nature ».

MKDE veut dire Masseur Kinésithérapeute Diplômé d’État. C’est le nom officiel des kinés en France.

Quels sont les différents types de MKDE qui existent en France ?

Certains kinés suivent d’autres formations. Ainsi, on trouve des :

MKDE ostéopathe : ce sont des kinés qui ont aussi suivi une formation en ostéopathie. Leur prise en charge en kiné pourra être remboursée par la sécurité sociale et les mutuelles.

Et leur prises en charge en ostéopathie uniquement par les mutuelles (selon les contrats). Certains ostéopathes sont « seulement » ostéopathes ;

MKDE à domicile : ce sont les kinés qui exercent aussi au domicile des patient(e)s (ou même uniquement). Vous aurez peut-être écrit sur votre ordonnance « faire pratiquer des séances par MKDE à domicile ».

Cela veut dire que le médecin vous conseille de faire appel aux services d’un kiné qui se déplace à domicile ;

MKDE du sport : ce sont tout simplement des kinés qui ont décidé de se former plus dans le domaine du sport.

Mais n’importe quel kiné peut s’appeler ainsi : il n’est pas obligatoire de suivre une formation spécifique pour s’appeler kiné du sport.

Les médecins doivent-ils forcément écrire « MKDE » sur l’ordonnance de kiné ?

Non, l’ordonnance est valable même s’il n’y a pas écrit « MKDE » dessus.

prescription pour des séances de kiné sans qu'il y ait écrit kiné ou mkde dessus !
Une prescription pour des séances de kiné, valable. Même s’il n’y a pas écrit dessus « par MKDE » ou « par masseur-kinésithérapeute » mais simplement « rééducation fonctionnelle » !

Voici différents types de formulation pour des séances de kiné, toutes valables :

  • séances de kinésithérapie par MKDE
  • bilan et séance de kinésithérapie par MKDE ;
  • rééducation par MKDE à domicile ;
  • faire pratiquer par kinésithérapeute MKDE ;
  • séances de kinésithérapie à domicile ;
  • bilans et séances de kinésithérapie par kinésithérapeute diplômé d’État ;
  • bilan kiné et rééducation si nécessaire.
ordonnance pour des séances de kiné par mkde à domicile
Ordonnance de séances de kiné plus classique avec écrit « par mkde à domicile »

J’ai d’ailleurs écrit un article spécifiquement sur le sujet, à destination des médecins et chirurgien(ne)s qui prescrivent des séances de kiné : que marquer sur une ordonnance pour des séances de kiné.

Même s’il n’y a pas écrit « MKDE » sur votre ordonnance pour des séances de kiné, elle peut être valable.

C’est quoi un « bilan MKDE » ?

En général, lors de votre première rencontre, votre kiné fait un bilan. Cela signifie qu’il ou elle :

  • regarde tous les documents que vous lui remettez, y compris l’ordonnance ;
  • écoute ce que vous avez à vous dire, vous pose des questions pour connaître vos difficultés et vos attentes ;
  • vous examine, vous fait faire certains tests ;
  • définit avec vous des objectifs pour la prise en charge en kiné, les séances à venir.

Tout cela, c’est le bilan. Il a lieu en général lors de la première séance, et peut ensuite être reproduit plusieurs fois (de manière plus ou moins formelle) tout au long de la rééducation. Ce bilan est envoyé à votre médecin si nécessaire.

Parfois, les médecins vont marquer sur l’ordonnance de séances de kiné « bilan MKDE ».

Mais peu importe que ça soit écrit ou non sur l’ordonnance : le bilan sera dans l’immense majorité des cas réalisé par votre kiné. Même si cela n’est pas écrit sur l’ordonnance, il sera remboursé par la sécurité sociale et les mutuelles (il est facturé en plus de la première séance).

Votre kiné peut faire un bilan de votre état de santé et de vos problèmes. Peu importe qu’il y ait écrit ou non « bilan » sur l’ordonnance du médecin.

Comment trouver un kiné MKDE ?

Tous les kinésithérapeutes exerçant en France sont « MKDE ». Personne n’a le droit de se dire « kinésithérapeute », « kiné », « masseur-kinésithérapeute » sans avoir le diplôme.

Pour trouver un kiné MKDE, il suffit donc de trouver simplement un « kiné » (à moins de tomber sur un escroc… c’est rare !).

Mais je vous l’accorde, le « simplement » est parfois de trop ! J’ai justement écrit un article pour vous aider à trouver un kiné à domicile (puisque c’est souvent encore plus difficile à trouver qu’un kiné en cabinet).

Trouver un kiné MKDE revient à trouver un kiné tout court !

Y a-t-il des kinés qui ne sont pas des MKDE ?

Non, comme je l’ai déjà expliqué précédemment : tous les kinésithérapeutes exerçant en France sont MKDE. Ceux qui n’ont pas obtenu leur diplôme en France ont obtenu une équivalence et sont donc bien aussi MKDE.

Il existe des annuaires qui listent tous les MKDE conventionnés avec l’Assurance maladie. Pour obtenir le conventionnement, l’Assurance maladie a vérifié leur diplôme ou équivalence.

L’annuaire le plus complet et à jour est l’annuaire santé améli (lien en fin d’article). Les kinés salariés n’y figurent pas.

Ni les kinés qui ont décidé de travailler de manière déconventionnée : c’est-à-dire que si vous faites des séances chez eux, vous paierez les séances. Et elles ne seront pas remboursée par l’Assurance maladie.

L’annuaire ne permet pas de savoir si les kinés font du domicile, des massages, de l’ostéopathie, du drainage lymphatique ou autres spécificités.

Tous les kinés exerçant en France sont « MKDE », même si ce n’est pas écrit sur leur plaque ou leur blouse !

***

Voilà, j’ai normalement fait le tour de la définition du MKDE et de ce que ça implique ! Encore des questions ? Vous pouvez les laisser en commentaire, j’y répondrai avec plaisir 🙂.

Je vous laisse aussi découvrir mes ebooks conçus sur la base des questionnements les plus fréquent(e)s des patient(e)s qui consultent mon site internet :

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  5. Plusieurs patients en même temps chez le kiné : légal ?

📚 SOURCES

Ministère de la Santé, Observatoire national de la démographie des professions de santé. Rapport d’étude : la prescription de masso-kinésithérapie par les médecins généralistes et les rhumatologues libéraux, 2009

Amandine Debarge. La prescription de masso-kinésithérapie par les médecins généralistes de l’île dela Réunion : enquête auprès de 79 médecins généralistes. Médecine humaine et pathologie. 2013.

Code de la santé publique. Article 43-21-1.

Annuaire de tous les MKDE conventionnés avec l’Assurance maladie : http://annuairesante.ameli.fr/trouver-un-professionnel-de-sante/masseur-kinesitherapeute

nelly darbois fonto media

Rédigé par Nelly Darbois

J’ai exercé la profession de kinésithérapeute. J’ai créé Fonto Media en 2019 alors que j’étais encore kiné. Aujourd’hui, je continue à gérer Fonto Media tout en accompagnant les professionnels sur Wikipédia avec Wikiconsult.